LA CONSCIENCE DE SA FORCE
Avec la pratique de l’exercice et la réflexion nous devenons conscients de notre force ; nous arrivons bientôt à connaître ce que nous pouvons faire et ce que nous ne saurions entreprendre avec succès.
Une série de tâtonnements et de corrections successives nous donne la sensation nette de nos actes et nous en avons l’intuition même avant de la réaliser. Plus cette sensation se précise et mieux nous savons régler nos forces ; cette conscience est notre seul guide qui nous assure les progrès futurs. Au début lorsqu’elle est encore vague, nos actes sont flous, mal dirigés et peu réussis ; ils laissent cependant un souvenir qui nous servira lorsque nous les reprendrons ensuite. C’est d’abord la sensation du degré d’effort à faire puis cette sensation se complique, s’affine, et nous donne des indications de plus en plus nettes sur la manière dont nous l’exécutons.
Mais pour avoir tout le bénéfice de son travail il ne suffit pas de répéter ses mouvements à l’aveuglette, à chaque reprise, au contraire nous devons être prêts à les corriger, à les réaliser tels que nous nous les représentons ; une opération mentale est à faire toutes les fois qu’une difficulté nouvelle se présente.
Pour lancer une pierre, pour soulever un fardeau, rattraper un ballon au vol, franchir d’un bond une haie ou un fossé, nous estimons d’abord la distance, la hauteur, la direction et l’effort nécessaire à faire. Si notre jugement est mal porté, l’exécution de l’acte sera mauvaise et nous n’atteindrons pas le but.
Il y a donc grande utilité d’affiner nos sensations, de nous observer, en un mot de regarder en nous pour savoir ce qui se passe au moment d’agir. Ue toucher, la vue, l’ouïe même s’associent pour nous donner l’impression caractéristique de chaque effort ; une sorte de calcul rapide précède sa réalisation et en fixe la valeur et la direction.
LES QUALITÉS SPORTIVES
Cette manière de s’éduquer est toute d’initiative et de spontanéité ; elle est l’opposé de l’automatisme auquel on aboutit en répétant constamment des exercices appris à l’avance. Nous ne pouvons évidemment exécuter que les actes possibles pour nous, ceux dont les éléments déjà nous sont connus ; cependant ce qui nous paraissait impossible devient souvent réalisable quand la méthode nous fraie le chemin. Sans ordre, sans réflexion, nous courons le risque de nous égarer ou de prendre de mauvaises habitudes presque, indéracinables ; en tout cas l’acte irréfléchi mène souvent à l’insuccès, il est incertain et inconstant dans ses résultats.
On en peut dire autant de l’acte de courage voulu ou de l’acte impulsif ; ce dernier nous lance à corps perdu dans un danger avant que nous sachions comment y pourvoir ; le courage réfléchi, le sang-froid sous-entendent la possession de soi-même, nous avons alors la hberté d’esprit pour agir suivant les circonstances.
ly’homme qui sait ce dont il est capable réussit mieux que s’il agissait en aveugle. Il peut même se suggérer la réussite ; il se dira ; « Je suis capable de faire ceci parce que je l’ai déjà fait ou parce que je me sens capable de le faire. Je veux le faire, je le ferai ».
Si, au contraire, on s’obstine à essayer un exercice difficile sans en avoir la sensation nette avec l’idée qu’on le manquera, on peut être assuré de la défaite.
I^a confiance en soi n’est pas la présomption ni l’orgueil mais elle naît de la connaissance de soi-même et se développe en s’exerçant toujours avec succès c’est-à-dire en n’essayant que ce que l’on est à peu près sûr de réussir mais en cherchant à reculer toujours la limite de l’impossible.
Sentir, réagir, s’habituer et s’adapter sont les étapes nécessaires de tout perfectionnement, mais ce n’est pas l’affaire d’tm jour, il est nécessaire de passer par tous les degrés successifs.
Vouloir aller trop vite, se placer devant des difficultés
irréalisables c’est limiter son perfectionnement. Cette faute est habituelle chez le virtuose improvisé professeur sans avoir auctme notion nette de l’éducation.
Un véritable éducateur arrivera à faire exécuter à des faibles ou à des maladroits des actes jugés impossibles au début. Il agit pour cela avec méthode et développe chez son élève la confiance de sa force, quahté qui lui manquait totalement.
Il se préoccupe de lui éviter les tâtonnements, surtout de mauvaises habitudes ; il exige l’exécution parfaite des exercices simples qu’il compHque ensuite progressivement en leur conservant toujours la même correction.
Parmi les sensations qui guident nos efforts il y a le sens de l’équilibre et de l’orientation s’exerçant sans cesse même dans l’immobifité et nous donnant la conscience de notre position dans l’espace, dans une chute par exemple. Ces qualités nous permettent de parer à bien des actes imprévus.