Art
5. Décret du 21 mars 1812, art. 3, C, 8, 9, II, 12, U. 4. Voir aux Aiine.xes. ii" VII.
préside au mouvement do la vie générale, a sous sa responsabilité personnelle la conduite particulière et, pour ainsi dire, la conscience de chaque enfant'! On ne gouverne pas la jeunesse de haut ni de loin : il faut lavoir de près. Le moyen, sans cela, de mesurer le venta la toison, de faire exactement la part de l'aiguillon et du frein, d'appliquer à propos l'éloge et le blâme, de saisir l'heure où l'oreille s'ouvre et où le cœur se fond, faciles adilus et mollia fandi temporal Le moyen même d'assurer à l'enfant, au milieu de cette diversité de forces qui influent sur son caractère, l'unité de direction 1
C'était autrefois un mode d'éducation fort goûté que celui qui consistait à laisser l'écolier pendant toute la durée ou au moins pendant une période prolongée de ses études entre les mains du même maître, qui lui imprimait sa marque. Nous préférons aujourd'hui, à juste titre, le système contraire. A chaque année ses professeurs. Cette organisation constitue assurément un des moyens d'action les plus puissants de l'éducation publique; elle préserve l'écolier de l'asservissement ou de la révolte. L'enfant fût-il irréprochable, il ne serait pas moins bon de le soumettre à ces disciplines diverses qui l'assouplissent. Mais, au delà d'une certaine mesure, cette diversité devient un instrument de confusion et un danger. Même pour l'enseignement, nous l'avons établi, il n'est pas bon que l'écolier ait trop de maîtres à 'la fois; son intelligence y perd le point d'appui terme dont il a besoin pour prendre confiance. A plus forte raison en est-il ainsi pour l'éducation du carac-
1. « Le proviseur», dit la circulaire inlerj)rélative du rég-lemenl du 7 avril 18o4, o doit avoir jour par jour et en quelque sorte heure par heure la connaissance exacte de tous les faits qui se passent dans l'établissement. >
tère. L'enfant ne peut se sentir sûrement conduit par tant de mains ensemble. La règle commune seule, dès lors, a prise sur lui. Il n'a plus d'activité propre; il s'abandonne aux rouages de la machine qui le mène ; il désapprend à se conduire. Qu'attendre d'un esprit ainsi désemparé, lorsque viendra le moment d'affronter la mêlée de la vie, dans une société dont le caractère dominant semble devenir chaque jour davantage l'amoindrissement de l'individu?
Notre organisation universitaire, sans doute, est depuis longtemps en possession d'institutions propres à assurer sa vigilance : surveillants généraux, qui suivent dans le détail des occupations de la journée un nombre plus ou moins considérable de sections d'enfants; assemblées des maîtres répétiteurs qui, tous les jours, viennent se rendre compte entre eux et rendre compte à l'administration qui les dirige de leurs observations sur les dispositions générales ou individuelles des enfants. A ces organes essentiels de la vie intérieure do nos lycées en a été tout récemment ajouté un autre, — le conseil des professeurs élus par leurs collègues et réunis sous la présidence du chef de l'établissement pour délibérer de tous les intérêts des éludes : innova tion libérale et certainement faite, si elle est bien comprise, pour établir l'harmonie des volontés et des directions, et créer 1 âme de la maison. Toutes ces forces morales rapprochées, combinées, fondues ensemble, peuvent conjurer, en partie, les dangers des agglomérations excessives. Mais la situation appelle des remèdes plus énergiques.
Le premier de tous, celui sans lequel tous les autres seraient inutiles, c'est la réduction du nombre des élèves. Le seul argument invoqué pour justifier la po-
pulation des grands établissements est un argument d'ordre financier : il faut que les Lycées, qui tous ou presque tous ont besoin des subsides de l'État, arrivent à couvrir leurs dépenses dans la plus large mesure, et le nombre peut seul diminuer la cliarge des frais généraux. Ce raisonnement n'est appliqué, et nous nous en félicitons, ni aux établissements primaires ni aux établissements supérieurs. Bien plus, en même temps que la gratuité des études était établie pour les uns comme pour les autres, une prescription sage fixait à 350 élèves le nombre maximum des enfants qui peuvent être réunis dans un externat primaire' ; et des conférences étaient instituées dans les Facultés, à côté des cours publics, pour assurer à cbaque étudiant les secours particuliers qui lui sont nécessaires 2. Nous espérons qu'un jour l'esprit de ces réformes si utiles pénétrera dans l'enseignement secondaire, moins favorisé jusqu'ici, et que la multiplication des Lycées permettra de limiter à 500 jeunes gens au plus, pour l'internat surtout, les cadres de tout établissement.
Le second remède, nous l'avons déjà indiqué aussi, c'est de ne plus établir d'internat que bors des grandes villes ou tout au moins loin des centres les plus populeux. L'espace, le grand air, l'éloignement des contacts malsains et des exemples dangereux sont des garanties d'Iiygiène pbysique et morale ; c'est dans ces conditions que nous avons pu établir Lakanal. à l'instar de Yanves, et, si le Lycée de Passy ne les réunit pas toutes, il en offre du moins le plus grand nombre.
D'autres réformes se jtréparent que nous appelons
1. Circulaire du 2S avril ISS'2 ; Instruction ^t'it^ralc du 28 juillet 1882.
2. Arrùli' du 5 novenihre IS77 ; Circulaires des 20 mars 1878, 8 septembre 1879 et 1" octobre 1880.
dopuis longtemps de nos vœux. Chose singulière : dans un pays habitué à compter au nombre de ses gloires les plus populaires tant d'écrivains qui ont traité de l'éducation, et dont le génie didactique par excellence a certainement contribué plus que tout autre à former l'esprit humain, la pédagogie a longtemps tardé à être mise en honneur. Une chaire de psychologie appliquée à l'éducation vient enfin d'être instituée à la Sorbonne', C'est la consécration de la place que la science pédagogique occupe dés aujourd'hui dans les écoles primaires, qu'elle doit prendre, avec non moins d'autorité, dans le haut et dans le moyen enseignement'.
En même temps on poursuit l'examen des améliorations à apporter dans la situation des maîtres répétiteurs. On se préoccupe surtout d'assurer aux jeunes maîtres une somme de loisirs suffisants pour leur permettre de se préparer aux grades par un travail régulier, et nous ne pouvons qu'y applaudir. Mais à côté de ces maîtres destinés à l'enseignement, il n'importe pas moins d'encourager, en les honorant et en les rétribuant comme il convient, ceux que leurs aptitudes désignent pour la direction des esprits^, de créer, en
1. La chaire vient d'être d(?finitivement cré(''o, sous le nom de : « Chaire de Science de l'éducation » (Décret du 1" mars 1887).
2. Il n'est pas d'Université en Allemagne qui ne compte un ou plusieurs cours de pédagogie, professés tour à tour par chacun des professeurs. — Parmi les propositions qui ont été discutées dans la commi'sion chargée d'étudier les améliorations à apporter à la condition des maîtres répélileurs, on a agité celle de créer, pour le personnel intérieur des Lycées, des conférences de pédagogie qui seraient faites par le proviseur. C'est ainsi que jadis procédait Kollin : rien ne pourrait coatril)uer plus utilement aux reformes que nous poui suivons.
3. L'institution des surveillants généraux est insuffisante : Louis-le- Grand pour GtXJ internes en a 4; Saint-Louis 3 pour le même nombre; Condorcet pour près de l'JOO enfants, 2. Absorbés par les soins de la discipline d'ensemble, les surveillants généraux ne peuvent s'occuper sunisainracnt de la discipline particulière desciprils.
un mot, une sorle d'école d'éducateurs qui se développent par la méditation des principes en même temps que par l'observation journalière des enfants* et fournissent à l'administration des Lycées et des Collèges, après des épreuves spéciales, s'il îe faut, une pépinière de pédagogues éclairés^.
Des hommes, c'est toujours là qu'il faut en venir dans les institutions humaines. Lorsqu'il s'agit d'éducation surtout, les meilleurs règlements ne valent que ce que valent ceux qui les appliquent. Dans les établissements sagement restreints dont nous concevons la création hors des grandes villes, et avec un personnel intérieur ainsi formé, — qu'on suppose un de nos excellents proviseurs, allégé de l'écrasante besogne que leur impose aujourd'hui la trop grande étendue des intérêts dont ils sont chargés, l'esprit libre et bien pénétré de la pensée que le Lycée n'est pas seulement un atelier de préparation aux examens, sachant faire à chacun sa part d'action légitime, mais ayant partout l'œil et la main, laissant l'enfant, sous le contrôle d'une discipline générale plus souple, s'épanouir dans son activité naturelle et s'offrir aux conseils, multipliant les occasions de le rapprocher de lui, d'élever son cœur, de fortifier sa conscience : à de telles conditions, ne semble-t-il pas que l'internat lui même, puisqu'il faut qu'il subsiste, n'a rien de contraire aux principes
1. Une réserve a été faite en faveur de ces maîtres dans le décret ilvi 8 janvier I8s7, réserve trop étroite et très insuffisante à notre idée, mais dont il ne sera pas impossii)le de tirer parti.
2. Le projet de loi sur l'enseignement secondaire libre adoplé par la Chambre des députés et actuellement soumis au Sénat com|irend un examen sur la pédagogie parmi les épreuves imposées à ceux qui veulent ouvrir un établissement; il serait bon d'imposer cette condition à tout
; notre personnel administratif : ni la licence ni l'agrégation ne sauraient y suppléer.
de l'éducation à la fois libérale et forte dont nous avons essayé d'établir le caractère?
Cependant aucun de ces efforts ne pourra porter ses fruits sans le concours ferme et suivi de la famille et de tous ceux qui sont en mesure de soutenir son action. Qu'on nous permette d'insister sur ce point.
L'un des ressorts du gouvernement intérieur des Collèges, tel que RoUin le décrit, c'est la participation des parents à tout ce qui intéresse le développement moral de l'enfant. J.-J. Rousseau, qui, à défaut de l'exemple, sait si bien fournir le précepte, n'admet pas que le père invoque l'empêchement ou le souci des affaires, des fonctions, des devoirs : « son premier devoir n'est-il pas d'être père*? )> Seconder la direction de la famille et ne jamais chercher à s'y substituer, tel est, depuis cent ans, le caractère de notre éducation nationale. Il n'a été en aucun temps plus marqué qu'aujourd'hui. Autrefois les sorties des écoliers étaient rares, les vacances courtes ; les distances et la difficulté des communicalions rendaient malaisés les rapprochements. Pour la plupart des écoliers l'année scolaire se passait loin du foyer. Si l'on s'en fût remis à l'abbé de Saint-Pierre, une fois sortis de la famille pour leur éducation, les enfants, surtout les filles, n'y seraient plus rentrés que pour se ma-