‹ Éducation morale populaireChapitre 8 sur 38 · LA PAROLE · texte numérisé non relu

LA PAROLE

Mais l'organe le plus admirable de l'homme^ celui qui le distingue encore plus des animaux, c'est la langue. Les autres animaux s'entendent entre eux par le moyen des cris. La poule, quand elle apperçoit l'épervier^ ou qu'elle vient de trouver quelque grain, appelle ses poussins qui accourent à son gloussement. Le lion rugit , le chien aboie^ le chat miaule, le serpent siffle, les moineaux piaulent, les rossignols chantent, les cochons grognent, lâne brait, le cheval hennit , la grenouille coasse ; mais pas un animal ne peut, comme nous 9 faire un discours suivi , ne peut exprimer toutes ses sensations et reproduire ce qu'il a imaginé et pensé. Il n'y a pas d'objet autour de nous pour qui nous n'ayons un nom , pas d'idée qui ne trouve son mot pour la repré-

senter, pas de sentiment que nous ne puissions rendre. Chaque contrée a sa langue propre ou son idiome particulier, tellement que Ton en compte jusqu'à 2,000; et pourtant toutes se réduisent à six ou sept sons que l'on appelle voyelles , modifiées par un certain nombre d'articulations.

L*HOUlfE EST PERFECTIBLE.

Depuis que le monde est monde, les oiseaux ont constamment gazouillé la même chanson. Les abeilles et les castors n'ont rien changé dans la construction de leurs cellules et de leurs cabanes. Quand l'homme parvient à apprendre aux sansonnets à parler, aux serins à siffler un air^ aux chiens et aux singes à sauter et faire des gri maces , ces animaux restent incapables de transmettre leur talent à leurs en-«

fants, qui grandissent aussi ignorants que leurs pareils nés dans les bois...

aussi leurs espèces ne se perfectionneront jamais.

L'homme, au contraire, relient les notions qui lui sont transmises, et les transmet à d'autres hommes. A partir du commencement du monde, il a presque constamment ajouté à la somme de ses idées. Un homme les communique à d'autres; chaque génération les enseigne à la génération suivante, qui les reçoit, les augmente, et les transmet à une autre génération. De la sorte, il nous suffit de peu de temps pour apprendre de nos parents et de nos maîtres ce qui a été découvert pendant la longue suite des siècles. La lecture , récriture, l'imprimerie, et mille et mille moyens de pourvoir à nos besoins ou de nous procurer les commodités de la vie j nous en jouissons sans avoir eu la peine de les inventer. Chaque gêné-

ration est donc appelée à savoir ce que savaient les générations précédentes, et de plusce qu'elle apprend d'elle-même.

On peut considérer la société comme une seule personne, qui, à mesure qu'elle avance en âge, a plus d'instruction et se conduit mieux; autrement dit, elle est perfectible.

l'homme RAISONins.

Combien de fois, mon jeune ami, ne t'est-il pas arrivé d*admirer l'instinct et rinteliigence de certains animaux : du chien , du cheval , surtout de l'éléphant ? mais observe bien , leur attention ne s'exerce que sur ce qui tombe sous leurs sens. Nous , au contraire ^ nous raisonnons aussi sur les choses qui sont loin de nous et sur les événements passés. Comme toi , par exemple, quand tu compares l'enfant qui est là devant

tes yeux , avec celui que tu as vu Fannée d'auparavant à la campagne. Nous raisonnons aussi sur les événements futurs. Par exemple , quand tu songes au plaisir que te procurera ton père s'il apprend que tu as bien travaillé et que tu t'es bien conduit; quand tu penses à l'estime et h l'affection dont tu jouiras en vivant honnête homme. Nous raisonnons même sur les choses que nous n'avonsjavais vues; ainsi, par exemple, quand nous adorons le Seigneur, quand nous invoquons l'ange gardien , quand nous aspirons à la vertu.

Et cette faculté de raisonner, la raison , nous enseigne à donner une bonne direction à nos sentiments, à notre intelligence, à notre volonté^ à nous abstenir de ce que nous trouverions blâmable dans les autres; à ne pas rechercher seulement le plaisir du moment, mais la justice et l'honnêteté , à prendre la sagesse pour règle de toutes

nos actions , à éviler ces trois vices :

l'orgueil, l'intempérance, l'avarice^pour suivre ces trois vertus : la modestie, la tempérance, la générosité.

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