‹ Éducation maternelle sisimples leçons d'une mére a ses enfantsChapitre 130 sur 549 · LES DEUX PIGEONS · texte numérisé non relu

LES DEUX PIGEONS

Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre : L’un d’eux , s’ennuyant au logis,

Fut assez fou pour entreprendre

Un voyage en lointain pays.

5 L’autre lui dit : Qu’allez-vous faire ? Voulez-vous quitter votre frère ?

L’absence est le plus grand des maux :

Non pas pour vous, cruel ! Au moins que les travaux, Les dangers, les soins du voyage,

<0 Changent un peu votre courage.

Encor si la saison s’avançait davantage I Attendez les zéphyrs : qui vous presse ? un corbeau Tout à l’heure annonçait malheur à quelque oiseau. Je ne songerai plus que rencontre funeste ,

15 Que faucons , que réseaux. Hélas! dirai-je, il pleut : Mon frère a-t-il tout ce qu'il veut ;

Bon soupé , bon gîte, et I© reste?

Ce discours ébranla le cœur

MÉMOIRE

De notre imprudent voyageur :

20 Mais le désir de voir et l’humeur inquiète L'emportèrent enfin. Il dit : Ne pleurez point.

Trois jours au plus rendront mon âme satisfaite :

Je reviendrai dans peu, conter de point en point Mes aventures à mon frère;

25 Je le désennuirui. Quiconque ne voit guère N’a guère à dire aussi. Mon voyage dépeint Vous sera d'un plaisir extrême.

Je dirai : J’étais là ; telle chose m’avint :

Vous y croirez être vous-même.

30 A ces mots, en pleurant, ils se dirent adieu.

Le voyageur s’éloigne, et voilà qu’un nuage L’oblige de chercher retraite en quelque lieu.

Un seul arbre s'offrit, tel encor , que l’orage Maltraita le pigeon en dépit du feuillage.

35 L’air devenu serein, il part tout morfondu ,

Sèche du mieux qu'il peut son corps chargé de pluie; Dans un champ à l’écart voit du blé répandu ,

Voit un pigeon auprès, cela lui donne envie ;

Il y vole, il est pris : ce blé couvrait d'un lacs 40 Les menteurs et traîtres appâts.

Le lacs était usé ; si bien que , de son aile ,

De ses pieds, de son bec, l'oiseau le rompt enfin : Quelque plume y périt; et le pis du destin Fut qu'un certain vautour à la serre cruelle 45 Vit notre malheureux , qui, traînant la ficelle Et les morceaux du lacs qui l’avait attrapé , Semblait un forçat échappé.

Le vautour s'en allait le lier, quand des nues Fond à son tour un aigle aux ailes étendues.

50 Le pigeon profila du conflit des voleurs,

S’envola , s’abattit auprès d’une masure ,

Crut pour ce coup que ses malheurs Finiraient par cette aventure :

Mais un fripon d’enfant {cet âge est sans pitié)

55 Prit sa fronde , et du coup tua plus d’à moitié La volatile malheureuse ,

Qui , maudissant sa curiosité ,

Traînant l’aile et tirant le pié ,

Demi-morte et demi-boiteuse ,

60 Droit au logis s’on retourna ;

Que bien, que mal, elle arriva Sans autre aventure fâcheuse.

Voilà nos gens rejoints : et je laisse à juger De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines.

La Fontaine.

* Lomtai m, bien loin.

I* Attendre le beau temps. — Un corbeau. Noua avant déjA dit (|«f la présence d'un corbeau annonçait , chez Ira anciens, quel-

que mauvaise nouvelle. ^

'* Fuueont, oiseaux de |iroic. — Rrteaux, filet* a prendre le» oiseau t. t*

n.Waw'il, m'arriva.

*®, Lors, lace», réseau, filet pour attraper les oiseaux , tout lequel on avait attaché un pigeon , afin d’j faire venir te» autres au moyen de cet npfkit trompeur et traître, par ce blé qui ali rait le pigeon, si mu liant, »i inexpérimenté.

** || y laissa quelque plume. — Et le pit du destin , et pour comble df ni for lu oc,

A* y autour, oiseau de proie, qui mange les petits oiseaux et les déchire avec ses serrer, sc» ongles.

*1 Forent, homme coupable de quelque rr'me , que la justice et le» lois ont envoyé aux galère» ou bagues expier, pendaut un temps on (tendant sa vie , sa mauvaise conduite. On attache un boulet de canon au pied du forçat (tour qu'il puisse difficilement s'échapper de sa prison.

*• Le l’autour était prêt h l'attraper, à le lier avec ses serres.

A* A Hj If, le roi des oiseaux , le plus fort, le plut courageux , le plut vorace.

Le pigeon profita du moment où cet deux oiseaux de proie allaient se battre à qui le mangerait.

11 Montre, petite et pauvre maisonnette.

55 Fronde, une corde de trois ou quatre pied* de long , au milieu de l.iquelle se trouvent cinq ou six maillet qui peuvent contenir une pierre, |*our U lancer au loin. On joint le» deux bouts de la corde daoa u main, on la fait tourner ra|Mdcmrut, et pour lancer la pierre il suffit de lâcher un de» bout» de la corde, l'autre bout restant prit aux deux doigts de la main droite. Les anciens peuple», avant l’invention de la poudre à canon, sc servaient trés- .idroilrmeul île la fionde. On le» appelait des frondeur». — P/ms d’à moitié, plus qu'.’i moitié.

A* F otalilf, qui tolc, qui a des aile».

fl| Que bien, que mal, tant bien que mal.

U Voilà que no» deux amis te rejoignent.

Nou» supprimons le restant de la fable, dont le sens n’est pas à la portée des enfants. Ce sera à la mère à tirer la moralité si simple et si douce du pins charmant récit que le poète ait jamais inventé.

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