‹ Education et instructionChapitre 47 sur 114 · Emile, p. 85, édition Garnier · texte numérisé non relu

Emile, p. 85, édition Garnier

176 KNSEIGNEMENT SECONDAIIŒ.

qu'il se rappoUe dans l'occasion. » iJnilo n'a point à obéir aux hommes; il ne connaît que la dépendance des choses '. Les leçons verbales sont pour lui sans moralité comme sans effet. Il ne sait même pas ce que c'est que d'être en faute. Jusqu'à douze ans il n'a pas, ne peut pas, ne doit pas avoir de conscience : l'expérience seule lui lient lieu de loi. L'idéal serait d'en l'aire un être robuste, qui ne sût pas distinguer sa main droite de sa main gauche. Son précepteur lui-même n'est qu'une sorle de témoin, propre, tout au plus, à rapprocher de lui les occasions de mettre sa volonté en action-. L'épreuve commencée, il la suit, résolu à no point intervenir, et se bornant à voir la leçon s'imposer avec ses conséquences plus ou moins dures, toujours ii'résistibles et convaincantes.

1. Les lexles qui mettent ce point foniiamentalen lumière se retrouvent, pour ainsi dire, à chaque page de VEmile. « Maintenez l'enfant dans la seule (lôpendanec des choses : vous aurez suivi l'ordre de la nature dans le progrès de son éducation. » (Liv. 11, p. 63.) — « Votre enfant ne doit rien faire par ohéi'isance, mais seulement par nécessité : ainsi les mots d'obéir et de connnander s-eront proscrits de son dictionnaire, encore jilus ceux de devoir et d'obligation ; mais ceux de force, de nécessité, d'impuissance et de contrainte y doivent tenir une grande place. » (l.iv. Il, p. 70.) — « Ne donnez pas à votre élève des leçons verbales • il n'en doit recevoir que de l'expérience. Ke lui infligez aucune espèce (le rliAtiniciit, car il ne sait ce que c'est qu'être en faute.... Dépourvu do toute moralité dans ses actions, il ne peut rien faire qui soit moralement mal et qui mérite ni châtiment ni réprimande. » (Liv. Il, p. 74.) — « 11 ne faut jamais inlliger aux enfants le châtiment comme chûliment; il doit toujours leur arriver comme une suite naturelle de leur mauvaise action. » (Liv. Il, p. 8(5.) Etc.

2. V«ir les histoires dujardmier Robert (liv. II, p. 82), du bateleur 'Hv. III, p. 179 et la scène de l'accès de colère (liv. 11, p. 8U). — Rousseau caractérise lui-même, au surplus, ce qu'il y a d'artificiel dans ses procédés. Répoiulant à une critique de ». Forraey au sujet du bateleur ; « Ai-je dû suiijioseï, dit-il, quelque lecteur assez slupide pour ne pas sentir dans celte réprimande un discours dicté mot à mot par le gouverneur pour aller à ses vues? A-t-on dû me supposer assez slupide moimême pour donner ce langage à un bateleur? Je croyais avoir fait preuve au moins de talent assez médiocre pour faire parler les gens dans l'es- I rit de leur étal? M'était-cc pas tout dire pour tout autre que M. Fcruiey? »

C'est celle doctrine que M. Spencer a reprise avec une véritable originalité dans le détail des observations.

Comme Rousseau, M. Spencer place l'eufanl en face de la nature. Ce n'est pas qu'il accepte absolument le principe de l'Emile : que « tout est bien sortant des mains de l'Auteur des choses et que tout dégénère entre les mains de l'homme^ ». — « Nous ne sommes pas de ceux, dit-il, qui croient au dogme de lord Palmerslon : que tous les enfants sont nés bons. A y bien regarder, le dogme opposé, si insoutenable qu'il soit, nous parait encore moins éloigné de la vérité. Nous ne croyons pas davantage que les enfants soient susceptibles d'une transformation complète. Au contraire, nous savons que, si l'éducation peut diminuer leurs imperfections naturelles, elle ne saurait les détruire-. » Mais, bon ou mauvais, l'enfant n'a point de meilleur maître que la nature. Les seuls châtiments vraiment salutaires sont ceux qu'elle applique sur le coup. Point de menaces ; une muette et rigoureuse exécution : la cendre chaude brûle celui qui la touche une première fois, elle le brûle une seconde, une troisième fois, elle le brûle chaque fois ; rien ne vaut cette correction immédiate et inévitable. Ajoutez que la peine est toujours proportionnée à la violation de l'ordre des choses, la réaction étant en rapport avec l'action ; qu'elle introduit avec elle dans l'esprit de l'enfant l'idée de la justice, le châtiment n'étant qu'un effet; enfin, qu'il n'y a pas d'effet plus sûr : la langue universelle en dépose; l'expérience chèrement achetée, l'expérience amère, est l'enseignement par excellence, le seul dont on profite. Si le jeune homme qui entre dans la vie

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