SIMPLE VIE
Oh 1 laissez-moi mes rêveries,
Mes beaux vallons, mon ciel si pur.
Mes ruisseaux coulant aux prairies, Mes bois, mes collines fleuries,
Et mon fleuve aux ondes d’azur.
Laissez ma vie au bord de l’onde Comme elle suivre son chemin, Inconnue aux clameurs du monde, Toujours pure mnis peu profonde, Et sans peine du lendemain.
Laissez-la couler, lente et douce, Entre les fleurs, près des coteaux, Jouant avec un brin de mousse, Avec une herbe qu’elle pousse,
Avec le saule aux longs rameaux.
Mon âme est un oiseau qui chante Sous la ramée, au fond des bois;
Sa plainte est naïve et touchante :
La solitude qu’elle enchante Donne mille échoa à sa voix.
Mes heures, à tout vent bercées,
S’en vont se tenant par la main :
Sous leurs pas légers mes pensées Éclosent belles et pressées Comme l’herbe aux bords du chemin.
On dit que la vie est amère :
O mou Dieu 1 ce n’est point pour moi La poésie et la prière,
Comme une sœur, comme une mère,
La bercent pure devant toi.
Enfant, elle poursuit un rêve,
Une espérance, un souvenir,
Comme un papillon sur la grève ;
Et chaque beau jour qui se lève Lui semble tout son avenir.
Les jours lui tombent goutte à goutte,
Mais doux comme un rayon de miel;
Il n’en est point qu’elle redoute.
O mon Dieu! c’est ainsi, sans doute,
Que vivent les anges au ciel.
La mort doit nous être donnée Douce après ces jours de bonheur ;
Comme une fleur demi-fanée,
Au soir de su longue journée On penche la tête ot l’on meurt.
Et si l’on croit, si l’on espère,
Qu'est-ce, mourir? Fermer les yeux,
Se recueillir pour la prière,
Livrer l'âme A l'ange son frère,
Dormir pour s’éveiller aux cieux.
Justin Mausick.
FRAGMENT
: Dans les palais des rois cette plainte est commune,
: ; On n'y connaît que trop les jeux de la fortune,
; Ses trompeuses faveurs, ses appas inconstants : i Mais on ne les connaît que quand il n’est plus temps. : i Lorsque sur cette mer ou vogue à pleines voiles,
; Qu’on croit avoir pour soi les vents et les étoiles,
H est bien malaisé de régler ses désirs ;
: Le plus sage s’endort sur la foi des zéphyrs.
: : Jamais un favori ne borne sa carrière ;
; : Il ne regarde pas ce qu’il laisse en arrière,
; : Et tout ce vain amour des grandeurs et du bruit - Ne le saurait quitter qu’après l'avoir détruit.
La Fontaine.
MÉMOIRE