LE LOUP ET L’AGNEAU
La raison du plus fort est toujours la meilleure.
Nous l’allons montrer tout à l’heure.
Un agneau se désaltérait Dans le courant d’une onde pure.
5 Un loup survient à jeun , qui cherchait aventure ,
Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
10 Sire, répond l’agneau, que votre majesté Ne se mette pas en colère;
Mais plutél qu’elle considère Que je me vais désaltérant Dans le courant ,
15 Plus de vingt pas au-dessous d’elle;
Et que, par conséquent, en aucune façon ,
Je ne puis troubler sa boisson.
Tu la troubles I reprit cette bète cruelle ;
Et je sais que de moi tu médis l’an passé.
20 Comment l’aurais-je fait si je n’étais pas né?
Reprit l’agneau ; je tète encor ma mère. —
Si ce n’est toi , c’est donc ton frère? —
Je n’en ai point. — C’est donc quelqu’un des tiens, Car vous ne m’épargnez guère,
25 Vous, vos bergers et vos chiens.
On me l’a dit : il faut que je me venge.
Là-dessus, au fond des forêts Le loup l’emporto, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.
La Fontaine.
I Im meilleure veut dire seulement la plus forte. Tl ne faudrait pas prendre ce vers rnmme «tue moralité. La Fontaine a vonln
MEMOIRE
prouver que les oicchanii se sentent obliges de justifier leurs UMUvaisrs actions, même quand ils sout les plu* forts; qu ainsi ils savent bien qu'ils oot tort de mal faire.
* Nous allons le montrer.
I1 Que je t^iis me désaltérant.
19 Tu dis du mal l‘an passé.
é> 90 Pédant : on appelle ainsi un homme qui sait peu , mais qui ^ croit savoir beaucoup et qui en est très-vain.
"* Les bons maîtres méritent lous nos rrspecl«, tout nuire attache- 3* meut ; à ceux-là, on n'a pas besoin de leur dire les deux derniers ST vers de notre fable.