LHOMME EST SOCIABLE
RJais, pour se perfectionner et devenir plus raisonnable, l'homme doit vivre en société avec ses semblables.
A notre naissance, vois comme nous sommes faibles et à combien de maux nous sommes exposés ! nous ne nous tenons pas sur nos pieds, il faut que notre mère nous porte , nous donne son lait, prépare notre berceau. Nous avons un an et plus^ et c'est à peine si nous savons manger , à peine si nous mettons une jambe devant l'autre ; nous ne sommes en état ni de comprendre ni de demander ce dont nous avons besoin. Si nous étions abandonnés à nous-mêmes, cent animaux plus forts que nous nous fouleraient aux pieds et nous dévoreraient.
Sans nos parents qui nous protègent , qui nous habillent, qui nous nourrissent, nous péririons de fui m, de froid,
ou par quelque accident. Admirable providence qui se sert de nos besoins pour nous conduire à nous aimer entre nous! Les parents aiment f enfant en raison de l'assistance qu'ils lui prodiguent; l'enfant aime ses parents en raison des secours qu'il eh reçoit; et après que le besoin a cessé , l'affection^ la reconnaissance, continuent à servir entre eux de liens. L'enfant grandit et prend de la force, tandis que les parents deviennent vieux et s'affaiblissent.
Eux alors ont besoin que leur fils leur prête Tassistance qu'ils lui ont prêtée autrefois. G est le lien qui forme les familles; les familles s'accroissent et forment les tribus , les hameaux , les villes, les États, les nations.
L'homme réduit à l'isolement serait occupé tout le jour rien qu'à chercher sa nourriture et à se défendre contre les bêtes féroces. Faible , il serait opprimé par le plus fort. 11 ne goûterait
ni le plaisir de causer, ni celui d'aimer, ni celui de secourir un malheureux ou de se voir plaint dans son propre malheur. Il lui faudrait pourvoir de luimême à chacun de ses besoins, si bien que pour se bâtir une maison, pour se procurer des habits, il s'épuiserait pendant des années entières. 11 n'aurait le temps de se perfectionner dans aucun art , ni d'apprendre ce que les autres savent ; sa vie serait misérable et courte.
Mais Dieu a vu qu'il n'était pas bien que l'homme fût seul; et pour cette raison il a mis en nous ce désir , ce besoin de nous réunir et de nous entr'aider. Mon jeune ami, rappelle-toi ton enfance : quelle était alors la punition la plus sévère qu'on pût t'infliger? te séparer de tes camarades et te laisser seul. Ne Foublie pas; et quand parmi les hommes, dans certains moments de chagrin et de mauvaise humeur^ la société te semblera marcher mal et
t'inspirera du dégoût , songe à ce que tu serais si tu en étais réduit à vivre hors de son sein.