‹ Éducation morale populaireChapitre 12 sur 38 · DROIT ET DETOIR DE LA CONSERVATION · texte numérisé non relu

DROIT ET DETOIR DE LA CONSERVATION

Dimanche dernier , j'ai entendu M. le curé expliquer la doctrine chrétienne, et s'exprimer à peu près ainsi :

« Tune tueraspas^dii la loi du Seigneur.

Quand vous faites votre examende con science pour voir si vous avez obéi au Seigneur, vous pensez n'avoir point violé ce commandement de sa loi , par la raison que vous n'avez point tué et que vous

a'avez désiré la mort de p^sonne. Mais cela suffît-il? Dieu vous a fait don de la vie , c'est un don sans lequel vous ne pourriez jouir des autres biens et mériter la félicité élernelle. Il s'ensuit que vous avez le droit de la cçnserver , c'est pour vous un dewir de la respecter en vous et dans les vôtres. Chacun pourra donc et devra se procurer la nourriture^ le vêtement , le toit , ménager ses membres et ses forces , et en faire l'usage le plus convenable pour son bien.

» Les coups de couteau ne sont pas la seule ihàtiiérè d'attenter à Votre fie et à celle d'autrui; vous y attentez encore par les rixes , par les brutalités ; vous y attentez quand vous vous condamnez vous même ou quand vous condamnez autrui à des excès de fatigue. Le chai^ latan qui débite des drogues nuisibles, le marchand qui vend des viandes gâtées , du vin frelaté^ des fruits pourris ; tout homme qui néglige les précautions

nécessaires pour empêcher une maladie contagieuse, la gale, la petite vérole, le choléra, de se propager, viole le devoir de la conservation. Vous, mères, qui manquez de vigilance pour vos enfants, qui les laissez approcher del'eau, du feu y qui les abandonnez trop longtemps à eux-mêmes au risque de mille accidents , qui les laissez courir derrière les voitures , jouer avec des armes^ grimper aux arbres , sauter dans les escaliers^ vous violez le commandement de Dieu. Si tu excites quelqu'un à s'enivrer , tu réponds à Dieu du mal qui lui en arrivera. Si tu exiges d'une pauvre femmeun travail au-dessus de ses forces, tu es coupable d'homicide sur elle et sur son enfant^ qui a besoin d'elle pour vivre. Le chagrin suffit pour rendre malade et faire mourir : te conduis-tu mal? tu abrèges les jours de ton père.

Fais-tu abus de pouvoir, ou emploies-tu la fraude? tu affliges ton prochain, qui

en souffrira peut-être dans sa santé et certainement dans sa tranquillité d'àme, et tu commets une faute.

» La santé est la base de tous les autres biens. Qui a santé a richesse^ quoiqu'il ne s* en doute pas. Les maladies font perdre et le temps, et le contentement, et Targent. Veillez donc avec le plus grand soin sur votre santé; la meilleure recette est la tempérance.

Ne vous précipitez pas au-devant du danger, ce serait témérité; mais faiteslui tête avec courage. Le courage est la ressource la plus sûre pour se tirer d un mauvais pas : dans un naufrage , le poltron périt ; l'homme courageux s'attache à une planche et se sauve. Le poltron qu'une vipère ou un chien enragé vient de mordre, perd son temps à pleurer et à se désespérer; il périt dune mort horrible. L'homme courageux s'empresse de faire brûler la morsure avec un fer rouge , et il guérit.

» Le sacrifice de la \ie , de la santé , ne doit se faire que lorsqu'un devoir plus sacré le commande ou pour le bien de tous , ou pour ne pas commettre une action contraire à Fhomme et au devoir.

Pour sauver un enfant qui se noie , un homme se jette à l'eau, exposant sa vie à un danger incertain afin d'arracher son semblable à une mort certaine ; qu'il soit béni ! Les médecins et les prêtres visitent les malades, même au risque de gagner une maladie contagieuse; mais ils le font pour guérir le corps et l'âme du malade. — Si l'ennemi menace d'asservir votre patrie , vous prendrez les armes avec tous vos concitoyens, et vous exposerez vos jours pour le salut commun. Plutôt que de renier la foi , ces saints que nous vénérons ont souffert le martyre.

Dans la maladie, c'est un devoir de se soumettre au traitement, quelque pénible qu'il soit; qui peut vous rendre la

santé. Soyez dociles aux prescriptions du médecin, supporlezavecpatienceladouleur et le remède ; ne vous rendez pas désagréables à ceux qui vous soignent; ne méprisez pas le mal , mais ne vous laissez point abattre par lui; et si la mort s'approche, attendez -la avec calme. Un jour j'assistais un malade, comme c'est mon devoir, je lui demandai s'il avait du regret de mourir; il me répondit : « Pourquoi du regret ?

est-ce que la mort serait un péché? Je savais bien que j'étais né mortel. Tous ceux qui m'ont précédé ne sont-ils pas morts ? La pensée de la mort est cause que j'ai t&chéde bien faire pendant que j'en avais le temps, et de me trouver *"'""'irs tel que je désirerais être quand -ait le moment. Aujourdhui , je vais à Dieu avec crainte et conàlafois, carjesaisqu'il est bon.»

ais plus que la santé du corps, evez, mes enfants, rechercherla

santé de Tàme. Loin donc les excès dans les plaisirs et dans l'affliction. Le Seigneur vous comble-t-il de prospérités? n'en conceyez point d'orgueil.

Vous éprouve-t-il par des malheurs?

avant que les malheurs vous atteignent, sachez les prévoir avec prudence ; au moment où ils vous frappent , opposezleur la fermeté; et supportez -en les suites avec patience.

» Cependant , comme tout bien vient de là-haut, priez Dieu qu'il vous accorde , ainsi que le disait un ancien , un esprit sain dans un corps sain. »

Voilà ce que M. le curé nous disait dans son prône de dimanche dernier.

DBOIT ET OBTOIR IMI SB PBBFBCTIONirBR.

Dieu , ce père plein d'amour , nous avait créés heureux. Si notre volonté fût demeurée unie à la sienne, rien

n'aurait été caché à notre intelligence.

Hais l'homme a péché, et sa punition a été d'aspirer sans cesse au bonheur sans pouvoir l'atteindre complètement.

Il a la volonté de faire le bien, et pourtant il se sent entraîné au mal. Il a le désir de tout savoir , et il reste dans l'ignorance des choses les plus importantes. Le bonheur parfait ne se trouve point ici-bas; mais nousen approchons d'autant plus que nous cultivons notre esprit et qu'il connaît le plus de choses possibles, que nous cultivons notre volonté et qu'elle prend l'habitude du bien , que nous cultivons notre corps et qu'il apporte moins d'obstacle aux œuvres de justice. Aspirant sans cesse au bonheur^ j'ai droit de chercher ce qui peut servir à me perfectionner; et puisque je vis dans le sein de la société, je dois pour son bien à elle, améliorer dans moi et dans les autres, le corps , Yintelltgence , la volonté.

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