DES ANIMAUX
Mais tournons nos regards vers les animaux , encore plus dignes d’admiration que les cieux et les astres. Il y en a des espèces innombrables. Les uns n’ont que deux pieds, les autres on ont quatre, d’antres en ont lin très-grand nombre. Les uns
5 marchent, les autres rampent; d’autres volent, d’autres nagent ; d’autres volent , marchent et na-
ÎZ gent tout ensemble. Les ailes des oiseaux et les na- 55 geo ires des poissons sont comme des rames qui ZZ fendent la vague de l’air ou de l’eau, et qui conduisent le corps flottant de l’oiseau ou du poisson , ZZ dont la structure est semblable à celle d’un navire.
: :: Ma is les ailes des oiseaux ont des plumes avec un ZZ duvet qui s’enfle à l’air et qui s’appesantirait dans les eaux. Au contraire, les nageoires des poissons rï ont des pointes dures et sèches qui fendent l’eau sans î” en être imbibées, et qui ne s’appesantissent point quanti on les mouille. Certains oiseaux qui nagent, <£ comme les cygnes, élèvent en haut leurs ailes et *5 tout leur plumage, de peur de le mouiller, et afin •X qu’il leur serve comme de voiles. Ils ont l’art de tourner ce plumage du côté du vent, et d’aller, •g* comme les vaisseaux, h la bouline, quand le vent *3 ne leur est pas favorable. ï^es oiseaux aquatiques, g tels que les canards, ont aux pattes de grandes 2* peaux qui s’étendent, et font des raquettes à leurs «£ pieds, pour les empêcher d’enfoncer dans les bords 3* marécageux des rivières.
•£ Parmi ces animaux, les bêtes féroces, telles que les lions, sont celles qui ont les muscles les plus *£ gros aux épaules, aux cuisses et aux jambes : aussi ZZ ces animaux sont-ils souples, agiles, nerveux et S» prompts k s’élancer. Les os de leurs mâchoires sont *Z prodigieux, h proportion du reste de leurs corps. :£ Ils ont des dents et des griffes qui leur servent d armes terribles pour déchirer et pour dévorer les ?” autres animaux. Par la même raison, les oiseaux de proie, comme les aigles, ont un bec et des on- $ gles qui percent tout. Les muscles de leurs ailes g sont d’une extrême grandeur et d’une chair très- ZZ dure, afin que leurs ailes aient un mouvement X plus fort et plus rapide. Aussi ces animaux, quoique assez pesants, s’élèvent-ils sans peine jusque dans •£ les nues, d’où ils s’élancent comme la foudre sur toute proie qui peut les nourrir. D’autres animaux «S ont des cornes. I^a plus grande force des uns est £ dans les reins et le cou; d’autres ne peuvent que ruer. Chaque espèce a scs armes offensives et dé-
6 fensives. Leurs chasses sont des espèces de guerres qu’ils font les uns contre les autres pour les besoins
^ de la vie. Us ont aussi leurs règles et leur police
ORTHOGRAPHE
L'un |>oi*te, comme la tortue, sa maison, dans laquelle il est né; l’autre bâtit la sienne, comme les oiseaux, sur les plus hautes branches des arbres, pour préserver ses petits de l’insulte des animaux qui ne sont point ailés; il pose même son nid dans les feuillages les plus épais, pour le cacher à ses ennemis. En autre, comme le castor, va bâtir jusqu'au fond des eaux d’un étang l'asile qu’il se prépare, et sait élever ses digues pour le rendre inaccessible à l'inondation. Un autre, comme la taupe, naît avec un museau si pointu et si aiguisé qu’il perce en un moment le terrain le plus dur pour se faire une retraite souterraine. Le renard sait creuser un terrier avec deux issues pour n’étre point surpris et pour éluder les pièges du chasseur. Los animaux reptiles sont d’une autre fabrique. Us se plient et se replient par les évolutions de leurs muscles; ils gravissent , ils embrassent , ils serrent , ils accrochent les corps qu'ils rencontrent ; ils se glissent subtilement partout. Leurs organes sont presque indépendants les uns des autres : aussi vivent-ils encore après qu’on les a coupés. Les oiseaux, dit Cicéron, qui ont les jambes longues ont aussi le cou long à proportion , pour pouvoir abaisser leur bec jusqu’à terre et y prendre leurs aliments. Le chameau est de meme, l/éléphant , dont le cou serait trop pesant pour sa grosseur s’il était aussi long que celui du chameau, a été pourvu d’une trompe, qui est un tissu de nerfs et de muscles qu'il allonge, qu’il retire, qu’il replie en tous sens, pour saisir les corps, pour les enlever et pour les repousser : aussi les Latins ont-ils appelé cette trompe une main.
Orfains animaux paraissent faits pour l'homme. Le chien est né pour le caresser, pour se dresser comme il lui plaît , pour lui donner une image agréable de société, d’amitié, de fidélité et de tendresse; pour garder tout ce qu'on lui confie; pour prendre à la course beaucoup d’autres hèles avec ardeur, et pour les laisser ensuite à l'homme sans en rien retenir. Le cheval et les autres animaux semblables se trouvent sous la main de l'homme pour le soulager dans son travail et sc charger de mille fardeaux. Ils sont nés pour porter , pour marcher, pour soulager l'homme dans sa faiblesse et pour obéir à tous ses mouvements. Les bœufs ont la force, la patience en partage pour traîner la charrue et pour labourer. Les vaches donnent des ruisseaux de lait. I.es moutons ont dans leur toison un superflu qui n’est pas pour eux, et qui sc renouvelle pour inviter l'homme à les tondre toutes les années. Les chèvres meme fournissent un crin long qui leur est inutile, et dont l'homme fait des étoffes pour
£ se couvrir. l-es peaux des animaux fournissent à S l’homme les plus belles fourrures dans les pays les plus éloignés du soleil. Ainsi l'auteur de la nature ZZ a vêtu les bêtes selon leurs besoins, et leurs dé- 25 pou il les servent encore ensuite d'habits aux hoin- 2* mes pour les réchauffer dans ces climats glacés. 22 Les animaux qui n’ont presque point de poil ont UC une peau très-épaisse et très-dure, comme des S écailles ; d'autres ont des écailles même qui se cou-
vrent les unes les autres comme les tuiles d'un toit, ï ...»
Z.Z et qui s entrouvrent et se resserrent suivant qu il
S convient à l’animal de se dilater ou de se resserrer. £5 Ces peaux et ces écailles servent aux besoins des J* hommes. Ainsi, dans la nature, non-seulement les S plantes, mais encore les animaux sont faits |>our JS notre usage. Les bêtes farouches mêmes s’apprivoi- ’S sent ou du moins craignent l'homme. Si tous les J* pays étaient peuplés et policés comme ils devraient JS l'être, il n’y en aurait point où les bêtes attaquas- PJ sent les hommes. On ne trouverait plus d’animaux Jg féroces que dans les forêts reculées, et on les réser- •£ verait pour exercer la hardiesse, la force et l'adresse JS du genre humain par un jeu qui représenterait la
Z* ritahle entre les nations. Mais observez que les animaux nuisibles â l'homme sont les moins féronds, et que les plus utiles sont ceux qui multiplient da- 25 vantage. On lue incomparablement plus de boeufs zi et de moutons qu'on ne tue d’ours et de loups, il g y a néanmoins incomparablement moins d’ours et ::: de loups que de boeufs et de moutons sur la terre, r: Remarquez encore, avec Cicéron , que les femelles JS de chaque espèce ont des mamelles dont le nombre 22 est proportionné à celui des petits qu’elles portent 22 ordinairement. Plus elles portent de petits, plus la
5 nature leura fourni de sources de lait pour les allaiter. ZZ Pendant que les moutons font croître leur laine 22 jHmr nous, les vers à soie nous filent à Penvi de 1 Z riches étoffes et se consument pour nous les donner.
Ils se font de leur coque une espèce de tombeau g où ils se renferment dans leur propre ouvrage, et 22 ils renaissent sons une figure étrangère pour se per-
6 pétuer. D’un autre coté, les abeilles vont recueillir 2- avec soin le suc des fleurs odoriférantes pour en $ composer leur miel, et elles le rangent avec un 22 ordre qui nous peut servir de modèle. Reaucoup 22 d’insectes se transforment tantôt en mouches et J; ; tantôt en vers. Si on les trouve inutiles, on doit con-
sidérer que ce qui fait partie du grand spectacle de •£ la nature et qui contribue h sa variété n’est point 55 sans usage pour les hommes tranquilles et attentifs.
Fr.NF.iox.