Essais, I, XXV
3. « Vouloir metlre tous les enfants de niveau et les assujettir A une même règle, c'est vouloir forcer la nature. » {Du gouvernemenl inté' rieur, etc., chap. i, 1" jiart., art. 2.) — Cf. Guizot, Mcdilalions morales, Conxeilx d'un père sur l'éducation : des vioi/eiis que doit apparier dans l éducation la variété des caractères.
cipline générale et de la discipline individuelle, l'une et l'autre nécessaires à la formation du caractère, n'est pas incompatible avec l'éducation commune 1
Au fond, c'est l'internat que l'on attaque. Les uns considèrent qu'il ne peut produire sur le caractère de la jeunesse que d'irrémédiables déviations', les autres que, s'il n'en est pas la cause, il est au moins impuissant à en prévenir les effets.
Nous nous sommes déjà expliqués sur l'internat. Nous n'en aimons pas le principe, nous travaillons à en réduire l'usage; mais il nous paraît impossible d'en supprimer l'institution '. Toutes les familles n'ont pas les loisirs, les ressources, les facilités nécessaires pour assurer à leurs enfants chez elles ou auprès d'elles l'éducation qui leur agrée. 11 n'en est point des lycées comme des écoles primaires; il n'y a que les centres de population relativement considérables qui en possèdent; ceux des grandes villes sont dispersés, sonvent insuffisants. Anéantir pour les jeunes gens bien doués par la nature, moins bien traités par la fortune, le seul moyen qu'ils puissent avoir de s'élever, ce serait tout à In fois commeîlre envers eux une sorte de déni de justice et frustrer la société du bénéfice de
1. De l'internat et de son in/hience sur l'éducation de la jeunesse, Mémoire lu à PAcadémie des sciences morales et politiques dans la séance du 29 juillet 1871, par II. Sainte-Claire Deville. — Cf. J. Simon, la Réforme de l'enseignement secondaire, 5' partie, chap. ii.
2. Vnir sur ce jioint dans \a Hevue politique et littéraire (1 avril 1883) un article plein de verve si^né K. K. Cet article a paru à l'occasion même de la révolte du Lycée Louis-le-Grand.
la valeur intellectuelle et morale que des éludes bien faites leur permettraient de développer. C'est dans une société démocratique surtout qu'il convient d'aller audevant de ces humbles marqués du sceau de l'infelligence, et de les aider à tirer des dons de la nature un légitime et utile parti.
On propose des palliatifs. Quelques-uns voudraient que l'Etat, s'affrancliissant du soin d'entretenir luimême des internats, en laissât à l'industrie privée la charge et les avantages; nous ne pensons pas que l'industrie privée soit en mesure de fournir aux familles et au pays plus de garanties que les établissements publics. Encore moins peut-on espérer sérieusement de voir substituer d'une manière absolue au régime du pensionnat proprement dit ce qu'on appelle la pension de famille. Ce mode d'éducation suppose des habitudes de vie privée très différentes de celles que nous ont créées nos mœurs familiales. Ajoutez qu'onéreux moralement pour ceux qui en acceptent la responsabilité, il est très dispendieux à ceux qui y ont recours, et qu'il ne peut être dés lors qu'un régime d'exception. — Ce ne sont point là des solutions franches et nettes ; elles déplacent la question, elles ne la tranchent point. ,
En réalité, c'est moins l'internat lui-même qui est visé que les conditions dans lesquelles il est organisé aujourd'hui. Le vice fondamental de l'institution, telle qu'elle existe à Paris surtout, c'est d'abord d'exister à Paris même ou au soin des grandes \illes; c'est ensuite de se prêter à des agglomérations d'enfants qui dépassent toute mesure, et la critique touche, par là, à un moindre degré sans doute, mais elle touche aussi nos grands externats.
L'ESPRIT DS DlSCIPLI^E. 215
On ne sait au juste coml)ien d'élèves l'Université de Paris comptait au temps de Rollin, ni ce qu'il eut luimême à gouverner d'enfants dans son Collège de Beauvais. Mais vers la fin du dix-huitième siècle, quinze ans environ avant la Révolution, les 5000 enfants ou jeunes gens recensés comme appartenant à l'enseignement secondaire étaient répartis entre « onze collèges de plein exercice et plus de quarante autres assez vastes pour contenir un bon nombre de boursiers qui allaient de là écouter les professeurs dans les Collèges* ». Lorsque le décret du 15 novembre 1811 établit les cadres des lycées, le nombre des pensionnaires fut fixé à 200^. A Paris, par exception, on admettait le cliiffre de 400. C'était le maximum prévu pour le Collège d'IIarcourt et pour l'établissement qu'on se proposait de créer dans l'ancien prieuré de Saint-Martin 5. Tel devait être également le cadre du Lycée Charlemagne, mis en état de recevoir des pensionnaires. Enfin le projet préparé pour la maison Sainte -Croix, rue de Charonne, et pour la maison Parmentier, rue des Postes, ne comportait qu'une population de 500 enfants. Et dès ce moment les esprits prévoyants n'étaient pas sans inquiétude sur ces grands casernements.
Que diraient-ils aujourd'hui de nos maisons, qui ne comptent pas moins de 1200, 1500, 1900 élèves, et dont les maîtres, professeurs ou administrateurs composent à eux seuls, non compris les agents inférieurs et les domestiques, un corps de 120, 150, 150 personnes*? Quelle charge pour le chef qui, en même temps qu'il