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L’OREILLER D’UN ENFANT

Cher petit oreiller! doux et chaud sur ma tôle,

Plein de plume choisie, et blanc! et fait pour moi 1 Quand on a peur du vent, des loups, de la tempête, Cher petit oreiller, que je dors bien sur loi !

MÉMOIRE

Beaucoup, beaucoup d’enfants pauvres et nus, sans mère, Sans maison, n’ont jamais d'oreiller pour dormir ;

Ils ont toujours sommeil ! ô destinée amère!

Maman, douce maman! cela me fait gémir.

Et quand j’ai prié Dieu pour tous ces petits anges Qui n’ont pas d’oreiller, moi j’embrasse le mien;

El seule en mon doux nid qu’à tes pieds lu m’arranges, Je te bénis, ma mère , et je louche le tien.

Je ne m’éveillerai qu’à la lueur première De l’aube , au rideau bleu : c’est si gai de la voir!

Je vais dire tout bas ma plus tendre prière ,

Donne encore un baiser, douce maman , bonsoir!

Prière.

Dieu des enfants, le cœur d’une petite fille Plein de prière (écoule) est ici sous mes mains;

Hélas 1 on m’a parlé d’orphelin3 sans famille!

Dans l’avenir, bon Dieu , ne fais plus d’orphelins !

Laisse descendre au soir un ange qui pardonne,

Pour répondre à des voix que l’on entend gémir ;

Mets sous l’enfant perdu, que sa mère abandonne,

Un petit oreiller qui le fera dormir !

Mme Desbordes- Valmork.

LE PONT KERLO.

Un jour que nous étions assis au pont Kerlo,

Laissant pendre, en riant, nos pieds au Gl de l’eau, Joyeux de la troubler, ou bien, à son passage , D’arrêter un rameau, quelque flottant herbage,

Ou sous les saules verts d’effrayer le poisson Qui venait au soleil dormir près du gazon ;

Seuls en ce lieu sauvage , et nul bruit, nulle haleine N’éveillant la vallée immobile et sereine ,

Hors nos ris enfantins, et l’écho do nos foix,

Qui partait par voléo et courait dans les bois;

Car entre deux forêts la rivière encaisséo Coulait jusqu'à la mer, lente, claire et glacée;

Seuls, dis-je, on ce désert, riant, causant d’amour, Sous l’arche du vieux pont nous passâmes le jour. C’était plaisir de voir, sous l’eau limpide et bleue,

Mille petits poissons faisant frémir leur queue,

Se mordre, se poursuivre, ou, par bandes nageant, Ouvrir et refermer leurs nageoires d’argent;

Puis les saumons goulus, et, sous son lit de pierre, L’anguille qui se cache au bord do la rivière;

Des insectes sans nombre, ailés et transparents, Occupés tout le jour à monter les courants ;

Phalènes, moucherons, alertes demoiselles,

Se sauvant, sous les joncs, du bec des hirondelles.— Sur la main de Marie une vint se poser,

Si bizarre d’aspect, qu’sfin de l’écraser J’accourus ; mais déjà ma jeune paysanne Par l’aile avait saisi la mouche diaphane ,

MÉMOIRE

MÉMOIRE

Et voyant la pauvrette en ses doigts remuer :

« Elle n’a que sa vie. Oh ! pourquoi ta tuer? » Dit-elle ; et dans les airs sa bouche ronde et pure Légèrement souffla la frôle créature,

Qui, soudain déployant ses deux ailes de feu, Partit, et s’éleva , joyeuse , en priant Dieu. — Bien des jours ont passé , depuis celte journée , Hélas! et bien des ans (dans ma quinzième année, Enfant, j'entrais alors) ; mais les jours et les ans Ont passé sans ternir ces souvenirs d'enfants.

L'auteur de Marie.

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