‹ Éducation maternelle sisimples leçons d'une mére a ses enfantsChapitre 129 sur 549 · LE SINGE ET LE CHAT · texte numérisé non relu

LE SINGE ET LE CHAT

Bertrand avec Raton , l’un singe et l’autre chat , Commensaux d’un logis, avaient un commun maître. D'animaux malfaisants c’était un très-bon plat :

Ils n'y craignaient tous deux aucun, quel qu’il pût être.

5 Trouvait-on quelque chose au logis de gâté,

L’on ne s’en prenait point aux gens du voisinage :

% Un tout petit enfant s’en allait à l’école.

On avait dit : Allez!... Il tâchait d'obéir :

25 Mais son livre était lourd , il ne pouvait courir, ÿ II pleure, et suit des yeux une abeille qui vole.

!£ « Abeille, lui dit-il , voulez-vous me parler? jg » Moi , je vais à l’école : il faut apprendre à lire :

SJ » Mais le maître est tout noir, et je n’ose pas rire :

*£• » Voulez-vous rire, abeille, et m’apprendre à voler? £ » — Non, dit-elle ; j’arrive et je suis très-pressée.

» J’avais froid ; l’aquilon m’a longtemps oppressé * ;

• Enfin j’ai vu les fleurs, je redescends du ciel,

• Et je vais commencer mon doux rayon de miel.

• Voyez ! j'en ai déjà puisé dans quatre roses ;

• Avant une heure encor nous en aurons d’écloses.

• Vile, vite A la ruche 1 on ne rit pas toujours :

» C’est pour faire le miel qu’on nous rend les beaux jours. »

Elle fuit et se perd sur la route embaumée.

Le frais lilas sortait d’un vieux mur entrouvert ;

Il saluait l’aurore , et l’aurore charmée Se montrait sans nuage et riait de l'hiver.

Une hirondelle passe : elle effleure la joue Du petit nonchalant qui s'attriste et qui joue;

Et dans l'air suspendue , en redoublant sa voix ,

Fait tressaillir l’écho qui dort au fond des bois, a Oh! bonjour! dit l'enfant, qui se souvenait d'elle,

• Je t’ai vue à l'automne. Oh ! bonjour, hirondelle !

• Viens , tu portais bonheur à ma maison ; et moi .

• Je voudrais du bonheur. Veux-tu m'en donner, loi?

• Jouons. — Je lo voudrais, répond la voyageuse,

•Car je respire à peine, et je me sens joyeuse.

• Mais j'ai beaucoup d'amis qui doutent du printemps : » Ils rêveraient ma mort si je tardais longtemps.

• Non, je ne puis jouer. Pour finir leur souffrance,

» J'emporte un brin do mousse en signe d'espérance, i Nous allons relever nos palais dégarnis :

• L'herbe croît, c'est l’instant des amours et des nids. •J’ai tout vu. Maintenant, fidèle messagère,

• Je vai9 chercher mes soeurs, là-bas sur le chemin.

• Ainsi que nous, enfant, la vie est passagère,

• lien faut profiter, je me sauve... à demain! »

L'enfant reste muet, et, la tête baissée,

Rêve et compte ses pas, pour tromper son ennui , Quand le livre importun , dont sa main est lassée , Rompt ses fragiles nœuds et tombe auprès de lui.

Un dogue l'observait du seuil de sa demeure. Stentor , gardion sévère et prudent à la fois ,

De peur de l’effrayer, retient sa grosse voix. Hélas! peut-on crier contre un enfant qui pleure?

« Bon dogue, voulez-vous que jo m'approche un peu? •Dit l'écolier plaintif. Je n’aime pas mon livre :

■Voyez ! ma main est rouge , il en est cause. Au jeu » Rien ne fatigue , on rit ; et moi je voudrais vivre •Sans aller à l'école , où l’on tremble toujours.

•Je m'en plains tous les soirs, et j’y vais tous les jours :

n Je suis très-mécontent, je n'aime aucune affaire.

» I,e sort des chiens me plaît , car ils n’ont rien à faire.

• — Écolier ! voyez-vous ce laboureur aux champs 1

• Eh bien! ce laboureur, dit Stentor, c’est mon maître.

• Il est très-vigilant; je le suis plus, peut-être.

• Il dort la nuit , et moi j’écarte les méchants.

» J'éveille aussi ce bœuf qui, d'un pied lent, mais ferme, ». Va creuser les sillons quan I je garde la ferme.

•* Pour vous-même on travaille ; et , grâce à vos brebis ,

• Votre mère , en chantant , vous file des habits.

Par le travail tout plaît, tout s’unit, tout s’arrange.

» Allez donc à l'école; allez, mon petit ange!

» Les chiens ne lisent pas, mais la chaîne est pour eux :

» L'ignorance toujours mène à la servitude.

• L’homme est fin , l'homme est sage , il nous défend

• l’élude :

• Enfant , vous serez homme et vous serez heureux ;

• Les chiens vous serviront. » L’enfant l’écouta dire ,

Et même il le baisa. Son livre était moins lourd.

En quittant le bon dogue il pense, il marche, il court L’espoir d'être homme un jour lui ramène un sourire.

A l’école un peu tard il arrive galmenl ,

Et dans le mois des fruits il lisait cotramment.

M"* Desbordes Yai.more.

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