‹ Education et instructionChapitre 65 sur 114 · Liv. I, chap. i · texte numérisé non relu

Liv. I, chap. i

î. De l'éducation des filles, cliaji. T.

L ESI'I'.IT DE DISCIPLINE. 2ôl

licitude pénétrante, sa raison affectueuse, son abnégation, rattache, dans sa pensée, ce qu'il a de meilleur a ce cher idéal.

La famille doit encore à l'enfant d'autres leçons plus directes, plus personnelles. On conteste à l'éducation publique le pouvoir de développer dans la masse des élèves qui lui sont confiés le tact, la délicatesse, la distinction, toute celte fleur de sentiment qui constitue proprement le charme du caractère*. C'est ne point assez accorder, semble-t-il, à ces vaillantes et ■limables camaraderies de jeunesse, qui, elles aussi, lempent et assouplissent l'esprit. Nul doute toutefois que la vie de famille, avec les relations qu'elle crée, les égards qu'elle comporte, les vues qu'elle donne de tous les côtés sur le monde, ne soit plus propre qu'aucune .iLilre à imprimer au caractère ce vernis de politesse et d'agrément; mais c'est le fond que nous considérons avant tout et la solidité qui nous importe. Or l'observation porte ici dans toute sa force. On est en droit d'attendre beaucoup du concours effectif des parents, ()our peu qu'ils ne s'y l'cfusent point. Nous n'ignorons pas ce que leur perspicacité peut rencontrer d'obstacles, nous faisons la part des illusions : en raison même de leur affection, ils sont exposés à porter trop haut leurs espérances ou à désespérer trop vite. L'avis désintéressé et froid d'un maître habile est souvent nécessaire pour rétablir la mesure. Et cependant n'est-il pas vrai que ceux-là seuls se trompent, qui veulent ubslinément être trompés? Qui est plus près que le père et la mère du cœur de l'enfant? Qui saurait mieux se rendre compte de ses propensions instinctives et de

1. E. lîcnuii, la Hefurme inlclleclueUc et morale, la paît de la famille et de lÈlat dans l'éducatiûn.

ses prissions naissnnfcs, distingiior dans ses êcails la défaillauco ou la révolte passagère de la rai!)less radicale et de la résistance opiniâtre, exciter, selon le besoin, ou amortir sa sensibilité, rassujotlir aux nécos sites qui s'imposent et le faire triompher des difiicu tés (|ui ne tiennent qu'à lui, suivre avec sagesse les crises qui arrêtent ou précipitent son développement, surveiller ces délicatesses de l'honneur juvénile, ce premier éveil de la dignité personnelle, si facile à exalter par la pratique des sentiments honnêtes, si prompte à céder sous l'indifférence ou les mau vaises habitudes, le traiter en un mot d'après so tempérament et lui donner le régime moral qu lui convient? A qui appartiendrait-il davantage de h familiariser avec le bien, de le mellie en garde contr le mais sans craindre, suivant l'ingénieuse expressio: de M""' Guizot, de le laisser toucher à la lame de l'épé et au tranchant du couteau, mais en lui apprenant à toucher et à manier par le bon bout-? Qui pourrait mieux surtout saisir ou faire naître les occasions, toujours rares, au Lycée, alors même qu'on les multiplie, de l'exercer à délibérer, à prendre un parti, à faire acte d'autorité sur lui-même, à se commander et à s'obéir"? 11 est, dit M. de Laprade\ deux sortes de consciences : les consciences soumises et les consciences fortes; celles qui s'abandonnent, celles qui se conduisent. Et M. de Laprade se place résolu-

. 1. «Je veux », dit ailniirablcmcnt Montaigne, « qu'il ne laisse à faire le mal ny à l'aulte de lorce, iiy de science, mais à laulle de v.ilonté, .. qu'il puisse faire toutes thoses et n'aime à faire que les bonnes. » Essais, liv. I, cliap. XXII. — Cf. Locke, Quelques fCnsccs, etc., secl. IX, n" 94.

2. Ia'Uj-cs sur il cliiculion, lettre vi. — Cf. lellre xi.ui.

5. « En tout et partout, il y a assez de mes yeuK à me tenir en office : il n'y en a point qui me veillent de si près, ny que je respecte plus. • (Montaigne, Essai'-, I, xïii.)

i. L'Éducalion libéiale.'i'poïl., cliap. m.

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ment du côté des consciences fortes, comptant sur la sollicitude des parents pour les régler. La part si largement réservée aujourd'hui à l'autorité de la famille par le sentiment public comme par la loi dans le gouvernement de l'enfant impose plus que, jamais aux parents le devoir de travailler à le pourvoir du le<t nécessaire pour assurer sa marche à travers les courants de la vie. Tâche grave assurément et délicate : car, pour assurer à sa volonté en travail une direction éclairée, ce n'est pas assez du bon vouloir et des intiMîtions droites : il y faut l'observation persévérante, la sagacité active, l'esprit de décision, tout cet \ ensemble d'efforts réfléchis et soutenus, de qualités

//] fines et graves que nous trouvons si naturel d'exiger ' des autres ; mais tâche généreuse aussi et féconde entre

^ toutes : car c'est l'effet d'une éducation bien suivie d'améliorer à la fois ceux auxquels elle s'applique et ceux qui la fout.

Cette collaboration de la famille produira des effets d'autant plus heureux qu'elle trouvera l'appui de l'esprit public.

On a répété bien des fois, depuis vingt ans, le mot mis par Plutarque dans la bouche d'Agésilas : « Que faut-il apprendre à l'enfant? Ce qu'il doit faire étant homme. » C'est pour répondre à cette pensée qu'il a été fait place dans l'enseignement de l'histoire à l'histoire contemporaine; dans l'enseignement de la morale, aux principes de la morale civique; dans l'enseignement de la philosophie, aux éléments de l'économie politique dont les lois nous régissent. Ces modifications témoignent d'une sage prévoyance. Ce n'est pas aujourd'hui qu'on pourrait reprocher à nos éludes de draper la jeunesse à ranli(|ue. L'esprit modciiu; les pénétre de toutes parts. L'Université n'a pas (.le plus

234 ENSEIGNEMENT SECONDAIRE. i

vif souci qiio de faire des hommes de leur pays et do ! leur temps. Mais autre chose est de préparer les jeunes i j:ens à la vie, autre chose de les y faire participer avant \ l'heure. On ouhlie trop parfois — l'ohservation est de ' Rousseau* — que la nature veut que les enfants soient enfants avant que d'être hommes, et qu'à intervertir cet ordre on risque de produire des fruits précoces, qui n'auront ni maturité ni saveur et ne tarderont pas à se corrompre. A «{uoi peut-on aboutir en les encourageant, en les excitant à devancer les années, sinon, comme l'ajoute le maître d'Emile, à faire de jeunes docteurs et de vieux enfants? Heureux ceux qui arrivent frais d'esprit, frais de cœur, aux divers âges de la vie! Il n'est pas de jour, pour ainsi dire, où le Parlement, où la presse ne traite avec la plus vaillante ardeur les questions qui se rattachent à l'éducation nationale. L'intérêt commun, l'intérêt des enfants surtout est qu'on s'occupe d'eux en dehors d'eux, audessus d'eux. Si nous demandons que les internats soient placés hors des villes, c'e^, entre autres raisons, dans une pensée de préservation morale. Nous voudrions que, d'accord avec nous, le seuil des Lycées fût protégé contre les émotions du dehors par la sagesse des familles et par la sollicitude publique. L'esprit ne se partage pae im|mnément, à l'âge où il se forme, entre les spéculations désintéressées de l'étude et les troublantes préoccupations des problèmes du moment, 11 faut s'habituer à dormir au bruit de la rue, a dit un fin et ^^udicieux juoraliste de notre temps; ce sonmieil vigilant est l'honneur d'un peuple libre; à chaque génération d'assurer à son tour sa sécurité et sa dignité.

1. tlmilc, liv. II, p. 82. — « Laissez mûrir reni"ance dans les enfanls », tlil ailleurs Rousseau, ibid., p. 77. — Of. liv. IV, p. 253, sur « l'arl de protéger l'enfance ».

Mais laissons la jeunesse, en attendant que son jour soit venu, dormir de son plein sonnueil, de ce for(i(iant et pur sommeil que traversent seulement les rêves de l'idéal, si nous voulons que, lorsqu'aura sonné pouielle l'heure de l'action, elle se présente le cœur ferme et haut.

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