‹ Éducation sanitaire des enfansChapitre 17 sur 43 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

Du Maillot et des autres Vête métis,

si-

L'origine du maillot se perd dans la nuit des temps. Tout porte à croire que les anciens avaient, comme nous , coutume d’empaqueter les nouveaunés. 11 serait difficile de savoir dans quel but cette mode fut adoptée dès le principe : avait-elle pour objet , en tenant les membres dans une extension permanente et le corps ainsi comprimé, de prévenir les déformations, et de favoriser la croissance;

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tout à l’avantage de la stature? Il paraîtrait cependant qu’au temps de Lycurgue le maillot n’était point la manière de vêtir les nouveau-nés, pas plus encore que chez les Orientaux et les peuples du midi. Si cet usage s’est perpétué parmi les vénérations successives, comme il est general en

France et en Allemagne , on doit en inférer que les Gaulois et les Germains liaient leurs enfans comme nous le faisons encore. Dans cette hypothèse , on voit que l’emmailiottement était presque indispensable chez ces nations barbares , afin de protéger les enfans contre une rigoureuse froidure, pour ainsi dire permanente dans ces régions couvertes alors d’immenses forets. Les mœurs de ces peuples justifiaient encore l’adoption de cette mode } car ne vivant que par la chasse et la guerre , et par cela même exposés à de fréquens deplacemens, il leur était beaucoup plus facile de transporter ainsi leurs enfans.

Ce que la température et les mœurs ne rendent point nécessaire , s’est cependant conserve chez les nations policées , qui jouissent de toutes les commodités de la vie. Quoi! les modes dans les vêtemens changent dix fois dans un siecie , sans être jamais ni meilleures, ni plus élégantes, ni plus avantageuses, pourquoi celle des nouveau-nés est-elle toujours restée la même? Pauvres enfans! s’ils pouvaient exprimer par la parole la gêne qu’ils éprouvent , combien ils nous traiteraient de barbares et de cruels!

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Personne n’ignore que l’appareil du maillot se compose de plusieurs langes , dans lesquels on etend et serre fortement l’enfant depuis les épaules jusqu aux pieds. Dans quelques provinces, l’usage se conserve encore de mettre les bras sous ces enveloppes, et de maintenir le tout au moyen de tours de bande. Lié de cette manière, l’enfant est une \eritable momie vivante. Ainsi, malheureux dès sa naissance, il est entouré , comprimé et étouffé dans des liens , au lieu de laisser développer en li« !>erte ses faibles et débiles membres.

La position naturelle du nouveau-né n’est point d’ètre ainsi étendu; bien loin de là, si on l’abandonne à lui-même , tous ses membres se fléchissent sur le tronc , il faut même faire quelques efforts pour les étendre et les maintenir ainsi. Chez l’homme , pendant le sommeil, tous les membres et même le tronc sont dans un état de demi-flexion qui est la position la moins gênante ; tandis que leur rectitude parfaite, qui met presque tous les muscles dans une contraction permanente, devient bientôt pénible et un véritable supplice quand elle est prolongée, et qu’elle n’est point l’effet d’un acte naturel ou volontaire.

Non seulement le maillot est gênant , mais il nous torture et nous déforme. Irrité par la douleur,

1 enfant se débat avec violence et inutilement. Qu’on juge combien les cris prolongés, la contrat;lion continuelle des muscles et leur tension excessive doivent provoquer d’accidens. Ignore-t-on que

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la plupart des hernies réputées congémales, reconnaissent pour cause le maillot? Tout contribue , dans cet appareil, à rétrécir la capacité abdominale : la compression circulaire du ventre , l’extension des membres inférieurs du tronc , la position horizontale dans laquelle on met l’enfant. Dealers il est facile de concevoir que les organes abdominaux étant refoulés d’une part vers le bassin, tendent à faire hernie -, et de l’autre vers la poitrine, empêchent le diaphragme de s’abaisser : et conséquemment les poumons ne pouvant se distendre librement, la respiration est genee, etia

circulation embarrassée.

On ne doit donc point se lasser de répéter avec les philosophes modernes que cette compression des enfans dans les langes est toujours inutile et souvent funeste. Quoique les médecins se soient prononcés très- fortement contre l’usage du maillot, après en avoir signalé tous les dangers, ils n’ont pu cependant triompher de cette coupable routine. Mais en toute chose, que peuvent de simples avis sur la multitude ignorante? Pour operer une réforme salutaire et générale, on ne peut rien espérer que de l’intervention des gouvernemens , sans laquelle toutes les coutumes vicieuses des peuples se perpétuent indéfiniment.

Comme en rien il n’est guère possible d’opérer un changement subit, on peut du moins apporter dans la manière d’appliquer le maillot quelques modifications qui , sans lui ôter tout ce qu’il a de

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défectueux , peuvent le rendre moins gênant et moins pernicieux en même temps. Voilà comment cet appareil doit être applique'. On passe à l'enfant une petite camisolle ou brassière à manches longues et larges, garnie en dedans d’une chemise ; l’une et l’autre pièce sont fendues par derrière , s’attachent avec des rubans de fil ou des épingles fixées avec précaution. Ce vêtement sert à maintenir les autres pièces qui composent le maillot. On passe ensuite sous les reins de l’enfant ce qu’on appelle couche, morceau de linge carré et sans ourlet; on ramène sur la poitrine , en devant, les deux angles supérieurs et on les fixe à la brassière ; on prend ensuite les deux angles inférieurs , qu’on passe entre les cuisses, en les ramenant sur la poitrine pour les fixer derrière à la brassière , de manière que cette première pièce forme une espèce de culotte sans cuisses , qui puisse retenir les excrémens. Garni de cette manière, l’enfant se salit moins, et ses cuisses ainsi séparées ne s’échauffent ni ne s'excorient. Une seconde couche ou lange est fixée d'abord de la même manière que la précédente ; on la passe ensuite sous la plante des pieds, et l’on ramené le bout inférieur sur la poitrine , formant ainsi une sorte de sac ou sont logés les membres inférieurs et la partie correspondante du tronc. Enfin, une ou plusieurs couvertures, arrangées de la même manière, complètent ce maillot; ayant toujours la précaution de ne point serrer la poitrine ni le ventre de l’enfant, et de laisser beau-

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coup d’ampleur vers les pieds. Dans cet appareil simple et facile à appliquer, l’enfant peut respirer, et mouvoir librement ses jambes. Ce maillot est , je le pense , beaucoup plus avantageux que celui qu’on applique ordinairement, puisque les principales indications à remplir n’y sont point ne-

Par économie, ou pour plus de commodité, les parens ou les nourrices laissent pendant six mois ou plus les enfans au maillot. Nous observerons que ce n’est que pendant les saisons froides qu'on peut prolonger l’usage de cet appareil, mais que hors delà il est toujours gênant, tout-a-faitinutile etmême nuisible.

L’enfant au maillot demande a être change et nettoyé souvent. Malheureusement les nourrices étrangères ne sont pas toujours assez zeiees a donner ces soins en temps et lieu, et la plupart se bornent à prendre cette peine deux ou trois lois le jour-, tandis qu’il serait nécessaire d’y pourvoir toutes les fois qu’on donne le sein , afin de ne point laisser croupir l’enfant dans une malpropreté qui lui est insupportable. Ce soin doit toujours être donné non point après le repas de l’enfant , comme le font toutes les nourrices, mais avant, afin que le refroidissement et les secousses qu’il ne peut éviter ne troublent point la digestion. Les langes doivent toujours être bien secs , et sinon lessives, au moins bien lavés; et ne s’en servir qu apres les avoir laissés long-temps à l’air pour qu’ils perdent

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toute mauvaise odeur, qu’ils conservent ma] gré une immersion prolongée.

Les vêtemeos quon substitue au maillot valient dans leurs formes selon les pays et les localités , sans être cependant toujours conformes au but delà nature. C’est alors que la coutume cède au caprice , et que 1 enfant est vêtu selon nos goûts. Tantôt c’est une robe à corsage étroit, qui ferme par derrière à l’aide de coulisses ou d’un lacet ; tantôt c’est une espèce de jaquette qui fronce autour du cou. Quoique ce dernier vêtement soit, sous tous les rapports , plus avantageux que les robes à corsage, celles-ci seront néanmoins toujours préférées parce quelles sont plus élégantes , et quelles donnent aux enfans un air plus dégagé.

Mais est- il bien raisonnable de n’avoir point égard aux considérations les plus importantes , pour ne s’attacher qu’à des formes de goût. Il faut aux enfans un vêtement large et facile, et ne point les comprimer ni les sangler comme on Je voit encore dans quelques provinces, où , jusqu’à l’âge de six a sept ans , on les tient dans des robes à corsets étroits et souvent garnis de baleines.

Quel] e que soit la forme des robes^ il importe beaucoup qu elles soient faites de manière à garantir du froid le haut de la poitrine et les bras. Sans cette précaution l’on exposerait les enfans à des rhumes et

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à des toux frequentes, qui pourraient devenir convulsives et dégénérer en véritables coqueluches.

La différence de sexe ne nécessite point pendan les trois premières années une différence dans la forme des vètemens. Vers cette époque on habille les petits garçons d’une manière plus conforme aux penchans qui déjà commencent a les distingue! des petites filles. La culotte ou le pantalon et la veste à manches viennent remplacer la robe ou la jaquette. Au bon vieux temps ces changerons s’effectuaient à un âge plus avancé -, et meme cette méthode se conserve encore dans quelques campagnes , chez certaines familles qui de temps immémorial , de père en fils , n’ont jamais franchi les limites de leur manoir. Aussi il n’est point rare de voir dans nos provinces de grands drôles de sept à huit ans porter encore la jaquette , ce qui est plus ridicule que défectueux, four ce changement, fl importe encore moins d’avoir égard a i âge des individus qu’à leur développement. Du reste, les circonstances et le goût des païens en décident le

Selon les historiens , les Egyptiens et les Grecs

ne connaissaient point la culotte. LesRoma, ns n ont

adopté ce vêtement qu’à l’imitation des Germains et des Gaulois. Au rapport de Tacite, api es une expédition contre ces nations barbares Alienus Cœcina, général romain, osa entrer a borne en culotte , braccas geslare non erubmt Romain mgressus. Malgré l’autorité du sénat qui proscrivit

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ce vêtement, les Romains finirent par l’adopter. La forme des culottes a sans doute varié souvent , ainsi que l’indiquent les mots brayes , haut-dechausses, culotte , mot mal sonnant, dit Ménage, pantalon , etc. Dans quelques départemens de la France, on trouve encore des brayes et des hautde-chausses. Les pantalons mon tans et à bretelles sont généralement adoptés dans toute l’Europe maintenant.

Il s’est trouvé quelques auteurs modernes (i) qui ont déclamé contre l’usage des culottes , en soutenant qu’elles empêchaient le développement des parties génitales ; et qu’en outre, par la compression qu elles exerçaient sur toute la circonférence de 1 abdomen, elles étaient une souire de hernies. Ces assertions ne portent nullement le caractèi^e de l’évidence (2). Si ce vêtement enfin a quelque inconvénient par sa forme actuelle, ce n’est point pour l’enfance. Les autres vêtemens du tionc, connus sous les noms de gilet, de veste, habit, etc., n ont, quant à la forme, aucune influence marquée sur la manière d’être des individus; on doit seulement avoir l’attention de leur donner assez d’ampleur pour qu’ils ne gênent point les mouvemens.

Toutes les parties du corps chez l’homme n'ont

(1) Faust (Bernard-Christophe), Weissenborn.

(2) Clairian , Consid. méd. sut les V élemens des Hommes , in-&\ Paris, an XL

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point besoin d’être egalement couvertes. La tête et les membres sont bien moins sensibles au froid que le tronc : ce qui tient moins encore à Uiabi- Lude d’avoir ces parties peu vêtues, qu’à leur mode d’organisation. D’ailleurs, ne voyons-nous pas que les quadrupèdes les plus fourres et Ses oiseaux ont la tete, les jambes et les pieds piesque dépourvus de poils et de plumes. Cependant il n'est pas dit pour cela qu’il vaille mieux pour l’homme d aller tête et pieds nus, mais on doit en inférer que les differentes coiffures et chaussui es furent plutôt dans le principe des ornemens que des objets de stricte nécessité.

Naissant avec fort pende cheveux, l’enfanta besoin d’avoir la tete couverte, moins cependant pour retenir la chaleur que pour garantir cette partie du contact de l’air. Il ne faut point imiter ceux qui veulent que les en fans aient ta tete t, rescouverte, et qui font de cetle paitie un centie de chaleur, en l’enveloppant de plusieurs bonnets et de capuchons. Les dangers d une semblable méthode sont trop nombreux pour qu’il me soit permis de les signaler ici. J’observerai seulement que ces coiffures épaisses attirent une transpiration abondante qui , ne pouvant s’échapper , se concrète , et à la longue donne lieu à ces croûtes qu’on appelle croûtes de lait / de la souvent des éruptions du cuir chevelu difficiles a guérir. Quand l’enfanta de longs cheveux, il faut encore moins le surcharger de coiffure , et surtout éviter de lui don -

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