Encyclopédie, art. Collège
2. Porlefcuillc de M" Diipin, dame de Chenonceaux, Lettres eiœuvrcs inédiles, etc., publié par le coitile Gnston de Villrneuve Cuiliert, Paris, 1881, Mémoire présenté à M. Dupin pour L'éducation de son fils, 174C.
auteurs, l'hisloire naturelle, la physique et les mathématiques; la morale et le droit naturel : voilà les matières qu'il se proposait d'enseigner. Dans quel ordre comptait-il les aborder? Le Mémoire est à cet égard un peu confus. Mais trois points de méthode s'en dégagent : le premier, c'est que, contrairement aux vues qui avaient prévalu depuis un siècle, Rousseau ne voit pas d'inconvénient à commencer l'étude des langues par le latin^; le second, c'est qu'il ne semble pas demander, comme il le proposera plus tard, que l'enseignement des faits, des réalités, précède tous les autres ; le troisième , c'est qu'à son avis l'histoire naturelle et la physique doivent être apprises, non dans les livres, mais avec la nature et par la nature; ici nous retrouvons pleinement la discipline de VÉinile.
Ces intempérances ou ces nouveautés de critique signalées, il faut chercher dans les Mémoires et Comptes rendus du président Rolland le véritable caractère et l'exacte mesure de la réforme provoquée par
■1. « Je sais que, dans la iiécessilé où l'on est d'apprendre le français mijlhocliquement et autrement quo par l'usage, du moins quand on veut savoir écrire, bi<>n des gens aiment mieux l'aire commencer les enfants par la g^rammaire franvaise, suivant l'ordre le plus naturel; je ne serais pas tout à l'ait de cet avis, parce qu'il me semble que c'est lui imposer un double travail : car, après la grammaire française, il faut toujours revenir à la latine, c'est-à-dire au rudiment, au lieu qu'en commençant par celle-ci, ils apprennent à la fois les éléments de l'une et de l'autre : ce qui a de plus l'avantage de fixer mieux leur esprit que la grammaire française, dont ils ne sentent pas d'abord trop bien l'utilité. » {Mémoire préienté à M. Dupiii, etc.)
LA QUESTION DES l'UOGRAMMES. 35
l'opinion'. Rolland n'tîntendait nullement rompre avec la tradition-. Le Traité des Études restait pour lui l'évaugile de l'éducation^. Tout le dix-huitième siècle a professé pour Rollin ce respect attendri; l'un des plus énergiques partisans des idées en faveur, La Chalotais, avait
1. « Le 3 septembre 1762, avait été rendu un arrêt pour ordonner que les Universités de Paris, de Reims, de Bourges, de Poitiers, d'Angers et d'0ilé:ins enverraient, dans le délai de trois mois, au Procureur général du Roi, tels Mémoires qu'otlos aviserait nt être bons, contenant les règlements d'études et de discipline qu'elles croiraient devoir proposer pour être observés dans les collèges des différentes villes du ressort de la Cour. » Il s'agissait, dans ces Mémoires, d'indiquer : «les plans les plus propres pour remplir les trois principaux objets de l'instruction de la jeunesse, la religion, les mœurs, les sciences, c'est-à-dire : 1° pour inspirer dans le cœur des junnes gens les premiers principes de la religion, leur en apprendre et leur en faire pratiquer les devoirs, et les appliquer utilement à l'étude de l'histoire sainte ; 2° pour former leurs mœurs par l'étude et par la pratique de la vertu; 5° pour leur apjirendre les éléments et les principes des langues française, grecque, latine ou autres, l'histoire, les belles-lettres, la rhétorique, la philosophie et les autres sciences qui peuvent convenir à cet âge ». {Mémoire sur l'admis nistraliun du Collège Louis- le-Grand, p. 12.)
2. Voici, d'après le président Rolland, quelle était, au milieu du dixhuitième siècle (1765), l'organisation des classes dans les Collèges de l'Université : « Les premières aimées sont partagées en six classes, que chaque écolier parcourt successivement et sous différents maîtres, et dont la Rhétori(iue est le complément et la perfection. Dans les premières, on acquiert la connaissance des langues; dans la dernière, on s'instruit dans l'art d'en faiie usage pour toucher, persuader et convaincre; et, dans cnacune, le professeur est obligé de joindre à l'objet principal de l'instruction tout ce qu'exige l'étude de la religion et do Ihistoire. A ces six classes succèdent deux années de philosophie. Ici le maître suit ses écoliers et leur montre successivement les quatre parlies entre lesquelles l'Université divise toute sa philosophie. Ces quatre parties sont : la logique, la métaphysique, la morale et la physique; les trois premières roulent sur les choses abstraites et relatives aux esprits; la pbysique a les corps pour objet, et l'Université remarque que l'étude de chacune de ces parties porte sur deux pratiques également cssenlielles : l'observation et le raisonnement, dont l'une lixo les principes et l'autre les développe et les étend. L'enseignement de ces quatre parties se fait en langue latine. » iflan d'éducation, 2" part., p. 113.)
3. « Il est difficile, dit-il en parlant du Traité des Études, de réunir dans un ouvrage plus de jugement, de goût et d'honnêteté; on y voit toujours marcher ensemble res))rit et la raison, la vertu et les lettres, les préceptes et les exemples.... C'est dans ce livre que tout instituteur trouve les véritables règles de l'éducation. » [Plan d'éducation, 2" part, p. 145.)
consncré un chapitre de son plan à l'éducation littéraire et il définissait le goût dans des termes que lîollin n'aurait cerlainement pas désavoués*. Mais on avait dévié des voies pratiquées par l'auteur du Traité des Etudes à la suite des Jansénistes cl des Oratoiiens, et l'on avait laissé se refermer celles qu'il avait commencé à entr'ouvrir. « Presque personne n'a mis à exécution le plan de M, nollin, écrivait-on en 1762. Où sont les Collèges oij l'on apprenne aux enfants la langue fiançaise par principes? Où sont ceux où on leur enseigne suffisamment la géographie, l'histoire, la chronologie, la fable? Où sont (;oux où on leur fasse lire assidûment et d'une manière suivie l'IIifitoire ancienne et Vllistoire romaine, qui n'ont été composées que pour eux?... Tous se bornent à traduire du latin en fi'ançais, soit de vive voix, soit par écrit, à mettre du français en latin, à arranger des mots pour en faire des vers et à faire tout au plus une centaine d'amplifications latines ou françaises*. » C'est ce qui expliiiue que ce soit sur l'étude des langues que Piolland croit utile tout d'abord de porter son effort, et il l'y porte avec fermeté. Bien que profondément convaincu, comme Richelieu, que le Collège classique ne convient pas à tout le monde, il a, lui aussi, l'amour de l'antiquité, et il voudrait remettre en honneur le gi'ec tombé en di?crédit; il s'attache parli-
1. 0 Le goût, dit La Chalotnis, est un discernemont prompt, vif et délicat des be.uités qui doivent entrer dans un ouvrage; il nait de la sai;acité et de la jeunesse de l'esprit, et par coasériueiit c'e;?t un don de la nature; mais il se peireclionnc par l'étude et par l'exercice; il apeiçoit les beautés it les dcl'aiits; il les compare, les balance et les apftu'cie par un examen si fin et si prompt, qu'il parait être plulôl l'ctret d'un senlinlfenl et d'une espèce d'instinct que la discussion. » {Essai d'erlucn- Iton nalionale ou Plan d'éludés pour la jeunesse par Messirt; Lnuis-Ueiié de Caradaiic de la Chalulais, Procureur général du Itoi au Piii'lonicnt de Bretagne : Ce que c'est que le goût et quels sont les moijens de le former.)
2. Letlre où l'on examine quel plan d'éducation on pourrait suivre dans £s écoles publiques , in-1'2 (.-ans nom d'auteur), p. 3.
culièrement à la langue française; il ne s'explique pas la négligence, « aussi funeste qu'inexcusable », dans laquelle on la laisse, et il demande « qu'elle marche entin d'un pied égal avec la langue latine : s'il est utile pour quelques-uns de connaître les langues anciennes, il estnécessairepour tous de savoirleurlanguenaturelle* ».
Toutefois il s'étonne plus qu'il ne s'inquiète de ce
1. <t On reproche à l'Université, ajoutait Rolland (Plan d'éducation, 2* part., p. Ii3), la langue dans laquelle elle donne ses leçons de philosophie : elle a pour juslilicalion l'usage des Facultés; la pliilosophie en ouvre l'entrée et il faut que ses disciples s'accoutument de bonne heure à parler la langue qui y est en usage : mais serait-il nécessaire dans ces Facultés mêmes que l'enseignement se fit toujours en latin? Croyonsnous que parmi les Grecs et les Romains, nos modèles et nos maîtres, les sciences fussent enseignées dans une langue étrangère? On ne saurait concevoir comtjien cet usage est nuisible à la perfection de notre langue, qui s'enrichirait par l'exercice et que l'argumentation même pourrait rendre plus claire et plus précise » Voici cependant à quelle mesure timide il propose de borner la réforme de l'usage : « ... Je croirais utile de laisser à ces écoles leur ancien usage ; mais si l'on adoptait en même temps ce qu'a proposé relativement aux quatre articles du clergé le bailliage de tours, on pourrait ordonner qu'ils seraient traités, disputés, soutenus dans notre langue naturelle : il rae semble que ce meao-termine concilierait tout ».
Cette résistance des mœurs était réelle d'ailleurs ; on en trouvera le témoignage dans le document suivant : o Anno Domini 1789, die iMercurii décima sexla mensis Decembris, habita sunt in collegio Ludovic! Magni coinilia rectoria Quatuor Nalionum ... Accessere demum varii phllosopliiai auditores ac duo petiere, alterum ne in posterum professores pbilosophiai scriptiones suas diclarenl in scholis ; alterum vero, ne professores iidem lectiones suas latine, sed vernacule essent habituri. » [.archives du Ministère de l'Instrucliou publique, registre XLVlll, fol. 8.) — Sans se prononcer sur le fond des questions, la Faculté des Arts, dit M. Jourdain, à qui nous empruntons cette pièce {Histoire de l'Université de Paris, liv. IV.chap. m, p. 485), se contenta de maintenir provisoirement l'exécution de ses règlements, et elle ajourna jusqu'à la rentrée prochaine les changements qui seraient reconnus nécessaires. INéanmoins elle crut devoir recommander à ses professeurs, comme un travail très urgent, la rédaction de nouveaux traités élémentaires de pliilosophie. Ce lut pour déférer à cette invitation qu'un professeur du Collège du Cardinal-Lemoine, M. Lange, composa ses Éléments de pliysique, le premier ouvrage de ce genre, écrit en fiançais, que l'Université de Paris ait adopté pour l'usage des classes. — .^joutons toutefois qu'en 1741 (4 novembre) la Faculté des Arts avait ordonné l'emiiloi exclusifdu fiançais d:ins la rédaction des procès-verhaux dressés et des ordonnances rendues habituelleniciit à la suite de la visite de chaque Collège. »
38 ENSEIGINEMIÎINT SECOiNDAinE.
reste de « barbarie », tant il est convaincu que la langue naturelle arrivera à se faire sa place, tout le monde compienant de mieux en mieux la nécessité d'apprendre en français ce qu'on apprend pour les choses mêmes! « Ce qui l'a toujours révolté, — il n'hésite pas devant le mot, — c'est que les jeunes gens qui fréquentent les Collèges savent le nom de tous les consuls de Rome et ignorent souvent celui de nos rois. » Un cours d'his loire nationale ne lui suffit même pas; il veut qu'on enseigne aux élèves l'histoire locale, l'histoire de leur province ; que, chaque année, à la distribution des prix, le professeur chargé du discours prenne pour sujet la biographie de quelque grand personnage de la région; et il n'entend pas par là une suite de légendes banales : l'histoire, à ses yeux, est une science qui doit avoir ses maîtres spéciaux ^ 11 applique les mêmes conclusions à l'enseignement des langues vivantes, —
1. « Quoique Ton puisse profiler dans la lecture des histoires de toutes les nations, disait le chancelier d'Aguesseau dès ITlG, c'est cependant à celle de notre pays que nous devons principalement nous attacher. Les unes sont pour nous l'agréable et l'utile, l'autre est l'essentiel elle nécessaire, nécessaire pour tout homme éclairé qui ne veut pas vivre comme un étranger dans sa patrie, encore plus nécessaire pour un homme destiné à servir la république, qui ne saurait la bien servir sans la connaître jiarfaitement, ni la connaître parfaitement sans une étude exacte et suivie de l'histoire prise dans ses sources et autorisée par les monuments qui nous en restent. » (Inslructionn sur les études propres à furmer un magistrat, 1" instruction.) A l'Iiistoire de France d'Aguesseau ajoute celle des nations voisines, sans laquelle il est impossible de bien savoir celle de son pays. L'Iiistoire des anciens (histoire sacrée, histoire grecque et histoire romaine) vient dans son plan en troisième li^ne, et pour celleci il recommande l'étude des médailles et des inscriptions. — Tel est également l'avis de Guyton de Morveau [Mémoire sur l'éducation pulitique, avec te prospectus d'un Collège suivant les principes de cet ouvrage, 17G4, in-ri, sect. n, art. 3) : « Combien de gens donneraient vohm iers pour un peu d'iiistoiro tout ce qu'ils ont rapporté du Collège! Tenons pour constant que tout [ilaii d'éducation publique est vicieux, s'il ne com- ))rend les éléments de riiistoirc, et que dans tous les Collèges il est indispensable d'établir un cours particulier sur celle matière. » — Une chaire spéciale d'histoire avait été créée à Toulouse, en 1763. Le professeur fourni.ssait deux heures d'enseignement dans clia(|ue classe. — Cf. le Rè- (jlement pour les exercices intérieurs du Collège Louis-le-Grand (ITliK),
italien, anglais, allemand, — « dont les avantages, dit-il avec Guyton de Morveau, ne se bornent pas à la facilité des négociations, à la commodité du commerce et à l'agrément des voyages, mais qui offrent encore la plus riche moisson aux amateurs des beaux-arts, aux littérateurs et aux savants^ ». 11 estime surtout — c'est là le point capital de son œuvre — que le moment est venu de détacher les sciences du couj's de la philosophie, où elles étaient comme perdues^ et de créer des maîtres de mathématiques, de physique expérimentale et d'histoire naturelle^. La Chalotais introduisait ces études dans le programme du premier âge ; Rolland ne croit pas nécessaire de changer la place que Rollin leur avait laissée; il ne tient qu'à en étendre laportée.
Longtemps encore, faute de maîtres, la physique des Collèges restera ce que Rollin appelait lui-même la physique des enfants, et Fourcroy ne faisait que témoigner de la difficulté de transformer les moyens d'éducation d'un pays comme par un coup de baguette, lorsque
Ut. V, art. 16 : « Les jours de congés, de dimanches et de fêtes, y lisonsnous, les maîtres auront l'aUen tien de ménager sur le temps d'étude au moins une demi-heure pour donner à leurs écoliers des leçons élémentaires de géographie et d'histoiie. »
1. L'étude de i'ilalicn et de l'espagnol entrait dans le plan d'études de d'Aguesseau {Instntclioiis déjà citées, 5" instruction.) — « On traite les langues vivantes à peu près comme les contemporains, dit La Chalotais, avec une sorte d'indiftérence, et presque toujours dcsavantagcnsement. Ce sont les circonstances et le goût qui doivent décider du lemiis; on renvoieordinairement cette étude auxannées qui suiventl'éducation. » (Essai d'éducation nationale, etc.)
2. On en était resté à cet égard à la division de l'antiquité : morale, physique et logique : « Fuit accepta jam a Platone plulosophiœ divisio triplex; una de vila et morihus, allei'a de nalui-a et rébus occultis, tcrtia de disserendo et quid verum cl quid falsum judicando. » (Cicéron, Acad., I, 3. — Cf. Sénèque, Epist., .''O.)
3. « L'histoire naturelle même ne devrait-elle pas entrer dans l'enseignement de la physique, et toutes les sciences qui en font partie ne demanderaient-elles pas plus de détails et d'instruction? » (Mémoire sur V administration du Collège Louis-lc-Grand, p. 141.)
en 1802 il écrivait : « Go que j'r.i vu, ce que plusieurs de ceux qui in'écoulent ont vu comme moi, c'est qu'un démonstrateur ambulant venait montrer quelques phénomènes électriques ou magnétiques, quelques expériences dans le vide, la cii'culation du sang dans le mésentère d'une grenouille, le spectacle du grossissement de qucl(|ues objets par le microscope : là se bornait l'élude de la nature. » Certains Collèges, cependant, étaient déjà pourvus de chaires particulières : on citait nutammeni, à Paris, le Collège .Mazarin et le Collège de Navarre' ; pour tous la règle était posée-. 11 ne s'agissait plus seulement, ainsi qu'on l'avait vu au dix-septième siècle, d'un changement de méthode dans la direction des études, c'était un changement d'esprit^ : les sciences
1. Lettres pri'-nlex jwrlant règlement pour le Collège de N'rtra/vf, 1732, art. 5 : « Avons érigé et érigeons en notre dit Collèy^e une chaire de physique expérnnentale.... » Le premier titulaire fut l'ahbe Noilet, qui s'était l'ait connaître à la cour par des conférences scientiliques. — l'ne chaire de malhémaliqucs avait été créée en 17,')5 par les Jésuites au Collège de Clermont-Ferraiid. — Voir le l'tan d'éducation du président lîolland, 2' part., p. 117.
2. La Sorbonne elle-inèmo avait accepté ce principe, ainsi qu'il résulte des faits suivants : « Die 18" .luiiii (1783). Ôuum ma;,'ister Liiiguat, pliilosophi:e professer in Sorhona; Plessaen, siio et nonuullorum ejusdeui ordinis prol'essorum noinine, lib Hum supplicem oblulisset, rite subsignatum,
uo postularct sibi lieri liceiitiam cursum philosopliicum ita dividendi, in suis collegiis.e duobus philosophi;c professoribus, alter logicas, alter physicas parles sibi conslanler assumeret, reservata aliis professoribus iibertate a velere consuetudine non recedendi, audito mcrilissinio syndico, dictuin audieiidos esse hac de re j,'ymiiasiarclias et prol'essores |)hilosophiic, priMS(iuair, de ca poslulalione statueretur. » (.archives du Ministère de l'Instruction publique, registi-e LXVlll, p. lOli.) — « Die l4* .\ugusli.... Accessit ad tribunal Ludovici Magni gyinnasiarcba, ac dixit se libentissiine accedere ad duos colle|,Mi sui professores philosoplna}, qui sibi licentiani coni'edi exoptarcnl id proxiniis remigiabbus e,\periendi qiiod nioMse Jiinio a M° Linguat jiroposiluni est : niiniruin ut alter logicani. all^r physicam, non jani alterna vice, edoccret. Audito syndico, l)lacuit, ex pluraliiato suffragioruMi, concedi gyuinasiarcbce et professoribus philosopliiaî collegii Ludovici iMagni licentiam experiendi quod postulassent; illuil({ue non nisi invite inultum et reluclante, imo adiuordente syudico dcliniluin est. » (Ibid., p. 107.)
3. La lin du dix-huitiéine siècle a été très féconde en plans d'études : ce qui s'expliquo par le mouvement d'expansion que produisit l'expulsion des Jésuites. Je me bornerai à signaler celui de Verdier, instituleur d'une
entraient définitivement à côté des lettres dans le domaine de l'éducation nationale *.
maison d'éducation à Paris, conseiller, médecin réservé du feu roi de I'olo;,'iie, avocat au Parieiiieiit, etc., 1777. Verdier |)artagcait ses cours en ncut' classes, dont chacune portait un nom indiquant le caractère ^'Onéi'al de l'enseif^neuietit qui y était donné : IX° classe, abécédaires; Vlll" classe, élémentaires français ; VU' classe, élémentaires latins; VI" classe, grammairiens; V' classe, logiciens; IV" classe, humanistes; III" classe, versificateurs; II' classe, poètes; l" classe, rhétoriciens. Les cours des sciences oucoursde démonstrations économiques étaient partagés en dt'ux classes: Petite cla>se, nomenclaleurs;GrSii]dc classe, dialecticiens On y enseignait la dialectique générale et les mathématiques, la physique, les arts, la morale, la mctapliysique. La dialectique de la révélation et celle de l'histoire étaient réunies à l'enseignement de la religion et de l'histoire. Le cours d'histoire était également partagé en deux classes : Petite classe : ahrégé chronologique de l'histoire de h'rance, abrégé de géographie; Grande classe : dialectique et éléments d'histoire générale, primitive, ancienne, du moyen âge et moderne. — Voir aussi le Plan d'éducation pubrujue par 13 moyen duquel on réduit à cinq années le cours des études ordinaires, p^rce qu'on y allie l'étude des langues à celle des sciences; qu'on y suit la marche de la nature et la gradation des idées; qu'on en éloigne toutes lt<i règles superflues et toutes les recherches inutiles et qu'on en bannit lec- thèmes particuliers et les versions séparées qui n'ont aucun rapport avec l'objet de leur classe, par l'abbé de Vaudelaincourt, depuis évèque de Lan^res, Paris, 1777.
i. Dans une analyse dos vœux relatifs à l'enseignement secondaire d'après les Caiiiers de 1789, voici cequenous lisons {Revue inlernalionalede l'Enseignement supérieur, n° du 15 juillet ISSij : « L'éducation publique ne se bornera plus à l'étude de la langue latine. Elle doit embrasser les sciences utiles au médecin, au jurisconsulte, au militaire, et même quelques arts agréables. {Soblesse, Chàteau-Thieiry, art. 69.) — On organisera un enseignement qui convienne au temps présent. Au lieu de laisser la jeunesse se consumer dans l'élude aride d'une langue morte, on lui apprendra la morale, les belles-lettres, les langues, les sciences, l'histoire, le di-oit des gens et le droit naturel. (Tieis, Bordeaux, j.rt. 11, 40j.) — Les classes du malin seront employées à l'étude du français et de la morale, aux principes du droit public celles du soir aux langues mortes et étrangères. {Tiers, Essonncs, art. IV, 532.) — Le clergé de Pamiers veut que 1' listoire, la géographie, les langues cl la littOiatuie soient traitées progressivement, suivant la force des classes. (Art. IV, 280) — On enseignera les sciences exactes, la pliysi(iue, la chimie, l'histoire nalurcUe, l'histoire, la géographie, les bcau\-arts et les langues vivantes, en donnant à ces études le temps qu'on donnait à ces travaux de logique presque inutiles. {Tiers, Vouvanl, cliap. III, ait. 2.) — I.e Tiers de Dole demande d. s professeurs de inathi'iiiatiqucs, d'humanités, de beaux-arts, d'anatomie, de chimie et de botanique. (.\il parliculiersà la ville, a°.) — Le Tiers de Clermont-l'errand voudrait une chaire de mathématiques dans les Collèges royaux. (Art. II. 775.) — Plusieurs communanlés de la sénéchaussée dAix demandent qu'il y ait des Collèges pour enseigner dans chaque capitale la morale, l'histoire naturelle, la i)hysique et les mathématiques. (Cahiers de Vitrolles-lès-
42 OSEIGINEMENT SECONDAIRE.
Le mouvement de la Révolution ne pouvait que seconder ce développement. Le décret de 1791 avait reconnu la nécessité d'une instruction comprenant trois degrés progressifs : primaire, secondaire et supérieur*; mais, à chacun de ces degrés, quelle serait l'organisation des programmes? Tallcyrand, en esquissant un plan qui différait peu de celui de Rolland, s'était presque exclusivement donné la tâche de rappeler, avec plus de complaisance que d'élévation, les vices que les Parlementaires avaient commencé à corriger^; et Miraheau lui-même ne faisait que pousser un cri de passion élo-quente lorsqu'il écrivait dans le Courrier de Provence :
Marligucs, de Ventabren, art. VI, i39-4l9.) » {L'Instruction publique en France d'après les cahiers de 8".', par Edme Champion.)
1. « n sera créé et organisé une inslruclion publique, commune à tous les citoyens, gratuite à l'égard des parties d'enseignement indispensables pour tous les hommes, et dont les établissements seront distribués graduellement dans un rapport combiné avec la division du royaume. » (Décret des ù et \\ septembre 1791.) — « Indépendamment des écoles primaires dont la Convention s'occupe, il sera établi dans la République trois degrés progressil's d'instruction : le premier, pour les connaissances indispensables aux artisans et ouvi'iers de tous genres; le second, pour les connaissances ultérieures nécessaires à ceux qui se destinent aux autres prolessions de la société; et le troisième, pour les objets d'instruction dont l'étude diflicilc n'est pas à la portée de tous les hommes. » {Décret du 15 septembre 1795.)
2. Rapport sur l'instruction pnbliqiie, fait au nom du Comité de constitution à l'Assemblée Nationale les 10, 11 et \9 septembre 1791, pat M. de Talleyrand-l'érigord, ancien cvèque d'Autun. Paris, 1791, in-4°, j). 1 ; Projet de décret, École de district, art. 1 à 10. — Voir aux Annexes, n° I, le tableau résumant la série des programmes depuis 1789 jusqu'à nos jours.
« L'Université commence donc à se douter que l'éducation des Collèges ne répond ni aux besoins de l'humanité, ni aux vœux de la patrie ^ »
C'est Condorcet qui établit les nouveaux principes. « Par quel privilège singulier, disait-il en substance, lorsque le temps destiné pour l'instruction, lorsque l'objet même de l'enseignement force de se borner dans tous les genres à des connaissances élémentaires et de laisser ensuite le goût des jeunes gens se porter librement sur celles qu'ils veulent a[tprofondir, le latin seul serait-il l'objet d'une instruction plus étendue? Le considère-t-on comme la langue générale des savants, quoiqu'il perde tous les jours cet avantage? Mais une connaissance élémentaire suffit pour lire leurs livres; mais il ne se trouve aucun ouvrage de science, de pliilosophie, de politique vraiment important, qui n'ait été traduit; mais toutes les vérités que renferment ces livres existent, et mieux développées et réunies à des vérités nouvelles, dans des livres écrits en langue vulgaire. La lecture des originaux n'est proprement utile qu'à ceux dont l'objet n'est pas l'étude de la science même, mais celle de son histoire. Enfin, puisqu'il faut tout dire, puisque tous les préjugés doivent aujourd'hui disparaître, l'élude longue, approfondie des langues des anciens, étude qui nécessiterait la lecture des livres qu'ils nous ont laissés, serait peut-être plus nuisible qu'utile. Nous cherchons dans l'éducation à faire connaître des vérités, et ces livres sont remplis d'erreurs; nous cherchons à former la raison, et ces livres peuvent l'égarer. Nous sommes si éloignés des anciens, nous les avons tellement devancés dans la route de la vérité,
1. N' 21, p. 23, cité par Franklin, Recherches sur le Collage des Quatra- Hations, p. 132.
qu'il faut avoir sa raison di'jà tout aniii'o pour que CRS précieuses dépouilles puissent renricliir sans la corrompre*. »
Confonnénicnt à ces principes, c'est seulement au troisième degré d'instruction, — le degré des Instituts, aujourd'hui les Collèges, — que Condorcet faisait une })la('e aux lellres anciennes et une place restreinte, presque l'.iL'ullalive. Les bases de l'enseignement général des Instiluls élaient les mêmes que celles du deuxième degré d'instruction, c'est-à-dire des écoles secondaires qui correspondent à ce que sont actuellement nos écoles primaires supérieures; les connaissances étaient identiques; le programme ne différait que par le développement. 11 embrassait un espace de quatre ans et se divisait en deux parties : a une partie connuune, comprenant un cours très élémentaire de mathématiques, d'histoire naturelle et de physique, absolument dirigé vers les points de ces sciences (jui peuvent être utiles dans la vie ordinaire; les principes des sciences politiques, notamment ceux de la Constilulion nationale, les principales dispositions des lois d'après lesquelles le pays est gouverné, les notions fondamentales de la grammaire et de la métaphysique, les {)remiers principes de la logique, quelques insiruclions sur l'art de i-endrc ses idées, dos éléments d'histoire et de géographie, enfin la revision de la morale étudiée à l'école primaire; — une seconde partie, destinée à dévelopi)er avec plus de détail les sciences particulières dont l'ulilité est le plus èlenilue, dans des cours spéciaux d'une à deux années, et ménagés de telle sorte que l'élève pût ou les suivre tous.
1. Œuvres de Condorcet, publiées par Condorcet, O'Connor et F. Arago niiilut, 1S17), t. Vil : Rapport sur l'organisation générale de l'inslructiun putiliqiie . présente à l'Assemblée Sationalc, au nom du Comité ci' Instruction j'ublique, les 20 et 21 avril 1ÎU2, p. -172.
LA QUESTION DES PROGHA^IMES. 45
OU n'en suivre qu'un seul et le répéter plusieurs fois *
Si on voulait y joiiulre l'enseignement de quelques langues anciennes, du lalin et du grec, un seul professeur suffirait pour ces deux langues, dont le cours serait de deux ans- ».
Ces idées, restées vagues et confuses dans cette première esquisse, Condorcet les précisait davantage dans son Rapport sur l'organisadon de l'instruction, publique et surtout dans le projet de décret qui y était joint ^. Les Inslitutsou Collèges devaient compterquaire classes, dont les deux premières étaient parallèles et dont les deux autres étaient disposées de telle façon qu'il fût possible de les suivre simultanément ou isolément : 1" classe : sciences mathématiques et physiques; 2« classe : sciences
1. Id., ibid., Second mémoire, De Vhisiruclion commune pour les enfants, p. 2..0, 276 et 278.
2. I.es Insliluts devaient être au nombre de 110, un par département et 27 repartis à raison des localités {Projet de décret, 20 et 21 avril 1792, Ut. IV, 10.)
3. Pour se faire une idée esacte du système de Condorcet, il est absolument nécessaire de disUnguer entre ses ilémoirex et son Rapport d'organisation Les cinq Mémoiies, publiés en ITiiO et 1791 dans \a Bibliothèque de l'homme public, sont dos ariitles de joui'naux où l'auteur s'abandonne au courant de ses spéculations sans reculer devant la fantaisie révolutionnaire, ni craindre le jiaradoxe. Dans le plan officiel que le Rapport a pour objet de développer, la pensée, plus contenue, e^t en même temps plus nu'ire.
Du plan de Condorcet il faut rapprocher celui de Lacépêde, publié deux années auparavant (17S8). Lacépêde divisait l'enseignement des Collèges en six sections ou cours d'un an, distribués comme il suit : 1" seclion : éléments de géographie et d'IiisLoire nalurelk', animau.v, plantes, minéraux; exercices d'observation, avec caliinet de collections et j:iidin botanique entietenus à peu de frais et renfermant presque uniquement les priuluclions du pays en terres, pierres, mines, matières volcaniques, vers, insectes, poissons, reptiles, oiseaux, etc.; — f section : mathématiques élémentaires (éléments di- l'alg.'bre et de la géométrie) avec application :aiixarls; physique expérimentale ; chimie; manipulations; —0° sert ion: hiîiloire (élude des faits) ; droitnaturel, droit public, économie p ditique; — i' section: principes de la grammaire générale; logique; latin; — 5* sectio7i : anglais et allemand ; 6* section: italien et espagnol. (Vues sur l'enseignement public, par Lacépêde, garde du cabinet d'histoire naturelle du Jardin du Roi.)
morales et poliliqiios ; o'' classe : application des sciences aux arls; 4'= classe : lilléraUire et beaux-arts*. Programme mieux dêdiii, bieu idéal encoi'e cependant, bien complexe surtout, et dont la conception générale introduisit dans toutes les institutions du temps, mêlé aux plus généreuses visées philosophiques, un esprit de chimère peu lavorable à leur développement*.
Nul doute que cet esprit de chimère ait été une des causes de l'insuccès des Écoles centrales, créées pour remplacer les Instituts''. Lakanal, dont le plan n'était autre que celui de Condorcet, faisait entrer dans les études secondaires toute sorte de connaissances entassées sans ordre ni mesure, une véritable encyclopédie dont l'assimilation n'aurait pas exigé moins que le travail d'une vie entière. Pour en donner une idée, il suffit de reproduire l'énuméralion des matières du programme : mathématiques, physique et chimie expérimentales, histoire naturelle, agriculture et commerce, méthode des sciences ou logique et analyse des sensations et des idées, économie politique et législation, histoire philosophique des peuples, hygiène, arts et métiers, grammaire générale, belles-lettres, langues anciennes, langues vivantes, dessin.
1, Projet de décret sur l'organisation générale de l'instruction publique, lit. III, arl. 1 à ô.
2. Voir aux Annexes, n° I, le plan de Lepelletier {Rapport du iô juillet, Décretdu lôaoùl 17'JÔ) et celui deUoinme (29 vendémiaire an 1-iO octobre 1795). Voir également le plan du Département de Paris [Pétition et Décret du 15 septembre 1793.)
3.Xoi sur t'urganisalion de l'instruction publique, du 1 ventôse an III (23 février 1793), litre 11, arl, 2 et 3. Cr. le Rapport de Lakanal, 26 frimaire an III (1() décembre 1794). — La création de cin([ Écoles centrales avait été décrétée pour Paris. Il n'y en eut jamais que trois : celle du Panthéon, celle des Qualrc-Nalions et celle de la rue Saint-Antoine, établies respeclivemenl dans les ci-devant abbaye de Sainte-Geneviève, Collège Mazarin cl noviciat des Jéïuiles.
L'honneur revient à Daunou d'avoir essayé de porter la lumière et l'ordre dans ce chaos. Daunou divisait les élèves en trois groupes, et distribuait les objets de l'enseignement en trois sèi'ies : — premier groupe : enfants de 12 à 14 ans : dessin, histoire naturelle, langues anciennes et, lorsqu'il y aurait lieu, langues vivantes; — deuxième groupe : enfants de 14 à 16 ans : mathématiques, physique et chimie; — troisième groupe : enfants au-dessus de 16 ans : grammaire générale, belles-lettres, histoire et législation ^ Si les lettres n'étaient point éliminées de ce système, les sciences, dans les deux premiers groupes surtout, y tenaient la place la plus considérable. C'est, avec l'universalité des connaissances, le trait distinctif de toutes les combinaisons misesaujour pendant la période de la Révolution. On le trouve marqué avec force dans les Essais sur renseignement du mathématicien Lacroix -, un des fondateurs des Écoles centrales. « Les Écoles centrales, dit M. Compayré, résumant les observations de Lacroix, ne classaient les langues classiques qu'au second rang. Dans l'esprit des organisateurs, l'idée positive et pratique du succès dans la vie s'était substituée à l'idée spéculative et désintéressée du développement de l'esprit pour lui-même. »
La réaction se produisit dès les premiers jours du Consulat. Aux termes des règlements du Prytanée, le cadre des études embrassait deux sections : une section infé-
1. Loi du 3 brumaire an IV (25 octobre l"9o). — Pour les idées géuérales de Daunou, voir VEssai sur l'inslruction publique, 1793.