HENRIETTE
Bonjour, Pauline.
PA CLIN K , vivement.
Bonjour, Henriette.
MADAME DR VERTEUIL
lié, hé! Pauline! comment sais-tu donc que c’est Henriette qui te souhaite le bonjour?
PAULINE
C’est que je l’ai entendue, maman. Je reconnais bien la voix de ma sœur, peut-être.
madame de vertecil.
Fort bien. Voici une découverte nouvelle. Tu sais encore quelque chose, non pour avoir vu, touché et senti, mais seulement pour avoir entendu; ainsi donc, voilà déjà quatre moyens par lesquels tu peux savoir quelque chose : la vue, le toucher, l’odorat et Fouie.
PAULINE
Vraiment oui, maman; je suis savante de quatre façons.
PAULINE , ajtrrt avoir goùlé.
C’est de la gelée de groseilles.
MADAME DE VERTEUIL
Et comment le sais-lu?
PAULINE
Fiez-vous à mon goût, je suis connaisseuse.
MADAME DE VKRTP.UII..
Ton goût ne t’a point trompée. Ton goût ! mais voilà donc un cinquième moyen par lequel tu peux savoir quelque chose. Pourrais-tu me les nommer, ces cinq moyens? ou veux-tu que je le les dise encore une fois?
PAULINE
J'aime mieux que vous les disiez, maman, pour les mieux retenir. Moi, je pourrais en laisser égarer quelqu’un ; et, franchement, j'aurais du regret à les perdre.
MADAME DE VERTEUIL, aprè* avoir débandé le* yeni à Pauline.
Ces cinq moyens par lesquels nous pouvons savoir quelque chose ou acquérir des cou naissa nees sont : la vue, le toucher, l’odorat, Fouie et le goût. On les appelle les cinq sens.
PAULINE
Je suis bien aise d’étre assurée qu’il ne m’en manque pas un. Je sais très-bien voir, toucher, sentir, ouïr et goûter.
MADAME DE VERTEUIL
Remets-toi comme tu étais toutà l’heure. Essayons s’il reste quelque autre moyen qui ne soit ni voir, ni toucher, ni sentir, ni entendre, par lequel tu puisses savoir encore quelque chose.
PAULINE
Voyons, maman, je vous attends à l’épreuve.
MADAME DE VERTEUIL
Ouvre la bouche. Qu’est -ce que je viens d’y mettre ?
MADAME DE VERTEUIL
Et ta poupée peut-elle faire quelques-unes de ces choses ?
PAULINE
Je la défie d’en faire une seule. Je lui donne à choisir.
MADAME DE VERTEUIL
Voilà donc une grande différence entre vous deux. Ta poupée ne peut ni se mouvoir d’elleméme, ni voir, ni toucher, ni sentir, ni ouïr, ni
RÉCRÉATIONS
(jouter comme toi. Et sais-tu comment on appelle £ ceux qui peuvent faire cela?
PAL' LINE
Non, maman.
MADAME DE VERTEUIL
On les appelle être vivants et animés. Ainsi tu es un être vivant et animé, et ta poupée ne l’est pas. Mais, dis-moi maintenant, les animaux, comme les chiens, les chats et les oiseaux, sont-ils des êtres vivants et animés, ou non?
PAULINE
Je crois qu’ils le sont, maman.
MADAME DE VERTE Dit*
Tu as raison de le croire, car le chat peut sé mouvoir de lui-même aussi bien que toi ; et je me doute qu’il sait même courir un peu plus vite et sauter un peu plus haut : n’est-il pas vrai?
PAULINE
Oui, maman ; je lui cède ces avantages.
MADAME DE VERTEUIL
El lorsque tu vas à lui , en frappant dans tes mains, peut-il entendre le bruit que tu lais?
PAULINE
Oh! il l’entend sans doute; car il sc met aussitôt à fuir.
MADAME DE VERTEUIL
Et lorsque tu lui fais toucher par derrière ton bâton?
PAULINE
11 s’enfuit plus vite encore.
MADAME DE VERTEUIL
U est donc sensible au toucher?
PAULINE
Oui, maman, je vous assure; il est fort douillet sur ce point.
MADAME DE VERTEUIL
Mats, sans le poursuivre, lorsque lu lui nioiilres seulement le bâton, en le menaçant du geste?
PAULINE
11 le voit si bien , que bientôt je uc le vois plus lui-même.
MADAME DE VERTEUIL
Voilà déjà trois sens qu'il possède comme toi : la vue, le toucher et l’ouïe. Voyons encore s’il a l’odorat cl le goût.
PAULINE
Oh! je vous en réponds. I) sent de fort loin une fricassée; et jetez-lui en même temps un morceau de gigot et tin bouchon, il en sait très- bien faire la différence.
MADAME DE VERTEUIL
Il en est de même de tous les autres animaux. Us peuvent se mouvoir deux -mêmes comme ils veulent. Ils peuvent voir, toucher, sentir, ouïr et goûter comme nous. Ils sont donc, comme uous, des êtres vivants et animes. Ta poupée ne peut rien faire de tout cela : ta ponpée est donc une chose sans vie, une chose inanimée, ainsi que cette table et ces fauteuils.
PAULINE
J’ai donc quelque chose de plus que ces fauteuils, que celle table et que ma poupée. Mais qu’ai-je de plus que le chat?
MADAME DE VERTEUIL
Une chose bien précieuse, et dout nous parlerons plus tard; une chose que tu pourrais trouver dans la question même : car Minet, de sa vie entière, n’aurait été en état de me faire cette question.
Dekquik.