LE SENS MORAL ET LA CONSCIENCE
Quand tu vois un beau tableau^ quand tu entends de bonne musique , quand tu touches du velours, quand tu sens une rose, quand du goûtes de la confiture, tu éprouves du plaisir. Tu éprouves au contraire du déplaisir en mordant un fruit amer, en touchant un fer rouge, en voyant quelque chose de difforme , en entendant le grincement d'une lime, ou en sentant la puanteur d'un fumier.
Ces plaisirs et ces déplaisirs nous sont transmis par le moyen des sens.
Tu vois dans la rue un bon enfant qui donne la main à un pauvre aveugle.
Tu vois quelqu'un qui laisse tomber son
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mouchoir de sa poche , et un petit garçon qui s'empresse de ramasser le mouchoir et de le lui rendre. Voilà des actions qui te font plaisir. Tu vois un écervelé qui heurte un vieillard et le fait tomber ; tu en vois un autre qui , exprès, enseigne mal son chemin à un étranger ; voilà des actions qui te font du déplaisir ^ de \2i peine. Ce plaisir, celte peine te sont transmis par le sens moral^ par un sens intérieur qui est le premier à nous révéler le bien et le mal , la justice et l'injustice de chacune de nos actions et des actions d'autrui^ avant même que nous ayons réfléchi si cette action est utile ou non. Quand le sens moral s'exerce sur une de nos propres actions , il prend le nom de conscience.
L'occasion ne t'aura malheureusement pas manqué de voir quelquefois un petit mauvais sujet donner un coup à un camarade , et celui-ci se retourner
et dire : c\ Est-ce que je t'ai jamais fait
du mal 7 » Toi-même , si quelqu'un t'a jamais maltraité , ton premier mouvement aura été de lui demander : « Qu'estce que je t'ai fait ?» Le sens moral t'avertissait qu'on ne doit pas faire de peine à quelqu'un qui ne l'a pas mérité.
Tu es sur le point de commettre une faute ^ la conscience t'ordonne de t'en abstenir ; si tu refuses de l'écouter , elle te punit par la honte , par le repentir , par le remords. Elle est avec toi , en toi et toujours. Tu sais que personne ne t'a vu , et tu as honte ; tu sais que personne ne te punira , et tu as peur. Que je te plains si tu cesses jamais d'écouter la voix de la conscience ! Que je te plains si jamais tu agis en dépit dé ce qu'elle t'aura dit.
Avant d'agir , j'interrogerai ma conscience, et je ferai toujours bien , parce que je veux être content de moi , parce que je veux être heureux , parce que je teux toujours devenir meilleur.
L'HOHME aspire au BOlfHEUR.
En effet , toutes nos actions ont un même but; nous les faisons dans la pensée que nous nous en trouverons mieux.
J'ai faim , c'est une sensation pénible ; je mange pour me trouver mieux. Je suis fatigué , je me repose ; j'éprouve de l'ennui , je m'occupe parce que c'est un moyen de me trouver mieux. Il vaut mieux savoir que rester dans l'ignorance^ et pour cette raison j'étudie.
Etre aimé et estimé est plus agréable qu'être détesté et méprisé, et pour cette raison je vis en honnête homme.
Tout ce qui nous procure une amélioration dans notre état, nous l'appelons bien; tous ce qui le rend pire, nous l'appelons mal. Nous appelons bonheur avoir le plus de biens et le moins de maux possible.
Mais pour la plupart , les biens et
les maux ici-bas ne sont que dans Tapparence. Je renonce à manger une friandise pour la donner à un malheureux qui a faim. Ceci est bien, ma conscience me le dit^ et j'en éprouve une douce satisfaction. Mon camarade a un beau livre, un objet de curiosité, et je le lui dérobe. Avoir en ma possession ce que je désire semblerait un bien, cependant, ma raison me dit que je fais mal en dérobant ce qui appartient à mon camarade^ que je lui cause de la peine, et que moi-même je me rends méchant en commettant une action injuste. Si *j' avoue ma mauvaise action , mon père me punira y si je la nie, je n'aurai rien à souffrir. Mais en réalité , mentir est mal : comment irait le monde si chacun se mettait à mentir ? Par le mensonge donc j'ajoute à ma perversité , j'ajoute un mal à un mal; tandis qu'en disant la vérité, si j'ai une punition à subir , cetle punition servira à me détourner
à l'ayenir de commettre une action que je ne puisse avouer; je deviendrai meilleur.
Tu comprends donc qu'il n'y a de vrais biens que ceux qui résultent d'actions bonnes; que le bonheur est la récompense de la vertu.
Et en quoi consiste la vertu?
 être jmte et bienfaisant.
Que veut dire ôtrejitô^ ?
Ne point faire à autrui ce que je ne vou^ drais pas quHl me fût fait.
Que veut dire être bienfaisant?
Faire à autrui ce que je voudrais qu'il me fût fait.
Qu'est-ce donc alors que la vertu?
La vertu est l'habitude de faire constamment des choses utiles auK hommes pour se conformer à la volonté de Dieu.
Si j'agis ainsi que dois-je espérer?
D'être constamment heureux dans ce monde et dans l'autre*
XÏV.