‹ Éducation maternelle sisimples leçons d'une mére a ses enfantsChapitre 94 sur 549 · HYMNE DE L’ENFANT · texte numérisé non relu

HYMNE DE L’ENFANT

a son «éveil.

§ O Père qu’adore mon père !

Toi qu’on ne nomme qu’à genoux I Toi dont le nom terrible et doux ï: Fait courber le front de ma mère!

On dit que ce brillant soleil S. N’est qu’un jouet de ta puissance ;

Que sous tes pieds il se balance Comme une lampe de vermeil.

25 Au banquet de la vie , infortuné convive, £

J’apparus un jour, et je meurs : g;

Je meurs , et sur ma tombe , où lentement j’arrive , ji Nul ne viendra verser des pleurs.

Salut, champs que j’aimais; et vous, douce verdure,

30 Et vous, riant exil des bois ! 2

Ciel, pavillon de l'homme , admirable nature ,

Salut pour la dernière fois!

On dit que c'est toi qui fais naître Les petits oiseaux dans les champs, El qui donnes aux petits enfants Une âme aussi pour te connaître!

On dit que c'est toi qui produis Les fleurs dont le jardin se pare , Et que, sans toi, toujours avare, Le verger n'aurait point de fruits.

Ah ! puissent voir longtemps votre beauté sacréo Tant d’amis sourds à mes adieux !

35 Qu’ils meurent pleins de jours, que leur mort soit pleurée ,

Qu’un ami leur ferme les yeux.

Gilbert.

Porte, qui fait ,lri *rn comme en faiaail Gilbert.

• fai révélé. J’ai confié tonies mes pensées.

* Pleur» pénitents ; il a vn que je pleurais et faisais pénitence de mes laulcs.

* Bernants, houle d'avoir mal fait. Il m'arme ... il me donne de la coustance pour souffrir, comme on donne des armes à quelqu'un pour se défendre.

• Et sa gloire , toute sa réputation, tonte sa renommée de bon poète,

» Leur haine,.. Plus ils l’auront hni, plus tn seras appuyé par moi, par ton Dieu.

•0 Tout trompe... lésâmes simples, naïves, sont faciles à tromper.

•*, •* Le libraire qui gagnait avec les ouvrages de Gilbert le trahissait en vendant des écrits contre ce malheureux poète.

Il, I*, |#,** Dieu dit au jeune poète que plus tard on aura pitié de son malheur, qu’on sera juste à son égard , qu'on reconnaîtra ses talents et sa probité. ÜinatrruptiLle avenir, c’est la postérité, ce sont ceux qui vivent après le poêle mort, et qui, ne se laissant pas prévenir, jugeront avec sagesse et diront tout le bien qu’on peut dire dn pauvre Gilbert. La promesse de Dieu, dans la bouche du poète, a été tenue. Nous qui sommes In postérité pour Gilbert, nous lui rendons toute la justice qu’il mérite comme poète, nous plaignons les malheurs qu’il a éprouvés durant sa courte vie.

*s, *®, P, ** Le poète suppose qu’il avait été invité i un repas , et qu'il est mort autsilAl qu'il y a pris sa place. Ce Convwe infortuné, c’est Gilbert, qui n’a fait que paraître et mourir. Il va mourir, et il croit que personne ne pleurera sa mort!

Nota. Il fant de meme joindre (explication aux pièces suivan-

je

Aux dons que la bonté mesure Tout l’univers est convié ;

Nul insecte n’esl oublié A ce festin de la nature.

L’agneau broute le sorpolel ,

La chèvre s’attache au cytise ,

La mouche au bord du vase puise Les blanches gouttes de mon lait !

L’alouette a la graine amère Que laisse envoler le glaneur.

Le passereau suit le vanneur,

Et l’enfaut s’attache à sa mère.

Et pour obtenir chaque don Que chaque jour tu fais éclore,

A midi , le soir, à l’aurore,

Que faut-il ? prononcer Ion nom !

O Dieu ! ma bouche balbutie Ce nom des anges redouté.

Un enfant même est écoulé Dans le chœur qui le glorifie!

On dit qu’il aime à recevoir Les vœux présentés par l'enfance,

A cause de celte innocence Quo nous avons sans lo savoir.

On dit que leurs humbles louanges A son oreille moulent mieux,

Que les anges peuplent les deux ,

Kl que nous ressemblons aux anges !

Ah ! puisqu’il entend de si loin Les vœux que notre bouche adresse,

Je veux lui demander sans cesse Ce dont les autres ont besoin.

Mon Dieu, donne l’onde aux fontaines, Donne la plume aux passereaux ,

Et la laine aux petits agneaux ,

Et l'ombre et la rosée aux plaines.

Donne au malade la santé,

Au mendiant le pain qu’il pleure.

A l’orphelin une demeure ,

Au prisonnier la liberté.

Donne une famille nombreuse Au père qui craint le Seigneur;

Donne à moi sagesse et bonheur,

Pour que ma mère soit heureuse!

Que je sois bon , quoique petit ,

Comme cet enfant dans le temple ,

Que chaque malin je contemple, Souriant au pied de mon lit!

Mets dans mon àme la justice ,

Sur mes lèvres la vérité ,

Qu’avec crainte et docilité Ta parole en mon cœur mûrisse!

Et que ma voix s’élève à toi Comme cette douce fumée Que balance l’urne embaumée Dans la main d’enfants comme moi !

De Lamartine.

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