BIENFAITEURS ET OBLIGÉS
Cette inégalité même de fortune , de condition , de forces , sert de lien entre nous pour nous aimer les uns les autres , pour nous faire mutuellement du bien.
Le riche a le moyen d'être libéral , en donnant de son bien à celui qui est pauvre. La libéralité veut du discernement : règle - la sur tes moyens et sur ce que mérite la personne à qui tu fais du bien. Tu seras plus volontiers libéral pour tes parents que pour des étrangers; pour l'homme probe et méritant^ pour qui t*a rendu service, pour qui ne fera pas un mauvais usage de tes dons. Quand tu donnes , donne à l'in*^ stant même , donne d'un air aimable ,
donne sans humilier, donne sans un mot de reproche , donne sans compter sur du retour , pas même sur de la reconnaissance* Ta récompense^ tu seras plus certain de la recevoir de celui qui tient compte môme d'une goutte d'eau donnée pour l'amour de lui.
L'obligé doit recevoir avec un cœur joyeux , sans faire le dédaigneux , sans seperdre en raisonnements. J'ai entendu des gens dire , après un bienfait reçu :
c( Bah ! la belle merveille ! cela lui coûte si peu; il y était forcé. » Ingrats! Et quand cela serait ^ n'en avez-vous pas moins reçu un service ? C'est donc pour vous un devoir , non-seulement de le remercier en paroles , mais de garder souvenir du bienfait reçu et de chercher les occasions de vous acquitter.
L'ingrat nuit à lui-même et à tous, car il détourne autrui de pratiquer la bienfaisance.
Donner n'est pas la seule manière de
faire du bien. Que de bien ne vous fontils pas les maîtres qui vous instruisent^ les patrons qui vous prennent en apprentissage! et que de reconnaissance vous leur devez! Même à votre âge, vous pouvez déjà faire du bien aux personnes dont vous êtes entouré. Vous pouvez leur épargner des chagrins^ des ennuis, de la fatigue; vous pouvez les soulager, les consoler , mettre la paix entre eux , avoir pour eux de bonnes paroles , les encourager. Plus tard, quand vous serez hommes^ vous ferez faire des progrés à l'agriculture , vous introduirez dans votre pays quelque industrie nouvelle ou un perfectionnement d'industrie, vous fournirez du travail à la classe pauvre, vous vous occuperez d'améliorer son sort ; ce sont là autant de moyens de faire du bien. Si vos éludes vous conduisent à la découverte d'une vérité , vous aurez rendu service à l'humanité entière. Donner à quelqu'un un
bon conseil, lui enseigner un moyen de gagner de l'argent d'une manière honnête, prendre sa défense contre ceux qui attaquent sa réputation, empêcher un jeune garçon , une jeune fille de se perdre par une mauvaise action , c'est encore là faire du bien.
O mes amis! demandez dans l'endroit que vous habitez qui a bâti cet hôpital, qui a fondé cette aumône , cette dotation, ces secours, cette école, cette salle d'asile. Ceux-là aussi ont fait du bien.
Vous leur devez pour le moins de la reconnaissance.
LES YIEILLAEDS.
Si j'avais à partir pour un voyage , je prendrais conseil de ceux qui l'ont fait avant moi , n'est-il pas vrai ? Les vieillards sont des hommes qui ont déjà parcouru la route ouverte devant nous,
Ils en ont vu le bien et le mal ^ ils en connaissent les dangers et les détours , et les mauvais pas , et les endroits où Ton peut se reposer. Prenons donc conseil des vieillards, et, par avance, fai^ sons-nous un fond de leur expérience; car celui qui veut acquérir l'expérience à ses propres dépens^ s'aperçoit combien elle coûte cher.
Les vieillards sont privés de tant d'autres jouissances ! qu'ils aient au moins celle de se voir aimés et respectés par la jeunesse. Les députations des différentes peuplades de l'ancienne Grèce, rangées sur les degrés d'un amphitéâtre, assistaient à un spectacle. Survient un vieil lard, il passe devant les groupes divers sans que personne lui offre une place.
Comme il arivai t enfin devant les Spartiates, les jeunes gens de cette nation se lèvent avec empressement pour le faire asseoir. L'assemblée entière applaudit, et le vieillard s'écria : « Toutes les na-
lions de la Grèce connaissent la yertu ; les Spartiates seuls la pratiquent. » Nous ferons plus que d'applaudir à ceux qui font le bien , nous le ferons nousmêmes.
Les vieillards ont tant de maux à supporter I qu'ils trouvent une consolation dans les soins que les jeunes gens s'empresseront de leur rendre.
Voyez Emile. Quel excellent garçon !
Le vieil Antoine est resté sans enfants , seul , tout seul sur la terre ; eh bien !
Emile vient souvent le visiter. Il écoute ses récits du temps passé ; il lui demande des conseils, il l'accompagne à la promenade , il lui rend de légers services 5 il lui épargne le moindre désagrément;» il réchaufiFe celte vie languissante de tout le feu de sa jeunesse.
Antoine se ravive , comme un vieil arbre sur lequel vient à germer une nouvelle greffe. Certainement Emile sera un jour un honnête homme.
Mes amis , aujourd'hui yous êtes di^ pos^ pleins de vie ^ l'aspect de la nature vous réjouit. Il suffit de la campagne riante, de la firaiche yerdure des prés, de Fombre des bois, pour vous remettre en gaité. Tout vous semble serein dans le présent , mille agréablqp espérances vous sourient dans l'avenir. Cependant les années arrivent ; et elles apportent les soucis, les chagrins, les infirmités.
Avec une conduite sage , vous parviendrez à la vieillesse : comment voudriezvous alors que l'on en agit envers vous?