‹ Éducation morale populaireChapitre 28 sur 38 · MODÉRATION · texte numérisé non relu

MODÉRATION

Tiens'toi à ta place , dit le prorerbe.

Certaines gens ne visent qu'à s'élever au-dessus de la sphère de leurs parents ; est-ce là une tendance au progrès? Erreur! Un enfant s'obstine à vouloir enlever le fardeau d'un portefaix; direz-vousqu'ily gagnera en force?

Il finira par s'estropier. C'est 1 histoire de celui qui vise à un état au-dessus de sa capacité.

Mes amis, ne rougissez pas de prendre l'état de vos parents. Un bon savetier vaut mieux qu'un mauvais docteur.

Tel fait une mauvaise figure comme prêtre, qui aurait été un excellent cultivateur. Celui qui rougit du métier de son père n'est pas un brave homme.

On entend dire à certaines gens : a C'est un vilain état; je veux choisir une profession noble. » Quel est le vil état ?

^ 188 «^ celui de voleur. Quelle est la profession noble? celle d'honnête homme. Je fais plus de cas de mon voisin le menuisier que d'un millionnaire qui passe son temps à manger, boire et bâiller. L'état honorable est celui où chacun trouve pour le mieux à pourvoir à son entretien, à devenir meilleur et à rendre service à autrui. II n'y a de déshonorant que les métiers inutiles et malhonnêtes.

Anselme, le marchand qui demeure en face de chez moi , et qui parle volontiers par proverbes et par comparsrisons, appela l'autre soir son fils unique, garçon de\ingt à vingt-deux ans environ , et lui parla de la sorte :

« Mon cher Baptiste, j'avais ton âge quand mon père me mit sur le dos une petite boutique , et me dit : Va , et que Dieu te bénisse. Je commençai à me promener en criant : de beaux rubans !

de beaux bijoux! Je me contentai d'un petit bénéfice souvent répété , parcç

que peu et souvent emplit la bourse. La concurrence des autres ne me faisait pas peur , parce que mes prix étaient honnêtes , et que je ne vendais que du bon. Je gagnai ainsi mon premier écu; c'est le plus difficile à arracher.

))En effet Je m'arrondis; j'élevai une manufacture de coton; elle prospéra.

Au plus beau moment , comme tu sais ^ il y a de cela deux ans, un accident me ruina ou peu s en faut. Te voilà donc , mon pauvre garçon , dans la nécessité de recommencer ta fortune. Je t'ai mis en apprentissage chez un patron habile et honnête homme. Tu as exercé ton œil et ta main à faire bien et vite , et tu as appris à obéir pour savoir ensuite commander. Si tu prends mon état , tu as déjà le mobilier de la boutique , tu as ma clientèle et mes correspondants, tu as le crédit de ton père. Aujourd'hui que l'âge m'avertit de songer à plier ba-

^ge pour l'autre monde , je te cède ma place, f y joindrai mes conseils et mon expérience.

» Dis- toi bien grue la petite cuisine fait hmaisongtvnde. Ne néglige pasies petites choses. ^1 ne regarde pas un sol ne le vaut pas j et sou à sou on fait un louis.

Ce sont des proverbes que mon père me répétait sans cesse. Ne change pas d'état , à moins que tu n'y sois forcé par quelque grande nécessité. Pierre qui roule n'amasse pas de mousse^ et il y a un autre proverbe : autant de changement^ autant de chute. Aujourd'hui tisserand, demain forgeron , après demain mendiant. Évite aussi le plus possible de déménager. Trois déménagements équiva* lent à un incendie.

» Ne te mets que dans des affaires et des spéculations que tu connattrasbien.

Et quand tu médites une entreprise, prends largement tes mesures sî tu ne veux pas, à l'exécution, te trouver à

-> 191 cecourt. Pour cela, calcule tes dépenses au plus haut , tes rentes au plus bas , et fais la part des éventualités. Ne mets pas à la fois trop de fers au feu : qui court deux lièvres j manque à prendre Vun et laisse Vautre s'échapper. Ne marche qu'en raison de tes moyens, et une chose commencée ne l'abandonne pas.

Qui règle son pas va loin : ne te laisse pas prendre à l'appât de gros bénéfices, et souviens-toi qu'un bénéfice fait aux dépens d'une bonne réputation est une ruine; la bonne réputation, au contraire , est une fortune. J'ai toujours vu que ce que le diahle apporte ^ le diable V emporte. Dans le commerce , n'aventure pas ce qui est strictement nécessaire à tes premiers besoins. Dans ta fabrication , donne la préférence aux objets de première nécessité et dont le débit est toujours assuré. Que tes matières premières soient toujours de la meilleure qualité.

Prévois à temps ce qui peut arriver. A

chose prévue il est à moitié pourxiu. Si tu sais choisir le bon moment pour acheter 5 tu emploieras bien ton capital ; et puis 5 qai veut acheter à bon marché achète au comptant. Sois prudent dans tes crédits: de petils bénéfices, mais promplement réalisés. Sois plus lent à contracter des engagements. Songe que les créanciers ont bonne mémoire, et qu'ils te rappelleront ta dette juste au moment où tu y songeras le moins. N'imite pas ces gens qui, lorsqu'il s'agit de payer, ont toujours une écrevisse dans leur bourse. Nous autres marchands , nous disons que le bon payeur est celui qui paie vite^ et qui paie ses dettes s* enrichit.

>) Tiens à tes bons correspondants et à tes bonnes pratiques, même au prix de quelque sacrifice , et règle souvent tes comptes avez eux : les bons comptes font les bons amis.

» Ce que tu pourras faire en personne sera toujours le mieux fait. Ce qu'on fait

par soi se fait par trois. Et, n'en déplaise à l'opinion du monde , on ne salit pas ses mains en faisant ses affaires. Aie l'œil ]à où tu fais travailler. Mon père me disait : celui qui a de V argent à jeter met l ouvrage en train et s'en va. Surveille tes commis et tes ouvriers , mais ne sois pas méfiant. N'exige pas qu'un seul fasse trop de choses ; c'est le moyen qu'il n'en fasse aucune parfaitement. Ecris exactement tout ce qui entre ou qui sort , tout ce que tu envoies en consignation. Je te recommande aussi la clef. La clef est une grande amie de la tranquillité :

qui serre bien, trouve bien y tandis que, devant une caisse ouverte , Voccasion fait le larron. Fais chaque jour ta balance ; et à la fin de la semaine, si la caisse est en avance , mets la somme de côté , et songe que tous les jours ne sont pas sereins.

» Pour terminer , encore ceci que j'ai lu dans un livre : le secret d'être heureux

e*êit â^oeeuiperpm déplace et ^en ehanget fXifement, »

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