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Que la tendresse maternelle sache donc faire un sacrifice! L enfant qui naîtra au sein d’une grande ille sera infiniment mieux nourri dans les cam» pagnes éloignées. Les enfans qui sont confiés aux nourrices venant de la province , sont en grande partie ramenés bien portails. Les parens qui appartiennent à la classe industrieuse et commerçante, dont la moyenne fortune ne permet point d'avoir des nourrices sur lieu , ou d’en payer d’autres fort cher dans les environs de Paris , sans le savoir, retirent un grand avantage de confier leurs enfans à des nourrices de la province. Qu’on daigne y faire attention, la plupart des enfans bien portans se trouvent dans cette classe laborieuse et active; tandis que les enfans malingres se voient bien plus communément dans la classe ouvrière qui est condamnée à les garder ou à les nourrir misérablement , ou bien chez les privilégies de la fortune qui préfèrent avoir des nourrices sur Heu. Il est vrai que lorsque les nourrices sont sons les yeux des parens de l’enfant, elles remplissent mieux leurs devoirs ; mais aussi les soins indiscrets qu’on y ajoute tournent souvent au détriment du nourrisson , ou bien s'ils ne sont que ee qu’ils doivent être, jamais encore ils ne peuvent entrer en compensation avec les influences pernicieuses d'une atmosphère brumeuse et froide presque permanente à Paris.
Les femmes qui font commerce de leur lait sont ordinairement sans aisance et même souvent clans
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F indigence. Pour celles qui passent subitement de la1 chaumière dans un riche hôtel , tout cnange . a une nourriture simple et suffisante succède 1 abondance des mets succulens. Ce luxe de nourriture donne lieu à un luxe de santé , détermine une pléthore sanguine -, le lait devient dès-lors plus abondant et trop nourrissant pour ne point incommoder reniant pendant les premiers mois. Par cela même les nourrices sont sujettes à de nom-
breuses incommodités.
Les inconvéniens qui résultent d un changement de régime ne sont point les seuls auxquels on expose les nourrices qu on déplacé. Celles qui viennent des campagnes s’accoutument difficilement à cet entourage et à ce tumuite des grandes villes. Éloignées de leurs affections , privées ck leurs parens , amis et connaissances , beaucoup tombent dans une sorte de mélancolie nostalgique.
Ces affections morales portent atteinte à leur santé, et nuisent plus ou moins à F accomplissement du devoir qu’elles se sont imposé. L appat d un bénéfice pécuniaire , l’espoir de quelques autres avantages les portent à dissimuler leur situation, et malgré l’état satisfaisant en apparence de leur physique , elles deviennent néanmoins de trèsmauvaises nourrices quand elles sont ainsi en proie à des peines de cœur.
Quant aux considérations physiques en particulier, il est difficile sur de simples apparences de décider si une nourrice est préférable à l’autre.
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IGtj
Cependant celle qui réunira le plus des qualités corporelles dont l’ensemble peut être regardé comme le type d’une bonne constitution, doitètre préférée à telle autre qui en réunirait moins. L’âge le plus favorable , comme je Fai déjà dit , est de vingtcinq à quarante ans. Les femmes qui auront eu plusieurs enfans offriront plus de garanties que celles qui seront mères pour la première fois, parce que le premier allaitement est toujours plus laborieux, et qu’alors il arrive souvent que les mamelles tarissent après quelques mois, ce qui n’est point à craindre chez les premières. En outre, il est mieux de ne point donner à l’enfant un lait trop vieux, et autant que possible il faut que la nourrice soit nouvellement accouchée.
Les femmes brunes , de moyenne taille , mais bien prises, seront en général meilleures nourrices que les blondes , pâles , minces et de haute stature -, de même que celle dont la peau est noircie par le haie et le soleil donnera un lait plus sain que telle autre au teint blafard et comme étiolé, et qui aurait vécu dans la paresse et l'oisiveté» L’embonpoint médiocre et même la maigreur seront des conditions préférables à l’obésité et à ces tempéramens molasses et empâtés. Ordinairement les femmes maigres ont peu de mamelles, mais ce n est point toujours une raison pour les croire incapables de nourrir. Ce serait également une erreur de croire qu’une nourrice a peu de lait, quand par la pression du mamelon il n’en coule point :
DES NOURRICES
ici le mode d’excitation est touig et la succion est
le plus favorable.
On doit regarder comme un signe de santé le bon état de la bouche, une haleine douce , et des dents saines et blanches. Le défaut de propreté empêche souvent de reconnaître ces qualités pii faut donc bien distinguer ce qui tient à cette circonstance d’avec ce qui dépend d’une cause morbide. L’absence de quelques dents , quand celles qui restent sont saines , n’est qu’un accident qui ne mérite aucune importance.
La présence des règles est-elle une circonstance qui doive exclure de l’allaitement ? On peut réduire, comme je Fai déjà dit , cette question à deux points principaux : ou le flux menstruel est naturel ou accidentel ; le premier cas n’est point fâcheux , il ne s’observe que chez les femmes qui sont douées d’une forte constitution*, la nature se sert alors de cette voie pour se débarrasser d’un surcroît de nutrition : or, il faut donc considérer ce flux menstruel comme naturel et nullement nuisible, il importe donc beaucoup de distinguer les circonstances qui tiennent h un luxe de santé, de ces
ménorrhagies accidentelles dues à une cause morbide. Mais il n’appartient qu’au médecin éclairé de déterminer la nature de ces cas.
On doit regarder comme une circonstance fâcheuse, et pouvant nuire à la santé de l’enfant ,, certaines maladies , quoique bien guéries , que la nourrice aurait eues. A l’égard de quelques affec-
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tions , comme les dartres et la syphilis, la guérison n est jamais radicale. J’ai vu des nourrices de la meilleure saute en apparence, et rester telles, tandis que le nourrisson, après plusieurs semaines, se trouvait couvert de pustules ou de dartres (ü). Je donne encore actuellement mes soins à une nourrice et à 1 enfant quelle allaite* celle-ci a une fraîcheur qui annonce la meilleure santé , tandis que le nourrisson a le visage couvert de pustules. Les païens de l’enfant n’ont jamais rien eu pour fane croire que ia maladie de celui— ci provienne deux. La nourrice, au contraire, par ses aveux, ma entièrement fixé sur le diagnostic de la maladie de l’enfant.
Les nc\ i oses , telles que 1 epilepsie , la catalepsie et 1 hystérie , ne sont point , comme on Fa cru , des maladies susceptibles de se transmettre avec le lait. Toutes les explications ingénieuses qui ont été hasardées pour prouver le contraire sont plutôt des subtilités que des argumenseoncluans. Ces maladies
(t) Tout principe morbide que Ton suppose être formé de toute pièce ne s éteint point entièrement chez un individj. i ous les Irai temens n’auraient donc d’autre effet que d atténuer ce principe, qui, aussi par l’habitude, n’est plus susceptible d’agir sur la même personne. Mais, lorsqu’il est transmis a un individu dont les organes sont vierges, il peut avoir une action plus ou moins marquée ; voilà sans doute pourquoi l’enfant qui naît de parens malsains, quoique bien portans en apparence, communique à la nourrice la même affection dont étaient atteints ceux qui l’ont engendré.
? j 2 DES NOURRICES*
liront aucune influence directe sur 1 enfant par It seul fait de l’allaitement. Les changemens que le lait peut éprouver dans les momens d accès ne sont point le fait de la maladie par elle -même, mais celui de la perturbation générale. A l’égard de l’enfant, on ne voit ici d’autre danger que d’être exposé à des lésions mécaniques, si la nourrice était surprise par des attaques. C’est donc plutôt par prudence que par répugnance qu’on doit refuser celles qui sont atteintes de ces infirmités.
Quant aux qualités mentales des nourrices , il en est qui sont indispensables, et d’autres qu’on aime à trouver en elles. Une nourrice doit être
saine d’esprit, a dit Rousseau-, certes, de l’ineptie à un grand discernement il y a une foule de nuances intermédiaires ; mais toutes les fois que l'esprit n’aura aucune inclination décidée vers le mal , ou contraire à l’humanité , il est d’une faible importance qu’une nourrice ait la bêtise ou 1 esprit en partage. La colère n’est qu’une situation accidentelle de l’âme ; la haine , la méchanceté ne sont jamais que des calculs de la vengeance. Ces pissions peuvent-elles s’exercer sur un être qui se trouve dans l’impuissance de les exciter ? 1) ailleurs les actes qui nous préviennent contre ou en faveur d’une femme ne pourraient encore donner lieu qu’à des conjectures. Une femme, bonne pour ses propres enfans, pourrait bien ne pas l’être pour ceux d’autrui , et une maratre devenii bonne pom ceux qu’on lui confie. Comme l’intérêt privé est le
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mobile de nos actions, si une mère est méchante pour son enfant, c’est que sa présence est ou peut devenir pour elle un sujet de soins et d’inquiétudes qui doivent sans cesse contrarier les dispositions de son caractère, et apporter quelques changemens dans toutes les situations de sa vie. On a sans doute peine à croire qu’une mère soit méchante ; il en est meme qui sont cruelles, et qui ne cessent point cepen dant d’être des femmes bonnes. Tant il est vrai que les passions les plus odieuses tiennent moins souvent à une inclination déterminée qu’à des circonstances accidentelles. L’espoir d’un salaire pourra apporter les plus grands changemens dans la manière d'être de celle qu’on choisira. Il est aussi difficile d’éviter en elles quelques travers de caractère , que d’en rencontrer avec les epialités du cœur qui doivent se tourner au profit de tous les etres. L’amitié et l’amour d’une mère qu’on voudrait trouver dans une nourrice , ne sont que des chimères -, ces deux sentimens ne peuvent être l’objet d’un vœu : les soins et les attentions peuvent tout au plus y suppléer. Écoutez cette mère qui demande naïvement à une nourice si elle aimera bien son enfant? Sans doute, lui dis- je, parce que vous la récompenserez bien. On peut donc espérer beaucoup du salaire , et fort peu du cœur.
Pour que les habitudes et les penchans chez une nourrice changeassent la direction des devoirs qu’elle s’impose, il faudrait qu’ils fussent
con-
tl/| DES NOURRICES.
traires aux vœux de la nature , même hors la circonstance de l’allaitement. Les exercices et le travail, <| uand i 1 s ne son tpoin t por tés jusqu aia fatigue, ne sauraient influer en aucune maniéré sur les dualités du lait au détriment de 1 enfant. ÎSous voyons les paysannes , qui s’occupent sans cesse , duitter le travail des champs pour prendre leurs
le» aonuee un lai. plus aivifiau.e.
mieux élaboré que celles qui croupissent dans la paresse et l’oisiveté. C’est, il n’en faut point douter à ces changemens d’habitudes ou passent es nourrices des campagnes qui sont appelées dans les orandes villes, qu’on pourrait attribuer la plupart des variations qui surviennent dans leur santé. On les nourrit plutôt quelles ne nourrissent • on les engraisse pour ainsi dire. Le défaut d’exercice les rend pesantes et paresseuses, et ralentit toutes leurs fonctions. Je voudrais donc nu’on leur donnât une nourriture moins abondante, en les assujettissant à des occupations domestiques hors les instans quelles doivent au nourrisson, et â des exercices pédestres au lieu de les promener délicieusement dans de bnllans equi-
^ iT l’on calculait tous les sacrifices qu’on exige d’une nourrice à gages , l’on serait peut-être moins exigeant à son égard : la tâche qu on lui impose est d’autant plus laborieuse, qu’elle s éloigné davantage de ses habitudes. En appelant une nourrice , si la sécurité des parens y gagne , la santé <te
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l’enfant y perd souvent. Toute femme qui tient à une famille, des enfans, un mari et des amis, ne peut subitement cesser ses relations habituelles pour en prendre de nouvelles qui ne s’accordent plus avec ses goûts. L’appàt d’un grand bénéfice peut donc seul, lui imposer un tel sacrifice, La nostalgie qui en est le résultat, est une considération fort importante dans l’hygiène des enfans. Cette maladie mentale, souvent dissimulée., agit sourdement sur L'état physique et rend quelquefois les nourrices incapables de remplir leurs engagemens. Aucune cause ne contribue davantage à y donner lieu que le sacrifice de la couche conjugale. C’est pour mieux les soustraire à cette séduction légitime et aux jouissances qu’elle dispense, considérées par certains esprits comme contraires à l’allaitement , qu’on tient tant à ce quelles soient éloignées de leurs maris. Nous avons déjà fait sentir l’absurdité d’une pareille exigence , ici nous n’en signalerons que les conséquences. Cette continence ne peut être sans inconvéniens , dès-lors qu’elle fait cesser d’une manière trop brusque des habitudes qui sont devenues un besoin, et dont la continuation , avec une certaine réserve, serait nécessaire pour contribuer à la sécrétion du lait par beffet des rapports sympathiques, faciles à apprécier. Mais il faut l’avouer, dit Joubert(i) , les limites en tre le vœu de la nature et l’exigence ou le caprice de l’imagina-
( i ) Joubert, T mité des Erreurs poput.
g des nourrices.
tion sont difficiles à tenir en pareil cas. Peut-on espérer d’étouffer tout sentiment érotique chez celle qui a sans cesse sous les yeux mille objets qui peignent la volupté. La continence a laquelle on veut l’astreindre l'expose à tous les dangers cl un
commerce illicite. . *
La sobriété et la tempérance ne sauraient trop recommandées aux nourrices. Ces préceptes sont moins pour celles dont l’état de fortune en a fait une habitude, que pour les nourrices qui passent des campagnes dans les grandes villes , ou des chaumières aux châteaux. Le changement subit d’une nourriture simple et frugale pour une autre très-substantielle, ne saurait s’effectuer sans porter quelque dérangement dans les qualités du lait, importe donc beaucoup , quand c’est le premier lait qu’on donne à l’enfant, de soumettre les nourrices , pendant les premiers jours , a une diete vco-étale peu abondante, et aux boissons aqueuses. Ce ne sera que graduellement qu’on les accoutumera à un régime plus substantiel , c est-a-dire a mesure que l’enfant aura davantage besoin de nourriture. Souvent on se plaint de ce que les
nourrices qu’on appelle des campagnes sont insatiables ; mais il sera toujours fort sage de ne point seconder ni satisfaire entièrement leur appétit , en évitant aussi de les accoutumer a toutes les choses recherchées par la satiété . Les boissons theiformes, les liqueurs de toutes espèces, sans être essentie lement nuisibles, leur sont tout-a-fait inutiles.
DES NOURRICES. II
C’est avec d’autant plus de raison qu’on évitera ces erreurs de régime, qu’elles modifient et intervertissent toujours l’ordre des fonctions et nuisent à quelques phénomènes de la digestion. Leur effet le plus ordinaire est de resserrer le ventre , de rendre les déjections difficiles , de produire des constipations opiniâtres et des coliques. Dans ces cas , le lait perd souvent de ses qualités essentielles pour en acquérir de mauvaises \ il contracte alors une odeur stercorale, très-facile à reconnaître , car telle est aussi l’odeur qu’exhalent les nourrices (i). Ces accidens sont trop importans pour ne pas mériter quelque attention. Selon les circonstances, 011 y remédiera par les moyens indiqués , en les prévenant ensuite par un régime convenable. Après tout, il faut donc en conclure qu'il y a presque autant d avantage que les enfans soient nourris loin de leurs païens que sur lieu.
(1) Les physiologistes n’ont point encore signalé tous les phénomènes qui résultent de la rétention prolongée des matières fécales dans les gros intestins. Chez les personnes qui mangent peu et qui sont forcées à de longues abstinences, les garde-robes sont rares ; les matières excrémentielles sont résorbées en grande partie. Ces personnes répandent une odeur stercorale toute particulière, et presque analogue à celle que produit le frottement du cuivre.
DK L’ALLAITEMENT
De V Allaitement artificiel.
Quand l’allaitement maternel n’est point dans les choses possibles , ou bien que des circonstances empêchent de donner à l’enfant une nourrice étrangère, il faut pourvoir à sa subsistance par d’autres moyens. Le lait de quelque animal sera alors la meilleure nourriture. Sur ce point d’hygiene, tout esprit juste ne peut se ranger de l’opinion de quelques auteurs (i) , qui ont considéré le lait comme un aliment qui non seulement peut être faci e~ ment remplacé , mais comme ne devant point avoir la préférence. On sait bien en efiet cpie les Islandaises ne peuvent point nourrir par elles-memcs leurs enfans, et quelles ne les élèvent qu’avec une nourriture artificielle. Mais ici la nature fait de cette coutume une nécessité , et nous ignorons si elle est préjudiciable ou avantageuse a 1 espece humaine , dès-lors qu’on ne peut point lui opposer une autre méthode. En Allemagne , dans la Suisse et l’Auvergne , beaucoup d’enfans ne sont elevcs qu’avec des bouillies et des panades. Quoique cette
(i) Van Helmont, in capitulo : Inf 'antis nutntio advitam longam , p. 622 et seq.
ARTIFICIEL. 1 I Q
nourriture ne soit pas reconnue essentiellement nuisible, il serait absurde de la croire la meilleure.
Pour les animaux mammifères, le lait est le premier des ali mens. Aucun être de cette classe ne saurait vivre dans les premiers temps qui suivent la naissance, s’il n’était abreuvé du lait maternel ou de tout autre. L’homme est peut-être le seul qui puisse s’en passer*, mais cette exception n’est encore que pour des cas particuliers , et le lait, comme premier aliment, lui est aussi essentiel qu’aux autres mammifères*, et quoique 1 allaitement artificiel soit bien moins avantageux que l’allaitement naturel 1 toujours est-il qu’il est beaucoup plus profitable que tous les autres genres de nourriture. Ce point d’hygiène étant fixé, il s^agit de savoir quel est le lait qui convient le mieux et celui qui doit être préféré pour la nourriture de l’enfant.
Aucune liqueur animale ne varie autant dans sa composition que le lait , non seulement par rapport aux diverses espèces entre elles , mais pris sur le même animal. Le lait de femme n’est presque jamais le même *, prévoyance admirable de la nature , qui déjà veut éprouver l’estomac de l’homme et l’accoutumer à supporter les alimens divers dont il doit faire usage dans la suite. Ce défaut d’identité particulier au lait de femme ne dépend point uniquement de la diversité des alimens dont l’espèce humaine se nourrit , mais elle tient aussi à cette foule d’affections morales auxquelles les
animaux ne participent que faiblement. PScanmoins, dans toutes les circonstances, le lait de femme est le plus riclie en sucre de lait, et conséquemment il est d’une digestion plus facile. Il ne faut cependant pas en inférer que le lait des animaux qui se rapproche davantage de celui de la femme, tel que celui d anesse et de jument, convienne mieux à l’enfant. Four l’allaitement artificiel, on doit donc préférer le lait des ruminans, de la vache, de la chèvre et de la brebis. Le premier de ces trois espèces étant le plus abondant et presque de toutes les saisons, enoutie le plus iiche en sérum et en sucre, et conséquemment le plus léger , il doit mériter la prefercn.ee , sui tout lois— qu’il est fourni par des animaux sains et bien
nourris.
Il n’est point inutile de remarquer ici que le lait de vache, qui dans les grandes villes devient une branche considérable de commerce, ne réunit pas toujours les qualités propres à devenir une bonne nourriture. A Fans principalement, ou la consommation du lait est considérable , nul doute que la cupidité n’en augmente 3a quantité et en altère la qualité. Comment se fait-il que cette production alimentaire à l’usage de toutes les classes de la société , et qui est meme d’une si grande ressource pour les malheureux , n ait pas encore fixe l’attention de l’administration chargée de veiller à la salubrité publique ? Quiconque se rend coupable de frela ter les vins ou d’en composer, se rend
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passible des peines les plus sévères , quoique la plus grande partie de cette boisson ne soit employée qu’à satisfaire des besoins factices, qu’à entretenir la débauche et les vices les plus honteux. Pourquoi donc le lait, qui est pour beaucoup de personnes l’aliment quotidien , le seul qui convienne souvent aux valétudinaires et aux tempéramens faibles et auxenfans, n’est-il point un objet d’attention et de surveillance de la part de l’autorité ?
Il y a fort peu de différence dans la consommation du lait qui se fait à Paris pendant les diverses saisons -, cependant les plus ignorans savent que ce n’est guère qu’au retour de la belle saison que les vaches vêlent , ce n’est guère non plus qu’au printemps que ces animaux trouvent dans les champs une nourriture abondante et en même temps plus favorable à l’augmentation du lait et à sa qualité. Néanmoins , au cœur de l’hiver il s’en débite presque autant qu’au solstice d’été : nécessairement il faut que la fraude supplée à ce que la nature refuse. Aussi ^ je ne crains point d’avancer qu’une grande partie du lait qui se vend à la petite mesure est falsifié. Ce serait donc rendre un service à la population de la capitale , que de soumettre la vente de ce produit à une sorte de juridiction, et de ne tolérer que le débit de celui qui serait reconnu naturel. N’a-t-on pas établi des halles et des marchés spéciaux pour des objets dont la consommation est moins générale, et peut-être moins importante ? L’on pourrait donc , ce me semble ,
122 DE l’ ALLAITEMENT
soumettre cette production à un ordre de vente légal et à une vérification. Avec de semblables mesures , on ne serait plus exposé à être ni incommodé ni empoisonné, comme moi-même je l’ai été. Peut-être ne verrait -on plus des familles entières presque habituellement malades et clietives. Car il est notoire que parmi les ouvrières qui tous les jours prennent leur cale au lait le matin, ii y a beaucoup de gastrites et de maladies organiques de l’estomac ; et en un mot beaucoup plus d’indispositions qui proviennent de l’usage habituel d’une mauvaise nourriture, dans laquelle le lait entre pour une grande partie. Il est presque certain que les enfans qu’on nourrit avec un si mauvais lait ne sauraient vivre long-temps. Aussi, beaucoup de ceux qui naissent au sein de l’indigence deviennent-ils chétifs, quand ils ne trouvent point une nourriture suffisante dans le lait maternel, et qu’on y supplée par le lait du commerce.
En supposant que le lait soit naturel , il peut bien n’être pas toujours de bonne qualité j car on sait que les vaches sont sujettes à quelques maladies organiques, et notamment a la phtisie tubeicu— leuse. Cette maladie, ainsi quel’a remarqué M. La Billardière , se montre plus communément aux environs des grandes villes et particulièrement dans les faubourgs ou la banlieue de Paris. Selon cet observateur, le lait des vaches atteintes de cette maladie contient sept fois plus de phosphate cal-
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caire que celui des vaches saines. On peut donc inférer de là que ce lait ne peut être que nuisible quand il est employé pour la nourriture des enfans nés avec une disposition à l’atlection tuberculeuse. Quand bien même la conséquence qu’on peut tirer de l’analyse faite par M. La Billardière ne serait pas applicable à toutes les vaches phtisiques, il est toujours fort sage de regarder 1 usage de ce lait comme pernicieux pour les enfans qui sont sains. Cependant nous employons tous les jours pour nos enfans et pour nous-mêmes le lait de ces vaches qui ont les poumons remplis de tubercules, et nous le prescrivons souvent comme moyen médicamenteux. En général on doit donc considérer comme une nourriture très-malsaine le lait qu on débite à Paris, surtout pendant l’hiver. Non seulement il conviendrait cjue la nourriture de cet aliment fût soumise à une surveillance spéciale , mais aussi les vaches laitières devraient être reconnues saines et bien portantes.
Un état morbide dont on n’a point encore déterminé la nature, imprime au lait de vache une altération connue sous le nom de lait bleu. C’est principalement dans les départemens de Seine-Inférieure et du Calvados qu’on a observé le lait bleu. Les vaches qui le fournissent ne laissant apercevoir aucun signe de maladie , on ne sait donc à quelle circonstance attribuer cette altération physique, puisqu’elle est la même dans les
l2l j de l’allaitement
differentes saisons et dans toutes les localités de ces
départemens (i).
Le lait de vache varie encore beaucoup dans ses qualités selon les races qui le fournissent. Les vaches suisses et normandes, qui sont presque les seules dont on se serve dans les environs de Paris , donnent, il est vrai, beaucoup de lait, mais peu fourni en caséum et en beurre 5 conséquemment il est peu savoureux et peu nourrissant, ce qui dépend sans doute de ce que cette race n’est point sur le sol qui lui convient le mieux , et que la nourriture qu’elle y trouve ne lui est pas la plus favorable. Les vaches de Bretagne , quoique beaucoup plus petites, donnent un meilleur lait , plus riche en beurre et en caséum, dès-lors plus suave et plus
nourrissant. Les vaches du Limousin se rapprochent
beaucoup de celles-ci , et j’oserais même affirmer que leur lait en substance est supérieur en qualités à tous les autres.
(1) Je ne hasarderai ici que cette opinion, que le lait bleu
n’est point l’effet d’aucune maladie; mais il paraîtrait dépendre de l’assolement sur lequel croissent les fourrages dont lesvaches se nourrissent. Je connais quelques localités très-circonscrites où les vaches des meilleures races ne foui nissent qu’un lait séreux, nullement butyreux et très-peu caséeux, tandis qu’à quelque distance delà, ces memes animaux donnent un lait supérieur en qualité , les fourrages étant les mêmes cependant sous le rapport des espèces de plantes qui les composent.
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Quoiqu’il y ait des vaches qui par une disposition organique donnent un lait plus ou moins fourni en principes nutritifs , la nourriture influe beaucoup sur les proportions de ces mêmes principes. Les vaches qui paissent dans les lieux marécageux, oii les scirpus , les car ex ^ les joncs croissent abondamment, donnent un lait pur, nourrissant, verdâtre, sans odeur et d’une saveur légèrement acide , ne fournissant presque point de crème , et fort peu de caséum. Nous voyons au contraire que celles qui vivent sur les assolemens desséchés, où viennent Ynnlhoxanthum^Y alopecurus , le plileum , les bromus , les fesluca , les poa et les brisa , toutes plantes qui fournissent les meilleurs fourrages , nous voyons, dis- je, que les vaches qui s’en nourrissent, donnent un lait d’un beau blanc, onctueux, d’une odeur agréable et d’une saveur douce, avec beaucoup de crème et de caséum . La nature du sol sur lequel les vaches prennent leur nourriture influe beaucoup aussi sur les égalités du lait. Sans avoir jamais pu en saisir la cause , il est des cantons, des domaines cjui, cpioique produisant de très-bons fourrages, ne conviennent nullement pour la nourriture des vaches, sous le rapport des qualités du lait(i).
Lorsque les vaches vont chercher cia ns les champs leur nourriture , qu elles savent mieux choisir,
(i) Voyez la note précédente.
oq de L’ALLAITEMENT
elles donnent un lait meilleur que lorsqu’elles sont nourries à l’étable. La pâture qu ou leur apporte à l'étable, dans les environs ou dans les faubourgs de Paris, est ce qu’elle doit etre pour donner un mauvais lait. Ce sont des herbes qu, l ne sont point mûres , telles que des trefles , des luzernes ou sainfoins, ou bien un mélangé de toutes sortes de plantes dont un grand nombre ne sont point pabulaires , comme les renoncules, les coquelicots , les géraines , les agrostemes , 1 alium vinal et les chélidoines , plantes vireuses, irritantes ou narcotiques.
Je me suis convaincu que pendant tout 1e printemps et l’été , saisons pendant lesquelles toutes ces plantes foisonnent aux environs de Paris , le lai L une propriété narcotique -, ce qui tient sans doute à ce que les vaches qu’on nourrit en grande partie â l’étable mangent toujours quelque peu t e coquelicots etde chélidoines, qui se trouvent en abondance dans les herbes qu’on leur apporte des champs. Pendant l’hiver il est facile de reconnaître que le lait a souvent un goût de chou , parce qu’alors les nourrisseurs font manger beaucoup de cette plante à leurs vaches. Ce goût devient surtout très-sensible quelques mstans apres avoir pris le lait , qui développe des gaz semblables a
ceux que donnent les choux.
D’après ces considérations on voit combien 1 allaitement artificiel avec le lait du commerce offre peu de chances favorables. 11 importe donc beau-
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coup, pourquoi soit plus fructueux, que les vaches qu’on emploie â cet usage soient saines, de bonne race, nourries au milieu des champs, en plaine campagne , dans des pâturages secs et de bonne nature.
Aussi-bien que le lai t de vache , celui de chèvre peut servir à la nourriture des nouveau-nés, Le lait de chèvre est plus abondan t en ma lière caséeuse, mais il renferme moins de beurre que celui de vache. Son arôme est très-prononce' pour certaines personnes, et il est facile à reconnaître, surtout quand l’animal se nourrit de plantes aromatiques. Quelquefois meme ce lait a une odeur particulière , moins forte cependant chez les chèvres blanches et sans cornes. C’est à la présence de cet arôme sui generis , et à la petite proportion de beurre que contient ce lait, qu’il con vj en t beaucoup aux enfans naturellement débiles.
Aucun animal n’est par sa nature aussi sain que la chèvre. Elle n’est point, comme la vache et la brebis, sujette à une foule de maladies. En outre, la chèvre est de toutes les contrées ; elle ne se nourrit que de plantes saines; naturellement propre et sobre , commode à nourrir et facile à apprivoiser. Toutes ces qualités devraient donc lui faire accorder la préférence pour l’allaitement artificiel des enfans. Je suis persuadé que dans beaucoup de cas la chèvre serait la meilleure nourrice étrangère à donner aux enfans , et que bien souvent il vaudrait mieux garder ces innocens, et les élever ainsi,
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que de les confier à des nourrices mercenaires. Non seulement cette manière de nourrir les nouveaunés serait plus fructueuse , mais aussi bien moins dispendieuse. Le coût et l’entretien de 1 animal ne sont presque rien, comparativement a cequ on alloue à une nourrice. En été on peut la nourrir avec toutes sortes de plantes potagères ou chambres , et dans toutes les saisons avec du foin , de F’avoine, du son et du pain. On sait combien les chèvres recherchent les matières salpetrees : en cela la nature a un but pour diriger leur instinct. Sans doute que c'est à la présence d’une certaine quantité de muriate de soude qui sature les pâturages qui avoisinent la mer qu’il faut attribuer es
bonnes qualités du laitage que fournissent quelques-uns de nos départemens littoraux : tels que ceux du Morbihan, duFimstere, de la \ endee , de la Charente-Inférieure. Ainsi on pourra augmenter ou entretenir la quantité du lait chez les chèvres en leur donnant tous les jours dans un peu de son ou d’avoine une demi-once de sel commun.
‘ H est une troisième espèce de lait qui non seulement peut au besoin remplacer les deux précédons , mais qui même dans quelques circonstances mériterait la préférence, c’est le lait de brebis. Des espèces ruminantes c’cst celui qui donne les plus grandes proportions de beurre, et la pins petite quantité de sucre et de sérum -, il est plus onctueux et en tout plus nourrissant que le lait de vache et dechèvre. En raison de ses propriétés nutritives, i
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ne conviendrait point d’àbord aux nouveau-nés,
dont l’estomac est trop délicat, mais il serait très-
salutaire aux enfans faibles et chétifs qui dès la naissance auraient eu une mauvaise nourriture. Je pense qu’on n’a point encore su mettre à profit le lait de brebis , sous le rapport des avantages qu’il peut offrir pour la nourriture des enfans. J’ai remarqué dans quelques cantons pauvres , ou les habitans ne possèdent d’autres animaux domestiques que quelques brebis , que les enfans qu’on nourrissait en grande partie avec leur lait étaient généralement bien portans et très-développés.
Sans doute que les animaux nous ont donné l’idée de l’allaitement artificiel. Cette manière de nourrir les enfans peut être mise en usage , soit en faisant téter l’animal par l’enfant , soit en donnant le lait à l’aide du biberon ou de la cuiller. Quoique la fable et l’histoire nous fournissent des exemples de dieux et d’hommes allaités immédiatement par des animaux, les essais de ce genre,, néanmoins, ne sauraient conduire constamment au but qu’on se propose. Faire téter les animaux par l’enfant n’est pas toujours praticable, à cause de la difficulté d’en trouver ou de s’en procurer d’assez dociles pour les dresser a cet usage , de même aussi qu’il 11’est pas toujours facile d’y accoutumer les enfans. La position gênante dans laquelle on doit les tenir, la nécessité de les présenter souvent au pis de ranimai, font de cette pratique un travail pénible. L’impossibilité ensuite d’avoir là l’animal
de l allaitement
a sa disposition , de s’en servir en temps et lieu , la nuit surtout , durant laquelle l’enfant a besoin de nourri ture aussi-bien que pendant le jour , sont autant d’inconvéniens qui rendent 1 allaitement immédiat ou la trahi tion presque impraticable.
L’allaitement artificiel , à l’aide de l’instrument ou du vase appelé biberon étant plus facile , je crois devoir le proposer comme le plus avantageux, et pouvant mieux s’accommoder à toutes les circonstances. Cette méthode, quoique la plus répandue, ne paraît point avoir fixé encore l’attention des économistes ni celle des médecins, dans ses moyens. L’on pourrait donc en espérer de plus grands avantages encore, en apportant quelques modifications dans la forme des biberons. Malgré mes recherches, je n’ai point trouvé de ces instrumens dont la forme ne soit défectueuse et qui n’en rende l’usage difficile ; aussi beaucoup de personnes y suppléent par une fiole ou petite bouteille , qu’on remplit de lait, et à laquelle on adapte au gouleau une petite éponge que l’enfant suce. A défaut d’une seconde ouverture l’air ne peut pénétrer dans le vase au fur et à mesure que le liquide s’en échappe , ce qui fait que l’enfant s’épuise en efforts pour attirer le lait, qui d’abord vient en très-petite quantité, mais bientôt , par une raison toute physique , il ne coule plus du tout.
J’ai vu de malheureux eilfans , confiés a des personnes ignorantes et allaités de cette manière, ne
prendre que quelques onces de liquide dans tout
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une journée. Ce vice mécanique n’est point la seule chose qui soit préjudiciable au nourrisson. La coutume de garnir l'embouchure des biberons avec une éponge a en outre cet inconvénient , que l’enfant aspire beaucoup d’air ; ce gaz , introduit dans l’estomac , se dilate et occasionne des flatuosités, quelquefois suivies de vomissemens. D’après toutes ces raisons, j’ai été engagé à proposer quelques changemens dans ïa composition et dans la forme des biberons. Le verre ou la porcelaine sont préférables pour la composition aux substances métalliques ou vernissées. La disposition de ceux que j’ai fait fabriquer en fera apprécier l’avantage sur tous les autres (i). L’ouverture principale est assez grande pour permettre de remplir et nettoyer facilement le vase, et au moyen de cette ouverture l’air pénètre au fur et à mesure que le biberon se vide par la succion. La seconde ouverture, dont le bec est traversé , fournit assez à la succion de l’enfant. Ce bec est garni d’une tétine, afin que les lèvres puissent mieux le saisir et se mouler dessus.
Pour l’allaitement artificiel, beaucoup de personnes préfèrent aux biberons la cuiller ou quelque vase creux. Pour le dire en passant, cesdifférens ustensiles ne sont point sans iiiconvéniens. Au moyen de la cuiller, l’enfant est forcé d’avaler tout
(i) Ces biberons se trouvent chez le marchand de porcelaines, rue du Faubourg-Montmartre, n. 43,
ifun trait le lait qu’on lui entonne , et l’air est poussé et ingéré dans l’estomac avec le liquide : aussi , après plusieurs cuillerées , le gaz fait irruption, et l’enfant reste tourmenté pardes éructations
et des hoquets.
L’allaitement à l’aide des vases creux, par bibiûon, n’est pas plus avantageux. La mauvaise habitude de tenir le vase sur les levres de 1 enfant tant qu’il n’est pas vidé, l’oblige à avaler plus de liquide qu’il ne le faut dans un temps donné , et il prend dans quelques secondes seulement tout le lait d’un repas, lorsqu’il lui faudrait plusieurs minutes, comme on le-voit quand on lui donne la mamelle.
Ces accidens qui résultent de la bibition , ne sont point les seuls à considérer ici. Plusieurs phénomènes nécessaires au complément de la digestion ne s’effectuent point comme ils ont lieu dans l’allaitement par succion. Dans la succion, le mouvement des lèvres, la contraction des joues, la présence d’un corps étranger sur la langue, sont autant de causes qui excitent les glandes salivaires. Le lait se trouvant dès-lors mêlé à une certaine quantité de salive , est plus digestible , tandis qu’il est souvent repoussé par l’estomac s’il n’en est pas suffisantment saturé»
Dès la naissance, et pendant les premiers mois, est-il besoin à l’enfant d’autre aliment que le lait quand celui-ci est assez abondant pour fournir une nourriture suffisante ? La coutume de donner aux nouveau -nés dos bouillies et des panades ne
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s’accorde point avec les lois de la nature. Nous ne voyons point les petits des quadrupèdes goûter à la pâture de leurs païens tant que la dentition n’est point commencée, et jusqu’alors ils n’ont uniquement besoin que de la mamelle de leur mère. La dentition devrait donc servir de règle pour commencer à donner à l’enfant d’autres alimens que celui que la nature lui a préparé. Ce n’est que dans le cas ou celui-ci manque absolument ou en partie qu’on peut avoir recours â une nourriture artificielle; mais cetle circonstance est fort rare , tandis que l’usage d’une nourriture accessoire est généralement répandue ; l’habitude en a fait une loi, et chez quelques nations ou dans certaines localités le premier aliment qu’on donne aux nouveau-nés est la bouillie , et le lait maternel ne devient plus qu’une nourriture secondaire. Cette coutume de nourrir les enfans avec les bouillies et les panades aurait les plus funestes résultats , si elle était généralement suivie ; mais nous voyons que dans les contrées où elle est le plus particulièrement adoptée , les enfans sont doués dès la naissance d’une constitution telle qu elle leur permet de mieux résister â l’influence d’une nourriture mal appropriée.
Les bêtes, qui ne s’écartent jamais des lois de la nature, sontexemptes d’une foule de maux auxquels l’espèce humaine est sujette, et que prépare si souvent une éducation vicieuse. Il est vraisemblable
qu’une diète mal entendue au premier âge peut
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disposer au rachitisme et préparer le vice scrophuleux. Dans l’antiquité , on avait déjà remarqué que l’enfant n’était point tourmenté de vers tant qu’il vivait uniquement du lait de sa mere } au lieu que ces animaux se multiplient d’ordinaire chez l’enfant qu’on farcit de bouillie. L’époque de la dentition indique seule le besoin d’alimens plus solides et plus substantiels : ce ne serait donc qu’à l’apparition des premières dents qu’il faudrait donner à l’enfant quelque nourriture autre que le lait, en en augmentant progressivement la quantité jusqu’au sevrage.
Quand l’enfant ne trouve point dans le lait maternel une nourriture suffisante , on doit y suppléer par quelques autres alimens tirés du règne végétal. Les crèmes de pain bien cuit, éclaircies avec le lait , et légèrement sucrées , sont meilleures et d’une digestion plus facile que les bouillies. Pour celles-ci , les farines de millet et de froment desséchées au four sont préférables aux farines crues. Les farines de pommes de terre , de seigle , étant simplement féculentes, conviennent mieux que celle de froment, qui , par la présence du gluten, est peu digestible à l’état naturel.
Dans quelque circonstance que se trouve l’enfant , plus il s’éloigne de la naissance , mieux son estomac s’accommode des différentes nourritures quàm lui donne *, aussi pendant les premiers mois on doit être très-circonspect sur leur quantité , quand la nourrice a suffisamment de lait pour
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fournir aux besoins du nourrisson. Il est fort important d’observer ici que les alimens autres que le lait sont bien plus profitables à l’enfant dans la première que dans la seconde période diurne. Les indigestions, les coliques, les convulsions sont plus ordinaires le soir que le matin, par cela même que l'estomac est plus irritable et semble pai Lci per à l’exacerbation generale qui commence avec le déclin du jour (i). Dansla seconde période diurne,
(i) Le modus sentiencli de l’estomac, selon les differentes périodes du jour, n’est point particulier au jeune âge. A toutes les époques de la vie , chez tous les 'individus , la digestion est beaucoup plus facile le matin que le soii. L activité de l’estomac n’est point relative ici au temps de l’abstinence; elle tient à une disposition physiologique qui coïncide avec la période diurne. Cette disposition physiologique de l’estomac ne se borne point, quant a son influence, à la digestion seule , mais elle s’exerce d’une manière remarquable sur tous les autres actes delà vie. Sil on a egaid à tous les phénomènes qui se représentent chez 1 homme en état de santé , dans les différens momens du jour , on trouvera qu’il existe la plus étroite sympathie entre l’estomac et les autres organes. Tel individu n est pas le matin à jeun ce qu’il sera le soir. En général, le matin on est plus à l’aise de corps et d’esprit; pour les opérations manuelles il y a plus de dextérité ; les sens sont plus délicats, les facultés intellectuelles plus en harmonie les unes avec h s autres, le jugement plus sain; les idées se coordonnent mieux ; on rectifie souvent le matin les en cuis de la veille, et c’est alors qu’on peut juger l’homme dans ce qu’il a de plus absolu. Ce n’est point ordinairement à jeun que les passions les plus fougueuses éclatent, ni que les goûts les
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on doit donc, sinon refuser à l’enfant quelque aliment solide, en être plus avare.
Quelques faits isolés , qui tout au plus ne devraient servir de règle de conduite que dans certaines circonstances , ont suggéré à plusieurs auteurs l’idée de proposer la nourriture artificielle comme étant préférable à toute espèce d allaitement, Cette opinion est trop opposée aux lois de la nature pour ne point la considérer comme une erreur démontrée. Si quelques exemples d enfans nourris autrement qu’avec le lait peuvent justifier cette opinion , ce n’est point une raison suffisante pour préférer cette méthode *, car ici l’espèce humaine ne saurait faire exception, ni déroger impunément aux lois naturelles. La nourriture artificielle ne peut être considérée que comme un
plus dépravés se montrent. Après avoir mangé ou bu, les lâches deviennent souvent braves, l’homme paisible turbulent, et le débonnaire méchant. Il ne faut point confondre l’excitation organique qui opère ces changemens , avec le travail de la digestion qui est cause souvent d’actes contraires, à moins que quelque stimulant n’en neutralise les effets en imprimant à tous les organes un surcroît d’énergie. Quand l’estomac travaille au physique comme au moral, l’homme tombe dans une sorte d’indolence et de paresse (Sénèque, de ira, 1. III, c. 20). C’est, comme on le dit communément, entre la poire et le fromage, qu’on ébranle les plus fermes résolutions ; aussi les gourmands et les ivrognes sont-ils les plus grandes dupes : veluti pecora , (juœ nalura prôna aUjue vent ri obedienlia Juixil .
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moyen supplémentaire , une dernière ressource pour conserver la vie du jeune être : non point cependant qu’il ne fût préférable souvent de nourrir ainsi les enfans plutôt que de les confier à des mains étrangères. A Paris surtout, beaucoup de parens sont obligés de retirer leurs enfans de nourrice après quelques mois seulement, et de les élever à la cuiller. Je vois beaucoup de ces petits malheureux revenir maigres , chétifs , dans un état d’atrophie et d’émaciation générale, plus près des portes de la mort que de celles de la vie ; se remettre ensuite par l’usage d’une bonne nourriture , secondée des soins d’une tendre mère.
Tel est le régime qui convient le mieux aux enfans qui ont souffert et que les circonstances privent de l’allaitement. Tant que la dentition n’est point commencée , une diète végétale est alors préférable à une nourriture substantielle tirée du règne animal. Les panades et les crèmes de pain bien cuit et suffisamment fermenté , étant d’une digestion facile , doivent être préférées a toutes les bouillies de farines ou des différentes pâtes préparées. Ces panades ou crèmes de pain se composent en faisant bouillir à petit feu, dans de l’eau, du pain de froment, jusqu’à ce que le tout soit bien lié; on ajoute un peu de sel, du beurre frais, assez de lait ou un jaune d’œuf dissous dans de l’eau pour étendre la panade jusqu’à consistance de bouillie claire, et Fon passe le tout à travers un linge ou un tamis,
Après les panades ou les crèmes de pain , on peut fairepisage de quelques pâtes préparées : la semoule de bonne qualité est préférable à toutes les autres préparations de ce genre : cuite dans du lait coupe ou simplement de l’eau , on en compose une bouillie qui est plus saine et plus convenable a l’estomac délicat des enfans que celles préparées avec les farines. Le riz ne convient pas pour l’ordinaire des enfouis; mais on peut l’employer avec beaucoup davantage quand ils sont atteints de diair liées (i), de lienteries habituelles ou accidentelles, si fréquentes dans les temps froids et humides: et même les crèmes de riz préparées avec le bouillon gras, peuvent être d’une grande ressource dans
ces circoos tances
Comme dans les premiers temps de la vie la mastication est nulle , il est nécessaire que les crèmes , les panades et les bouillies aient peu de consistance, et soient plutôt liquides que solides; données en petite quantité avec la cuiller, en met-
(i) Il ne faut point, comme le veulent les nouveaux doctrinaires, considérer ces diarrhées comme le résultat d’une irritation franche, d’une véritable inflammation de la muqueuse intestinale ; cette superexhalation ou sécrétion dépend d’un mode d’altération tout particulier. Il n’y a pas plus sthénie qu’asthénie. Toujours cet état maladif coïncide avec la sécheresse de la peau et le défaut de transpiration ; aussi la chaleur elles excitans portés sur cet organe sont souvent les moyens les pluspuissans pour le faire cesser.
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tant assez d intervalle pour que la déglutition ait le temps de s’effectuer. Presque toutes les nourrices des campagnes sont dans l liabitude de passer dans leur bouche les alimens qu’elles donnent à l’enfant. Cette coutume n’a pour elles d’autre but que de s’assurer si l’aliment est à une température convenable et de le triturer. Si cette précaution est inutile et même dégoûtante pour le commun des hommes , elle n est point considérée comme telle par le physiologiste. C’est une première élaboration que subissent les alimens , qui saturés d’une certaine quantité de salive sont dès -lors d’une digestion plus facile. Il ne faut donc pas condamner entièrement cette pratique sous le seul rapport du dégoût qu elle inspire , puisque ce dégoût est nul chez l’enfant. Beaucoup d’oiseaux font subir à la pâture qu ils donnent à leurs petits une sorte d’insalivation première , en la retenant plus ou moins de temps dans leur jabot , pour la regorger ensuite dans le bec de leurs petits.
Chez les enfans qu’on nourrit de la sorte , la soif est un besoin qui se renouvelle plus souvent que chez ceux qui son t nourris à la mamelle ; aussi faut-il avoir attention de leur présenter souvent à boire. L’eau légèrement sucrée ou miellée , ou une décoction d’orge édulcorée avec un sirop simple et lactée, sont les boissons qu’on doit préférer dans le plus grand nombre des cas. Presque tous les enfans aiment le vin, ou bien ils s’y accoutument facilement. Il ne faut donc point, à l’exemple
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de quelques auteurs (i) , le considérer comme une boisson pernicieuse. Le vin au contraire est trèssalutaire aux enfans faibles et malingres (a). Ainsi donc, à tous ceux dont le lait ne sera point la principale nourriture, on peut sans inconvénient leui donner de l’eau vineuse légèrement suer e : cette boisson est même nécessaire dans les cas de diarrhées séreuses opiniâtres. Dans les contrées oii le vin est commun et de bonne qualité, les nounices sont assez dans l’habitude de donner le matin a l’enfant une panade au vin. Bien rarement j’ai eu lieu de voir les enfans nourris de la sorte présenter des dispositions au rachitisme , et nulle pai t ils ne sont plus robustes et mieux constitués que dans les pays vignobles , ou dès l’âge le plus tendre on les accoutume à boire du vin.
Pendant le cours de cette époque oii l’enfant ne peut encore exprimer ses besoins ni par la parole ni par les gestes , il n’est point possible de préciser absolument la quantité d’alimens dont il a besoin. L’appétit se renouvelle d’autant plus souvent que les ali mens sont moins substantiels. Dans les hospices consacrés aux enfans trouves, tous les individus se trouvant â peu près dans les mêmes circonstances , on peut déterminer la quantité de nourriture qu’il faut pour un jour â un enfant ; mais ce régime d’ordre suivi dans un établisse-
(t) Camper, OE uvtcs, t. III, p. 207*
(3) Hippocrate, de Vict.fœsi, sec. IV, p. 33q, 10.
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ment 11e peut trouver son application dans l’économie domestique ni dans la vie privée. Dans un hospice 5 les alimens sont les mêmes pour tous , tandis que dans chaque famille on adopte un régime différent. Ce point d’hygiène desenfans, qui a pour objet la quantité de nourriture ? doit donc être abandonné à l’intelligence des nourrices ou des bonnes chargées de ce soin. Toujours est-il que les en fans qui habitent les sites élevés et aérés consomment beaucoup plus que ceux qui croupissent dans des lieux bas et humides , de même que les enfans des campagnes comparativement à ceux des grandes villes.
DU SEVRAGE