Testament politique, chap. ii, sect. X
2. Richelieu attachait une importance particulière à l'enseignement de la langue française, et on peut dire qu'il a devancé, sous ce rapport, les vœux de Port-Royal. — Voici, en eflet, ce qu'on lit dans la Déclaration du Roy concernant l'établissement de l'Académie ou Collège royal en la ville de Richelieu et privilèges attribués à icelle, ensemble tes statuts et règlements de ladite Académie (à Paris, chez P. Rocolet, 1611): a Aujourd'hui, 20 du mois de mai 1610, le Roy étant à Soissons,... sur la proposition qui lui a été faite par le sieur Legras d'établir avec ses associés un Collège royal en ladite ville de Richelieu pour l'enseignem nt de la langue française par les règles et de toutes les sciences en la même hngue à l'exemple des nations les plus illustres de l'antiquité qui ont fait le semblable en leur langue naturelle,... Sa Majesté a résolu... d'établir en ladite ville de Richelieu et Collège et .\cadcniie royale pour y être enseigné à la noblesse française et à tous ceux qui s'y pourront présenter la langue française par règles et en la même langue toutes les sciences qu'ils verront bon être ensemble, les exercices des armes et autres, qui se font dans les Académies royales. » Dans le préambule des statuts de ce Collège, Richelieu revient sur la même pensée : « Il arrive par malheur, dit-il, que les diflicultés qu'il faut surmonter et le long temps qui s'emploie pour apjirendre les langues
matières en cette langue; 3° nne étude du grec aussi complète que celle du lalin; 4" l'enseignement combiné des sciences et des letti'es; 5" la comparaison des lettres grecque, latine, française, italienne et espagnole; 0" l'élude de la chronologie, de l'histoire et de la géographie ^ » Pour que l'ien ne manquât au programme, un tableau d'emploi du temps y était annexé, qui déterminait à quelles heures et dans quelles conditions chacun de ces enseignements devait être distribué-. Kt celte conceplion obtenait, apiés le Cardinal
mortes avant que de pouvoir ])nrvcnir à la connaissance des sciences font que, d'ahord, les jeunes geu lilshoinmes se rebutent et se hâtent de passer à l'exercice des armes sans avoir été suffisamment instruits aux bonnes lettres, bicTi qu'elles soient les plus beaux ornements de leur prot'ossion » : et il conclut à la nocessilc <i'olablir une Académie royale « où les disciplines convenables à leur condition leur soient enseignées en langue française, afin qu'ils s'y exercent, et que les étrangers mêmes qui en sont curieux apprennent à connaître ses richesses et les grâces qu'elle a pour expliquer les secrets des plus hautes disciplines ».
1. (1 Seront informés les jeunes gentilshommes, disent les Slaluls (voir ci-dessous, note 2), des notions générales de l'histoire universelle et de l'establissoment, déclinaisons et changements des empires du monde, transm'grations des pen])les, fondement et ruine des grandes ' villes, noms, actions et siècles des grands personnages, comme aussi de l'eslal des principautés modernes, singulièrement de l'Euiope, dont les intérêts nous touchent de plus prés par leur voisinage ; surtout au long ils apprendront l'histoire romaine et l'ran(;aise. »
2. Les professeurs enseigneront le malin les sciences en français, à mêmes heures, en six classes distinctes :
En la sixième classe, on enseignera la grammaire, la poésie et la rhétorique ;
Kn la cinquième classe, la carte ou jilan, la chronologie, la généalogie et l'histoire;
Ku la quatrième classe, la logique et la physique;
En la troisième classe, les éléments de géométrie et d'arithmétique, la pratique de toutes les deux et la musique;
En la deuxième classe, les mécaniques, l'optique, l'astronomie, la géographie et la gnomonique;
En la première classe, la morale, l'économiquo, la politique et la métaphysique.
Les mêmes professeurs qui auront enseigné le matin les sciences, enseigneront après-midi les langues. Pour ce qui est de la méthode de ces langues, on enseignera :
En la sixième classe, les rudiments et les colloques;
En la cinquième classe, la syutase et les épistolaircs;
En la quatrième classe, les quantités, les poètes et les historiens;
L\ QUESTION DES rROGRAMMES. 27
on de son vivant, l'assentiment des meilleurs esprits : de Descartes, qui, comme lui, entendait ne considérer « que ceux qui avaient le raisonnement le plus fort, encore qu'ils ne parlassent que bas-breton et qu'ils n'eussent jamais appris de rhétorique M) ; de Bossuet, qui ne voulait pas que son élève « ignorât l'histoire du genre humain », et qui n'admettait pas que, « pour méditer des ouvrages immortels, il fallût toujours emprunter la langue de Rome et d'Athènes- »; de La Bruyère, qui estimait qu'on ne pouvait « charger l'enfance de trop de langues^ », et qui se félicitait qu'on eût enfin « secoué le joug du latinisme^ » ; de Fleury^, et de bien d'autres.
Ces idées de progrès avaient même forcé les portes de l'Université, grâce à la sagesse de ses maîtres les plus autorisés. Elle les avait adoptées avant que Rollin lui eût donné son code : le Trailé des Études ne faisait, en effet, que fixer la coutume^; c'est Rollin lui-même qui le
En la troisième classe, les figures et les orateurs ;
En la deuxième classe, la langue grecque et les avantages qu'elle a sur les autres;
En la première classe, l'origine des langues grecque, latine, italienne, espagnole et française, la conformité et la différence qui est entre elles.
Les écoliers apprendront conjointement les sciences, les langues et les exercices (escrime et équilation) aux heures qui seront prescrites par le Directeur, auquel toutefois est réservé le pouvoir d'en dispenser pour cause légitime.... (S/a<«/.s et rc(jlements de V Académie et Collège roifal estfiblij par ordre du Roy en la ville de Richelieu, etc., septembre 1640.)