‹ Education et instructionChapitre 63 sur 114 · Emile, liv. I, p · texte numérisé non relu

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rier; la correspondance même, au témoignage de Roilin, qui n'exagère rien, était peu suivie*. Ce n'est pas certes de l'insuffisance des congés qu'on pourrait avoir actuellement à se plaindre. Dans l'internat, avec quelques bonnes notes, un élève peut conquérir chaque semaine la liberté du dimanche. D'autre part, il est loisible à la famille, en visitant elle-même l'enfant ou en le faisant visiter par des intermédiaires autorisés, de suivre ses dispositions jour par jour-. Elle intervient enfin dans quelques-uns des actes les plus graves de la discipline du pensionnat : en vertu des règlements nouveaux, elle a le droit de décider s'il suivra, ou en quelle mesure il suivra les exercices religieux de l'Église dans laquelle il est né ; et à partir de dix-sept ans elle peut obtenir qu'il rentre et sorte seul, c'est-à-dire qu'il s'appartienne entièrement au delà du seuil du Lycée : c'est un partage absolu de l'autorité.

Qu'un grand nombre de familles en usent comme il convient, nous sommes heureux de le déclarer bien haut. Mais n'arrive-t-il pas trop souvent qu'on jette l'enfant à l'éducation publique comme un fardeau dont on se décharge? On pourvoit à son bien-être et à ses plaisirs; on s'en remet pour le reste aux maîtres, dont c'est l'affaire, aux années qui doivent accomplir leur œuvre; et l'on attend que l'établissement vous

\ Du gouvernement intérieur, etc., chap. ii. 1" part., art. 1". — Cf. chap. m et iv

2. « 11 faut, — dit la circulaire interprétative du règlement du 7 avril "5851 expliquant l'importance des bulletins trimestriels, — il faut que l'enfant sache bien que, même au Collège, il vit constamment sous l'œil de ses parents. » Ajoutons que la diminution du nombre des élèves dans chaque otablisement permettrait de développer davantage CCS notes si précieuses pour les familles qui veulent se rendre compte.

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rende un homme. Encore si l'on acceplait les résultats de cet étrange désintéressement! Mais viennent les mauvais jours, les échecs, les égarements, on s'étonne, on s'irrite, on se range parmi les pères de famille mécontents, et l'on ne songe môme pas à se demander si l'on a le droit d'être bien content de soi'. Ils se plaignent de l'amertume des eaux qu'ils boivent, disait Locke à ses contemporains, et ils oublient que ce sont eux qui ont empoisonné la source*.

L'éducation publique ne peut réussir qu'à la condition que la famille la prépare, la soutienne et la complète. Locke, comme Hollin, demande que l'œuvre commence dès le berceau. De l'avis de tous les psychologues, ce n'est trop tôt ni pour connaître l'enfant ni pour le régler. L'intelligence tarde quelquefois à s'ouvi'ir. Le caractère se fait connaître de bonne heure; un mol, un geste, un regard le révèle. Ce sont ces premiers mouvements de la nature qu'il est bon de mettre à profit pour imprimer à la volonté naissante une direction. L'enfant ne naît, en général, ni absolument bon ni absolument mauvais; il devient le plus souvent ce qu'en font ceux qui l'élèvent^! Faut-il pour cela s'en remettre à la tendresse ou s'armer d'autorité, se faire craindre ou se faire aimer? L'éducation complaisante et l'éducation austère ont, l'une comme l'autre, leurs partisans. Au fond, qu'au vase emmiellé de Montaigne

1. Voir Prévost-Paradol, Du rôle de la famille dans l'éducalion (Paris, 1837).

2. Quelques pensées, etc., sect. II, n" 31 A 57. — Cf. Rollin,/)« gouvernement intérieur, etc., eliap. i, 1" partie, art. 5.

3. « Je trouve que nos plus j^rands vices prennent leur ply dez noslre plus tendre enl'anee et que noire principal gouvernement est entre les mains des nourrices. » (Montaigne, Essais, I, siii.) — Homo non nascitur, (lisait Érasme, sed fuujitur.

et aux dragées de Bernardin de Saint-Pierre on préfère les raisonnements de Locke interdisant à l'enfant tout caprice* ou les prescriptions de Kant préconisant les refus irrévocables*, en réalité il importe peu. La nature, dans sa souplesse infinie, échappe à ces vues de système et en brise les cadres trop étroits. Il existe toujours des moyens de retour dans les refus les plus irrévocables, remarque maternellement M™' Guizot^, et Montaigne lui-même reconnaît que « l'institution d'un enfant se doibt conduire par une sévère doulceur*» : c'est celle mesure de sagesse qu'indiquait ingénieusement Dupont de Nemours lorsque, des commandements militaires qui s'imposent, il distinguait les commandements paternels, qui se raisonnent. Mais la plus funeste des conduites à l'égard de l'enfant est de n'en avoir pas, de s'en remettre à l'humeur du moment, de ne rien prendre au sérieux, défauts ou quaUtés, d'exalter les unes, de fermer les yeux sur les autres ou de s'en amuser, et de dire: le Lycée corrigera tout cela. Connue si le Lycée n'avait pas assez à faire avec ce que la meilleure éducation de la fomille risque toujours de laisser! L'insouciance à cet égard est d'autant plus coupable que le plus souvent l'enfant va au-devant de cette tutelle aimable, bien loin de s'y dérober. 11 n'a d'abord qu'une conscience tout extérieure, pour ainsi dire : le regard de sa mère, qui, suivant qu'il l'enveloppe d'une caresse ou semble le frapper d'un avertissement, lui donne la première et pénétrante notion du devoir; mais il y a déjà bien du raisonnement au fond de ces

1. Quelques pensées, etc., sect. II, n" 38 à 42; scct. XU, n° 107.

2. '< Tout refus doit être irrévocable. C'rsl un moyen infaillible de n'avoir pas besoin de refuser souvent. » — Cf. Kollin, Du gouvernement inlérieiir, etc., chap. i, l'" part., art. .>.

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