LE BERGER ET LE TROUPEAU
Quand vous voyez quelquefois un nombrcui troupeau qui , répandu sur une colline ver» le déclin d’un beau jour, paît tranquillement le tlivm cl le serpolet , ou qui broute dans une prairie une herbe menue et tendre qui a échappé à la faux du moissonneur, le berger, soigneux cl attentif, est debout auprès de ses brebis; il ne les perd pas de vue, il les suit, il les conduit, il les change de pâturage ; si elles se dispersent, il les ressemble ; si un
loup avide parait, il lâche son chien qui le inet en
ORTHOGRAPHE
fuite; il les nouVrit ; il les défend ; l’aurore le trouve déjà en pleine campagne, d’où il ne sc retire qu’avec le soleil. Quels soins! quelle vigilance! quelle servitude! Quelle condition vous parait la plus délicieuse et la plus libre, ou du berger ou des brebis? Le troupeau est-il fait pour le berger, ou le berger pour le troupeau? Image naïve des peuples et du prince qui les gouverne, s'il est bon prince!
La Bruyère.