FRAGMENT DU POÈME DE LA RELIGION
Oui, c’esl un Dieu caché que le Dieu qu’il faut croire ; Mais, tout caché qu’il est, pour révéler sa gloire Quels témoins éclatants devant moi rassemblés! Répondez, cieux et mers; et vous, terre, parlez.
Quel bras peut vous suspendre , innombrables étoiles? Nuit brillante, dis-nous qui t’a donné tes voiles?
O cieux ! que de grandeur et quelle majesté I J’y reconnais un maître à qui rien n’a coûté,
Et qui dans nos déserts a semé la lumière,
Ainsi que dans nos champs il sème la poussière.
Toi qu’annonce l’aurore, admirable flambeau,
Astre toujours le même, astre toujours nouveau,
Par quel ordre, à soleil, viens-tu du sein de l’onde Nous rendre les rayons de ta clarté féconde ?
Tous les jours je t’attends, tu reviens tous les jours; Est-ce moi qui t’appelle , et qui règle ton cours?
Et toi, dont le courroux veut engloutir la terre,
Mer terrible, en ton lit quelle main te resserre?
Pour forcer ta prison tu fais de vains efforts ;
La rage de tes flots expire sur tes bords.
Fais sentir ta vengeance à ceux dont l’avarico Sur tou perfide sein va chercher son supplice ;
Hélas I près de périr, t’adressent-ils leurs vœux ?
Ils regardent le ciel, secours des malheureux!
La nature, qui parle en ce péril extrême ,
Leur fait lever les mains vers Fasile suprême : Hommage que toujours rend un cœur effrayé Au Dieu que jusqu’alors il avait oublié.
Louis Racine.
MÉMOIRE
STANCES A MA FILLE, qui m’avait demandé une romance.
Ma chère enfant , viens , écoute ta mère,
De ses leçons garde le souvenir;
De la raison si le flambeau t’éclaire,
Tu fixeras ton sort pour l’avenir.
Que la pudeur soit ta seule parure;
Redoute l'art et la frivolité :
La vérité convient à la nature,
Le talent seul ajoute à la beauté.
Quand le matin tu vois briller la rose,
Songo qu'au soir elle n’existe plus :
Un seul moment de la beauté dispose ;
On est toujours belle avec des vertus.
Si le malheur’te suit dans ta carrière,
Arme ton cœur d’une noble fierté :
On est timide alors qu’on désespère,
Un front serein brave l’adversité.
Mais si le ciel t’accordait l’opulence,
Et des jours purs par les plaisirs tracés,
Ouvre ton àme à l’honnête indigence,
Et que ses pleurs par loi soient effacés.
Sois toujours douce, honnête, affable et sage ; D’une coquette évite l’art flatteur :
Que la candeur, peinte sur ton visage,
Fasse juger des vertus de ton cœur.
Puissé-je dire à mon heure dernière :
De tout danger j'ai sauvé mon enfant!
Je finirai sans regret ma carrière,
Si je te laisse heureuse en expirant.
M** Perrier.