‹ Éducation morale populaireChapitre 14 sur 38 · PERFECTIONNEMENT DE LA TOLONTÉ · texte numérisé non relu

PERFECTIONNEMENT DE LA TOLONTÉ

A la première faute que l'on commet, que de répugnance avant , combien de remords après ! Malheur à toi si tu ne t'arrêtes ! Cette première faute l'entraîne à en commettre une nouvelle. D'un autre côté, fais aujourd'hui une bonne action , demain tu te sentiras une envie de recommencer. L'hésitation que tu

apportes aujourd'hui à te décider à un sacrifice , ne se reproduira plus quand tu le renouvelleras demain. C'est que la volonté aussi s'améliore par l'exercice.

Tu le comprends tellement, que, lorsque ta as vu un homme se bien conduire dans une occasion , tu en conclus qu'il se conduira toujours de même, et tu te fies à lui. L'habitude de faire toujours le bien est la vertu , et celui qui la pratique est un honnête homme.

Et moi qui veux être un honnête homme^ comment acquerrai-jela vertu?

Le voici :

1° Dompte tes sens. Le corps est matière , il vient de la terre et retournera à la terre. Et tu le laisserais commander à l'âme, à Tâme immortelle, l'image de Dieu I Ne fais donc jamais aucune action pour le simple plaisir des sens , mais regarde si elle est conforme à tes devoirs et à la fin que tu te proposes.

Il est quelquefois utile de s'abstenir

d* une action permise et innocente, pour s'accoutumer aux privations que nous prescrira la vertu ou que nous imposera la nécessité.

2^ Ne reste jamais sans l'occuper , car l'oisiveté est la mère des vices.

S"" N'agis point au hasard. Examine si ce que tu vas faire est juste et bon , interroge ta conscience , considère quelles suites ton action peut avoir pour toi et pour les autres, ce qu'elle te semblerait si lu la voyais faire à autrui^ et ce qu'il en résulterait, si tout le monde en faisait autant. Un grand roi d'Orient fit présent d'une bourse d'or à un sage qui lui avait appris cette maxime : Neja^ mm rien entreprendre avant d'en avoir pesé les conséquences.

4® Examine-toi souvent loi-même; rends-toi compte non- seulement de ce que tu as fait , mais des motifs qui t'ont porté aie faire. Hier lu as fait l'aumône à un petit pauvre; c'est vrai y mais tu

songeais à ceux qui pouvaient le voir et qui te loueraient de ton action.

5® Quand tu découvres en toi un penchant au mal, combats-le par la vertu qui y est opposée. Tu te sens orgueilleux, pratique l'humilité. Tu te sens enclin à mentir, impose-toi la sincérité la plus complète, même dans les choses de la moindre importance.

Tu éprouvesde Téloignement pourquelqu'un , approche-toi de lui , adresse-lui la parole, fais-lui du bien. Evite pardessus tout les occasions qui pourraient te détourner de la bonne résolution ; et ne viens pas me dire : « Cette envie est plus forte que moi , je ne puis pas résister à cette tentation. Je ne puis pas vaincre ma nature. » On peut tout , pourvu qu'on le veuille.

P® Dis-mai qui tu hantes , je te dirai qui tu es. Ce proverbe montre qu'il en est des actions comme du langage : on adopte la conduite des personnes que

Ton fréquente habituellement. Evite donc les méchants , recherche les bons et vis dans leur société. Tu deviendras meilleur et tu te feras une bonne réputation. J'ai trouvé un morceau d'argile qui exhalait une suave odeur. Il ne différait en rien de l'argile ordinaire ; mais il était resté longtemps parmi les roses.

7** Prends exemple pour ta conduite sur celle des gens de bien. Evite ce qui en diffëre. Néanmoins, sois pour tes propres actions un juge sévère , et pour celles dautrui un juge bienveillant,

8® Lis des livres de morale , surtout l'histoire et la vie des hommes de bien.

Fais sur toi-même l'application des événements qui leur sont arrivés : c'est un moyen d'acquérir par avance de l'expérience. Apprends de la sorte à admirer les actions généreuses^ à aimer les hommes vertueux; c'est-à-dire les actions et les hommes qui ont été utiles à la société. Cependant il en est des livres II. §•

comme des aliments : Fessentiel n'est pas d'en dévorer beaucoup , mais de les bien digérer.

9^ Songe à Dieu qui te voit dans tous les instants, et à qui tu auras bientôt à rendre compte non-seulement de chacune de tes actions , mais de chacune de tes pensées.

10^ Ce sont là comme autant de préservât! fs pour conserver ta volonté saine; mais^ si par malheur tu avais failli, le meilleur remède est de se repentir de sa faute, prendre la résolution de n'y plus retomber, s'exercer à des actes contraires , et réparer les mauvaises suites que la faute a pu avoir.

Tu as porté préjudice à quelqu'un dans ce qui lui appartient, restitue et au delà ce dont tu Tas privé. Tu as médit, parle en bien non-seulement de celui à qui tu as fait tort , mais de tout le monde. Tu as commis une faute, songe à ta dignité, et prends la résolu-

tion de t'élever par la vertu autant que tu t'es abaissé par le vice. Quel bonheur pour toi d'être né dans une religion qui bénit Finnocence, mais qui ouvre aussi ses bras au pécheur repentant! Elle l'admet à protester de son repentir par la confession de ses péchés et à en im* plorer le pardon.

PEBFECTIOlfinSHENT D*AUTRUI.

C'est ainsi que tu perfectionneras Ion corpà , ton intelligence , ta volonté»

Mais il te reste encore à travailler au perfectionnement d'au trui. Garde-toi de toute action d'où puisse résulter pour ton prochain du mal physique , du dommage ou du chagrin. Donne de bons conseils à qui en a besoin^ de bons exemples à tout le monde. Répands l'instruction ; épargne à autrui la peine, et prouve-lui du contentement. Encou-

rage à la vertu celui qui semble faiblir^ reprends avec affection celui qui a failli ; témoigne aux gens vicieux que tu les désapprouves. Soulage Tinfortune par tes œuvres; et, si tu ne le peux, du moins par ta parole.

Alors tout le monde dira : Voilà un honnête homme.

DBOIT ET DEYOIR DE LA PROPRIÉTÉ.

Mais comment songer à m'améliorer^ si je ne puis disposer de ma personne ?

Comment vivre, si je ne possède rien à moi ? Quelle ardeur mettrai-je à élever du bétail , à cultiver un champ , si d'autres peuvent m' enlever le fruit de mon travail ? Comment me trouver heureux dans la société, si je n'y suis pas estimé? Mon corps est à moi ^ le fruit de mon travail est à moi , mon honneur est à moi; c'est ce qu'on appelle ledroiV depro^

priétéj et c'est pour chacun un devoir de faire de ce droit un bon usage et de le respecter dans autrui.

PBOPRIÉTÉ DU CORPS.

Personne donc ne pourra me contraindre à lui obéir selon son caprice , à mon préjudice, et contre ma volonté.

Personne ne pourra me retenir en prison sans motif 9 mutiler mon corps, ni se servir de moi comme d'un animal , selon son bon plaisir et pour son utilité.

Dieu ne nous a-t-il pas créés tous égaux ?

D'un autre côté, j'abuse de la propriété de mon corps lorsque je commets une action de nature à compromettre ma santé et ma vie, attendu que ce droit ne m'a été donné que dans le but d'assurer mon bien-être et celui d'autrui.

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PHOPBlÉtft hà L*ÉÔimEtTA

Une bonne répUlàtion est la source de beaucoup de jouissances et d'avantages réelsi Quand tu calomnies ton prochain , tu es un voleur qui lui vole sa tranquillité et ses ressources.

Pense à ta dignité ; souviens-toi que par ta nature tu es l'égal de tous. Que ta conduite et tes opinions portent Fempreinte d une honorable assurance, également loin de Yorgueilf qui nous conduit à blesser les autres et nous rend odieux, et de \^ pmillanimité ^ qui, nous enlevant toute confiance en nous-mêmes , s'oppose à ce que nos actions et notre pensée atteignent à rien de digne.

Recherche Testime des autres et veille à la conserver; mais par la vertu et par le savoir, et non par des voies tortueuses^ ou en dénigrant le prochain, ou par la flatterie. Garde- toi de Yosten-'

tolion, c'est-à-dire de faire un étalage de ton mérite. Le yrai mérite est modeste. En te vantant toi-même, tu donnes aux autres Fenvie de te dénigrer. Garde-toi plus encore de la vamlé:

c'est-à-dire de t'attribuer le mérite que tu n'as pas. Sais-tu quelle réputation tu dois ambitionner? la réputation d'honnête homniè. Gelhi qxli blesse autrui dans sa réputation , s'il le fait à torti est un infâme calomniateuré S'il le fait sur un fondement léger , et sans que la nécessité le commande , c'est un ignoble médisante

L'honneur est cotnme la Jeunesse ; une fois qu'on l'a perdu, on ne le recouvre pas. Je serai donc jaloux de conserver le mien , et je ne commettrai jamais d'action 'q\x\ puisse faie le faire perdre. Avant de parler mal d'autrui , je réfléchirai longtemps j car il est facile de faire du tort $t difficile de le r(%are^.

Le bien que j'entendrai dire d'autrui , '

je serai porté à le croire. Pour ajouter foi au mal , j'attendrai d'avoir beaucoup de preuves ; et alors je serai indulgent , je me tairai , je ferai mon possible pour l'empêcher et pour que le coupable se corrige.

PROPRiftTi DBS BIENS.

Quand le monde ne comptait que peu d'habitants , chacun se contentait, pour tous biens, de ce qui suffisait à ses besoins du jour : les fruits que la terre avait donnés d'elle-même , la proie qu'il rapportait de la chasse.

PBOPBliTÉ TBBBITOBIALE.

Mais la terre ne donne pas des fruits en toute saison ; toute saison n'est pas favorable à la chasse. Les hommes du-

-^ 89 «^ rent songer à s'assurer des moyens de subsistance plus réguliers. Ils apprivoisèrent certains animaux : le bœuf ^ le mouton^ la chèvre , le lapin , le cochon, la poule, le canard, Foie, le pigeon, etc.

II les rassemblèrent autour d'eux , en prirent soin, les élevèrent pour se nourrir de leur chair , en tirer du lait, de la laine, des œufs. Ce fut le commencement de la vie pastorale. Bientôt cette vie errante de pâturage en pâturage leur parut pénible ; ils se mirent à défricher des champs , à les labourer , à les ensemencer , à tailler les arbres , à les greffer , à cultiver les légumes; dès lors ils s'attachèrent au même lieu ; ils apprirent à conserver pour l'hiver une partie de leurs récoltes; ils construisirent des maisons , continrent les fleuves dans leur lit , ouvrirent des routes. 11 était juste que l'homme qui avait défriché un champ en conservât l'usage pour lui et sa famille , c'est-à-dire en acquit la

propriété, et pût, après sa mort, le lia»ser en héritage à ses enfants.

xxvm.

rmonSÈTÈ IlfDiJSTftIKIXB.

L'agriculture n'est pas le seul moyen d'acquérir la propriété; à Texception de quelques fruits , les biens de la nature nous sont donnés dans un état brut. Us réclament encore un long travail avant de pouvoir servir à nos besoins. Le chanvre^ par exemple, dans l'état où le champ le donne, ne serait bon qu'à brûler. L'homme le récolte quand il est mûr^ Tétend sur un pré ouïe met dans l'eau pour le faire rouir, après quoi il fait sécher les tiges au soleil. Il les teille sous le brisoir^ et les bat, de manière que les chenevottes tombent et qu'il ne reste que la fibre dépouillée.

On peigne cette fibre afin de séparer la partie grossière et ligneuse de la partie

fine et moelleuse. On réunit celle-ci en masses, dont les femmes chargent leurs quenouilles et qu'elles filent. Le tisserand dispose ce fil sur son métier et en fait de la toile. D'autres personnes cousent cette toile en draps de lit et autres objets de lingerie.

Cette suite de préparations que tous les produits réclament plus ou moins , est l'ouvrage de lindustrie. Ceux qui ont mis là leur travail doivent en trou- Tcr la compensation. La fileuse, le tisserand , la lingère , acquièrent un droit de propriété sur le chanvre travaillé par eux , aussi bien que le laboureur qui l'a semé et récolté.

LES ARtS MÉCAlfiQUES ET LES MÈTIÉBS.

A l'époque où l'industrie était dans l'enfance ^ chacun devait faire chaque chose lui-même, cultiver son champ,

fabriquer un hoyau, une faux, préparer la charpente de sa maison , coudre ses habits, enfin tout faire. C'était de quoi l'excéder. Ayant trop à faire il ne pouvait rien faire de bien. A peine avait-il le temps de pourvoir à ses besoins, il ne lui en restait point pour faire quelques progrès dans les arts et moins encore dans les sciences.

Cependant, peu à peu, certains hommes s'appliquèrent à certains métiers.

L'un s'occupa de culture , l'autre de fabrication. Celui-ci se chargea de la préparation des aliments , cet autre de l'habillement , cet autre du logement , cet autre de ce qui peut assurer la sécurité. Plus une société se civilise , et plus on voit se subdiviser le travail.

Chacun gagne davantage et le travail lui-même est mieux fait, car celui qui fait constamment la même chose, apprend à la bien faire.

De là ce grand nombre de métiers

que vous voyez parmi nous. Quiconque exerce un de ces métiers a droit à une compensation. C'est avec justice qu'il acquiert droit de propriété sur l'objet auquel il a appliqué son travail.

LE GOBIMERCB.

Mon champ produit du blé; vous possédez une vigne. Je vous cède une partie de mon blé, et vous me donnez en échange une partie de votre vin , et de la sorte nous avons l'un et l'autre le pain et la boisson.

La France produit beaucoup de vins, l'île de la Martinique beaucoup de café; la France envoie des tonneaux de vin à la Martinique, qui lui envoie en retour des ballots de café. J'ai recueilji la laine de mon troupeau , mais je ne sais pas la travailler. Je vous la cède; vous la lavez, la cardez, la filez , la tissez, et

TOUS en faites nn manteau pour vous et un pour moi.

Le commerce ne consista d^abord qu'en échanges. Lorsque dans votre enfance il vous arrivait de donner à ^ii camarade une pomme en échange d un jouet , vous faisiez le commerce. Aujourd'hui, au lieu de la pomme et du jouet, vous vQvia serves de l'argent.

Pour faciliter les échanges, on a inventé les monnaies, pièces de métal d'un poids et d'une forme déterminés et qui doivent porter telle empreinte. Elles servent de mesure commune pour déterminer la valeur de tous les objets et des travaux en tout genre. Je veux du drap , mon argent à la main je vais chez; le marchand pour Vacheter. Nous convenons Awprix^ et il me le vend. J'ai besoin que quelqu'un me rende tel ou tel service auquel il n'est point obligé ? Je conviens avec lui d'un salaire; il me rend le service, et je le paie.

€elni qnî m'a vendu le drap pu qui m'a rendu le service , acquiert la propriété du prix ou du salaire. Si , après avoir reçu de lui le drap ou le service , je refuse de le payer , je commets un ypl, ^ Jç marçhaqd to§ trompe sur U qualité de la marchandise ou sur sa valeu^*, il vole. Celui qui n'accorde pas ufl «alaif e prpportiQBflé à la ppine qu'«| eoAtée le service rendu commet un vol.

LES PBOVBSfllOirS.

Il reste encore d'autres fonctions à remplir dans la société. Elle a besoin du médecin pour guérir y de l'avocat pour faire valoir notre bon droit , du professeur pour nous donner de l'instruction , de l'ecclésiastique pour pré* sider au culte, du magistrat pour déci-* der qui a tort ou raison , du soldat pour veiller à la défense commune et d'autres

encore^. Ne travaillenUils pas tous à Futilité commune? il est donc juste que tous obtiennent une compensation.

*■ Les différents travaux qui donnent droit à la propriété peuvent se divber en arts ou métiers et en professions. Les arts ou métiers peuvent se répartir en trois classes :

1® Ceux qui s''appliquent à la production des matières premières : la chasse , la pèche , Tagriculture, les travaux des mines , c^est-à*dire Textraction de la pierre, du sel, de la houille, des métaux.

So Ceux qui s^appliquent aux besoins, aux commodités, aux objets d'^agrément.

3^ Le commerce, qui comprend la vente, le transport, ou l'échange des marchandises ou de l'argent.

Parmi les professions, certaines exercent une action dirigeante, comme celles qui tiennent à renseignement, à la législation, aux sciences, à Péloquence, aux belles-lettres.

D'autres exercent une action à' assistance , comme la médecine, la chirurgie^ la pharmacie.

D-autres exercent une action de répression^ comme celles qui tiennent à la magistrature et à 1^ force publique.

Au sommet de Tédifice social, il faut placer la religion avec les ministres du culte.

HrfettÀUTi DBS BICHBUBS.

Vois, que de moyens d'acquérir , de posséder ! Maintenant celui qui cultive le mieux son champ, qui dirige le mieux sa fabrique, celui qui a plus de force et plus d'intelligence , qui apporte plus d'ardeur au travail , plus de prudence dans ses calculs, celui-là acquerra davantage, c'est-à-dire sera plus riche :

et comme les hommes sont égaux entre eux , il s'ensuit que celui qui a moins n'a pas le droit de prendre à celui qui a davantage. Supposons que nous sommes tous autant de pêcheurs occupés sur le bord de la mer à ramasser le plus de langoustes^. Â la fin de la journée, l'un en a cent, un autre soixante à peine , un troisième encore moins , parce qu'il a cherché dans un mauvais endroit, un quatrième en avait trouvé,

^ Espèce de grosse écrevisse de mer.

mais il a tout perdu. H peut demander aux autres de lui donner des leurs , mais il n'a pas le drqit 4e \^y obliger.

, Les langoustes appartiennent à celui qui les a ramassées. Celui qui en a cent aurait le droit de les emporter chez lui ^ d'en régaler ses amis, ses parents , de les vendre , d'en disposer à sa volonté.

Si quelqu'un venait lui dire : « Tu en as cent et celui-ci pas une; je t'en prends cinquante pour les lui donner afin que vous en ayez autant l'un que l'autre; » il pourrait répondre : « Pour^ quoi me les prendre ? ne suis-je point son égal; j'ai aussi bien que lui le droit de garder ce que je possède.»

Et il aurait raison. Ceci peut vous faire comprendre comment il se fait qu'il y ait des riches et des pauvres. Il y a parmi nous inégalité de richesses parce qu'il y a inégalité de droits; et celui qui possède peut dépenser son bien^ le donner^ le laisser en héritage.

xxxm.

ÎDB L*17&A6B DB LA P&OPBIÉtÉ.

Négliger entièrement le soin de ma fortune, c'est m' exposer à porter préjudice à moi et aux autres. A moi , parce que je resterai privé des moyens de me perfectionner; aux autres, parce qu'il me faudra recourir à eux dans mes besoins. C'est donc pour chacun une obligation de rigueur de faire choix d'un métier , d'une profession , et de s'y adonner avec la plus grande application.

Un métier vaut un héritage. Les riches eux-mêmes doivent se rendre capables de quelque chose, car Vhmme qui est delout peut tomber. Et puis il n'y a pas d'homme plus à charge aux autres et moins estimé que Thomme oisif et sans profession.

Un homme tombé dans la misère sans qu'il y ait de sa faute n'est point blâmable, on le respecte et on lui donne

des secours. Mais la pauvreté qui prorient de la paresse et des vices est coupable. Celui qui a le courage de s'enivrer aujourd'hui sans savoir où demain il trouvera du pain , est un fou.

Cependant il ne faut pas courir après l'argent avec avidité ni employer des moyens illicites ou bas. Sache borner tes désirs. Avec le désir croit la peine. Assure-toi ce qu'il faut pour ton entretien et celui de ta famille. Si tu as davantage tant mieux; tu pourras faire du bien aux autres ; mais le trop nuit. L'argent est un bon serviteur et un mauvais mattre.

Ce que tu as gagné par le travail^ emploie Véconomie à le conserver. Uargeni épargné est le premier gagné ^ dit le proverbe. Il y a deux choses dont la pauvreté a peur : le travail et l'économie; on ne les a jamais vues toutes les trois ensemble. N'allonge pas les pieds plus loin que la couverture. Si tu ne peux

t'habiller de soie, habilIe-toi de laine ou de coton, et dépense toujours un sou de moins que ton gain de la journée. On se fait vieux, les enfants arrivent. La disette peut venir, le commerce peut aller mal , une maladie peut nécessiter des dépenses énormes , il faut secourir un ami ou le pays; c'est alors qu^on comprend l'avantage d'avoir mis quelque chose de côté. Toutefois gardez-vous de l'avarice , ce vice honteux qui se refuse le nécessaire à lui et aux autres pour le seul plaisir d'amasser de l'argent.

L'honnête homme compte sur ses bras et sur son intelligence, et non sur les secours d'autrui; il sait qu'à toujours ôter et ne rien mettre^ an mettrait la mer à sec. Il regarde aux petites choses, parce que plusieurs peu font beaucoup ; il vit sobrement; il s'habille et se loge proprement , mais sans luxe. Il sait que la première chose à économiser, c'est le

temps. Il ne risque pas d'argent au jea.

€e qu'il a mis de côté il le place dans des spéculations utiles où le porte à la eaisse d'épargne ou à la caisse de prévoyance ^ , sans néanmoins oublier que ^'argent le mieux employé est celui qu'on dépense en aumônes^ et pour donner une bonne éducation à ses enfants* II dit au Seigneur : AcCordez-moi cette médiocrité où l'on échappe aux vices qui accompagnent la richesse ^ et flux mauvaises pensées qu'apporte avec soi la misère.

i Les caisse d^épargne reçoivent en dépôt les pe~ lils capitaux et paient un intérêt ; de manière qtle I^BH à ^èu bn pàrviètit à s'^aitiasser utle boniie liei- ^utce pour l^occasîon. Dans les caisses de prévoyance, on porte, chaque année, une petite sommé qui vous assiirë an arbit à uii revenu pour votre tibiilesse, et i lâh capital qUe tons poUtei Ui^eri en meilranti à votre teuV'e et à vos enfants.

MMlIEIfT ON YIOLE LA PBOPRIÉTi.

Oa viole la propriété d'autrui nonéeulement en lui prenant son bien de force ou par fraude, mais encore en Mettant obstacle à Texercice de sa volonté , en arrêtant sa personne ou en la séquestrant; en lui portant un préjudice quelconque , par exemple, en coupant un arbre , en brisant une porte, en gâtant ûh objet, en passant à la chasse i tttivers des récoltes. Que dirai-je de celui qui vole à la maisdn de Tardent ou toute autre chose? Il est plus vil que l^assassin. Celui-ci du moins exposé sa vie, l'autre vole une personne qui a confiance en lui. Certaines gens ne trouvent pas grand mal à voler des fruits dans les champs, dans un jardin ; mais «i le champ , si le jardin , vous appartenaietit ; si e^était à vqus qu'on volât ces fruits? petits larrons! Vous êtes

d'autant plus condamnables que c'est un vice ignoble qui vous pousse : la gourmandise.

Non , mes petits amis , autant qu'il est en mon pouvoir, je vous en prie , je »

vous le recommande , ne portez jamais la main sur le bien d' autrui. Soyez scrupuleux, même pour les bagatelles, pour une plume, pour une épingle. Si les murs des bagnes pouvaient parler, ils raconteraient comment tous ceux qui ont fini là leurs jours ont commencé par le vol de quelque bagatelle. Et puis, rien que la honte d'être découvert et traité de voleur, devrait suffire pour écarter toute tentation quelconque.

Et quand il vous arrive de trouver une chose qui a été perdue?

Cette chose n'est pas à vous , et vous êtes obligé de la rendre. Si c'était vous qui l'eussiez perdue, que voudriez vous? Qu'on vous^la rendit. Pensez au chagrin de celui qui l'a perdue. Gourez,

cherchez à qui elle appartient. Jouissez de la joie de celui à qui vous le rendez et faites- vous de lui un arai. Un jour j'avais trouvé un sou; je voulais le garder pour le donner aux pauvres. Je me disais que c'était si peu qu'un sou» Mais ma mère m'ordonna de chercher le maître. Je retournai à l'endroit , et je vis une petite fille qui pleurait et se désolait. C'était elle qui avait perdu le sou en question , le seul qui restât à sa mère. Or la mère était en couches et le sou devait servir à acheter un peu de pain pour lui faire de la soupe.

DROIT BT DBYOïa DE LA LIBERTÉ.

L'homme, ayant le droit de se conserver et de se perfectionner , doit avoir la liberté de faire tout ce qui est utile à sa conservation et à son perfectionnement. Mais entendons-nous. Le mot

liberté ne signifie pas le pouvoir de faire tout ce qui passe par la tête y mais bien le pouvoir , sans que personne y mette obstacle^ de faire tout ce qui rentre dans le devoir , de diriger nos facultés vers leur but. Un homme n'aie droit d'interdire à un autre que les actes qui portent atteinte à l'égalité.

Dans notre jeune âge nous ne savons point encore distinguer ce qui est utile de ce qui peut nuire. C'est pourquoi nos parents et nos maîtres qui ont sur nous l'autorité de Texpérience^ nous commandent : Fais ceci, ne fais pas cela.

Devenus hommes, notre volonté, les passions, l'intérêt oti l'ignorance peuvent nou» entraîner à faire le mal et à nuire à autrui. C'est pourquoi, d'un commun accord , les hommes ont établi des lois qui prescrivent ce que nous devons faire ou ne pas faire , et qui nous y obligent, s'il le faut, par la force et par des châtiments. Cela ne porte point pré-

judice à notre liberté , mais la garantit , car Dieu ne nous a point accordé en ce monde une liberté illimitée , mais seulement le pouvoir de la partager entre nous le plus également possible.

En effet, supposons que je puisse faire tout ce qui me plaît , et selon mon bon plaisir; les autres en pourront faire autant. Leur caprice deviendra un obstacle à ma liberté comme le mien à la leur; j'aurai à être constamment en lutte et sur la défensive.

Certainement j'offense la liberté d'au^»

trui quand je Toblige à faire un acte contre sa volonté, quand je prétends lui imposer mon qpinion, quand je tourne en ridicule son œuvre et son application^ quand je l'arrête dans sa vocation, quand je blàme méchamment sa conduite, quand je l'épie et quand j'incrimine une action innocente. D'un autre côté c'est compromettre ma proprci liberté que contracter des engagements

sans y avoir bien réfléchi , négliger de me créer un état qui me rende indépendant autant qu'il est possible, faire des dettes qui me mettent à la merci d'autrui , commettre de mauvaises actions qui obligent la société à s'assurer de ma personne.

Dis-toi et redis-toi sans cesse , et c'est une chose que j'ai bien considérée, que le meilleur moyen d'être libre , c'est d'être honnête homme : car la vertu nous apprend à éviter les véritables maux , et à nous soustraire à nos véritables tyrans, qui sont les passions et les vices.

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