ARTICLE VI
Des Exercices et de la Gymnastique quant au sexe
féminin .
Bien que tout ce que nous avons dit puisse s’appliquer à l’un et à l’autre sexe, il nous reste cependant à présenter encore quelques réflexions touchant la première éducation physique à donner au sexe féminin. Ce n^est guère qu’à trois ou quatre ans que l’on peut apporter dans l’éducation des enfansquelqueschangemens respectifs, que la nature réclame encore moins que nos institutions. Les enfans des deux sexes ont sans doute des goûts propres qui les distinguent, mais encore l’exemple influe beaucoup sur leur détermination. Il n’est point rare de voir des petites filles montrer dans leurs amusemens les mêmes goûts que les petits garçons : mais de bonne heure les mères se croient obligées de provoquer chez elles des habitudes qui se rapportent à la destination de leur sexe.
En raison de la docilité des petites filles , on peut user à leur égard de plus d’autorité : et c’est d’après cela même qu elles deviennent plus vigilantes et plus laborieuses, il est nécessaire , dit J. -J. Rousseau , de les exercer de bonne heure à la contrainte, et de les tenir dans une gêne sévère , puisqu’elles seront toute leur vie asservies aux exigences de la
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bienséance. Si ce précepte, déduit de la condition naturelle des femmes, est bon en morale , son application serait souvent funeste a la santé. Je dirai au contraire que les petites filles n’ont pas assez de cette liberté nécessaire à l’enfant. A Sparte, pendant toute l’enfance, les deux sexes recevaient la meme éducation. Chez les nations, dans les contrées et même dans les familles oii l’éducation des filles est la même que celle des garçons, les femmes sont plus fortement constituées. C’est ordinairement dans les classes les plus affranchies de nos institutions sociales qu’on rencontre les plus robustes et les plus belles. Nos villageoises et les simples bourgeoises , qui ne reçoivent tout juste et que tardivement l’éducation nécessaire à leur condition, sont en général d'une meilleure constitution que les femmes du grand monde , qui, petites filles encore , étaient de véritables merveilles, et se distinguaient déjà par leur habileté , la variété de leurs connaissances et leurs manières élégantes.
D’après les devoirs que les femmes sont appelées à remplir dans la société, leur éducation doit être moins variée que celle des hommes., et plutôt formée par l’exemple , au sein des habitudes domestiques, que dans des institutions spéciales. Toutes les mères cependant ne sont point capables de diriger l’éducation de leurs filles : et telle , quoique bonne, sera souvent exigeante, capricieuse, et, sans le vouloir, un véritable tyran pour son enfant. L’on concevra facilement combien un caractère
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versatile doit influer sur les habitudes et la direction de l’esprit d’un enfant.
Si dans l’éducation domestique les petites filles avaient toujours les mêmes exemples, et si elles étaient dirigées selon les mêmes préceptes , on n aurait point lieu de dire aussi souvent que les femmes sont mobiles, irascibles et extrêmes en tout. Il est assez ordinaire qu’un enfant qui copie les actions de sa mère, finisse par lui ressembler dans ses habitudes. Cette contagion de l’exemple est si évidente, qu’on peut demander lequel vaudrait mieux que les petites filles fussent élevées par la mère ou par le père. Sans trancher la question, j observerai seulement que telles dont l’éducation a ete dirigée par les hommes ne sont point les mêmes que celles qui ont été élevées parles femmes. En général, les premières sont moins molli les; dans leurs actions il y a plus d’aplomb que d’élégance leurs goûts ont plutôt pour objet des choses solides que des futilités, elles parlent moins et plus sensément, elles sont plus modestes, ont des moeurs plus simples, et j oserais même dire quelles ont des principes de morale plus solides.
'' education domestique serait , sous tous les rapports, la plus avantageuse, si elle était habilement dirigée. Dans les dernières classes de la société, pendant les premières années qui suivent l’â^e du berceau, comme aucune contrainte ni aucune
réglé ne vient s’opposer aux inclinations naturelles
des enfans, les petites filles y sont plus dévelop-
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pëes que celles du même âge qui sont soumises à une éducation toute spéculative. Je voudrais donc que jusqu’à six ou sept ans on les abandonnât entièrement à elles-mêmes, et que toutes leurs actions n’eussent d'autre but que les amusemensdecet âge.
Toute contrainte qui a pour objet d’accoutumer de bonne heure les petites filles à un travail sédentaire , et à une retenue qu’on aime à voir en elles, ne peut que nuire au développement des puissances locomotrices. If on doit blâmer surtout les mères ou les institutrices qui exigent de la part des enfans un repos absolu de plusieurs heures , et qui, pour donner quelque apparence de nécessité à cette contrainte, leur imposent quelque tâche longue ou difficile. Dans les conditions les plus élevées delà société, les petites filles sont en general trop retenues , et participent trop peu aux exercices du dehors. Si le mode d’éducation qui les prend dès le berceau tend à leur perfection morale, il nuit trop souvent à la perfection physique qui devrait être l’objet principal, chez un sexe dont les talens et les connaissances ne vont jamais au-delà de l’agréable.
Douées de beaucoup d’imagination et d'un esprit très-actif , les petites filles sont dès-lors susceptibles d’acquérir , dans un temps donné, plus que les garçons de même âge. Avec de telles dispositions, l’on pressent combien il est facile d’exalter en elles toutes les facultés instinctives , et de décider ces diathèses nerveuses, si communes parmi
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les femmes du monde, et presque inconnues chez celles dont l’existence s’éloigne peu de l’e'tat naturel . L’exercice trop précoce des sens, par l’étude des beaux arts , influe peut-être encore davantage sur cette modification organique que l’exercice de l’intelligence. Il importerait donc beaucoup que le temps fut habilement partagé entre les différens genres d’étude et les exercices corporels ; l’on verrait peut-être moins de femmes tourmentées par les maladies nerveuses de toute espèce, qui sont presque l’apanage exclusif de celles dont le cercle des occupations est très-borné (i).
(i) Moins les systèmes de la locomotion entrent en exercice, plus le genre nerveux est irritable. Les femmes qui sont assujetties aux travaux journaliers des champs 11e connaissent point les maladies nerveuses. Ces maladies, au contiaiie, deviennent cl autant plus nombreuses, qu*on avance dans les classes privilégiées de la fortune. Mais nulle part elles ne se présentent plus fréquemment que dans les communautés religieuses , où tous les exercices consistent en pratiques de dévotion, en actions mystiques et contemplatives. Jamais on ne vit nos paysannes laborieuses commettre les extravagances des religieuses de Loudun, ni les laitières de la banlieue de Paris aller danser dans le cimetière de St-Médard .
DES CBATIMENS.