‹ Éducation morale populaireChapitre 15 sur 38 · DROIT ET DEVOIR DE LA DÉFENSE · texte numérisé non relu

DROIT ET DEVOIR DE LA DÉFENSE

Mais que me servirait d'avoir des droits, si je ne pouvais les défendre contre celui qui les menace ou y porte atteinte? Il m'est donc permis de dé-

-^ 109 ^ fendre ma vie , ma liberté , mon honneur^ mes biens, ma famille > la société.

Mon premier moyen de défense est la prudence : j'évite avec soin tout ce qui peut me nuire. Les objets ou les animaux qui me nuisent^ il m'est permis de m'en délivrer n'importe comment, même de les détruire. Contre les hommes qui tentent de me faire quelque mal, je puis employer la force corporelle et les expédients de mon esprit, mais pas au delà de ce qui suffit pour ma sûreté. Un voleur m'at-^ taque; si, pour m'en délivrer, il me suffit de me débattre et de crier au secours et que je le tue , je suis coupable.

On t'a offensé et tu t'es mis en co^ 1ère. Qu'y as -tu gagné? La colère fa rendu malade ; elle n'a remédié en rien au tort que tu as souffert; et peut-être tu t'es laissé aller à quelque acte ou à

quelque propos injuste. C'est un péché que de rendre le mal pour le mal ; la meilleure vengeance est le pardon.

Charles avait reçu une offense d'Eugène; il lui a pardonné, lui a même rendu service, après quoi il disait :

(i J'y ai trouvé mon compte; tant que j'ai songé à me venger, j'étais dans la crainte d'une nouvelle offense, je ne dormais pas la nuit , je rêvais le jour & mille projets; depuis ma réconciliation , ma réputation d'honnête homme a encore gagné ; j'ai l'esprit en repos ; Eugène a fini par reconnaître son tort ; il est venu me faire des excuses , et ihaintenant nous sommes amis. »

L'offenseur est dans l'obligation de réparer son tort, d'accorder un dédommagement pour le mal qu'il a pu causer, de donner une satisfaction poiir une insulte, de remédier au scandale; mais, pour obtenir ces réparations , Tôffensé h'â pas besoin de recourir à la force.

Lès cbhpâ h'accommodehtrien. Avez- Yous jamais vu qu'on raccommodât à coups de bâton iin meuble brisé? noii :

on ramasse lés liibrceaux , bn y hiet de la colle, et on les rapproche. Celui qui prétend se faire raison d'une offense par des injures et des voies de fait gâte sa cause. Vous avez à vous plaindre de votre voisin, essayez de vous entendre ensenlble. Oiii sait? Peut-être une parole arrangera l'affaire. Mettez de la force dans vos raisonsy mais de la douceur dam vos paroles. Si vous ne pouvez tomber d'accord, les tribunaux sont là pour vous fendre justice. Cependant n'y recourez que comme à un remède héroïque , et seulement dans les cas désespérés. Un procès ruine les deux parties , et souvent, après beaucoup d'argent dépensé, les deux plaideurs, qui se disputent une huître , se retirent avec chacun une écaille. Un mauvais accommodement vaut iïdeux qiiune "bonne sentence^ comme on le

voit dans cette fable de Lafontaine :

Un jour, deux pèlerins sur le sable rencontrent Une huître que le flot y venait d'apporter; Us ravalent des yeux, du doigt ils se la montrent. A regard de la dent, il fallut contester.

Perrin Dandin arrive, ils le prennent pour juge. Perrin, fort gravement, ouvre Phuitre et la gruge.

Nos deux messieurs le regardant Ce repas fait, il dit, d^un ton de président : Tenez, la cour vous donne à chacun une écaiUe, Sans dépens^ et qu^en paix chacun chez soi s^en aille.

Faites votre profit de celte fable, et vous épargnerez beaucoup d'argent, sans compter les soucis.

Souvenez-vous aussi que le meilleur moyen de faire respecter son droit est de respecter celui d'autrui.

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