‹ Éducation sanitaire des enfansChapitre 31 sur 43 · ARTICLE Y · texte numérisé non relu

ARTICLE Y

Gymnastique (Somascétique).

Il ne sera point question ici de cette gymnastique scholastique de l’antiquité, qui forma tant de héros , ni de cette somascétique tant vantée de nos jours encore par quelques savans ou médecins qui ont tenté de la faire admettre au nombre des études normales; mais je n’entends parler que des exercices du corps praticables dans tous les lieux de la terre, pouvant être associés à tous les genres d éducation , et auxquels on peut accoutumer les enfans sans sortir du domaine de la vie domestique.

Tout en rendant justice et en applaudissant au zèle de quelques philanthropes éclairés, on ne peut cependant point les féliciter sur les résultats de leurs institutions gymnastiques. A Trêves, Wurtemberg , Cologne, et dans beaucoup d’autres cités d outre-Rhin , il existe des gymnases ; néanmoins on n a point encore observé que ces écoles fournissent plus d’hommes forts et robustes que les autres villes de la Germanie. Si les Suisses ont quelques avantages corporels sur la plupart des peuples de 1 Europe, il ne faut point en chercher la cause dans les institutions gymnastiques de Bâle , de Zurich, de Fribourg et de Genève, ni dans les in^é-

nieux systèmes des savans Gutsmuths , Pestalozzi et Clias. D’après ces mêmes systèmes, on avait conçu le projet d’êtablissemens gymnastiques à Paris \ mais maigre les genereux efforts de quelques administrateurs éclaires et ceux du savant M. Amoros , ils n’ont point etc conduits à une entière exécution , et ce qui reste de ces entreprises ne mérite point encore le nom de gymnase.

L’idée, selon Fauteur de l’article somascétique du Dictionnaire des Sciences médicales, d’établir un ascétérion dans le vaste enclos Saint-Lazare, àParis , n’était qu’une brillante chimère. En admettant même que 1 on eut pu creer dans cet emplacement tout ce qu’il faut pour un établissement de ce genre, je doute qu ensuite on eut pu faire adopter par le public le mode d instruction et d exeicice qui devait en être l’objet. Daiileurs , si l’on veut bien réfléchir à l’état actuel des mœurs et des sciences, il sera facile de reconnaître qu il est presque impossible de ramener la gymnastique à des institutions spéciales , et de créer dans le but de l’utilité publique des ascétérions ; surtout chez les Grandes nations, ou les innovations sont toujours difficiles à introduire, aussi-bien que les réformes à opérer.

Tout bien considéré, les nombreux volumes qu’on a écrits sur la gymnastique n’ont fait que grossir le liogago de lu litteratuie medicale^ sans l’enrichir. De même que les projets ingénieux qu’on a proposés pour faire revivre ce mode d’éducation.

quoique ayant été favorablement accueillis, sont pour la plupart sans véritable objet, puisque leur exécution est impossible ; et quand bien même on triompherait de toutes les difficultés qu’ils présentent , il est fort sage de croire que leur application n’aurait point tous les résultats qu’on s'en proposerait. Comme ce ne sont point des athlètes qu’on veut former , mais simplement des hommes doués d’une mâle vigueur , on peut y parvenir sans gymnase et sans ascétérions; mais en introduisant dans toutes les institutions publiques ou privées quelques pratiques conformes aux goûts naturels des enfans, faciles dans leur exécution et fécondes en résultats.

Il était facile aux législateurs de la Grèce de soumettre toute la jeunesse de l’Attique au même mode d’éducation, quand Sparte et Athènes réunies Sauraient pas formé un seul des faubourgs de Paris. Le courage héroïque de ces nations fameuses ne fut jamais l’effet d’une éducation fondée sur des règles et des préceptes habilement calculés, mais celui des mœurs privées, auxquelles les plus belles institutions ne sauraient suppléer. Sans doute que les trois cents Spartiates qui ont rendu si célèbre le nom des Thermopyles, n’avaient point puisé dans les gymnases leur intrépidité ni leur valeur. Au temps de Fabricius, ce n’était point non plus dans les écoles que la jeunesse romaine acquérait tant de force et de cou rage , mais bien au sein des occupations dômes-

tiques, parles exercices manuels et corporels, et le travail des champs aux rayons d’un soleil brûlant. C’est sous l’empire des vertus privées et pendant ces siècles agricoles que Rome devint la maîtresse du monde (i). Quel exemple pour les nations policées , que les peuples barbares de la Germanie et delà Gaule, qui, même avant d’offrir encore quelques rudimens d’une civilisation commençante, avaient combattu et soumis ces fières ailles romaines î Accoutumés dès l’âge le plus tendre à coucher par terre et à aller nus, sans contrainte , par les jeux innocens de l’enfance et leurs actions imitatives , ils avaient bientôt acquis la force corporelle qui leur était nécessaire pour soutenir les fati gués d’une guerre continuelle.

Mais sans aller si loin de nous chercher des exemples de l’influence salutaire des exercices du corps et de cette éducation champêtre et rurale, rappelons-nous la jeunesse d’Henri IV: ce prince, dont la mémoire sera toujours chère aux hommes de bien, fut élevé, comme on le sait, dans un chateau du Béarn, au sein des montagnes, vêtu comme les enfans du pays , allant souvent tête et et pieds nus , courant à travers les rochers , et nourri d’alimens simples et grossiers. Cette éducation fut le fondement d’une forte constitution et de son infatigable activité, qui lui permirent de

(i) Varon, de Rusl., 1. U, Pœm.

supporter les fatigues de la guerre, et de mépriser la mollesse et le repos. Charles XII 11e reçut point l’éducation qu’on donne ordinairement aux princes ; aussi eut- il en partage un tempérament solide : soldat intrépide, la fatigue et la faim n’eurent jamais de prise sur sa santé.

L’expérience prouve chaque jour jusqu’à quel point s’étend la puissance de la gymnastique naturelle : ne se composant que de choses faciles et agréables, elle a mille avantages sur la gymnastique spéculative. Cependant cette partie de l’éducation, qui a pour objet le perfectionnement des facultés corporelles et en même temps la conservation de la santé, a été presque entièrement sacrifiée à la perfection morale } caron ne peut point ranger dans le domaine de la gymnastique quelques arts d'agrément, enseignés dans La vie privée ou dans les institutions publiques.

C’est là une conséquence inévitable des agglomérations populeuses , et un résultat des systèmes de

centralisation suivis chez toutes les nations policées. En effet, que bon réfléchisse à la manière dont la jeunesse des grandes villes est élevée, et l’on restera convaincu que toute l’instruction qu elle reçoit n’a pour objet que les sciences et les arts spéculatifs. Les enfans des classes ouvrières les moins aisés sont presque toujours retenus dans l’inaction, et ne prennent d’autre exercice que celui des amusemens qu’ils peuvent se créer dans une chambre rétrécie. Dès qu’ils sont susceptibles de

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quelque intelligence , les pareils les occupent a leur genre de travail. Il est facile de sentir combien une pareille contrainte est en opposition avec le naturel de l’enfance. Ce n'est là encore que la moindre des causes qui influent d’une manière fâ-

cheuse sur Fétat habituel de leur santé; mais le plus grand nombre de ceux qui vivent dans les ateliers oii l’on travaille les métaux n’arrivent jamais à un âge avancé; ou s’ils échappent aux dangers de quelques métiers, ils deviennent, il est vrai, avant l’âge d’homme, de très-bons ouvriers; mais si la patrie a besoin de leurs bras, ils feront toujours de pauvres soldats et de piteux marins.

Si dans les familles aisées qui habitent les grandes villes, les enfans ont plus de liberté, on fait neanmoins très-peu pour développer leurs forces et leur assurer en même temps l’empire de la santé. Jusqu’à l’âge de huit ou dix ans, toute l’éducation physique se borne à quelques actes d’imitation; ils passent la plus grande partie du temps dans les écoles primaires , à satisfaire ou contrarier un

maître ou une maîtresse, souvent plus ridicules par leur exigence que raisonnables dans l’exercice de leurs fonctions.

Le temps de poursuivre l’éducation étant arrivé, pour lors on place l’enfant dans une institution normale. Tout en ne contestant point les avantages du système d’instruction adopté dans les écoles primaires et secondaires, il nous semble cependant qu’on pourrait le rendre meilleur, en y

associant quelques exercices corporels, en apportant quelques changemens dans la discipline quelquefois trop sévère, ou bien en réformant quelques pratiques moins que nécessaires, dès-lors qu’elles prennent un temps précieux qu’on pourrait mieux utiliser.

Pour ce qui est de l’interet de l’individu, à proprement parler, il semble avoir été oublié. A peine si les collégiens ont une heure pour se livrer aux exercices du corps, et trois ou quatre au plus une fois par semaine; et tout se borne à quelques jeux dans une cour ou un jardin exigu , ou à une promenade faite à pas mesurés. A i5 ou 16 ans, l’éleve, il est vrai , sera sature des auteurs classiques, il saura faire une amplification , et connaîtra toutes les parties du discours; mais il ignorera jusqu aux noms génériques des règnes de la natuie , il ne saura point quelle est la céréale qui fournit le pain qu’il mange chaque jour, ni comment on .la cultive. Tel est néanmoins celui qui doit devenir agriculteur , ou qui sera appelé à faire un retranchement ou à gouverner un vaisseau , et qui ne sait point encore ce que c’est qu’une charrue, ni une pioche , ni une bêche, et qui jamais n aura traversé un ruisseau. Enfin, s’il est appelé à devenir ingénieur ou architecte, quoiqu il sache bien qu’un angle de 60 degrés est la sixième partie du cercle , il ne saurait comment s y prendre pour l’exécution du plan de la plus

simple cabane, quand sa santé et son existence en dépendraient.

Ici la pratique n’est rien, me dira-t-on. Il est vrai-, mais je me retranche dans la question , et je dirai que celui qui est déjà arrivé à un certain âge, et qui n’a pas été accoutumé dès l’enfance à quelques exercices manuels fatigans, aura beaucoup à souffrir s’il se trouve jamais dans la nécessité d’agir par lui-même. De là l’importance d’accoutumer l’enfant à n’ètre étranger à rien ; ce serait le véritable moyen de ne point l’exposer aux mêmes souffrances qui attendent celui qui n’a jamais vécu que dans la mollesse. Les plus grands capitaines ont commencé par être soldats , et les plus fameux marins par être mousses. Et, en tout, celui qui aura commencé par la pratique aura toujours un grand avantage sur celui qui aura fini par là.

]Njon seulement toutes les notions pratiques ne coûteraient point à l’élève , mais les exercices qu’elles nécessiteraient pour être acquises lui seraient agréables , et le délasseraient de la monotonie d’une étude contentieuse et rebutante. On objectera qu’il n’est point dans les choses possibles de concilier un système d’exercices corporels avec le mode d’instruction d’aujourd’hui : je pense au contraire que rien ne serait plus facile. Mais, avant tout, il ne faudrait point que les collèges du premier et du deuxième ordre fussent au sein des grandes villes; que la direction n’en fût point con-

fiée à des rhéteurs , qui croient qudl n’y a pas d’autre instruction que celle qu’on puise dans les livres, ni d autre talent que celui de la plume.

Si les collèges étaient dans les campagnes, rien ne serait pius facile qne cette diversité d’instruction. Et si j’en étais le maître, je voudrais que mes élèves fissent eux-mèmes leur lit, et que la propreté des dortoirs et des réfectoires reposât entièrement sur eux. Chaque jour, pendant une ou deux heures, je les occuperais dans un jardin â cultiver eux-mèmes ce qu’ils mangent journellement. Les prés , les bois et les champs fourniraient tour à tour des sujets d’exercices. Mes élèves ne mangei aient d autres fruits que ceux qu’ils auraient cueillis sur les arbres*, iis îTéleveraient point d’autres oiseaux que ceux qu’ils dénicheraient : ni le froid ni la piuie ne dérangeraient Tordre de leurs exercices. Cette seconde éducation développerait les forces et l’adresse, préparerait des hommes vigoureux, susceptibles de devenir laborieux, et capables de résister auxpenibles occupations qui les attendent par la suite : assurément l’on verrait moins d individus effemines et mal tournés. Qu’on y fasse bien attention, tous les eleves qui sortent des institutions de province sont mieux portans et plus robustes que ceux qui nont jamais quitté les écoles

de Paris, déjà par la seule position des établis-* semens.

11 faut savoir apprécier la rapidité de la vie pour bien 1 employer dans les premiers temps : ce n’est

point l’enfant qui peut par lui-même en sentir toute la valeur, mais ce sont ceux qui le diligent. C’est au maître qu’il appartient de placer pour ainsi dire devant l’élève tout ce nui peut exciter ses désirs et piquer sa curiosité. Il ne faut point, dit Locke , imposer aux enfans rien de ce qu’on veut leur apprendre comme une tâche à fournir nécessairement, ni leur en faire un sujet de chagrin: toute obligation de contrainte et de fatigue les rebute. Pour les conduire au but qu’on se propose, on y parvient en les stimulant par l’aiguillon de l’intérêt, et par des moyens indirects puisés même dans la nature des choses qu’on réunit autour d’eux. Par là l’homme connaîtra de bonne heure sa position naturelle, saura satisfaire à ses besoins propres avant d’apprendre ce qu’il doit à la société. Les premières obligations sont impérieuses et absolues, et les autres ne sont que conventionnelles et secondaires.

Comme l’a dit Rousseau , l’activité chez l’enfant est surabondante, elle s’étend au dehors et se montre dans toutes ses actions. Pour se déplacer, les enfans courent plus souvent qu’ils ne marchent. La plupart de leurs jeux du dehors consistent dans des attaques ou des provocations réciproques, qui deviennent des motifs de fuite d’une part et de poursuite de l’autre ; il s’éfablit entre eux des défis, et le désir d’être vainqueur ou la crainte d’être vaincu provoquent la course, le saut, la lutte, etc.

Mais de tous les exercices il n’en est point qui

convienne mieux aux enfans que la course, surtou t quand elle est commandée par l’émulation. Nul doute que si les enfans s’exercaient à la course chaque jour , nous verrions beaucoup d’individus qui mériteraient le nom de vélocipèdes. Ceux qui dès l’enfance ont eu souvent occasion de courir, sont plus lestes, plus agiles et plus vigoureux, et en même temps plus capables de soutenir les fatigues de la marche. L’on conçoit quel immense avantage doit avoir celui qui est habile à la course sur celui qui n’a jamais été qu’en voiture. Cependant on doit moins viser à faire un Achille au pied léger, qu’un homme capable de se soustraire à la poursuite d’un agresseur, et de pouvoir au besoin se servir d^émissaire à lui-même.

Loin de réprimer la vélocité des enfans, comme le fontja plupart des parens, qui leur défendent de courir trop vite ou point du tout, on devrait au contraire les engager à déployer de tout leur pouvoir cette faculté, soit par l’aspect de quelque récompense, soit en éveillant en eux le sentiment de 1 émulation. De l’habitude de courir naît bientôt la facilite de franchir des espaces fort larges } avantage précieux dans beaucoup de circonstances.

L action de s'élever en sautant, étant tout-à-fait en opposition avec les lois de la gravitation, n’est physiquement possible qu’à une petite hauteur ; conséquemment ce genre d’adresse est bien moins important que celui de sauter en s’abaissant. Nous voyons des individus sauter de plusieurs toises de

hauteur sans se faire aucun maî , tandis que d’autres se cassent bras et jambes pour sauter seulement de quelques pieds , tout dépend de la manière dont on arrive au plan sur lequel on tombe. Ce genre d’habileté mérite une étude toute spéciale, pour qu’au besoin il n’en résulte aucun accident;, aussi faut -il y accoutumer de bonne heure les enfans. D’abord on commence par les faire sauter sur des corps mous , comme de la paille , du foin ou du sable. Ces substances élastiques , qui protègent contre la maladresse, ne permettent point que les membres restent droits et tendus au moment de la chute; comme ils fléchissent malgré nous , dès-lors tout l’effort qui résulte du poids du corps se perd dans toutes les articulations quand elles se brisent. L’on peut accoutumer ainsi l’enfant à rendre ces flexions successives comme autant d’actes volontaires, et par ce mécanisme il parviendra à sauter sur des plans solides sans aucune secousse dangereuse, qui serait inévitable s’il tombait droit sur ses talons.

Ceux qui se livrent avec adresse à ce genre d’exercice, arrivent au sol de telle manière que la pointe des pieds porte d’abord, ensuite les talons, et aussitôt toutes les articulations fléchissent, et se partagent le reste de l’effort imprimé par le poids du corps. Un petit garçon est surpris a voler des fruits sur un arbre : il se laisse aller de branche en branche ; arrivé à la dernière, qui était à plus de dix pieds du sol , il se laisse tomber adroitement

Seins sg fane aucun mal: tandis que celui qui le poursuivait se casse une jambe, pour avoir voulu franchir une tranchée de quelques pieds seulement. Rien de plus commun que ces accidens, résultat de la maladresse. Rien de plus ordinaire aussi que de voir des individus se laisser aller d’un premier et même d’un second étage, sans se faire aucun mal.

D api es sa conformation naturelle 1 homme sembleiait etre destine a gravir, comme beaucoup d animaux ; cependant il en est bien peu qui soient habiles à ce genre d’exercice. Comme je l’ai déjà dit, on peut d’autant mieux y accoutumer l’enfant, qu’il n’est rien que sa gourmandise ne puisse lui faire entreprendre. Des cerises, des poires et des pommes réveillent son avidité ; dites-lui qu’il n’y a pas d’autre moyen de la satisfaire que d’aller lui-même les cueillir. Il essaiera d’abord à les atteindre, et il finira par y parvenir. Cet expédient ensuite deviendra pour lui beaucoup plus commode qu’un autre. U ne faut point envisager cette adresse comme un moyen de satisfaire à des besoins de ce genre, mais souvent il peut nous soustraire aux dangers les plus imminens, à une inondation, a la dent venimeuse ou meurtrière d'un animal.

Aucun art n’est plus négligé que celui de la natation. Pour 1 escrime , la danse, on dépense beaucoup d’argent, parce qu’on ne peut point par soimême apprendre l’une et l’autre; mais partout ou il y a de 1 eau on peut apprendre a nager pour

rien. Comme exercice, la natation est aussi tavorable au développement des forces musculaires qu elle est essentielle dans son véritable objet. Beaucoup d’individus n’ont échappé à une mort certaine que parce qu’ils savaient nager. D’ailleurs > de quel prix n’est pas ce genre d’habileté quand il s agit de sauver les jours d’un ami ou de quelque objet chéri.

Pour disposer les enfans à apprendre à nager , il faut les accoutumer de bonne heure aux bains naturels, et ne point les effrayer sur le danger de se noyer. La crainte que leur imprime l’aspect de l’eau est moins naturelle que le résultat de recommandations et de discours indiscrets. Aussi je ne craindrais point de laisser approcher mon élève des bords de l’eau , de 1 engager a y entrer et meme ne l’y voir tomber quelquefois. Ce sera le moyen del accoutumer à ne plus voir aucun danger et de dissiper ses craintes quand on voudra qu il appienne a nager. La natation naturelle, apprise de bonne heure, offre, sous tous les rapports, des garanties plus certaines que celle qui aura été un sujet d etude et d’exercice a un âge avancé dans une école spéciale , surtout dans celles ou l’on apprend à nager dans l’eau chaude , comme si dans toutes les saisons les fleuves et l’océan étaient à une température de 3o degrés.

L’homme n’a reçu de la nature d autres armes que ses mains et scs pieds, et à force égalé celui qui saura le mieux s'en servir sera toujours vain-

queur. Aussi, les anciens, qui s’éloignaient moins que nous de la condition naturelle, exerçaient-ils de bonne heure la jeunesse à la lutte. Quand les enfans se mettent en colère, ils battent 5 mais l’idée de s’armer ne leur vient jamais que de l’exemple. Leur agresseur fût -il cent fois plus fort qu’eux, ils se défendent à coups de pieds et à coups de

poings, et 11e cèdent presque jamais volontairement, à moins qu’ils ne se sentent vigoureusement

frappés. Entre deux enfans de trois à quatre ans , il s élève une querelle: l’un est frappé d’abord , il riposte et se sauve aussitôt ; il est atteint de nouveau et se retourne contre son adversaire: ainsi duie ie petit combat plus ou moins de temps. S’ils convoitent le même objet , celui qui s’en est emparé est aussi tôt attaqué par l’autre; les deux champions en viennent aux mains, lisse saisissent, se renversent, et se roulent tant que l’un n’aura pas cédé. Celui qui aura été vainqueur deviendra quelquefois malin et audacieux, tandis que le vaincu deviendra souvent timide et poltron. L’idee de la supériorité chez le premier grandira avec lui-même, et lui sera toujours d’un grand avantage. Le sentiment de la crainte, chez ie dernier, lui laissera toujours le dessous auprès de son semblable , et lui fera subir le sort du plus faible.

On sent, d après cela, combien il importe de soutenir le courage de 1 enfant et de l’enhardir contre cemi qui le menace ou le provoque. Loin de le plaindre quand il a recours à ceux dont il attend

protection, il faut ^ui faire sentir la honte qui! y a de se laisser battre. Plaignez un enfant quand il aura été battu et punissez son adversaire, il deviendra bientôt provocateur s’il se sent soutenu ; au lieu qu il sera pusillanime s’il n’a personne pour le protéger.

Si cette première timidité de l'enfance n’est point combattue, elle influe beaucoup plus qu’on ne le pense communément sur le caractère à venir de l’homme-, elle deviendra souvent par la suite une lâcheté, source ordinaire des vices les plus honteux. Aussi jamais je ne défendrai mon élève tant qu’il ne sera pas menacé vigoureusement-, s’il vient se plaindre d’avoir reçu de son semblable une tape , je le gronderai de ne l’avoir pas rendue*, non pour éveiller en lui le sentiment de la vengeance, mais pour qu'il apprenne à se faire respectei (1)5

(1) Quoique contraire à l’esprit de l’Evangile, cette maxime n’en est pas moins morale. S’il était permis de se faire justice à soi-même, il y aurait bien moins de coquins qui se jouent de nos lois , toujours trop lentes à sévir , et souvent trop indulgentes pour interpréter l’offense qu’a reçue celui qui en invoque le secours. Entre gens de courage et d’honneur, il n’y a ni bassesses ni mauvaises actions. L’homme lâche et de mauvais aloi ne cherche jamais ses victimes que parmi les gens faibles et sans moyens de défense, parmi les femmes le plus souvent, parce qu’il sait toujours avoir raison selon les lois de la nature} mais il ne s’adressera point à celui qu’il juge capable de lui en demander satisfaction , et de lui faire payer cher ses infamies.

si au contraire il est provocateur, je souffrirai volontiers qu’on le punisse de son audace.

Les enfans ne sont point tout-à-fait dépourvus de ce jugement qui leur dicte la conduite qu’ils doivent tenir entre eux. Les plus forts et les plus courageux sont toujours les plus respectés , tandis que les plus faibles et les plus lâches sont des sujets de risées et de plaisanteries. Cette espèce de soumission que subissent les derniers influe beaucoup plus qu’on ne le croit sur la direction de leur esprit : et je possède plusieurs exemples d’individus devenus imbéciles pour avoir été le jouet de leurs camarades d’enfance. Aussi les maîtres de pension doivent -ils veiller , et empêcher que parmi leurs élèves il y en ait qui soient les victimes des autres. Quand la discipline est insuffisante pour réprimer la mutinerie des uns et pour ranimer l’énergie des autres , il est fort sage, de la part des parens, de retirer ceux-ci, qui par habitude seraient sans cesse les bêtes de somme de la gente turbulente dans laquelle ils se trouvent placés.

Quand les enfans commencent à avoir la conscience de leur force corporelle , et quand ils jugent qu elle est insuffisante, alors, à l’exemple des grandes personnes, ils s’arment de bâtons et de pierres. Je ne serais donc point fâché qu’au besoin mon élève sût se servir de l’un et de 1 autre. Ces deux armes peuvent être d’un grand secours et devenir terribles dans une main adroite et vigoureuse.

<2(]o GYMNASTIQUE.

Singulier eflet de Isi civilisation .> de nous fane négliger souvent ce qui est necessaire a notre con-

servation, pour nous faire préférer des choses qui y sont contraires. Le sauvage court, saute, gravit et nage presque naturellement , tandis que le citadin ne se doute guère de ces sortes de choses *, mais en revanche, il s escrime avec adresse, danse a\ec oTâce et chante avec goût*, celui-ci ayant fait de ces exercices des arts spéculatifs , dès-lors en les cultivant il a moins pour but sa propre conservation que le désir de se rendre agréable.

Comme exercice, l’escrime n’est d’aucune utilité pour les enfans. La position gênante et peu naturelle que les maîtres sont convenus d’adopter , non seulement n’a rien de gracieux, mais elle est si pénible qu’il serait difficile d'y assujettir les enfans , et d’autant plus encore que l’escrime n’a rien d’agréable pour eux. Quelques médecins cependant regardent cet exercice comme salutaire 7 et le prescrivent dans le but de développer les forces, et comme un moyen capable de prévenir les déviations de la colonne vertébrale ou d’en arrêter les progrès chez ceux qui sont menacés de cet accident. A l’égard de cette dernière circonstance , il faut connaître bien mal le mécanisme du corps, et particulièrement celui du rachis, pour ne point prévoir que ce genre d’exercice appliqué à la médecine orthopédique est non seulement illusoire , mais qu’il ne peut qu’augmenter la difformité que

Fou veut corriger (i) -, c’est ce qu’on peut vérifier par Fobservation.

Aucun exercice ne paraît plus naturel que la danse. L’enfant sur le giron de la nourrice se remue et saute quand on chante ou qu’il entend quelques sons suffisamment articulés pour former un rhytlnne cadencé. La danse serait donc fille de l’harmonie puisqu’elle accompagne le sentiment vif de la mesure , qui porte l’enfant à la marquer , comme par instinct. Aussitôt que les enfans savent marcher , ils montrent du goût pour la danse ; et ils n’expriment guère autrement leur contentement. L’exemple fortifie encore ce goût* et

(i) Admettons qu’il y ait un commencement de déviation du rachis : quel serait le moyen le plus convenable pour en ralentir ou en arrêter les progrès? Je ne pense pas que ce soit aucun des exercices par lesquels on exécute desmouvernens dans tous les sens, comme il arrive dans F escrime. Car, d’après une loi physique, les inflexions d’un levier seront toujours plus marquées vers les points les plus faibles, et vers ceux qui s’éloignent le plus de l’axe commun. La colonne vertébrale, dans son mécanisme, étant soumise à la même loi, doit éprouver aussi des inflexions plus prononcées dans les points de déviation , et conséquemment tous les mouvemens qu’elle peut exécuter n’auraient d’âutre effet que d’augmenter ses courbures : c’est donc tout-i-fait l’opposé du but qu’on se propose. De toutes les indications qui se présentent à remplir dans le cas de déviation de la colonne vertébrale, la plus importante serait de neutraliser tout le poids delà partie du corps qui se trouve au-dessus du point défectueux. Or je demande si dans la danse et dans*

nous Voyons les enfans entre eux former des ronds et danser.

On doit donc considérer la danse comme un exercice tout-à-fait naturel et comme un besoin. Tous les peuples dansent, et à tout âge on aime au moins à voir danser. Il n’est point de fêtes sans cet amusement ^ qui non seulement réjouit ceux qui s’y livrent , mais égaie aussi ceux qui ne sont que simples spectateurs. En combinant habilement tous les mouvemens qu’on exécute dans la danse , on a fait de cet exercice un des arts les plus brillans de notre époque, toutefois si nous en exceptons ces pantomines à mouvemens guindés qu’on appelle menuets , et ces éternelles pirouettes in-

f escrime on trouve rien qui puisse rendre ce poids nul? Tout au contraire : dans l’ escrime, par exemple, à l’instant que le membre qui est chargé d’effectuer le double mouvement de se mettre en garde ou de se fendre , frappe le sol, il y a véritablement alors une double percussion au centre de la courbure du rachis; l’une qui résulte de la résistance que le pied trouve sur le sol, et l’autre qui résulte du propre poids de toute la partie du corps qui se trouve au-dessus du point difforme. If est facile de concevoir que ces deux percussions, qui se font sentir sur le point le plus faible, ne se. neutralisent point, comme cela arrive dans le cas d’une bonne conformation ; mais que leur re'sullante est l’augmentation de la courbure déjà existante. Ici il se passe véritablement ce qui a lieu quand on frappe perpendiculairement le sol avec le bout d’une canne, et que la main résiste sur l’extrémité supérieure; F instrument alors se plie , et toujours au point le plus faible et le plus dévié.

troduites dans nos ballets, dont le bon goût sans doute fera justice.

La danse comme exercice convient aux enfans faibles, et peut contribuer beaucoup au dévelopdement des forces musculaires , à fortifier les membres et augmenter leur souplesse \ elle donne en meme temps au maintien plus d’aisance et plus de grâce. Autant la danse est avantageuse quand elle a uniquement pour but Fexcrcice et l’amusement , autant elle est pernicieuse souvent pour ceux qu'on destine à se donner en public. Dans le premier cas, il suffit que l’enfant apprenne d’un maître à se familiariser avec les principales positions, pour qu’il parvienne a danser avec élégance. Mais il ne convient nullement de le soumettre à ces sortes de tortures pour lui tourner les pieds dans toutes les directions. Les épreuves cruelles auxquelles sont soumis ceux qu’on voue au culte de Therpsichore , ne sont pas seulement rebutantes, mais elles influent puissamment sur les habitudes corporelles: aussi les danseurs de profession, et notamment ceux qui ont commencé dès l’enfance, sont maigres et grêles, petits et rabougris. Les nymphes de nos ballets ne sont point surchargées d embonpoint , et en général tous ceux qui dansent beaucoup en se donnant en public , arrivent rarement à un âge âvancé.

On se donne beaucoup de peine pour apprendre à chanter aux enfans, et cependant la voix

qui forme le chant est aussi naturelle que la voix qui forme la parole, quoique Piousseau ait dit le contraire. Cette peine deviendra d’autant plus grande encore que la musique sera moins cultivée chez une nation, puisque l’enfant ne chante d’abord qu’à notre exemple : et par cela même, les Italiens chantent naturellement plus juste que les autres peuples. Dans les grandes cités, à Paris, si l’on veut, on chante mieux qu’en province. L’enfant qui entend chanter se met à l’unisson de la voix qu’il entend , retient les tons si la mélodie est chantante, et tant quelle dérive du ton naturel : et sa voix guidée par son oreille acquiert sans effort toute l’extension dont elle est susceptible.

Ainsi donc la méthode d’apprendre aux en fa ns à ouïr la musique avant de la lire, serait le plus sur moyen de leur donner de bonne heure du goût pour l’expression , et de les affranchir en même temps du travail rebutant qu’exige l’étude du solfège. La mélodie naturelle devrait toujours précéder la mélodie spéculative, et celle-ci n’être que l’application et l’analyse de la première. La preuve que dans ses résultats cette méthode serait préférable à toute autre , c’est que le chant d’imitation , ou appris par l’oreille, est beaucoup plus agréable que celui qu’on a appris par l’étude. Le morceau qu’on exécute de mémoire, quand on le possède bien, est toujours mieux cadencé et rendu avec plus d’expression que celui qu’on chante à livre ouvert , par la même raison qu’on ne lit jamais aussi bien

que l’on parle. Ceux qui chantent pour n’avoir jamais entendu que chanter sont souvent plus agréables que d’autres qui n’ont appris la mélodie qu’en la lisant. On est quelquefois surpris de rencontrer des troupes de chanteurs ambulans qui , sans connaître seulement l’échelle diatonique, exécutent des morceaux d’ensemble avec une précision admirable.

Si nos méthodes de chant sont assez perfectionnées pour conduire au but qu’on se propose, leur application néanmoins n’est pas toujours sans inconvéniens pour ceux qui en subissent toutes les épreuves. Je suppose qu’on veuille faire commencer le solfège à l’enfant } à la première leçon, le maître pourra bien faire parcourir sans peine à l’élève toute la première octave de l’échelle diatonique, et forçant tous les jours un peu sa voix, le conduire a un degré plus ou moins élevé de la seconde octave, toutefois en ne lui faisant chanter que des gammes dont tous les tons sont uniformes et soutenus. Mais il en sera autrement quand i! voudra lui faire exécuter des. phrases de musique longues et soutenues: la voix alors lui manquera souvent, il sera forcé de prendre haleine, ou, s'il peut soutenir tout le passage, il arrivera à la fin presque suffoqué. En prolongeant ainsi la leçon, l’élève sera bientôt fatigué, sa respiration deviendra précipitée, son pouls battra plus vite, et il tombera dans une sorte d’anxiété qui le mettra dans l’impossibilité de continuer.

Dans les phénomènes de la vie , tout ce qui s’éloigne du rhythme naturel doit nécessairement apporter quelques dérangemens dans l’équilibre tles fonctions , surtout pendant le jeune âge , où l’ensemble de l’organisme n’est pas suffisamment consolidé pour résister à certaines épreuves. Dans l’état normal, la respiration se partage en deux temps presque égaux , celui de Imspiration et celui de l’expiration. Or, par le seul fait du chant, ces deux phénomènes ne se succèdent plus alternativement d’une manière régulière ni uniforme. L’inspiration s’effectue brusquement, tandis que ^expiration, au moyen de laquelle la voix se soutient, dure dix ou vingt fois plus que la première *, et quelquefois quand la phrase musicale se prolonge, elle est forcée jusqu’à l’extinction. Dans ce dernier cas les poumons se trouvant fortement contractés, le sang ne peut les pénétrer d’abord *, alors ce fluide dilate fortement les cavités du cœur, et reflue dans les gros vaisseaux et les capillaires , on voit les veines du col se gonfler et la face devenir

rouge. i

Il est facile de pressentir ce qui peut résulter de ces perturbations physiologiques quand elles sont prolongées et qu elles se renouvellent chaque jour. Aussi , je suis autorisé à croire que beaucoup de maladies organiques du cœur et des phtisies pulmonaires sont déterminées par les exercices du chant , auxquels sont assujettis à un âge trop tendre encore beaucoup d individus. Il est à ma connais-

sauce que plusieurs enfans de huit à dix ans qu’on destinait à la scène lyrique n’ont pu continuer d’apprendre le chant: une petite fille a eu à plusieurs reprises des hémoptysies graves ; et une autre est devenue sujette à des lypothimies frequentes, qui assurément étaient occasionnées par quelque maladie organique du cœur.

S il m’avait été permis de fréquenter le Conservatoire de musique, sed omnibus non adiré Corin thum , sans doute que j’aurais été à meme de recueillir quelques autres observations qui auraient pu confirmer celles-ci. Je dirai cependant que dans le nombre des élèves qu’on recrute pour ce séminaire, beaucoup ne peuvent point soutenir les exercices auxquels on les soumet et en sont renvoyés pour cause de santé. Ces considérations suffisent, ce me semble, pour persuader qu’il n’est point sans inconveniens ni sans danger d’apprendre à chanter avant dix à douze ans , et qu’il est toujours prudent de ne point forcer la voix de l’élève ni prolonger l’intonation jusqu’au point de fatiguer sa respiration.

Quant à la musique instrumentale , elle est pour ainsi dire hors de la portée de l’enfant. Si

neanmoins nous en voyons qui déjà avant leur deuxième lustre exécutent admirablement sur tel ou tel instrument, ces exemples ne sont pas suffisant pour considérer ce genre d’exercice sans inconvé-mens, surtout sur les instrumens à vent.

Naturellement imitateur , l’enfant montre de bonne heure le goût de peindre les objets qu’il a sous les yeux. Bien que sous le rapport de la théorie le dessin et la peinture ne soient point à sa portée, on ne laisse cependant pas que de lui donner encore fort jeune un maître à dessiner. L enfant ne concevant rien à la partie spéculative de cet art , il faut nécessairement que l’application soit plus grande et qu’elle supplée 4 son défaut de jugement. Or, comme il ne peut point embrasser d’un seul coup d’œil tout l’ensemble, ni mesurer la dimension et la proportion des traits de son modèle , il faut donc qu’il déploie d’autant plus d'attention qu’il se rapproche davantage des elé— mens de l’art de peindre. L’enfant ne mesure pas primo aspect a toute l’étendue d’une ligne, il copie successivement tous les points, et pour ce il faut que sont œil reste constamment fixé sur l’exemple sans perdre de vue la copie.

il est facile de concevoir combien ce travail des yeux peut influer sur le mode de sensibilité de la vue, et jusqu’à un certain point sur la disposition physique de la dioptrique. Ainsi 1 œil exerce a voir les objets de très près , devient souvent incapable ensuite d’apercevoir ceux qui sont à une certaine distance , et à la myopie naturelle succède souvent la myopie accidentelle.

S /attention prolongée qu’exige Ig gIgss ^ o a nt les yeux , donne Sien quelquefois aussi a des

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inflammations de la conjonctive , à de véritables ophtalmies. Ces accidens sont plus fréquens chez les petites filles, qui par leur naturel sont capables d’une attention plus soutenue que les jeunes garçons. En outre, la position que sont obligés de tenir les enfans qui apprennent à dessiner n’est pas sans inconvéniens pour quelques-uns.

Sans affirmer positivement si la déviation de la colonne vertébrale reconnaît pour cause la position que tiennent les enfans quand ils dessinent, le fait est qu’il y a beaucoup de dessinateurs , de peintres, de graveurs, bossus ou mai conformés. Quelques faits particuliers m’autorisent à croire, en effet, que la culture de ces beaux arts à un âge prématuré n’est point étrangère a la production de quelques déformations de la colonne vertébrale. Plusieurs individus contrefaits que j’ai choisis pour sujets de remarque sont nés de parens bien constitués, et jusqu’au moment ou ils ont commencé à se livrer à l’étude du dessin ils n’avaient donné aucun signe de rachitisme. Ne pourrait-on pas concilier la santé des enfans avec la culture des beaux arts? Pour avoir des hommes habiles il n’est point nécessaire de les fixer au travail dès la sortie du berceau , ni d’une étude agréable en faire un sujet d'application pénible.

Au beu d'attacher les enfans à une table et de leur donner de petits objets à représenter sur le papier avec un crayon , j’aimerais mieux, pour les

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familiariser avec l’art de peindre , leur apprendre à tracer de grandes figures de leur choix sur un mur ou sur un tableau. Cette méthode de donner les premières notions de l’art imitatif, serait peutêtre dans son objet plus avantageuse, et sans inconvéniens dans l’intérêt propre de l’élève.

DES EXERCICES

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