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I/ÉDUCATION DES SENS

Voir ne vaut que si Ton sait regarder.

Entendre ne sert que si Ton sait écouter.

Pour savoir regarder comme pour savoir écouter, il faut savoir et vouloir concentrer toute son attention, toutes ses facultés, toute sa sensibilité, sur ce que l'on voit et sur ce que l'on entend avec impersonnalité.

L'attention est la source du génie.

L'Education des serjs, indiquée l'année dernière dans le plan de l'Education Humaine, détermina certains chocs dans les mentalités •sans lesquels la curiosité du Vrai ne s'éveillerait pas assez. Et pourtant, il n'est que le Vrai, correspondant à la satisfaction d'un besoin •ou d'un plaisir, auquel on s'intéresse; encore faut-il qu'il n'exige pas une trop profonde attention ; sans quoi chacun l'ajuste immédiatement à sa taille et il y reste mesuré. Il en résulte que l'Education -des sens ne fut pas tout à fait comprise. .

Nous avons remarqué que l'Etre Humain, pour prendre conscience de lui-même et s'affirmer selon la Loi d'Ordre et Harmonie qui régit les mondes, doit comprendre ce qu'est le mouvement rationnel de la vie dans la stagnation consciente, la concentration pour •dépense, le savoir-unir en soi pour pouvoir répandre en dehors de soi.

L'Etre doit être le maître de ses états d'existence. C'est la possibilité et la liberté de son renouvellement nécessaire et fécond dans la nature, dans la société, puis dans un état déterminé ; état dans lequel •et par lequel il doit gagner la vie c'est-à-dire l'existence matérielle et la Vie intellectuelle, en possédant la volonté de leur action féconde.

Pour VEtre Humain^ exister nest que le moyen de pouvoir vivre. ]JEtat devient son mode dexistence pour la jouissance, l'exercice et la réalisation de la vie en lui.

C'est ainsi que, du fait d'être né, l'Individu devrait savoir exercer

rétat de nature^ et l'état de société^ en se préparant à choisir l'état qui le fera subsister, où il emploiera et exprimera sa force et sa qualité particulières. Il s'y préparerait à savoir choisir l'être complémentaire par lequel il doit progresser en fécondation réciproque, et avec lequel, de ce fait, il serait dans l'état de mariage. Ce dernier état exige d'être connu par l'Individu avant de contracter l'union qui créera sa famille et son foyer, qu'il doit faire vivre et rayonner en toute conscience.

Tout état demande un apprentissage ou des connaissances précises pour le réaliser. C'est un ensemble de droits, de devoirs, de savoirs, de moyens, connus, reconnus, employés, appliqués, qui veulent l'habileté, l'habitude et l'accommodation. Il possède ses raisons, et son but, et met l'individu en contact avec des êtres et des choses dont il se sert en devenant lui-même pour eux un moyen.

Du fait qu'un individu se dérobe à tout état, il n'en est pas moins, s'il veut faire quelque chose, tributaire de ce dont il réclame l'aide. On ne fait rien sans rien. Dès l'instant où nous sollicitons la plus petite force pour n.ous manifester nous-même, du même droit que nous prenons, cette petite force agit et nous impose plus ou moins ce qu'elle veut.

Quand nous connaissons les exigences de toutes les forces que nous sommes obligés d'employer et de supporter dans un état, nous commençons à être maîtres de cet état. Bientôt notre intelligence et notre pensée font que, comprenant leurs raisons et leur mode d'être» notre science d'action nous permet de faire primer notre raison, d'être adroit par elle, puis d'avoir du talent et de jongler avec les difficultés connues.

Nos facultés développées s'en font des auxiliaires. Elles arrivent elles-mêmes à progresser assez pour acquérir l'état fécond ; elles possèdent leur amour ; et c'est alors en artistes que nous manions notre état. Il en est ainsi de tous les états.

L'Etre intelligent sait toujours ainsi tirer parti des états qu'il a acceptés, même quand il ne les a pas choisis et qu'ils ne sont pas dans ses goûts. C'est pour lui que peut devenir vrai une fois par hasard : « Quand on n'a pas ce que l'on aime, il faut aimer ce que l'on a. )) Vieux proverbe qui doit aussi disparaître dans l'ère nouvelle de connaissance et de choix.

L'Etat de nature^ THumain, est, en conséquence, indispensable à acquérir. C'est la base de toute sécurité durable pour une société meilleure.

L' Individu doit être maître de soi au milieu de ce quil peiit^ non plus se résigner à supporter mais savoir le plus et le mieux possible conduire.

Voici la particularité progressive de l'Education humaine. Elle donne le moyen de réaliser en soi cette direction indispensable pour juger ce qui est tt agir en conséquence :

C'est pourquoi j'affirme avec courage et confiance : Vers la Vie ! Car si jusqu'à ce jour l'Humanité n'a pas vécu, c'est qu'elle ne possède ni le savoir nécessaire, ni le guide sûr de la volonté qui est la Pensée vivante, libre, agissante et connaissante, dispensée de ce qui la rend tributaire: l'esclavage des sens impérieux et de ses attaches personnelles dont on ne sait pas faire de la puissance. Elle est leur tiibutaire tandis qu'ils sont faits pour la renseigner et pour servir à l'œuvre de la Liberté et de la Volonté individuelles. Riches et pauvres, puissants et sacrifiés, les individus ne sont guère plus forts les uns que les autres sur ce point dans notre pays et ailleurs !

Pour vivre^ il faut être devenu le maître du merveilleux instrument qu'est notre organisme physique. Il contient tous les moyens extérieurs nécessaires à l'exercice de nos pouvoirs et de nos facultés.

Par l'Education physique rationnelle de ce corps qu'on nous présentait comme une guenille et qui, par le travail et le savoir, nous permet de connaître et de nous connaître, l'Individu prend possession de son être en même temps que de son milieu d'évolution. Et c'est sa sensibilité tout entière, celle des sens, qui met en activité celle de l'intelligence tandis que l'âme bénéficie de celle de l'affectivité, qui concourt à la liberté des deux principes de vie et à leur action féconde et volontaire.

L'Education des sens est une des plus importantes parties de l'Education Humaine. Elle constitue la base et le point d'appui de la connaissance.

Chaque individu normal est pourvu des cinq sens qui le renseignent par lesquels l'intelligence reconnaît l'apport qu'ils lui font, et s'exprime.

Chaque sens complet et normal correspond à une série d'aptitudes particulières ; selon que l'individu est doué plus particulièrement de tel ou tel sens, il possède plus spécialement tel pouvoir et telles facultés. Le sens prédominant dans ceux que nous sommes habitués de considérer comme plus directement et plus puissamment en rapport avec les pouvoirs intellectuels : la vue et Touïe, celui qui est le plus complet, oriente et intensifie tous les autres en les employant

autoritairement. La Vue correspond à l'Intelligence et l'Ouïe à l'Ame à la Pensée. Tous les sens se rendent des services ; ils sont tributaires de celui qui est le plus sollicité au moment où l'extérieur l'actionne plus particulièrement et le détermine selon sa force intrinsèque.

La connaissance de la valeur des sens, la reconnaissance de cette valeur particulière dans les individus jeunes, leur culture, leur perfectionnement, est l'une des sciences les plus importantes pour la vie réellement pratique et évolutionnelle.

Si pour être libre, il faut savoir penser et être conscient, si exister n'est pas suffisant, s'il faut vivre, il n'est pas moins important pour vivre d'être dans la connaissance, l'emploi et leplaisir de ses facultés. Le (( Connais-toi toi-même », écrit sur le temple de Delphes, ne doit plus être comme il le fut pour tous généralement, même au temps de sa rayonnance : l'ornement d'un frontispice et le cachet des scellés, apposés sur le Temple de la Vérité pour méduser l'ignorance des simples et les mieux terroriser; le « Connais-toi toi-même )) doit être à tout le monde et la clé du temple donnée à chacun.

Il n'est pas réservé au grand nombre de gouverner les autres, bien qu'en notre pays tous les Hommes normaux y soient conviés, mais la force de l'Individu réside dans le savoir qu'il possède de se gouverner lui-même. Lui seul peut diriger le gouvernail qu'on aura su déterminer par l'Education des sens, concourant à la mise en œuvre Humaine morale consciente.

« L'Education des sens ! dit-on, mais elle se fait toute seule ! si nous sommes normalement constitués nous n'avons qu'à regarder pour voir, etc., etc. »

Eh bien, voici une des plus grandes erreurs vaniteuses, la cause première du mauvais fonctionnement de la vie dans l'Etre Humain. Dans ces conditions les sens existent, ils ne vivent pas; ils n'accomplissent pas leur travail. Ils ne sont pas des instruments de connaissance, mais des moyens de subsistance, dont nous ne savons rien du fonctionnement qualitatif et desquels nous ignorons l'emploi et le maniement.

Etudier les sens, c'est savoir l'état normal qu'ils doivent posséder; puis préciser quelles aptitudes, quels pouvoirs ils actionnent et renseignent dans la cérébralité ; quel rôle spécial et précis, ils jouent dans notre existence, dans notre sensibilité, et quel est leur mécanisme; comment il faut les solliciter; et jusqu'à quel résultat ils peuvent nous servir.

Eduquer le& sens, c'est les exercer d'après les lois de la vie, objectivement et subjectivement, selon. la prédominence de leur sexe (i) par rapport à leur valeur, à leur force, à leur conformation, à la possibilité de leur perfectionnement, px)ur qu'ils reçoivent et* expriment le plus parfaitement possible les pouvoirs et les facultés de rintelligence et de l'âme. Tous les êtres normaux voient, entendent, goûtent, respirent, sentent, touchent, mai& peu d*entre eux le savent faire autrement qu'impulsivement, et savent s-'en servir utilement.

Et cependant par les sens, en nous, tout arrive, ou successivement ou simultanément, sans liaison, selon ce qui les frappe, les- choque, les sollicite; tout se suit et est distinct.

Ce sont les idées, filles-dé l'intelligence et de la Raison, qui lient, dans le Jugement et la mémoire, les effets aux causes.

Aucune connaissance ne peut exister sans l'union des sens et des idées.

Les sens sont en effet le chemin de ce qui est vers notre compréhension .

(( Les sens, dit Buffon, sont des espèces d'instruments dont il faut apprendre à se servir. »

Chacune des facultés et aptitudes, que possède l'Etre Humain, d'éprouver des sensations par l'intermédiaire de ses organes sensoriels, est en raison directe de l'instrument qui lui sert de renseignement et d'expression, en raison de sa puissance et de sa qualité.

Toute la finesse d'un être, toute sa supériorité instrumentale qui ne doit contribuer qu'à sa perfection] mentale, à l'acquis de l'Humain moral, à sa progression, sont renfermées dans ses aboutissants, dans la structure, la délicatesse, la souplesse, l'impressionnabilité, la forme et l'intégralité d'exercice de ses instruments de réceptivité et d'expression. C'est ainsi qu'il faut considérer la beauté d'un être et savoir l'apprécier.

L'exploitation de soi-même vient de la parfaite connaissance intègre qu'on en a.

L'étude consciencieuse de soi conduit à une grande justesse d'appréciation, à une sincérité très digne et très noble, en même temps qu'elle permet de se perfectionner dans le sens qui est le plus développable. Il est remarquable que l'individu bénéficie psychiquement et intellectuellement de l'acquis- progressant d'un de ses sens dont les facultés développées peuvent devenir pour lui un

(i) UEducation des sens se trouvera appliquée dans Les Educateurs, en préparation.

moyen lucratif de gagner son existence, par le travail, et de gagner la vie dans le plaisir de l'épanouissement et de l'usage de sa valeur qualitative.

J'entends dire (( Maintenant que, par l'industrie, l'individu devient une machine dans le travail, que fera-t-il de ses aptitudes ? ))

Il pourra, en connaissant pour choisir^ être machine selon ses tendances, ses facultés réelles, ce qui est plus agréable que de faire toute la vie un métier qui déplait. Puisque la loi de l'indépendance Humaine et morale par excellence est le travail, travaillons, selon notre plaisir.

Les parents en cela doivent montrer leur discernement, étudier leur enfant, le soumettre à l'examen de ses sens intellectuels, en exerçant son habileté tactile, son ingéniosité.

Jusqu'à nos jours, l'ignorance, l'habitude, l'imitation, un intérê à courte-vue ont influencé jusqu'à la torture morale de tout une vie le choix de l'état d'uji enfant.

Les parents ne considéraient qu'eux-mêmes dans cette grave détermination dont dépend la vie matérielle de l'individu et la plus légitime de ses satisfactions : l'extension de son moi et son expression qualitative.

Il est temps que cette barbarie inconsciente, que cette atrophie et que l'inconnaissance de l'être sur lui-même cessent et soient remplacées par le choix intelligent.

Déterminer les aptitudes de l'Etre n'a jamais été plus pressant qu'à notre époque.

Pourquoi demande-t-on la journée des 3. 8 pour le travailleur?

Est-ce pour qu'il passe son temps de repos à jouer et à boire, à satisfaire ou au moins à exciter ses sens ? Ce ne serait qu'exaspérer la brutalité, et le vice- L'Homme qui n'est pas réglé, occupé, forcé de suivre une ligne de conduite précise, est la proie de tout ce qui sollicite ses sens. 11 n'estpas comme la femme, en rapport constant et direct avec la loi d'ordre. Il lui faut un régulateur.

Ne serait-ce pas la femme elle-même ? Ah ! si les deux sexes savaient voir!

Ne nous y trompons pas, le Café concert n'a tant de vogue que parce qu'il occupe tous les sens de l'Homme à la fois : ce qui est son suprême idéal de sensation.

Si l'on demande la journée de huit heures, c'est pour que l'Etre Humain ait le temps, en dehors du travail machinal, d'être un Homme, d'être une Femme, selon la valeur de l'Humain. S'il gagne

son existence comme une machine pendant huit heures, c'est pour qu'il puisse vivre comme un homme pendant qu'il est libre, et qu'il sache se servir de ce qui l'infériorise dans l'inconscience et l'impulsivité : c'est pour qu'il sache penser et prévoir.

Eduquer les sens, ce n'est pas chercher à satisfaire le plaisir physique sensuel, à le raffiner.

C'est mettre en œuvre l'Etre humain par lui-même ; c'est mettre les sens au service de l'entendement, de l'intelligence, delà volonté, tout en sachant les avantages qu'ils possèdent pour notre contentement.

Car il est bien vrai que si chacun d'eux est un moyen d'extension, de conservation et d'amour d'une aptitude particulière, d'un pouvoir spécial, il satisfait plusieurs facultés.

Chaque organe étant un être en nous, possède toutes les puissances, tous les pouvoirs, capacités, aptitudes, tous ses amours particuliers, qui réunis à l'amour des autres organes et facultés constituent l'amour de notre être. Ils expliquent nos multiples impul sions et désirs, nos aspirations et nos volitions.

La liberté de tout lire, de tout écrire, de tout représenter ne sera plus un mal et n'aura qu'une importance immorale secondaire lorsque l'être saura voir, entendre, comparer et juger.

Il mettra chaque chose à sa place et sa volonté, maîtresse de sa sensibilité, sera alors l'agent du savoir et de la pensée et non la servante de la sensualité ignorante et si facilement émotive.

Le sens de la vue^ réceptif et générateur, détient la partie supérieure de l'entendement Humain. C'est un être complet capable de vivre en lui-même; il peut se soustaire à l'action extérieure. Il correspond à la force dynamique de l'Etre.

Il détient l'amour de comprendre et se plaît aux beautés, aux formes, aux couleurs. Les symétries, les nombres, le calcul, tout ce qui intensifie et aide les pouvoirs de l'intelligence et de la Vie sont ses aptitudes. L'étendue, la profondeur peuvent n'avoir aucun mystère pour lui ; il est la lumière ; l'élévation demande l'aide du sens de l'ouïe.

L'individu, doué du sens de la vue ou intelligence, possède des aptitudes supérieures de netteté, de précision, d'ordre et de possession de soi-même.

S'il n'est pourvu que médiocrement du sens de l'ouïe, tout ce qui se rapporte aux affaires, au commerce, à la science, au droit, aux mathématiques, est de son ressort.

LE SENS DE LA VUiî

Si l'ouïe, l'harmonise, le complète, il peut plus particulièrement concevoir le Beau et l'exprimer : l'architecture, la sculpture, la peinture, la littérature, selon la spécialité de sa faculté vibratoire dominante, selon la force qualitative du goût et de l'odorat dont on ne connaît pas assez l'appoint et dont il s'intensifie, seront dans ses aptitudes.

Le diagnostic n'est pas autre chose, pour la connaissance du médecin, que l'emploi de tous ses sens intellectuels conscients de leur office, et sachant le remplir au point de vue de la pathologie pour la thérapeutique. Le même travail doit s'appliquer à la connaissance de l'Etre Humain pour déterminer la nature et la valeur de ses pouvoirs et de ses facultés.

Le sens de la vue, récepteur et générateur, est porteur des deux principes de la vie, le masculin et le féminin, et est doué d'une sensibilité excessive.

Son éducation correspond à celle de l'Etre Humain lui-même; à celle du sexe masculin, (i) plus particulierement.il importe avant tout de l'éduquer objectivement; qu'il ait reçu et compris ce qu'il s'assimile avant de demander au toucher, à la main, de l'aider à produire. Il faut savoir voir pour s'exprimer selon ce qui est. Ceci est important dans l'enseignement du dessin.

L'Education, l'enseignement par l'image est une prise de possession de ce qui existe, mais il faut remarquer qu'elle contenie trop la vulgaire curiosité. Elle satisfait à la puérilité et n'excite pas la pensée.

Voir est si bon, si précieux pour l'esprit, que la possibilité de la vue extérieure le grise et lui suffit.

// convient de se 7néfier de lui, et de meubler la vue intérieure de façon à la rendre forcément pénétrante quand elle regarde.

Le Français plus que tout autre peuple a besoin de cultiver en pénétration le sens de la vue.

Il ne regarde pas ce qui se fait autour de lui. Et si en ce moment l'exode des campagnes vers les villes est si important, c'est qu'il ne voit pas que les grandes maisons de commerce passent aux mains étrangères ; c'est que ne regardant qu'un intérêt immédiat et mesquin, et une vanité rétrograde, le travailleur de la terre n'a pas su, dans l'union avec son semblable, contrebalancer la force de Taccapa-

(i) Voir Education Humaine, même volume, et Les Educateurs pour paraître prochainement.

reur. Savoir voii\ pour les Français, c'est la plus utile Education Humaine, politique et pratique.

Le sens de louïe^ réceptif, détient la partie complémentare dei l'entendement Humain. Il correspond au qualitatif des facultés germinales, aux aspirations, aux tendances. Il est la vie sensible de l'intérieur à laquelle s'adresse le son et correspond l'harmonie, le rythme, l'articulation, le langage, la Pensée. Il s'alimente de l'extérieur et de l'intérieur.

Il entend à la fois la qualité des vibrations sonores produites dans le milieu où il existe et celle de son être.

Il est la complexité, et correspond à la chaleur de l'amour des facultés comme la vue est unité et lumière.

Ces deux sens supérieurs ont chacun leur vie propre.

Cependant l'ouïe demande le secours intellectuel et physique de la vue tandis que la vue peut ne s'aider que du concours physique de l'ouïe.

Le plus ou le moins d'accord de ces deux sens entre eux et leur prépondérance particulière dans TEtre, produisent toutes les différences de force qualitative des individus et des peuples.

Au sens de l'ouïe correspond la sensibilité affective, le centre de sensibilité sanguine : le cœur, la confiance.

C'est par lui que l'on pénètre dans l'âme. Il contient les chemins vers ce qui sent intérieurement, ce qui s'attache, ce qui pense et ce qui s'élève.

Il aime tout ce qui y correspond et est apte à ce qui le traduit. Les musiciens possèdent tous le sens de l'ouïe; et selon qu'ils sont pourvus du sens delà vue, mathématicien, concepteur, créateur, et qu'ils ont exercé la pensée et meublé la mémoire, ils deviennent des compositeurs, plus ou moins supérieurs, les traducteurs d'une Harmonie particulière. S'ils portent en eux, un chant de la vie puissant et parculier, ils en feront l'originalité de leurs œuvres.

Le Chant de la Viç

La vie donne à chaque être ou élément de vie qu'elle forme et anime par la nature dans un organisme de facultés, le moyen d'exprimer, par un son qui s'exhale des profondeurs du mystérieux et intime émoi d'exister, la qualité vibratoire de l'harmonie spéciale qu'il renferme et représente. Cette note particulière, que tout être,

lOO VERS LA vie!

si infime soit-il, joint au concert des mondes et plus particulièrement à celui de notre astre, c'est le chant de la vie.

Sur notre Planète, les êtres qui possèdent la faculté de chanter harmonieusement, de moduler ce chant delà vie sur un thème caractéristique, possèdent aussi celle de s'élever au-dessus de la terre, au-dessus des soucis de la conservation et de la reproduction et de conquérir la liberté, en possédant l'amour!

Tels sont les oiseaux, par leur vol, et les humains, par l'Intelligence, la Pensée, le Rêve, le Savoir, le Génie-créateur, l'Amour supérieur qui sait se reverser en Beauté, en Bonté, sur autrui.

Pour les oiseaux comme pour la race humaine, c'est la voix, qui traduit la spécialité, la qualité de la vibrance intime.

Mais tandis que l'oiseau exhale plus ou moins harmonieusement et mélodiquement des sons vibratoires dans ce que nous appelons son chant, l'Etre humain y joint la parole, le verbe, qui fait de son expression vibratoire, mélodique, aspirative, pensante, affective et sexuelle, non seulement celle de son harmonie intime, mais celle de l'état d'évolution où est arrivée la planète elle-même dont l'Humanité est la traductrice psychique.

C'est pourquoi nous devons constater et remarquer avec intérêt que si dans les volatiles, le mâle seul module la vibration spéciale à l'espèce qu'il caractérise, dans la race humaine, l'Homme et la Femme sont l'un et l'autre doués de la faculté de chanter.

La nature a déposé la preuve de l'égalité native et de l'équivalence des deux sexes dans le pouvoir expansif que chacun d'eux possède de révéler librement l'état intime et particulier de son « moi » vibrant et mélodieux.

Il n'y a pas de preuve plus jolie ni plus concluante à fournir, pour la femme qui revendique, auprès de l'intelligence et du cœur de l'homme, le droit de contribuer, par la révélation d'elle-même, à la réalisation de l'Etre humain rationnel, que d'évoquer ce pouvoir, que possède la Femme aussi bien que l'Homme, d'exhaler, de traduire, de préciser, la qualité du chant de la vie qu'elle sent vibrer dans son être. A mesure qu'elle sait mieux voir, qu'elle sait mieux entendre ce qui se passe dans les profondeurs de son « moi )), plus impérieusement et plus distinctement, le chant de la vie murmure à sa conscience de vivre qu'il est le symbole de la vraie liberté et de l'amour pour les deux moitiés du couple complémentaire conscient, mais que sa note, à elle, manque dans le concert humain, comme elle manque à la liberté promise et cherchée ; et qu'il n'y a

VERS LA LIBERTÉ ! lOI

pas, pour la Femme, d'œuvre plus haute ni plus belle à réaliser que de vouloir donner cette note, juste, consciente et bienfaisante, comme il n'est pas de témoignage plus probant de la Raison et de l'équité masculines que d'aider la Femme à pouvoir et à savoir l'exprimer dignement. et librement.

Tous les humains ne chantent pas juste; leurs cordes vocales ne se prêtent pas chez tous à l'expression agréable de leur harmonie, par le chant. Cependant, faux ou juste, s'ils sont normaux et sains, ils peuvent tous le sentir et le faire épanouir. Et si leur être possède la sensibilité complète de tous les sens, de toutes les facultés, si la vie, en un mot, est agissante dans tout leur être exprimant et aimant, le chant qu'ils exhalent est juste et velouté; il possède toutes les qualités de l'Harmonie, de la Beauté, de la Bonté : il ravit, il charme, il attire, il vivifie et il console.

Généralement, comme l'oiseau, l'Etre humain chante pour s'exprimer lui-même. Il déverse le trop plein de son affectivité dans ce grand Tout qu'il appelle Infini, et qu'il sent seul capable de contenir et de compléter tout ce qu'il lui confie, tout ce qu'il lui rend après le lui avoir emprunté, tout ce après quoi il aspire, d'immense, de simple, d'éternel et de créateur.

Ce n'est pas pour ses congénères que le chant de la vie s'exhale de l'Etre ; // est r expression de sa liberté et de son amour. 11 part de son être et s'élance vers le grand foyer, vers le rayonnement, vers la lumière, vers la vie, qu'il traduit et dont il émane. C'est le chant du religare universel.

L'expression du chant de la vie, comme celle de ses autres pouvoirs, se modifie selon le sol, le climat, la latitude, la longitude, selon l'âme et les facultés psychiques de la partie de planète dont l'individu fait partie et qu'il habite, selon l'action solaire, l'altitude, la plaine, la montagne, la qualité et l'abondance de l'eau : lacs ou océans, fleuves, rivières ou ruisseaux.

La musique de chaque peuple, de chaque coin de pays reste autochtone, traduit son âme et tout ce qui, par l'ouïe et d'elle, sortît de son harmonie intime.

Les chants nationaux, les hymnes guerriers et nuptiaux, les chants d'amour et les berceuses l'expriment.

En France, la Marseillaise, qui répondit à un temps et en prolonge

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