‹ Éducation morale populaireChapitre 29 sur 38 · ÈTRB CONTENT DB SON ÉTAT · texte numérisé non relu

ÈTRB CONTENT DB SON ÉTAT

Votre choix fait d^un état , sachez TOUS y tenir et en être content. Vous y parviendrez : l"" en bornant tos désirs; 2^ en réglant votre imagination.

Plus un ivrogne boit ^ plus il a soif.

Il en est de même de nos désirs. Aujourd'hui vous cédez à un, demain vous en sentirez deux , puis quatre ; mais les moyens d'y satisfaire ne croissent pas à mesure que croit le nombre des désirs.

Or, le bonheur dépend de n'avoir de désirs qu'en raison des moyens d'y satisfaire. Nous ne sommes pas maîtres d^avoir les moyens , mais nous sommes maîtres de borner nos désirs. Quand on a peu de drap^ il faut porter la veste eouTteé Quand on ne peut pas ce que Von

f^eatjit faut vouloir ce que Von peut. Saint François de Sales disait : Je désire peu de chose ; et le peu que je désire^ je le désite peu.

J'insiste sur ce point , parce que j'ai toujours Yu que la première cause de toutes nos inquiétudes avec nous-mêmes et des différends avec les autres , est le dégoût que Ton prend de son état et de la soif d'acquérir et de posséder.

On dit : Je fi ai pas le nécessaire. Vraiment ? Mais savez-vous à quoi se borne le nécessaire pour celui qui a peu de désirs? Un paysan yît de pain et de fromage , ou de pommes de terre ; dans nos montagnes d'Auvergne, on vit avec des châtaignes. Quelques sous par jour sont le nécessaire pour Touvrier, tandis que 100 francs suffiront à peine pour le dîner d'un riche gourmet.

Moins vous avez de besoins, plus vous êtes libres. Je ne dis pas que vous deviez vous priver de vos aises et de

toat plaisir honnête, quand vos moyens vous le permettent. Mais si vous êtes nés pauvres , ou si vous avez perdu votre fortune , ne vous en désolez pas.

Surtout n'imitez pas ces gens toujours prêts à faire une bîissesse pour écornifler de bous dîners. Un morceau de pain gagné à la sueur de son front et partagé en famille, vaut mieux qu'une table bien servie où, pour vous asseoir, il vous aurait fallu manquer à votre dignité , renier votre opinion , flatter ou mentir.

Le grand obstacle pour être bien, c'est le désir d'être mieux. Ne l'oubliez pas ; et , pour rester content de votre état, réglez votre imagination. Ne faites pas de châteaux en Espagne , ne vous figurez pas toujours la condition d'au-* trui meilleure que la vôtre.

Si j'étais soldat , s'écrie l'artisan , je ne ferais rien , j'aurais un bel uniforme, je verrais du pays, je monterais en grade !

Le soldat , au contraire , se dit : Les ouvriers sont bien heureux. Ils ont un ménage, des affaires; ils mangent en famille le pain qu'ils gagnent* Ils ne sont pas réveillés par le tambour ou par la fusillade.

C'est ainsi que le séculier porte envie aux avantages dont jouit l'ecclésiastique. Le négociant vante la condition de l'avocat , le laboureur celle du marin.

Et cependant, s'il leur était accordé de changer à linstant même leur état contre celui qu'ils envient , oh ! alors ce serait tant de si^ tant de mais, qu'en fin de compte ils préféreraient garder leur premier collier de misère. Que si , par hasard, ils changeaient, soyez assures qu'avant peu ils se dégoûteraient

de iMr nouvel état , et demanderat^it à retourner au premier.

Que je voudrais être riche ! Eh bien !

crois-tu que richesse et bonheur soient tout un? Combien ta te trompes? Que de tourments, que de soucis s'attachent aux riches I Leur table est mieux servie, mais il leur manque l'appétit de l'homme qui travaille. Us ont un lit meilleur que le sien, mais ils dorment d'un moins bon sommeil. Beaucoup de gens sont dans leur dépendance, mais par cela même , eux aussi dépendent de beaucoup de gens; car, quelque haut que l'on soit placé , on a toujours quelqu'un au-dessus de soi. Les convenances , les petites susceptibilités , sont pour eux mille causes de chagrins que les pauvres n'ont pas. Les riches sont plus en vue, et par conséquent moins libres; ils ont plus de désir , et par conséquent moins de chances pour être heureux.

Leurs stomptueux hôtels, leurs magnî-

fiques teûtores, leur mobilier splen* diâe , sont-ils à comparer avec le ciel dans son éclat , avec leê campagnes riantes, avec tout ce laxe des flears que Dieu a disposé pour tous ? Est-il dans leurs galeries un tableau qui soutienne la comparaison avec une belle matinée, une nuit où brillent les étoiles , un coucher de soleil sur le bord de la mer ou sur les collines ?

Voilà les richesses , voilà les plaisirs que Dieu prodigue pour la joie de Fhomme laborieux qui sait les apprécier. Mais là , au fond des palais , habite un monstre effroyable, inconnu à nous autres pauvres, l'ennui. Dans les rues d'une ville , dans ces rues où l'air manque, entendez 'VOUS jamais des chants joyeux , comme dans les campagnes à Fépoque de la vendange ou de la moisson , on comme dans une boutique de itienuisier, ou dans les ateliers d*une filature ? Voyez-vous jamais les riches

fie livrer aa plaisir de la danse avec Tabandon et la franche gaité des gens du peuple ? Et puis à l'heure du soir , lorsqu'ils se demandent comment ils ont passé la journée , lequel , à votre avis , devra s'estimer le plus content , du pauvre qui sait l'avoir employée d'une manière utile pour lui et les au-' très , ou du riche qui l'a perdue dans l'oisiveté? Et à la fin de la vie, lequel aura le plus long compte à régler ?

Bref, chaque poutre a son ver rongeur ; chaque porte a son marteau ; chaque balance a son contre-poids.

Et chaque état a ses inconvénients.

Mais^ comme dit le proverbe : Chacun sent le cor qu'il a au pied et ne sent pas la goutte au pied d*autrui. Le poëte le plus célèbre aujourd'hui de l'Italie, et de plus un parf^ût honnête homme , Manzoni , a dit : L'homme , tant qu'il a à vivre dans ce monde , est un malade qui se trouve sur un lit plus ou moins

incommode. Il voit autour de lui d'autres lits qui , à Tœil y paraissent bien faits , sans le moindre creux , où les draps semblent ne pas faire un pli. II se figure que ce doit être un coucher délicieux. Parvient-t-il à changer ; il n'est pas plutôt établi dans le nouveau lit , où le poids de son corps produit son effet , qu'il sent ici quelque chose qui le pique, là quelque chose de dur.

C'est là plus ou moins notre histoire à tous ; et c'est pourquoi nous devrions songer à bien faire plus qu'à être bien , ce serait même le moyen de finir par nous trouver mieux.

Persuadez- vous que le véritable bonheur ne se trouve point ici-bas ; que le plus heureux est celui qui souffre le moins de peines ; et que , tout en courant sans cesse après le bonheur, nous ne le trouverons jamais tel qu'il réponde à nos désirs. Cette demeure n'est pas la nôtre. Le voyageur en pays étran-

ger^ quelque jouissance qu'il rencootrie, désire toujours le foyer de sa maison , la chambre où il goûtera un repos durable. Et nous , le vrai repos nous attend dans cette patrie où Ton parvienl en se conduisant en honnête homme.

Je ne porte point envie à ceux qoi sont au*dessus de moi ; je regarde plutôt ceux qui ont moins et sont dans une condition plus mauvaise. J'ai tâché d'en arriver par mon travail à ne pas craindre de manquer du nécessaire.

Avant d'aspirer à une position plus éle« vée , je me demanderai : Cela n'est-4l pas au-dessus de mes forces? cela me rendra-t-il plus heureux? puis-jey gagner en vertu?

C'est à quoi il faut réfléchir au moment de <îhoisir un état. L'état choisi^

remi^ssons-eo les devoirs de notre mieux et avec persévérance. Loin de nous ces deux choses déplorables que l'on nomme pareêse et négligence. La paresse, qui voudrait se dorloter sans C€sse dans du coton et ne jamais faire usaga de ses forces ; la négligence, qui laisse toutes les affaires aller à l'abandon. Ce que nous faisons , faisons-le de notre propre volonté. Le cheval qui attend l'éperon ne gagne pas le prix ; et pen-^ dant que le chien regarde y le lièvre s'échappe.

En outre, persuadons-nous bien qu'il n'y a pas d'état dans lequel on ne puisse &ire du bien. Tu es riche; sois libéral, Êivorise l'industrie , récompense le mérite , secours l'indigence. Tu fais le commerce; montre-toi loyal en affaires, exact dans tes paiements , traite bien les commis , ne laisse pas en retard la solde de tes ouvriers , sois obligeant pour tes confrères, ne leur refuse pas

ta coopération, quand elle peut être utile. Tu es artisan ; fais de ton mieux:

pour te distinguer dans ton métier, introduis toutes les améliorations pos* sibles , n'écoute pas ceux qui , pour se dispenser de mieux faire , mettent en avant que Ton a toujours fait ainsi. Tu es soldat ; n'abuse pas de la force qui t'est confiée , veille à la tranquillité publique y conserve de bonnes mœurs et respecte les mœurs d'autrui. Tu es homme de lettres; répands les vérités utiles^ aime tes confrères, songe à la classe la plus nombreuse, et montre combien il y a de douceur dans la concorde et de force dans la justice. Tous tant que nous sommes^ de tout âge, de tout sexcj et dans. toute condition, nous sommes maîtres d'avoir la volonté de bien faire, de rendre service à ceux qui nous entourent, de nous conduire en honnêtes gens.

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