Quelques pensées, etc., sect. IV, n" 56 à
2. Du gouvernement intérieur des classes et des collèges, chap. i, 1" part., art. 13; — 2" part., art. 5.
que l'éducation doive aujourd'hui prendre la raison pour principal levier, et, sans se laisser désarmer de l'autorité nécessaire, s'appuyer sur la persuasion, dont parle si judicieusement RoUin, comme sur la force suprême.
Mettre à profit tout ce que la conscience de l'enf-int recèle d'aptitudes morales; l'accoutumer à voir clair dans son esprit et dans son cœur, à être sincère et vrai; lui faire faire peu à peu l'essai et comme l'apprentissage de ses résolutions; aux règles qu'on lui a données substituer insensiblement celles qu'il se donne, à la discipline du dehors celle du dedans; l'affranchir non pas d'un coup de baguette, à la manière antique, mais jour à jour, en détachant, à chaque progrès, un des auneaux de la chahie qui attachait sa raison à la raison d'autrui; après l'avoir ainsi aidé à s'établir chez soi en maître, lui apprendre à sortir de soi, et le pénétrer des grandes idées du devoir, public et privé, qui s'imposent à sa condition sociale ; tels sont les principes de l'éducation, qui de la direction de ses tuteurs naturels peut faire passer l'enfant sous la discipline de sa propre direction. En appliquant à l'adolescent ces régies de self-government, M. Spencer a certainement contribué à affermir les bases de la science pédagogique et à l'accommoder au caractère des lois nouvelles qui nous régissent. Le jour où il s'est ainsi pleinement conquis lui-même, l'enfant cesse d'être lin enfant; il est mûr pour la vie active; il est homme
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Celte discipline est-elle compatible avec le régime de l'éducalioii publique? La queslion est peut-être une de celles sur lesquelles certaines critiques se sont portées avec le plus d'ardeur.
Que l'éducation publique soit impuissante à former le caractère si toutes les forces morales de la famille et de la société n'y apportent leur concours, nous n'y contredisons point; c'est même le point qu'il nous parait particulièrement utile aujourd'hui de mettre en lumière et que nous nous réservons d'aborder tout à l'heure. Mais il serait injuste de ne pas reconnaître tout d'abord ce qu'elle fait par elle-même sous les diverses formes dont elle est susceptible — pensionnat, demi-pensionnat, externat — et le caractère de son action.
Le premier sentiment que l'enfant tire de ses rapports permanents avec d'autres enfants, tous élevés comme lui, est celui d'une égalité morale absolue. Entre lui et ses camarades, quelles que soient les distinctions de la naissance et les disproportions de la fortune, point de différence'. C'est un des traits les plus sensibles
1. Rollin, run des premiers, en a fait la remarque. « Ici, dit-il (Du gouvernement intérieur des classes et des collèges, cliap. i, 2* part., art. 2), les rangs sont réglés non par la naissance ou les richesses, mais par l'esprit et le savoir. Le rolui ier se trouve de niveau avec le pi-incc, et pour l'ordinaire le devance beaucoup. » — A coté de Rollin il n'est que juste de citer Mme de Mainlenon. Toutes les distinctions étaient proscrites à Saint-Cyr, si ce n'est celles que créait le mérite On vêtait « sans égard au plus ou moins de naissance, aux protections, au.\ aijréments naturels ». [Règlements et usages des elasses, p. 28j. « Je
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peut-être et les plus humains de nos mœurs scolaires. .Nous ne connaissons pas les institutions du fag et du tug, si chères aux écoliers de ^Vincllester, d'Kton et de Caml)ridge. On sait que la vie de l'étudiant anglais se partage en deux périodes, celle où il sort un camarade plus âgé que lui, et celle où il est servi par un camarade plus jeune : au fag incombe le soin de faire le ménage de son maître, de nettoyer les pots et les gobelets, de porter les livres, d'assister aux jeux pour ramasser les balles, d'aller aux provisions, de mettre le couvert, de faire rôtir le pain ; heureux quand, pour sa peine, il ne reçoit pas au passage quelque rebuffade ! Qu'il y ait dans l'organisation du fagging l'égalité d'une sorte de vassalité subie et exercée tour à tour, nous n'en disconvenons pas, et nous n'ignorons point non plus que, dans l'usage, la domesticité du fag a beaucoup per.lu de ses rigueurs primitives'. Mais comment être assuré, même aujourd'hui, que le counnandenienl presque sans contrôle remis à un enfant sur un enfanl est toujours pratiqué dans des conditions qui ne laissent aucun ferment de rancune"-? Quant au liig, c'est-à-dire
Tois avec un extrême plaisir », écrivait Mme de Maintenon aux institutrices, « que, malgré le respect, la reconnaissance et la sincère affection que vous avez pour le roi, vous ne distinguez point les lilles que vous tenez directement de sa main ; j'ai même le plaisir de voir mes parentes oubliées, et que vous ne comptez ni protection, ni recommandation, ni élévation de naissance, mais leurs soûles vertus et leurs plus grands besoins. » {l.cltrex l'-difianlcs, t. VI, p. 59.)
i. Voir Tom lirowii, Scènes de ta vie de coUèt/e en Angleterre, ouvrage imité de l'anjflais avec l'autorisation de l'auleur, par J. Levoisin il'aris^ Hachette, 187ti). — Les brimades de nos grandes écoles, qu'on a jiarfois rapprochées du fng/jiiig, et dont l'usage, aujourd'hui heureuseiTient presque aboli, n'était pas plus recomuiandable, n'ont jamais été qu'un accident passager dans la vie des élèves, une sorte de saturnalc, non un système d'éducation.
2. « Dans les maisons où la surveillance est relâchée on insuffisante, le système du fnggiiig a donné lieu souvent à des scènes d'uiie tyranine révoltante. Les peines dont disposent les anciens à l'égard du fug sont cruelles. U en résulte un véritable régime de terreur. » (J. Demogcot et 11. Monlucci, De l'tnseignemcnt secondaire, etc., chap. i\.) — Cf. id.
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au colleger logé, nourri, instruit gratuitement, il faut l'avoir vu pour se figurer avec quel mépris il est traité par Voppidan ou pensionnaire payant. « Un tug vient-il à s'aventurer dans une pension d^opuiilnns, on le voit bientôt redescendre précipitamment l'escalier, sa grande robe flottant en désordre derrière lui, accablé sous une grêle de projectiles, bottes, bottines et pantoufles, qui s'abattent de toute part sur ses épaules et son cbapeau'. » La cause de ce mépris, dit naïvement M. Ricbard Bi'insley, c'est que les tiigs appartiennent, pour la plupart, à des familles peu fortunées, qu'ils poi'tent des robes, qu'ils n'ont pas le droit d'entrer dans les canots, qu'ils remplissent des offices dégradants, qu'ils vivent à part, que leur nourriture même est de moins bonne qualité ^ Rien ne peut relever le tug de cette sorte de décbéance, ni sa valeur, ni ses succès^; plus tard la société rétablit l'équilibre, et le sclwlar, fût-il tug, y trouve la considération qu'il mérite; mais au Collège, quoi qu'il fasse, il reste de race inférieure. 11 n'est point de préjugé auquel nos instincts lépu-
Appomlico n° i, Argiiincnls du docteur Thomas Arnold en faveur du service domexliquc fait par les élèves.