Quelques pensées, etc., sect. Vil, n" 70 et
3. Cf. rabbé de Saint-Pierre, Projet j'our perfectionner l'éducation, chap. xiii.
4. M. A. Bain fait sur ce point une observation qui mérite d'rtrc relevée : « Les mouvements tumultueux auxquels toute multitude est sujette constituent la jilus grande dillicullé dont le maître ail à triompher. Des êtres humains pris en masse se comportent tout autrement que ces mêmes' êtres pris un à un, et il se jiroduit jiarmi les premiers tnule une série nouvelle de forces et d'iniluences. l'n homme seul en jjrcsence d'une multitude est toujours au poste du danger. Tout iiulividu qui n'est qu'une unité dans une masse prend un caractère entiôi'cnu''nt nouveau. La passion antisociale ou malveillante, le plaisir de triompher, qui n'existe plus chez l'individu en présence d'un autre ]>lus puissant que lui, se réveille et s'enllamme (juand il se sent soutenu par d'autres. Toutes les fois qu'une attaque générale devient possible, l'autorité d'un homme isolé pèse bien peu dans la balance. » [La science de l'cducalion, chap. v, De l'influence personnelle du maître.)
qu'on ne peut contester davantage, c'est cpie, capables d'élans généreux, les foules, quelles qu'elles soient, sont sujettes aussi à des entraînements dangereux, cA que le cœur humain s'y transforme pour le mal comme jiour le bien, au Collège ainsi qu'ailleurs. N'a-t-on pas vu, au Lycée Louis-le-Grand, les élèves mutinés former, sous prétexte de solidarité, une sorte de ligue, impénétrable à tous les efforts du raisonnement persoiinel et des sentiments particuliers? Ce sont là des effets déplorables. Mais ils ne prouvent rien contre la discipline de la vie commune, sinon que les règles sur lesquelles elle repose ne peuvent avoir toute leur force et leur véritable moralité qu'à la condition que chacun en comprenne la raison et s'en applique la nécessité, ou, en d'autres termes, qu'à l'effort de la direction d'ensemble se joi;j;ne celui d'une direction individuelle; c'est-à-dire qu'en habituant l'enfant à vivre au milieu d'autres enfants, pour s'imprégner de tout ce qu'il peut puiser d'utile et de sain dans leur commerce, il faut l'exercer du même coup à se tirer de la presse, comme dit Montaigne, à se faire sa responsabilité propre, à résister loyalement aux mauvaises camaraderies et au faux respect humain.
Cet affranchissement des erreurs communes exige de sa part, sans doute, deux sérieux efforts de travail intérieur : la réflexion et l'activité; la réflexion qui se rend compte, l'activité qui se décide, — nul n'arrivant à se conduire qu'à ce prix. Elle exige en même temps chez le maître qui doit laider le discernement, l'esprit de suite, une grande fermeté tout à la fois et une grande souplesse de moyens. Il en est, en effet, des caractères comme des intelligences : l'accès en est plus ou moins ouvert, et il n'est pas le même pour tous. Mais, en faisant la classe pour trente élèves à la
fois, le professeur habile dirige les exercices d'après la connaissance qu'il a de chacun d'eux et dans le sens où il a le plus de chances d'en faire recueillir à tous le profit. Ainsi de l'éducateur. 11 étudie les caractères, il s'ingénie pour approprier le secours au besoin et assurer à l'enfant dans la vie commune dont il suit les règles le développement de sa vie particulière'. Ce qui caractérise surtout celte direction, c'est qu'il n'est rien qui n'y serve. L'instruction se donne à heures fixes; l'éducation se fait partout: « le matin et le vespre, disait Montaigne, le travail et le jeu, toutes heures luy sont unes, toutes places luy sont estudes- ». Que l'œuvre soit délicate, cela est certain. Les difficuilés commencent dès le moment qu'elle s'applique à deux enfants à la fois, et elles s'accroissent on raison du nombre. Nul n'a eu un sentiment plus vif que Rollin^ ; mais à Dieu ne plaise qu'il les considérât comme insurmontables! M. de Laprade n'en disconvient pas lui-même. 11 va jusqu'à considérer comme presque impossible de bien élever un enfant unique. Tout au contraire de Uousscau, il donne à son élève des frères et des sœurs; il groupe autour de lui les parents, les amis, les camarades que la famille choisit en partie, que donnent parfois en dehors d'elle les rencontres de la vie : tant il est vrai que cette double action de la dis-
1. Quelques jours après la révolte du Lycée Louis-le-Grand, atïrancliis des influences communes auxquelles ils avaient cédé et rendus chacun à son inipulsion propre, les mêmes jeunes gens qui s'étaient laissé entraîner au désordre tcnioit;naicnt à leur digne chef, cruellement frappé dans ses affections, les plus vifs sentiments de repentir et de respect. Nous aimons à signaler ce prompt retour, à leur honneur d'abord et aus.-i à l'honneur de l'éducation publique.