‹ Éducation maternelle sisimples leçons d'une mére a ses enfantsChapitre 181 sur 549 · LES FLEURS · texte numérisé non relu

LES FLEURS

Dans nos climats tempérés, on voit se développer, dès les premiers joursd’avril, au milieu dessombres forêts, les réseaux de la pervenche et ceux de 1 anemona nemorosa t qui recouvrent d’un long

â ,aF‘* yert et lustré les mousses et les feuilles dessé- 5: chées par l’année précédente. Cependant, à l'orée des iz bois, on voit déjà Heurirles primevères, les violettes 2& et les marguerites, qui bientôt disparaissent en partie, X pour faire place, eu mai, h l'hyacinthe bleue, à la £ croisetle jaune qui sent le miel ; au muguet parfumé, S si aimé des amants ; au genêt doré, an bassinet doré X et vernissé, et aux trèfles rouges et blancs , si bien g alliés aux graminées. Bientôt les orties blanches et g jaunes, les fleurs du fraisier, celles du sceau-de-Salog mon, sont remplacées parlescoqueiicots et les bluets, g qui éclosent dans des oppositions ravissantes; les g églantiers épanouissent leurs guirlandes fraîches et g variées, les fraises se coloren I , les chèvrefeuilles parjjj fument les airs; on voit ensuite les vipérines d’un g bleu pourpré, les bouillon s-blancs avec leurs longues g quenouilles de fleurs soufrées et odorantes, les scajjj bieuses battues des vents, les entérines, les champignons et les asclépiasqui restent bien avant dans l’hiver où végètent des mousses de la plus tendre verdure. £ Toutes ces fleurs paraissent successivement sur la même scène. Le gazon, dont la couleur est uniforme, £ sert de fonda ce riche tableau. Quand ces plantes ont •£; fleuri et donné leurs graines, la plupart s'enfoncent 2; et se cachent pour renaître avec d'autres printemps. 2; 11 y en a qui durent tonte l’année, comme la pâqiic- S relie et le pissenlit ; d’autres s’épanouissent pendant cinq jours, après lesquels elles disparaissent entière- ZS ment : ce sont les éphémères de la végétation, g Les agrémen tsde nos forêts ne le cèdent pas à ceux

g de nos champs. Si les bois ncrcnouvcllent point leurs g arbres avec les saisons, chaque espèce présente, dans g le cours de l’année, les progrès de la prairie. D'arg bord les buissons donnent leurs Heurs; leschèvreg feuilles déroulent leur tendre verdure , l’aubépine parfumée se couronne de nombreux bouquets; les g ronces laissent pendre leurs grappes d’un bleu moun- rant; les merisiers sauvages embaument les airs, et g semblent couverts de neige au milieu du printemps ; g les néfliers entr’ouvrent leurs larges fleurs aux extrég mités d’un rameau cotonneux; les ormes donnent g leurs fruits; les hêtres développent leurs superbes g feuillages, et enfin le chêne majestueux se couvre le g dernier de ces feuilles épaisses qui doivent résister à g l’hiver.

S Comme dans les vertes prairies les fleurs se détacbent du fond par l’éclat de leurs couleurs, de même les rameaux fleuris des arbrisseaux se détachent du Z/Z feuillage des grands arbres. L’hiver présente denou- Z* veaux accords; car alors les fruits noirs du troène, la 2C mure d’un bleu sombre, le fruit de corail de l’églantier, la baie du myrlil , brillent souvent au scindes

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MÉMOIRE

neiges, et offrent aux petits oiseaux leur nourriture et un asile pendant la saison rigoureuse. Mais comment exprimer les ravissantes harmonies des vents qui agitent le sommet des graminées, et changent la prairie en une mer de verdure et de fleurs ; et celles des forêts, où tas chênes an tiques agi lent leurs sommets vénérables; ta bouleau, ses feuilles pendantes ; et les sombres sapins, leurs longues flèches toujours vertes? I)u sein de ces forêts s’échappent de doux murmures, et s’exhalent mille parfums qui influent sur les qualités do Pair. Le matin, au lever de l’aurore, tout est chargé de gouttes de rosée qui argentent tas flancs des collines et les bords des ruisseaux; tout se meut au gré des vents; de longs rayons de soleil dorent les cimes des arbres et traversent tas forêts. Cependant des êtres d’un autre ordre, des nuées de papillons peints de mille couleurs, volent sans bruit sur les fleurs; ici l’abeille et 1e bourdon murmurent ; là des oiseaux font leurs nids: tas airs retentissent de mille chansons d’amour. Les notes monotones du coucou et de la tourterelle servent de basse aux ravissants concerts du rossignol et aux accords vifs et gais de la fauvette. La prairie a aussi ses oiseaux : tas cailles qui couvent sous les herbes ; tas alouettes qui s'élèvent vers ta ciel, au-dessus de leurs nids. On entend de tous côtés tas accents maternels; on respire l’amour dans les vallons, dans les bois, dans les prés. Oh! qu’il est doux alorsde quitter les cités, qui ne retentissent que du bruit des marteaux des ouvriers et de celui des lourdes charrettes, ou des carrosses qui menacent l'homme de pied; pour errer dans les bois, sur les colliucs, au fond des vallons, sur des pelouses plus douces que 1c tapis de la Savonnerie , et qu embellissent chaque jour de nouvelles fleurs et de nouveaux parfums! Bernardin df. Saint-Pierre.

Etudes de la Nature.

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