‹ Éducation morale populaireChapitre 7 sur 38 · LB CORPS · texte numérisé non relu

LB CORPS

Le corps obéit aux volontés de l'âme et lui transmet , par la voie des sens, les impressions qu'il reçoit des objets extérieurs. Les sens sont Toute , qui s'exerce par les oreilles; la vue, par les yeux; le goût, par le palais; V odorat, par le nez; le toucher, par tout le corps, mais

surtout par les mains. — On y peut ajouter les sensations internes delà faim^ de la soif et des autres appétits.

Examine , mon jeune ami ^ le corps de l'homme. Quel miracle delà sagesse et de la bonté du Créateur ! L'homme ne marche pas courbé vers la terre comme les autres animaux; il se tient droit et dans l'attitude du commandement. Sur son front large et découvert, on reconnaît l'habitude de la pensée; sur son visage , l'empreinte de l'âme ; la pudeur sur ses joues , le sourire sur ses lèvres. Ses yeux regardent à l'horizon , de manière qu'il apergoit à la fois et le ciel qui l'éclairé et la terre qui le porte. L'espace d'un quart de lieue vient se réfléchir sur leur prunelle^ et y occupe un peu plus de deux lignes, lis expriment l'amour et la haine, la pitié et le dédain , le contentement et l'affliction.

La vue la plus perçante est celle de

Fépervîer , qui , du sein de la nue , découvre le poussin sur lequel il se prépare à fondre. L'odorat le plus parfait est celui du chien ; Touïe la plus fine est celle de la taupe. Mais quel animal aura le regard assez expert pour apprécier l'heureuse combinaison des couleurs qui fait la beauté d'un tableau ?

Lequel aqra l'oreille assez délicate pour apprécier la mesure et le ton dans la musique ? Lequel aura le tact assez exquis pour apprécier le degré de finesse d'une étoffe et celui des fils de la soie?

Les autres animauxsontvétus d'écaillés, comme les serpents et les poissons^ ou d'un cuir, comme les bœufs, ou dune fourrure, comme les animaux sauvages, ou d'une toison , comme les moutons^ ou d'un plumage , comme les oiseaux , ou d'une carapace, comme les écrevisses, ou d'une coquille, comme les limaçons. L'homme a la peau d'une extrême finesse, et la main admirable-

ment conformée; tandis que les autres animaux ont des pattes épaisses , calleuses, et qui se terminent par un sabot, des ergots ou des griffes.

As-tu jamais songé, mon jeune ami à ringénieuse conformation de ta main?

La main est flexible au point de s'adapter à la forme de tous les objets qu'elle saisit. Pour cela les doigts sont inégaux et ont plusieurs phalanges et jointures , ils sont protégés à leur extrémité extérieure par un ongle assez mince pour ne pas gêner l'articulation, assez dur pour soutenir le doigt et au besoin ajouter à sa force. Quand je trébuche, la main me sert à trouver un point d'appui ; si je tombe, elle m'aide à me relever; dans l'eau, elle me soutient à flot ; dans les montagnes , elle m'aide à gravir; c'est tantôt un crampon tantôt un épieu. Elle fait l'office de tenaille ou de marteau; elle est une fronde pour lancer une pierre; elle est

une arme quand je donne un soufflet ou une chiquenaude avec les doitgs; j^en puis faire une tasse pour boire.

L'homme n'a ni cornes , ni griffes , ni d'autres armes naturelles; mais sa main lui sert à fabriquer des épées et des cuirasses. Il n'a pas , comme les agneaux, comme le porc-épic , comme les tortues, un vêtement contre le froid, une armure contre les attaques ; mais sa main lui sert à se fabriquer des vêtements, comme à construire des malsons, et des places fortes. Sa main lui sert à dompter le cheval qui le porte dans sa course; à attacher les bœufs au joug pour tirer parti de leur force; à faire des filets pour prendre les poissons et les oiseaux. Grâce à sa main, il file, il coud , il fait de la musique, il peint , il sculpte , il écrit. En maniant la rame et la voile il glisse ou plutôt il vole sur l'immensité de la mer. Est-il muet, la main devient pour lui l'or-

gane de la parole ^. Est-il aveugle y ou se trouve-t-il dans la nuit, la main alors remplace pour lui les yeux. La main se prêle à l'expression des sentiments; son geste accompagne la parole. En étendant les mains, l'homme manifeste son horreur ou son affection; il bat des mains pour applaudir; avec les mains il caresse, il repousse, il se défend. Que de choses ne dit-on pas à un ami malheureux dans un serrement de main !

* Uabbé de l'Épée , né à Versailles le 25 novembre 1712, et mort le 23 décembre 1789, trouva le moyen de donner de Téducation aux sourds-muets. Ces malheureux n'ont pas moins que nous de capacité ; mais , comme ils ne peuvent entendre , il leur est également impossible de parler. L'abbé de PÉpée substitua au langage de la voix celui des signes, et Ton peut dire qu''il a rendu de cette sorte la parole aux muets. Cest encore sa méthode qui se continue aujourd'hui. On apprend aussi aux aveugles à faire mille choses, et même à lire en touchant du bout du doigt lies lettres en relief, comme aussi à écrire en gri.'iiU leurs i» très avtc un poinçon.

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