De quelques usages
i. Des ouvrages de l'esprit, 60.
3. Traité du choix et de la méthode des études, xxii, Crammaire, \\v. Langues, latin, etc.
6. Traité des Études, Discours préliminaire, m, Oltservations particulières. « Mon dessein, dans cet ouvrage, n'est pas de donner un nouveau jjlan d'études, mais seulement de marquer ce qui s'observe sur ce sujet
28 ENSEIGNEMENT SECOND \mE.
déclare. Et le programme qui y est développé marque une étape considérable dans la série des progrés que nous essayons d'esquisser. Il embrassait les trois langues clas&iques : la grecque, la latine et la française, — la française étant placée au début et au premier l'ang', — la poésie, la rhétorique, l'histoire sainte et l'histoire profane, la fable et les antiquités, la philosophie, dans laquelle étaient compris les éléments de la physique, de la botanique et de l'anatomie ^. Rollin s'éton-
dans l'Université de Paris, ce que j'y ai vu pratiquer par mes maîtres et oe que j'ai tâché nioi-nit-nie d'y observer en suivant leurs traces. » — Cf. liv.lIjChap. 111. — Voir aux .\^nnexes,n° IV, le Plan d'études de ri'nivcrsité au xvii' et au xyiii" siècle.
1. Pour apprécier exactement ce proférés, il est utile de se rappeler qu'en 1657 N. Mercier, sous-principal dos grammairiens au Collège de ^ava^re et pédagogue écouté, considérait comme une honte, dans son traité De Scholasticorum officii.s, de parler la langue malernelle :
« Flagitiimiquo putat nativo idiomate fari. »
2. C'est dans le projet de réforme des règlements de l'Université, préparé en l'20, qu'il faut particulièrement chercher l'influence de Rollin. Ce projet ne reçut point l'approbation officielle, mais il modifia en réalité les usages. Nous y trouvons entre autres prescriptions les suivantes : « Ut pucri a prima aelate assucfiant laliiio sernioiii, qui solus fere in superioribus scholis usurpaluret quandoque pro varia locorum et temporum ratione plane riecossarius est, dabuiit operam professores ut adolescentes in scholis latine luquantur et lespondeant. Ne lamen vernaculain llnguam ignorent et in sua patria hospites sint et peregriiii, gallica'eliam linguaî elementis imbuenluret gallicis tum lectionibus, tuin scriptionibus, accurate et pure loquendi faciillatem excolent. » Art. \i et XII. — Les historiens sont recommandés pour les études des hautes classes : « Majoribus vero qui in secunda aut prima classe se exercebunt... leclitent, non omissis inteiim vel historicis ut Livio et Tacito.... Deinde robustiores factl, aggredientur... nonnihil ex Ilerodolo, Xenophonle et Philarcho. . » Art. vi. — l'our la pliilosophie, on prescrit la lecture des ouvrages modernes : « Logita; luaicejita dcsiimeiit tum ex Ai'islotclis Organo, tum etiam ex recentiorum pliilosophoruni libris, maximeque e\ i.arlesii Metlivdoel ex Aric cogilaiidi. Metaphysicam pariter ex libris ileldiilu/sicprum Aristotelis ducent; itemque Cartesii ileditatioitibus jiict(i}iji!/sicis, quibus doctrina Plalonis mirum in modum fuit illustrala el ad doctrinam thrislianam propius admota. l'Iiysicain pariler ex veterum recentiorumque ])lacilis componciit : dabuntque operam ut ncque novilalis studium veneraiula; antiquilati quidquam detrabat, iieque nimius antiquitatis amor noceat veritati. » Art. xxii. {Reformalio slalulorum ccleberrimx Artiuin t'acuUatis Uiiivei-sitalis studti Parisiensis, 1720.) —
naît presque de sa confiance, il est vrai, ou du moins il ne se méprenait pas sur ce que « cette variété d'études avait d'étendu ' » ; il acceptait néanmoins ce développement comme une conséquence inévitable et raisonnable de l'avancement des sciences. 11 respectait la tradition, sans s'asservira la routine. Certaines de ses vues particulières devançaient même de beaucoup les idées de ses contemporains -. C'est ainsi qu'il regardait « l'histoire comme le premier maître qu'il faut donner aux enfants =^ ». Il ne faisait de réserve — chose singulière — que pour l'histoire de France. Non, taut s'en faut, qu'il fût disposé à en considérer la connaissance comme indifférente : « Je vois avec douleur, disait-il, qu'elle est négligée par beaucoup de personnes à qui pourtant elle serait fort utile, pour ne pas dire nécessaire » ; il se reprochait à lui-même de ne s'y
Sur rétude des auteurs de philosophie, cf. le Traité des Éludes, liv. VIF, art. 2 : « On faisait lire aux écoliers les plus forts Descartes et Malebranche.... » RoUin invoque lui-mènie très souvent le témoignage d'Arnauld.
1. Discours siir l'instruction gratuite, déc. 1719; discours d'abord prononcé en latin, puis traduit en français.
2. Liv. VI, Avant-i)ropos. — Fleiiry, dans sa classidcation des études, ne place l'histoire qu'au second rang, parmi les « études utiles ». les «éludes nécessaires » tenant le premier. 11 serait même disposé à n'admcUre le détail que pour l'histoire nationale. Le fond de sa pensée est qu'il y a lieu d'en étendre ou d'eu resserrer le ( hamp suivant la qualité des personnes : « Un homme de condition médiocre a besoin de fort peu d'histoire; celui qui peut avoir qu(l(}ue part aux affaires publiques en doit savoir beaucoup plus, et un prince n'en peut trop savoir. » [Du clioix et de la mélliude des études, xxvi, Histoire.) —Le 1'. .Malebranchc était tout à l'ait contraire à l'enseignement de l'histoire; il considérait « qu'il y a plus de vérité dans un seul principe de métaphysique ou de morale, bien médité et bien approfondi, que dans tous les livres hisloriqnes ».« Après avoir conçu quelque bonne opinion de moi par les entreliens que j'avais souvent avec lui sur la métaphysique, raconte d'Aguesseau, il la perdit presque en un moment à la vue d'un Tluu ydide qu'il trouva entre mes mains, non sans une espèce de scandale pliilosophiiiue. » (Instructions sur les études j)ropres à former un iuatjistrat; l" Instruction.) — Il ne faut pas oublier, d'ailleurs, que ce n'est qu'on 1675 qu'un édit de Louis XIV avait introduit l'histoire de France dans les classes de l'Université.
. 5. Traité des études, liv. VI, Avant-piopos. — Cf. Discours préliminaire, m, Observations particulières.
être point appliqué; il avait honte d'être, en quelque sorte, étranger dans sa propre patrie, après avoir parcouru tant d'autres pays, mais il ne croyait pas qu'il fût possible de trouver du temps à lui donner au cours des classes, tant les matières étaient déjà pressées; et il se bornait à souhaiter qu'on tâchât d'en inspirer le goût aux jeunes gens, en citant de temps à autre quelques traits qui leur lissent naître l'envie de l'étudier quand ils en auraient le loisir *.
Ces honnêtes scrupules étaient déjà en réalité bien dépassés. Les réformateurs de l'enseignement ont toujours eu leur avant-garde. Dans les dernières années du dix-septième siècle, des novateurs, que les défenseurs de la règle traitaient, non sans raison, d'aventuriers," s'offraient pour enseigner à forfait « la grammaire, la rhétorique, la philosophie, les mathématiques, la théologie, la jurisprudence, la médecine, la mécanique, la fortification, la géographie, la chronologie, le blason, l'astronomie, la jurisprudence romaine, les ordonnances, la coutume, le droit canon- )). Rollin avait pu voir l'abbé de Saint-I'ierre s'engager en aveugle dans ces fourrés de l'enseignement encyclopédique. Le principal et l'accessoire, le nécessaire et le superflu, l'abbé de Saint- Pierre confondait tout, accumulait tout : la chimie à côté de^la poliliijne, l'histoire entre la musique et la navigation. (( Mon avis, écrivait-il avec candeur, est que
1. Traité des Éludes. — Voir plus bas, page 58, noie 1, ropiiiion de d'Aguessenu sur l'enseiginement de riiistoire.
2. Voir II. Lauloiiie, Histoire de L'enseignement secondaire en France au dix-sejjticinc siècle, 2* part., chap. ii.
l'on enseigne aux enfants, dans les huit ou neuf classes du Collège, quelque chose de tous les arts et de toutes les sciences'. » Ce qui ressort de ces déclarations de charlatanisme intéressé ou de ces naïves professions de chimère, c'est que certains esprits entrevoyaient la nécessité de donner à l'éducation une orientation nouvelle. On sentait que les programmes de Juilly et de Port-Royal étaient devenus insuffisants. Former le goût et les mœurs, tel était l'objet suprême de l'éducation des Oratoriens et des Jansénistes, comme des Jésuites et de l'Université, le Traité des Études avait primitivement pour titre De la manière d'étudier et d'enseigner les belles-lettres par rapport à l'esprit et au cœur; on se proposait d'élever l'honnête homme au sens qu'attribuait à ce mot la langue des salons et des Académies, c'est-àdire l'homme capable de discourir ou de disserter sur une pensée morale, de composer une lettre ou de soutenir une conversation en termes de choix^. Si profonde était la tradition sur ce point, que, presque au moment même où Rollin renonçait à l'emploi de la langue latine appliquée à l'enseignement du latin, Locke, tout pénétré des principes de l'éducation utilitaire, cherchait pour son élève un maître qui fût en mesure de l'entretenir familièrement en latin^, et qu'un des précurseurs de Rousseau, LaCondamine, demandait qu'on fondât en Europe, pour recevoir tous les enfants destinés à l'élude des