‹ Education physique des adolescents. Préparation sportive par la méthode synthétique, avec l'art de travaillerChapitre 2 sur 132 · I 08 , BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS · texte numérisé non relu

I 08 , BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS

INTRODUCTION

Te perfectionnement physique vise des aptitudes diverses et en particulier le développement de nos facultés motrices. Ta force et Ténergie sont évidemment les qualités essentielles, mais elles ne sont pas suffisantes pour jouir pleinement de nos moyens d’action si nous n’apprenions en même temps la bonne manière de les dépenser utilement et avec économie.

Tes procédés destinés à augmenter nos forces sont plus répandus que ceux qui en assurent la meilleure utilisation.

U’hygiène générale, l’entraînement, la vie régulière au grand air et la bonne alimentation donnent la santé et la résistance à la fatigue ; les exercices de force développant la musculature sont décrits avec plus ou moins de méthode dans tous les ouvrages sous le nom général de culture physique ; mais on trouve plus rarement, surtout sous une forme précise et bien étudiée, des exercices qui donnent l’adresse, la souplesse et la maîtrise de nos mouvements.

Ces quahtés ne sont pas nécessairement la conséquence de la force, elles peuvent même s’acquérir en dehors d’eUe bien que la force et l’adresse doivent, dans une éducation complète, être toujours associées.

Un sujet très vigoureux mais maladroit et un sujet souple et agile possédant des muscles grêl^ sont incomplets l’un et l’autre car üs ne sauraient aborder avec succès toutes

DEMENY

les difficultés et donner les efforts énergiques qu’exigent les différents sports.

On pourra prétendre que la pratique seule, automatique et inconsciente suffit à donner les qualités d’exécution nécessaires; ce préjugé est à combattre, il est d’ailleurs facile à réfuter. I^es observations vulgaires sont en désaccord avec lui; s’il était accepté, les méthodes d’éducation n’auraient plus de raison d’être et seraient vaines et illusoires.

Mais l’expérience de tous les jours nous indique que tout s’apprend et s’enseigne par l’éducation ; si des sujets bien doués trouvent par eux-mêmes la solution de certaines difficultés, la majorité a besoin d’être guidée dans ses efforts et doit apprendre à les donner intelligemment sous peine de demeurer toujours dans un état manifeste d’infériorité. Cela s’explique ; essayer et répéter des mouvements en les exécutant mal ne peut conduire au perfectionnement, il faut à chaque essai faire un effort nouveau pour corriger ses défauts ce qui exige la connaissance de ceux-ci et souvent il faut un maître pour les reconnaître et les indiquer.

Ce sont là des faits certains, et pourtant, il ne manque pas encore de sophistes pour prétendre au perfectionnement de notre nature sans l’effort personnel intelligent et en dehors de toute science.

Certes la science n’est pas le pédantisme scolastique, c’est la connaissance de la nature elle-même. Observer les manrfestations de la vie par le mouvement pour se mieux connaître demande autant de science que toute une autre étude. 1 / 3 . science de la vie est indispensable et quelquefois moins superflue et moins vaine que bien d’autres.

Il y a donc une préparation sportive que le praticien soupçonne sans lui donner un corps ; il en aura le sentiment plus précis s’il se remémore les divers états par lesquels il a passé depuis son apprentissage jusqu’à sa complète évolution. Qu’il se rappelle ses tâtonnements, ses indécisions, ses insuccès et il devra convenir qu’il aurait atteint

INTRODUCTION

son but plus directement et plus vite s’il avait été mieux guidé.

ly’objet de l’éducation sportive est justement l’apprentissage méthodique et intelligent, une préparation à l’effort donnant à coup sûr les qualités requises dans la pratique des sports, indiquant la voie aux faibles et aux maladroits et permettant d’exceller sans avoir les inconvénients de la spécialisation immédiate. On peut ainsi éviter le gaspillage de nos forces et'diminuer la fatigue consécutive en augmentant notre rendement en travail.

Mais, pour être méthodique, cette préparation doit avoir une base solide. I^’habitude de l’exercice ne crée pas la supériorité ; elle facilite le travail, mais l’habitude ne donne des quahtés qu’à la condition d’être bonne, c’est-à-dire de s’accorder avec le but proposé ; autrement elle est fausse et empêche tout progrès.

Dans cette préparation, rien ne doit être laissé au hasard, tout doit être agencé au mieux du résultat et concorder avec le développement de nos aptitudes. Cultiver, par exemple, les muscles au moyen d’exercices raides, sacsadés, brutaux voilà une éducation fausse ; si je développe mes organes moteurs je me prive en même temps des qualités de souplesse et de maîtrise les plus précieuses dans l’application.

Oh peut exceller dans un sport, on n’excelle pas pour cela forcément dans un autre ; la préparation à tous les sports doit être avant tout une éducation générale de nos mouvements^ trouvant son appHcation dans tous les cas et non une spécialisation à chacun d’eux.

Pour mieux me faire comprendre, observons les sujets d’éhte pris dans les difEérentes spéciaHtés du travail musculaire ; ils ont des qualités communes : force, souplesse, à-propos, décision, rythme régulier et bien choisi, maîtrise, sang-froid sont les résultats d’une connaissance profonde de soi-même et d’une volonté intelligente ; ils les ont acquises quelquefois inconsciemment, cela est vrai ; mais peut-on prétendre que cette inconscience soit nécessaire au

résultat, n’auraient-ils pas au moins gagné du temps s’ils étaient guidés par un bon conseiller, chaque pas en avant étant ainsi plus sûr et chaque défaut corrigé dès le début ?

I^e rôle de l’éducateur est justement celui de ce guide expérimenté; il est indispensable pour l’éducation générale de l’enfant et de l’adolescent.

I^a préparation sportive sous-entend donc un choix d’exercices calqués sur la sjmthèse finale mais plus simples, sans jamais être conçus en dehors de cette synthèse.

On a inauguré une foule de procédés en contradiction avec cette éducation générale ; on a soumis ainsi la jeunesse à des règles conventionnelles, il ne faut pas s’étonner que les résultats d’un tel dressage aient été fort maigres. Faut-il pour cela renoncer à l’exercice méthodique, évidemment non ; s’il n’a rien donné c’est qu’il était faux et mal conçu.

Pour progresser, nous nous trouvons forcés d’abandonner des procédés surannés que condamne la vraie science, de les remplacer par d’autres plus près de la nature, mieux adaptés à notre vie et, entre des mains intelligentes, nous serons étonnés des résultats qu’ils peuvent donner. Il faut faire ce nouvel effort.

Il est facüe en effet de dresser des moniteurs à des procédés conventionnels fixes et rigoureux ; ü l’est beaucoup moins de former des maîtres qui connaissent et comprennent les mouvements. Bon nombre de professionnels ne sont pas brillants sur ce sujet, les virtuoses le sont peutêtre encore moins qu’eux surtout lorsque sans aucune méthode, ils se prévalent de leur supériorité organique pour se faire éducateurs.

B’enseignement présente alors de sérieuses difficultés quand ü s’agit de saisir la raison des insuccès et de trouver le remède dans chaque cas.

Ba préoccupation constante du maître est de susciter chez son élève un effort qui le perfectionne et développe les qualités hmées dont il n’a pas encore conscience. Pour un professeur soucieux de son devoir, c’est un problème obsédant et un sujet d’observation continuelle.

INTRODUCTION

Aucun manuel ne peut remplacer ce travail personnel ; seule l’observation des sujets d’élite réalisant au mieux leurs efforts et l’étude des conditions dans lesquelles ceux-ci sont effectués permettent de dévoiler les secrets de l’art de l’enseignement.

Savoir travailler est en effet un art que l’on doit chercher à populariser. Mais ces idées ne sont pas encore admises ; je dois expliquer ce que j’entends par l’éducation sportive ou l’éducation motrice basée sur l’étude du mouvement naturel.

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