‹ Education et instructionChapitre 35 sur 114 · La Question du latin, par Raoul Frary, 188G · texte numérisé non relu

La Question du latin, par Raoul Frary, 188G

5. « Je ne puis pas croire, disait en 18S3 à l'Université d'Harvard M. le professeur Cli. F. Adams, que l'espèce de renom de sainteté qui a entouré les études classiques depuis la Renaissance jusqu'à nos jours ne doive bientôt disparaître. Cependant ce préjugé est encore fort; c'est, à vrai dire, presque le seul litre de noblesse qui ait survécu aux tendances égalilaires de ce siècle. Un homme qui, à une période quelconque de sa vie, a étudié le latin et le grec (peu importe du reste qu'il soit maintenant en état de le lire ou non), est un homme bien élevé; un homme ne les ayant pas étudiés n'est qu'un homme qui s'est fait lui-même. Ne pas avoir appris le latin, c'est une honte; ne pas savoir i)arler le français, ce n'est qu'une gêne. Je ne prétends pas me donner comme une autorité ; mais pendant trente ans j'ai beaucoup vu le monde, ses travaux et ses littératures dans plusieurs pays, et je dirai hardiment que, au point de vue de l'utilité pratique comme du plaisir à goûter, de la culture générale comme de la discipline intellecluelle, j'aimerais mieux posséder à fond la langue et la littérature allemandes que la langue et la littérature grecques; je ferais sans hésiter le môme clioix pour mon fils. Ce que je dis de l'allemand par rapport au grec, je le dis également du français, par rapport au latin. Laissant la tradition et la superstition de côté, je ne peux pas comprendre qu'un homme intelligent, connaissant bien les deux littératures, puisse comparer le latin au français, soit comme richesse, soil comme beauté.... » — Un autre professeur de la même Université. il. Dyer, se déclare prêt à remplacer le latin par l'anglo-saxon, mais non à sacrifier le grec.

4. Le 13 septembre 1793, le peuple de Paris déposait sur le bureau de la Convention une pétition ainsi conçue : « .... Nous vous demandons des gymnases où les jeunes républicains puiseront toutes les connaissances indispensables dans les diverses professions d'arts et métiers, des instituts où ils recevront les principes élémentaires des sciences et des langues

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Harvard, si elle y avait trouvé une base de résistance'? Qui sait d'ailleurs si celte culture, la seule qui puisse maintenir à sa hauteur le goût, Tart, le génie français, ne tenterait pas, et dès qu'elle les aurait tentés, ne retiendrait pas bien des esprits; si, sous un régime plus libre, des centres où elle seiait recherchée ne se formeraient pas d'eux-mêmes autour de nos Universités régionales? Ce qui est sûr, c'est que nous ne devons rien attendre que de ce zélé réfléchi et résolu. Ceux-là seuls peuvent sauver les lettres anciennes qui les pratiquent et les aiment. On ne contraint pas les intérêts, on ne remonte pas le courant des transformations sociales. La grande loi delà division du travail s'impose dans l'ordre intellectuel comme dans les autres, et de tous les partis le pire serait de laisser la jeunesse épuiser ses forces indifféremment et pêle-mêle sur des encyclopédies, tout à la fois écrasantes et superficielles, dont l'uniformité serait le seul avantage.

un lycée où le génie trouvera tous les secours pour se développer et diriger sou vol. » Voir aux Annexes le n° II.

1. « Dans les programmes actuels, mettant l'année classique à quarante semaines, à raison de cinq iieui-es, terme moyen, il faut que nos inailrcs conduisent leurs élèves en quatre ans, soit en huit cents heures, au point d'expliquer, en Rhéiorique, trois tragédies de Sophocle ou du moins l'une d'elles, un grand discours de Démosthène et des extraits d'Aristophane, d'Eschyle ot de Thucydide!... Apprendre le grec, toutlegrcc en quatre-vingts jouis ! Nous craignons que l'entrejuise ne fasse la joie de nos voisins et de nos adversaires. En Allemagne, les cours de gymnase embrassent, pour l'élude du grec, six aimées, à raison de six heures par semaine; cela fait mille cent soixante heures, presque trois fois autant qu'on nous en attribue. En Angleterre, à Eton, à Ilarrow, on sait que le systtune est purement classique, que les scliolars appreneni par cœur l'Iliade entière et qu'ils font des vers grecs ... » Rnppuvl de M. Ghichant, inspecteur général de l'instruction publique, 8 juin 1884. — Voir aux Annexes, n" IV, le temps accordé à chaque matiôre dans les pioarammcs de l'euseignement des divers pays.

Toutefois, quelle que soit la souplesse que nous arrivions à faire pénétrer dans notre système général d'éducation, quelque compte que l'on tienne de la diversité naturelle des aptitudes et de la variété des besoins sociaux, cette évolution demeurerait presque sans profit, si partout elle n'aboutissait à une direction normale d'études, j'entends une direction conforme aux: principes sur lesquels repose le développement naturel des facultés de l'enfant. Il n'y a, il ne peut y avoir de véritable allégement qu'à ce prix. C'est la seconde conclusion que nous voudrions établir.

Dans une étude judicieuse et inspirée par un sentiment exact des besoins de la jeunesse, on a proposé de répartir les 90 heures dont nous disposons par semaine (dimanche excepté) entre le travail intellectuel et les exercices physiques ou les récréations d'après les bases suivantes : classes supérieures (Mathématiques, Philosophie et Rhétorique), 52 heures de travail intellectuel, 38 d'exercices physiques; classes moyennes (Seconde, Troisième et Quatrième), 46 et 44; classes inférieures (Cinquième, Sixième et Septième), 44 et 46*. D'autres, prenant la journée pour unité de calcul, estiment que, suivant la règle américaine des trois 8, la journée doit être partagée en 8 heures de sommeil, 8 heures de cours et d'étude, 8 heures de récréation et de gym-

1. La durée de travail au lycée, par M. Coville, professeur au lycée Saint-Louis, Mémoire lu à la réunion des Sociétés savantes, avril iS.'Ù.

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nastique^ D'autres onfin considèrent que c'est dans la diminution de la durée des cours et des études qu'il convient de chercher les moyens de détente pour l'enfant : quelle intelligence de dix ans peut être de force à supporter un enseignement qui se prolonge pendant deux heures de suite, ou une élude qui, comme ce qu'on appelle l'étude du soir, n'en comprend pas moins de trois? Toutes ces propositions méritent un sérieux examen, et nous espérons que dans les nouveaux Lycées, au petit Lycée Louis-le-Grand, comme à Lakanal et à Vanves, il ne sera pas impossible de les expérimenter^. Déjà, au reste, dans nos classes élémentaires, les cours d'une heure, suivis d'un repos, sont entrés en usage à Paris, partout où les conditions des locaux n'y opposaient pas un empêchement formel.

Mais ce n'est pas en un jour que de telles mesures peuvent être appliquées. Ici encore nous nous heurtons à l'uniformité des règles générales, rendues nécessaires par le développement des internats. Pussionsnous d'ailleurs introduire tout d'un coup dans ces agglomérations un régime mieux approprié à la différence des âges, les externes n'en auraient pas le bénéfice. C'est le cours qu'il faut viser pour obtenir le soulage-

t. Hygiène des écoles primaires et des écoles maternelles. Rapports et documents présentés à M. le Ministre de l'Inslriiction publique par ta Commission d'htjgiène scolaire, 1884, Rapport d'ensemble par M. le 1)' Javal, VIII, Répartition du travail et durepos,p. 75 ct91. — Cf. le Rapport de M. Pécaul sur l'Iii/giènc physique et intellectuelle dans les écoles printaires/til le Projet d'instruction sur le même objet par M. Jacouiet, in("iiio rocuoil, p. 105 et '205. — Voir aussi le Mémoire inlilué De la valeur intellectuelle et sociale des examens des Raccalauréals, par le b' E. Daily, professeur à l'École d'anthropologie, ancien président dos sociétés inédico-p.'iychologique, d'autliropolorfie, et de la société de médecine (XVII" arrondissement), président de la section de pédago^'ie do l'.VssociatioM française pour l'avancement des sciences (Blois, 188i, Mémoire lu, le 20 août 188;», <J« Congrès de Rouen).

2. l.a réduction de la durée de l'étude du soir, e.vpérimentoe effecliveicenl dansées trois établissements, y a oblenu un plein succès.

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ment immédiat que l'on réclame. Non seulement il est l'exercice commun, mais c'est du temps qu'on lui donne que dépend au fond la mesure de l'effort intellectuel demandé à l'enfant. En Allemagne le nombre des heures de cours est de 28 et 50 dans les gymnases, 28 pour la sixième, 50 de la cinquième à la première; de 29, 30 et 52 dans les écoles réaies : 29 pour la sixième et la cinquième, 50 pour la quatrième et la troisième, 52 pour la deuxième et la première : ce qui donne une moyenne deSàO heures pour chaque jour de la semaine, le jeudi mis en dehors^ Mais on sait que, dans les gymnases et les écoles réaies, le travail de l'élève se lait pour la plus grande part au cours même, et que les devoirs de la maison, qui correspondent à nos devoirs n'élude, sont relativement peu nombreux, bien qu'aujourd'hui on en critique l'excès-. Nous ne pouvons donc établir aucune comparaison sur ce point, et la comparaison au surplus n'est pas nécessaire. Quatre heures d'enseignement par jour, soit 20 heures par semaine (le jeudi devenant indemne), telle paraît être la somme de cours que peut soutenir l'écolier. Or il n'en a pas aujourd'hui moins de 25^. Une réduction de 5 heures

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