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i. Qu'il nous soit permis de constater que, dans les Lycées de Paris, tel est hien le caractère de la fonction. Sur les 2i8 mailics qui en composent aujourd'hui les cadres, 170 aspirent à reiisci^'iioinent, 57 à des carrières diverses; et lOJ sont pourvus de diplômes supérieurs au simple baccalauréat.

quels il se livre augmentent son action bien au delà de ce qu'ils re])résontent pour la valeur propre à son enseignement. Tout en lui sert de modèle. Pour peu qu'à l'autorité de la science il joigne celle du caractère, il n'osl pas de miracle qu'il ne puisse opérer. Ceux qui ont suivi d'un peu près le développement intellectuel et moral de la jeunesse le savent comme nous : il y a deux choses qui marquent dans la vie d'un écolier, un livre et un maiire : un livre qui, s'emparant fortement de son intelligence, la lui révèle, pour ainsi dire, el lui donne le sentiment de ses forces; im maître qui, par un éloge justifié, même par une critique sévère, mais opportune, pénètre jusqu'au fond de son esprit et de son cœur. 11 n'est pas de bon professeur qui n'ait provoqué ces sortes d'évolution qui décident parfois de tout un avenir. Or, si je ne connais pas de joie plus noble pour un maître que celle de voir un élève grandir, se développer, remplir son attente, la dépasser même, el de pouvoir se dire : j'y suis peut-être pour quelque chose; — je ne sais pas non plus de sentiment plus salutaire, plus moralisateur, que, celui de l'éfève qui a la conscience de ce qu'il doit à son maiire. Les vicrssiUulos de l'existence peuvent rapprocher les rangs, les intervertir même; cette empreinte de gratitude et de respocl demeure ineffaçable, pour le plus grand profit de celui qui tient à honneur de la conserver.

C'est l'ensemble de ces dispositions morales qui constitue ohez l'enfant « cette belle humeur » dont, à Port- Royal, Lancelot faisait la première condition de l'éducation; et, il faut bien l'ajouter, la belle humeur n'a jamais été plus nécessaire qu'aujourd'hui. Le caractère se ressent infailliblement des malaises de l'intelligence. Or, nous ne pouvons le méconnaître, nos programmes d'études ne se prêtent pas suffisamment à une gra-

dation de travail patient et mesuré. Il n'est pas une réforme qui n'ait eu pour objet de les restreindre et pour effet de les étendre. Ce ne serait pas trop de la journée de Gargantua « couché à la dixième heure de l'après-midi et levé à la quatrième de la nuit » pour en remplir les cadres. Le mal vient de loin, nous l'avons démontré, et il est le même dans presque tous les pays. Dans tous les pays aussi on cherche à l'atténuer. Qui n'est touché aujourd'hui chez nous de la nécessité de moins demander à l'enfant et de mieux choisir dans ce qu'on lui demande? Certains esprits seraient même portés, par excès de réaction, comme il arrive, à n'exiger plus assez, dans la crainte d'exiger trop. L'expérience et la bonne volonté de tous trouveront, il faut l'espérer, le point de la sagesse. Toutefois, si allégé que soit le poids de l'enseignement, l'éducation, il n'y a pas à se faire illusion, ne peut plus être, comme autrefois, une œuvre de loisir, destinée à germer lentement, à mûrir au gré du temps et du soleil. On pousse aux résultats, et on les veut prompts. L'habitude de voir l'industrie produire presque instantanément des merveilles nous induit à penser que la nature doit en faire autant; on gourmande ses lenteurs, on brusque ses temporisations. Pour soutenir cette sorte d'entraînement, pour parer à la déviation des intelligences et des caractères, qui en est le péril, rien ne peut être plus utile que le régime du travail commun : il oblige ceux qui le dirigent à ne pas dépasser la mesure au delà de laquelle la moyenne des esprits ne les suivrait pas ; il entretient chez les enfants eux-mêmes cette agilité d'esprit qui préserve la volonté des défaillances. Un pédagogue étranger me disait un jour avec une spirituelle bonhomie : « Les études sont devenues pour la jeunesse la première campagne, et, en campagne, les soldats romains, animés les uns par les autres, suppor-

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(aient allègrement le poids d'un armement qui, dans la vie ordinaire, les eût accablés. »

De celle communauté d'éludés se dégage encore une autre et très pénélianle inilueuce. A travers les varialions des programmes, noire enseignement classique a conservé son caractère essentiellement moralisateur. En faisant aux sciences la place qui leur était due, les lettres n'ont pas perdu leur privilège de mères nourricières, comme on disait au seizième siècle. C'est que, tandis (lue les unes représentent une des plus belles applications de l'esprit humain, les autres sont l'esprit humain luimême. l'oèt(!s, historiens, orateurs, philosophes de tous les temps et de tous les pays ont pour fond commun d'observation l'âme humaine avec ses instincts, ses passions, ses problèmes éternels. Ces problèmes et ces passions sont pour l'homiue l'objet des méditations de la vie, et la jeunesse n'en peut recevoir que l'inqji'ession première ; mais celte impression est d'autant plus vive, qu'elle a été ressentie avec d'autres, partagée et communiquée. Plularque, qui tenait école de morale, — école publique et école privée, — n'admettait dans la seconde aucun auditeur qui n'eût passé plus ou moins de temps dans la première. Ceux-là se:;ls lui semblaient en mesure de profiter de ses consultations intimes, qui avaient eu d'abord l'initiation d'un enseignement général. A son avis, rien ne vaut pour les premiers elTorls de la réflexion et de la pensée le concoure que se prélent les uns aux autres, même inconscienuuent, des jeunes gens réunis sous une comnuiiie direction. H comparait ces assemblées aux chœurs de danse où tous les danseurs se tenant par la main sont entiaînés dans le même rythme. Tout autre, en effet, est le prolil d'un texte exjjliipié dans un froid tète-à-léte, ou commenté avec un auditoire particijiant à ce branle

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que Pliitarque décrit si ingénieusement. Les écoliers ont eux-mêmes le sentiment très net de ce qu'ils appellent une bonne classe, c'est-à-dire de ces jours particulièrement heureux où, sous la parole émue du professeur, il semble qu'il passe à travers les bancs comme un frisson d'attention communicative. A quel maître n'cst-il pas arrivé de retrouver un élève qui ne paraissait que faire nombre et qui dix ans, vingt ans après sa s-ortie du collège était tout rempli du souvenir de quelques vers de Sophocle, d'une page de Taciîe, d'une scène de Corneille ou de Molière, dont l'explication bien menée avait, pour ainsi dire, fait batire à l'unisson tous les esprits? Les germes le plus obscurément éclos à la cbaleur de ce foyer commun ne sont ni les moins sûrs, ni les moins féconds.

Tel est, dans ses traits essentiels, le concours que l'on peut attendre de l'éducation publique. En même temps qu'elle inculque à l'enfant les idées d'égalité, de tolérance, de loyauté, de justice, de respect pour la supériorité de l'intelligence et du caractère, de solidarité, qui sont comme le viatique du monde moderne, elle lui crée, par l'habitude de la règle, du travail, de l'effort aisément soutenu, de la vie morale puisée aux mêmes sources, le tempérament d'esprit et de cœur qui lui permettra d'en supporter les épreuves.

Mais si les grands courants qui résultent des communs exercices contribuent à développer certains sentiments, sulTisent-ils pour donner à chaque caractère la direction particulière dont il a besoin?

Nous le reconnaissons volontiers avec M. de Laprade, a on ne peut faire des classes de caractères, comme

ESS. SEC. II. — li

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on fait des classes de latin et de nialhémaliques* ». Mais, lorsque l'auteur de ï Éducation libérale ajoute qu'il faut, pour cet enseignement, autant de professeurs et autant de méthodes que d'élèves, et surtout lorsqu'il conclut que « le caractère ne peut être formé que dans le sanctuaire de la famille », il nous semble qu'il dépasse la mesure. Si cette conclusion était absolument fondée, combien d'enfants seraient condamnés à n'avoir pas d'éducation! Poussant plus loin encore la criticpie du collège, Locke n'admet pas que l'instruction même soit donnée par un autre que par le père ou par un précepteur remplaçant le père, et il se refuse à comprendre que l'enfont « ait rien à gagner à vivre, plus ou moins de temps, au milieu d'une troupe de camarades de loule espèce, qui ne sauraient lui apprendre qu'à se quereller à propos de toupies et à tricher au jeu pour un liard-. » De tels paradoxes se réfuient d'eux-mêmes^.

Ce qui est vrai, c'est qu'on ne peut espérer de ne trouver dans un établissement d'éducation, public ou libre, que de bonnes natures et de bons exemples ^ Ce

1. L'éducalioti libérale, 2* partie, chap. iv. — Voir L'éducation et l'enseignement en matière d'instruction secondaire, par Timon (M. de Cormenin, Paris, 1847).

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