ARTICLE VII
De la Nourriture qui convient aux Enfcais apres le
sevrage.
Si l’enfant qu’on ôte de la mamelle était abandonne à lui-même , s’il avait à sa disposition un grand nombre de substances alimentaires, il goûterait d'abord aux unes et aux autres , et reviendrait à celles qui auraient davantage flatté son appétit • mais nul doute qu’il ne préférât les substances végétales. L homme, par sa nature, serait donc plutôt phytophage que carnivore : s’il devient omnivore^ ce n’est que dans l’état de civilisation, ou l’exemple décide de ses goûts, où la domination et la nécessite forment ses habitudes. Même par sa conformation physique, l’homme ne paraît point appelé à dévorer les êtres dont il ne diffère en rien par le matériel. Si cet appétit était inné chez l’homme, pourquoi l’espèce des singes , avec laquelle il a tant de ressemblance, n’est-elle point carnivore dans l’état de nature, et le devient-elle dans l’état de domesticité ?
Sans sortir du domaine de l’espèce humaine , nous voyons que, plus l’homme s’éloigne de la civilisation , moins il est carnivore. Les Asiatiques mangent moins de viande que les Européens. A
t 5 o DE LA NOURRITURE
Londres et à Paris, on dévore en une journée plus de boeufs que n’en consomme dans un mois toute une province d’Italie. La raison de cette différence est plus dans celle des appétits que dans l’inegalite
de luxe.
L’histoire et la raison apprennent que le premier régime de l’homme fut celui de Pythagore. Plutarque et J. -J. Rousseau ont prétendu que l’homme avait violé la nature en se nourrissant de la chair des animaux. Ces philosophes ont considéré l'utilité d’une nourriture végétale d’après son influence sur les habitudes et le caractère des individus, mais aucunement sous le rapport des besoins qu’impose la condition sociale.
On ne peut nier que le régime diététique n’influe beaucoup sur les mœurs et le sort des nations , et que les révolutions des empires ne soient aussi souvent la conséquence de l’éducation première des individus que le résultat des circonstances éventuelles. Homère, en peignant les Cyclopes d’une laideur effroyable, les fait mangeurs de chair, tandis qu’il fait desLotophages un peuple si aimable et si doux , qu’ aussitôt qu’on avait essaye de leur commerce on ne voulait plus vivre qu’avec eux. Les grands scélérats s’endurcissent au meurtre en voyant du sang. Les nations carnivores sont féroces et cruelles -, chez elles se commettent les grands crimes qui outragent et révoltent la nature.
L’habitude d’une nourriture végétale et tempérante , i usage des alimens simples et sans appièls