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DROIT ET DEVOIR DE DIRE LA TÉRITÉ

Comment pourrait aller le monde si les hommes pensaient une chose et en

-> 113 ^ disaient une autre , s'ils changeaient le oui en non^ s'il ne tenaient pas leur parole? Il n'y aurait plus moyen de s'entendre^ de se fier à personne. La parole , cet admirable instrument que Dieu nous a donné afin que nous puissions vivre en société et nous entr'aider, ne serait plus qu'une chose inutile et même funeste. Par la raison que nous avons droit au bien-être et à nous perfectionner , nous avons aussi droit à connaître la vérité, et c'est pour nous un devoir de la dire.

Mon jeune ami ne fais jamais de mensonges, ne déguise point la vérité à Faide de paroles artificieuses prises dans un sens équivoque , ou par des actions qui prêtent à une interprétation mensongère. Le bel éloge que d'entendre dire de soi : « C'est un homme vrai, c'est un homme de parole ! » mais celui qui ment donne à connaître en lui une mauvaise intention , ou un vice secret

qu'il a honte de laisser voir. Au^ ditop que le mensonge est le père de tous les vices. Ajoutons qu'il ne tarde pas à se découvrir , car le mensonge à les jambes courtes, et alors quelle honte d'être reconnu pour menteur !

Ne viens pas me dire : « J'ai fait un mensonge, mais un mensonge léger, qui ne peut faire de tort à personne ^ qui même épargne un mal à moi et aux autres, yy Ton mensonge est un véritable mal, et le bien que tu en attends est incertain; pour le bien à venir, on ne doit jamais commencer par faire le mal. Un léger mensonge conduit à de plus sérieux. Tu as menti dans une bonne intention; mais alors tout le monde aura également raison de mentir dans des intentions qu'il croira bpnnes;,et dès lors il n'y a plus de société, puisqu'il n'y a plus de confiance poçsible.

Outre le mensonge de parples , il y

a le mensonge de sentiments. Par exemple , quand on feint d'avoir dansf le cœur ce qui n'y est pas. ^.'hypocrite affecte de la dévotion, et est un scélérat; le fourbe joue la vertu, et tend à vous nuire; le flatteur fait semblant ^e vous aimer, et loue jusqu'à vos vices.

Méfiez-vous des flatteurs! Parmi les animaux sauvages, le plus à craindre est le calomniateur; parmi les aniiqaux domestiques, c'est le flatteur.

LA PRUIVENCE.

La sincérité que tu dois à autrui ne t'oblige pas à tout découvrir. Toute vérité n'est pas bonne à dire. Dire ce qui n'est pas, c'est fausseté; taire ce qui est^ c'est discrétion. La fausseté pest jamais permise , la discrétion est couvent un devoir de conscience ou de politesse. Tu dis à un hommq gu'il est

Touche ou quMl est contrefait , ce n'est pas là de la sincérité , c'est de la grossièreté. Un fils unique vient d'être assassiné ; si tu cours brusquement Tannoncer à sa mère, tu la tueras. Tu médites une affaire avantageuse; si tu en parles à ton voisin , il prendra les devants et t'enlèvera cette occasion d'un bénéfice.

La sincérité doit être réglée par la prudence, et c'est la prudence qui nous invite à taire une chose quand elle est inutile ou peut nous être préjudiciable, et quand la vérité peut nuire à ceux qui nous sont chers, sans qu'il en résulte un bien pour la société entière. Mais taire une chose qui porte préjudice à quelqu'un, c'est mal faire. Tu sais que le chien du voisin a la rage , tu dois Ten prévenir. Tu devrais l'avertir également si son domestique le volait; si un fournisseur le trompait; ou ce qui est pis encore , s'il était à ta connaissance qu'un mauvais sujet lui gâtât ses

enfants? encore bien plus dois-tu être sincère y quand tu es appelé en témoignage devant la justice. Maudit soit celui qui témoigne contre un accusé innocent 1 mais malheureux aussi celui qui tente de sauver un coupable ! Il se rend coupable lui-môme de tout le mal que celui-ci pourra commettre par la suite.

Ce n'est pas à dire pour cela qu'il faille rapporter le mal que l'on sait d'autrui. Le médisant s'expose à commettre plus d'une injustice en racontant ce qui n'est pas ; il fomente la discorde et la désaffection , et dans le monde on le fuit comme la peste. Sais*tu quelles suites peut avoir un simple mot , peutêtre dit par légèreté? C'est comme un caillou que l'on pousse du pied du haut d'une montagne] sais-tu où il s'arrêtera?

Qui parle trop vite, se repent longuement.

Prends Thabitude de savoir te taire.

En sait assez qui sait se taire , dit le pro-

verbe y et aussi : Qui veut vivre en paix, voit, écoule et se tait. Qu'ils sont insupportables ces diseurs de nouvelles qui espionnent les actions de tout le monde, qui entr'ouvrentles lettres, furètent dans les papiers^ et vont sans cesse faisant des rapports de Tun à l'autre. Dieu me garde de tels gens !

Par-dessus tout^ quand quelqu'un t'aura confié un secret , n'en ouvre la bouche à personne.

Mais , quand il s'agit de choses vraiment utiles à nos semblables, quand l'honneur , la vertu , y sont intéressés , parlons avec franchise , sans qu'aucune considération lointaine nous arrête. La raison finit toujours par avoir raison. Les apôtres et les prophètes ont prêché la vérité , bien que pour eux la mort dût s'ensuivre.

LBS CONTRATS.

La loyauté est la base des promesi^es et des contrats. La promesse est la déclaration de vouloir faire ou donner quelque chose. La promesse exprimée de vive voix ou par écrit et acceptée par celui à qui Ton promet , prend le nom de contrat; on appelle conventions ou clauses }es conditions qui règlent le contrat.

Je proinets de te faire présent d'une montre : c'est une donation.

Je promets de te donner un paquet çle pluwies si tu me donnes up canif :

c'est un ç'changey un troc^ un marché.

Je promets de t'abandonner mon champ à cultiver, ma maison à habiter , mon cheval ou mon bateau pour que tu t'en serves en voyage , à condition que tu me donneras la moitié de la récolte de mon champ, ou tant par

jour ou par année. C'est ce qu'on appelle affermer , louer , noliser.

Je te promets vingt mètres de drap à condition que tu me paieras quinze francs pour chaque métré : c'est une vente.

Je te donne un livre que tu me rendras quand tu l'auras lu , c'est un prit.

Souvent on prête de l'argent , tu le reçois et tu t'en sers , tu fais un bénéfice ; moi cependant qui te Tai prêté j'aurais pu en tirer profit ; il est donc juste que tu me paies un loyer pour mon argent :

ce loyer reçoit le nom dUntérét. Quand rhorome à qui je prête mon argent ne m'inspire pas une confiance parfaite, j'eiige qu'il me donne quelque objet en gage; ou , s'il possède un champ, une maison , j'inscris sur les registres publics ma créance à prélever sur le prix de son champ ou de sa maison, c'est ce qu'on appelle hypothèque; ou j'exige qu'un autre soit répondant ou caution ,

c'est-à-dire promette de payer si le débiteur vient à faillir.

Les contrats peuvent aussi avoir pour objet un service personnel. Tu me serviras de domestique, et je te paierai des gciges ; je t'emploie comme ouvrier , je te paie un salaire. Je donne des honoraires à mon maître pour qu'il me donne le plus grand des biens , l'instruction.

L'employé reçoit des appointements en échange de son temps qu'il donne au bien public ; le soldat reçoit une paye ou solde pour assurer la tranquillité de l'Etat.

LA VTDiLlTÈ AUX PROMISSES.

Une promesse une fois donnée, l'engagement pris, on ne peut' y manquer.

Accoutumez-vous dès aujourd'hui, mes amis , à la loyauté la plus exacte dans les plus petites choses. Hier un écolier

rçgut im écbaudé de son camar^ide , sur la promesee de lui donner aujourd'hui upe po.mme. Aujourd'hui il refusait de la lui donner , je lai appela , ^t voici ce que je lui ai dit : u Vois , il n^ s'agi( que d une bagatelle ; et cependant ex^T miq^ que de n^al i\\ te fais.

i<^ 7u 69 un trompeur et un homme ^ans parole. Une autre fois toi^ camarade ne voudra plus t'obliger.

2"" Parmi tous tes eamarades , tu auras la réputation d'un menteur.

30 Eu grandissant, ils continueront à te voir d'un mauvais œil , et danç )es choses plus importantes ils se méfieront de toi.

4® Un premier pas est suivi d'un autre. Aujourd'hui tu ne te fais pas scrupyle de tromper pour une pomme , demain tu poprras tromper pour un franc, et plus tard devenir un fripon.

6^ Chaque péché porte avec lui sa punition. On t'a trouvé en mensonge

aujourd'hui , on ne \e croira plu9 mtoie quand tu diras la vérité.

On doit tenir sa parole même quand el)e a été donnée sans condition. Vous avez promis à un camarade une image , un livre, un bonboi], si vous ne le donnez pas vous aurez menti. On vous a chargé d'une commission j vous étiez maître de la refuser ; vous avez accepté, vous êtes tenu de la remplir. Que di* rais-je de certains qui , pour se dispenser d'un engagement pris , font valoir le manque de formes? « Il n'y a point d'écrit. — Ce n'est pas un papier timbré. — Où sont les témoins ?» A quoi bon tout cela ? Vous avez promis ; quand un honnête homme a donné sa parole , c'est comme si le notaire y avait passé.

Vous ne pouvez manquer à votre pa<rôle que dans le cas où elle vous aurait été extorquée par fraude ou par violence. Tu as proipis à Anselme cent francs pour une n^ontre qu'il t'a dit être

d'or; il se trouve que la montre est de chrysocale , tu n'es pas tenu de remplir le marché. Un tel me fait promettre^ le couteau sur la gorge, de lui payer vingt écus ; je ne suis tenu à rien , parce que la promesse n'a point été faite de ma libre volonté.

Quelquefois cependant il est arrivé qu'un homme d'honneur a mieux aimé tenir une promesse onéreuse et forcée que de s'en affranchir aux dépens de sa délicatesse.

Le grand Turenne , se trouvant hors de la ville pendant une nuit obscure, fut arrêté par des voleurs. Malgré sa bravoure , il ne pouvait seul et sans armes lutter contre plusieurs hommes bien armés. Il leur livre donc sans résistance sa bourse , sa montre et tous les objets de quelque valeur qu'il portait sur lui.

Mais comme on voulait lui prendre encore une bague qu'il avait au doigt.

— Oh I quant à ceci , dit-il , je vous

prie de me le laisser ; cette bague me vient d'une main qui m'est chère, et j'aimerais mieux vous donner cent pistôles. — C'est un marché qui pourrait 86 conclure, dit le chef des voleurs , si on savait à qui on a affaire.... Qui étesvous, monsieur? — Le maréchal de Turenne. — Monseigneur, dit aussitôt le courtois voleur, en ôlant son chapeau avec respect, gardez la bague; votre parole nous suffit.... Combien de temps voulez-vous pour l'acquitter? — Huit jours , dit le maréchal en souriant malgré lui de la singulière con^ fiance de ce drôle. — Comme il vous plaira , monseigneur; voulez- vous une escorte? — C'est inutile ^ je n'ai plus rien à perdre. — Et la bague ? — C'est juste. Et deux hommes accompagnèrent le maréchal jusqu'à ce qu'il fût en lieu sûr.

A huit jours de là , se trouvant dans le salon de son hôtel à causer avec quel-

ques amis , on vint lui dire qu'un homme demandait à lui parler en particulier pour affaires importantes. Le maréchal donna ordre qu'on le fît entrer dans son cabinet , où il se rendit.

Il y trouva un homme bien yêtu qu'il ne connaissait pas^ et qui lui dit en le saluant profondément : « Je viens, monseigneur, vous demander le paiement d'une dette que vous avez contractée envers moi. — Moi, monsieur? reprit le maréchal étonné. — Vous-même, monseigneur : je suis l'homme qui ai consenti l'autre jour à vous laisser votre bague moyennant cent pistoles, que vous m'avez promises , et je viens les chercher. — C'est tropjuste, ditTurenne en riant; les voilà, monsieur; êtes- vous content? — On ne peut plus, monseigneur ; vous voye? que je vous connaissais bien. » Il salue de nouveau, et s'en va tranquillement.

Quand Xur^nnç rentra daps le i^alpu ,

les personnes qui s'y trouvaient virent bien à l'expression 4e sa figure qu'il lui était arrivé quelque aventure extraordinaire. Il en convint, et promit de la Iqi^r çpqfpf un peu pltjp ^rd.

Quand il se fut écoulé assez dç temps pour qu'il pût croira son voleur hors de toute atteinte, illeqr apprit ce qui s'était passé , et la singulière visite qu'il venait de recevoir. Aussitôt on sç récria sur l'audace du brigand en blà* mant le maréchal de s'être cru obligé enyerj^ un pareil coquin. On voulait courir après lui , le faire arrêter ; mais le maréchal s'y opposa. « Mes amis , dit » ce grand hoiçimp, il ne faut pas que » personne, fût-ce un voleur, puisse » se repentir de s'être fié à la parole » dqTurenne. »

XLL •

LIS SBEKBirTB.

Pour rendre les hommes plus esclaves de leur parole on a imaginé le serment. Le serment consiste à dire à Dieu : « Je vous prends à témoin de la vérité de ce que je dis ou promets; si je mens ou si j'y manque, punissezmoi. »

On affirme par serment que ce qu'on dit est la pure vérité , ou l'on promet sous serment de faire telle ou telle chose.

Jeunes gens, ne vous habituez pas à prêter légèrement un serment; ce serait confesser que votre simpleparolene vaut

rien; car il suffit à un honnête homme de dire oui ou non pour être cru. Dans les circonstances importantes où vous ne pourrez vous dispenser du serment, réfléchissez bien d'abord à ce que vous

-^ 129 ^ allez affirmer, après quoi levez les yeux et rappelez-Yous bien ce que c'est que Dieu. Vous avez fait un appel à sa seirérité, il vous a entendu; si vous oubliez votre promesse, il ne l'oubliera pas.

XUL

LA SOCIÉTi CITILB.

Le but des hommes en se réunissant en société est d'assurer la tranquillité et la prospérité commune. Us y consacrent leurs forces physiques et morales. Pour que ces forces concourent toutesaumême résultat, elles ont besoin d'une direction unique : cette direction s'appelle gouvernement, action de gouverner.

Parmi les hommes, il y en a de bons et de méchants , de faibles et de forts, d'instruits et d'ignorants, de simples

M de fripons. Il inipdrte donc de récompenser les sages et de réprimer les malfaiteurs, de protéger les faibles contre les puissants , de répàndhë les connaissances, de déjouer les frdtides, de punir les crimes. C'est là ce iqai s'obtient par la société civile, réunion d'hommes formée dans le dessein de s'entr aider réciproquement et de prévenir le mal. L'homme qui fait partie de la société civile s'appelle citoyen; dans cel état, les hommes gagnent cliaque jour en faculté et eh bien-être, grâce à la direction donnée |[)ar le gouvernement.

XLÏIL

LE GOUTBKNBHBKT.

On appelle gouvernement la rédliîoh des hommes en qui réside le droit de faire les lois et de veiller à leur exécution.

La loi est une règle publiée par Tautorité légitime , et qui oblige tous les citoyens à certaines choses ou qui leur en défend d'autres, dans le but ïl*assîiret la cônéei-Sràtion et le perfectîbnneméht de tous. On àJDpelle code le livre ijui côhtiferii la réunion des lois. Le ftouvoîr qu'a le gouveriiemerit 'de faire les Ibià i*eç6it le nom de pouvoir Tégislaîif.

La loi nienacë celbt qui la vîôle d'un châtiment qui reçoit le nom de condamnation ou peine , et que l'on inflige à celui qui fait mal pour l'empêcher de recommencer et dëtournei* les autres de l'envie de l'imiter. Afin de protéger les citoyens et punir quiconque à YÎolé leurs droits , le gouvernement a besoin d'une force, c'est-ndire de soldats, de prisons, de maisons de détention. Le pouvoir qu'exerce klors lé gouvet*riemeht reçoit le nom de pouvoir exécutif.

Quand une loi a été violée, il Êiat rechercher celui qui a violé la loi , s'il l'a violée méchamment ou sans intention et quelle peine il a méritée. Lorsqu'entre deux citoyens sélève une contestation au sujet du droit de propriété, ou au sujet d'un contrat, et que tous deux croient avoir raison , ils sentent le besoin de recourir à un tiers qui prononce sans passion et avec connaissance de cause, et qui puisse faire exécuter le jugement rendu. Ce pouvoir reçoit le nom de pouvoir judiciaire et s'exercent dans les tribunaux par des juges qui rendent des arrêts ou juge^ ments. On qualiBe les jugements de criminels quand ils appliquent une peine, de civils quand ils prononcent sur une question d'intérêt.

Pour accomplir sa tâche , le gouvernement a besoin d'argent, et, comme la dépense tourne à l'utiHté de tous , il est juste que tous contribuent à l'ac-

-^ 133 ^ quitter. Cet argent se prélève sur chaque citoyen en proportion de sa fortune.

Ce sont les contributions, tant foncière que mobilière (c'est-à-dire celles qui sont établies sur les fonds de terre, les maisons, et celles qui le sont sur le mobilier que Ton évalue en raison du loyer de Fappartement) ; les impôts in-directs, droits de douanes et d'octroi , qui se prélèvent sur les denrées et marchandises principales, au lieu de fabrication, à l'entrée ou à la sortie du royaume, et à l'entrée des principales villes.

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