DE LA NOURRITURE
Qu’y a-t-il de plus beau qu’une machine qui se répare et sc renouvelle sans cesse elle-même! L’animal , borné dans ses forces , s’épuise bientôt par le travail; mais, plus il travaille, plus il se sent pressé de se dédommager de son travail par une abondante nourriture. Les aliments lui rendent chaque jour la force qu’il a perdue. Il met au dedans de son corps une substance étrangère, qui devient la sienne par une espèce de métamorphose. D’abord elle est broyée et se change en une liqueur ; puis elle se purifie comme si on la passait par un tamis, pour en séparer tout ce qui est trop grossier ; ensuite elle parvient au centre ou foyer des esprits , où elle se subtilise et devient du sang; enfin , elle coule cl s’insinue, par des rameaux innombrables, pour arroser tous les membres; elle se filtre dans les chairs, elle devient chair elle-même. Tant d’aliments et de liqueurs, de couleurs si différentes, ne sont plus qu’une même chair. L’aliment, qui était un corps inanimé, entretient la vie de l’animal, et devient l’animal même. Les parties qui le composaient se sont i*xhalées par une sensible et continuelle transpiration. Ce qui était, il y a quatre ans, un tel cheval, n’est plus que de l’air ou du fumier. Ce qui était alors du foin ou de l’avoine est devenu ce même cheval , si fier et si vigoureux : du moins il passe pour le même cheval, malgré ce changement insensible de sa substance. Fénelon.
ORTHOGRAPHE
DU CORPS DU L'HOMME. ^ mécaniques. Vert le haut de ce corps pendent deux
Il y a une portion de matière que je nomme 7'Z bras qui «ont brisés par des jointures, en sorte qu’ils won corps, parce que ses mouvements dépendent ZZ se meuvent presque en tous sens. Ils sont terminés de mon seul vouloir, au lieu que nul autre corps H par deux mains qui s’allongent et qui se replient ne déjxmd de ma volonté; cette portion de ma- £ par les articles des doigts armés d’ongles. Que tière me parait façonnée exprès pour toutes les pourrait-on jamais inventer de plus propre à saisir, fonctions auxquelles elle sert. Je vois un corps fait £ & repousser, à porter, k traîner, à séparer les avec; symétrie : il est posé sur deux cuisses et sur S£ corps voisins, à démêler les choses entrelacées, à deux jambes égales et bien proportionnées. Veux-je finit* des ouvrages les plus rudes ou les plus délicats? demeurer debout et immobile, mes cuisses et mes «■> Au-dessus de ce corps s’élève le cou, qui se jambes sont droites et forment comme des colonnes 5* dresse ou qui se penche, qui se tourne h droite ou qui portent tout cet édifice. Au contraire, veux-je S à gauche, selon les besoins , et qui porte la tète, marcher, ces deux grandes colonnes se trouvent -* siège des principales sensations. Le derrière de la brisées par des jointures : pendant que l’une de- **• tête est couvert de cheveux qui l’ornent et le formeure appuyée pour me soutenir, l’autre s’avance g; tifient. Le devant est le visage, où les deux yeux , pour me porter vers les objets dont je veux in*ap- égaux et placés avec symétrie, semblent allumés procher; mais ce corps, en se penchant, sait se r: d’une flamme céleste. Le nez sert a relever le viplanter,en sorte qu'il garde un parfait équilibre pour J* sage, et il est en même temps l’organe de l'odorat, ne pas tomber. I*e corps, proportionné à ces deux J*» Les oreilles sont aux deux côtés pour entendre à soutiens, est fortifié par des côtes bien rangées en £ droite et à gauche. Ces sensations principales sont demi-cercle, qui viennent se joindre par-devant. g* doubles, non -seulement pour les rendre plus Elles sortent toutes de l’épi ne du dos, qui est formée promptes et plus faciles des deux côtés, mais onde vertèbres, c’est-à-dire de petits ossements très- core pour préparer une ressource dans les accidents
durs, emboîtés les uns dans les autres; en sorte que li où l'un des deux organes serait blessé. La bouche le dos est très-étroit et très-ferme, quand il me plaît, £ est, par b*-» lèvres, un grand ornement du visage : et très-flexible pour se courber et pour se pencher, £ quand elle s’ouvre, elle montre un double rang de dès que j’en ai besoin. Les côtes servent h renfermer îz dents destinées à briser les aliments et à en préct à tenir en sûreté les principaux organes, qui £ parer la digestion. La langue, souple et humide, sont comme le centre de la vie et dont la délica- £ va toucher le palais et les dents en tant de maniètesse est extrême : elles laissent néanmoins entre £ res qu’elle articule assez de sons pour en composer elles un intervalle à l’endroit précis où j’en ai be- £ tout le langage dti genre humain. Mais je n’ai garde soin, pour faciliter l’élargissement ou le resserre- 1“ de vouloir remarquer tout l’artifice de mon corps; nient de toutes ces parties internes, par rapport à -Z je ne fais que l’efHeurer. 11 est infini ; plus on l'apla respiration et aux autres opérations vitales. Mon -Z profondit , plus on y trouve un art qui surpasse incœur est comme la source d’où part avec impéluo- £ (hument l’art de tons les hommes. Le corps humain sité le sang, qui va, par des rameaux innombrables, £ est la plus composée et la plus industrieuse de arroser et nourrir les chairs de tous les membres, £ tontes les machines. Fénelox.
de même que les rivières vont arroser et fertiliser X toutes les campagnes. Ce sang, qui se ralentit dans - » sa course, revient des extrémités du corps au cen- £ tre, pour s’y rallumer et pour y prendre de nou- £ veaux esprits. Les poumons sont des soufflets qui font la respiration. L’estomac est un réservoir qui £ reçoit tous les aliments : il a des sucs tout propres £ pour les dissoudre et pour les convertir en une espère de lait qui devient ensuite du sang. Le gosier, g* quand il est bien formé, est le plus parlait de tous jjJ les instruments de musique. Tout est merveilleux dans le corps humain, jusqu’aux organes mêmes des fonctions les plus viles et les plus abjectes qu’ou ne nomme pas. Il n’y a dans tout ce corps aucun £ ressort interne qui ne surpasse toute l’industrie des X