‹ Éducation sanitaire des enfansChapitre 34 sur 43 · ARTICLE VIII · texte numérisé non relu

ARTICLE VIII

Des habitudes incommodes et pernicieuses que peuvent contracter les enfans , considérées sous le rapport de F hygiène.

Vainement Fou chercherait à savoir comment beaucoup d’enfans contractent certaines habitudes vicieuses , qui influent plus ou moins sur leur manière d’être. Les uns montrent des appétits bizarres qui se conservent plus ou moins de temps ; d’autres, soit par la négligence des parens, soit d’après une disposition naturelle , contractent l’habitude de satisfaire à des besoins incommodes dans les momens les plus importuns. Quelques-uns enfin se livrent à des attouchemens d’au tant plus dangereux qu’ils excitent certains organes, et éveillent leur action long-temps avant que la nature doive les solliciter. Chacune de ces habitudes est trop importante dans ses conséquences pour ne point mériter un examen spécial.

Rien de plus surprenant que de voir des enfans avec des appétits dépravés, et rechercher avec avidité certains mets ou assaisonnemens dont la saveur n’est point supportable à Fétat simple. JNous en voyons qui mangent le sel à poignée , et boivent le vinaigre en grande quantité. Ces substances éminemment irritantes et corrosives ne

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sauraient être ingérées long-temps sans danger dans des estomacs délicats. Quelques faits particuliers m ont mis a meme de reconnaître que <ie pareilles habitudes nuisent toujours au développement des individus, et les réduisent à un état de maigreur extrême. Dans tous les cas ces appétits ne peuvent se tourner qu’au détriment de 1 enfant*, il est toujours prudent de ne point les satisfaire , et de chercher à les anéantir quand ils sont dé-

cidés.

Depuis l’époque du maillot jusqu’à un certain âge , il est des enfans qui conservent l’incommodité de faire leurs déjections au lit. Outie les m— convéniensde la malpropreté, cette habitude n’est pas toujours sans danger. Quand elle n est point entretenue par quelque vice d’organisation, on peut la faire cesser par des précautions bien dirigées*, et l’on y parvient en plaçant l’enfant sur le siège tous les soirs avant le coucher. Les premiers essais seront peut-être sans effet*, mais l’enfant finira par satisfaire ainsi à ses besoins, et cessera de se salir

au lit.

Cependant il n’en est point toujours de même des incontinences d’urines que les enfans ont pen-

dan t la nuit. Quelques-uns conservent cette incommodité jusqu’à l’âge de puberté , et même il en est qui ne la perdent jamais. Il nefautpoint attribuer cette infirmité, comme les parens et les maîtres le croient trop souvent, à une sorte de paresse de la part de l’enfant. Pour se convaincre que la volonté

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n’y est pour lien , il suffit de savoir que le sommeil chez l’enfant est très-profond , et que le besoin d’uriner n’est pas suffisant pour le réveiller,* et quand meme il serait averti de ce besoin , l’émission des urines a lieu involontairement aussitôt qu’il se fait sentir. Les parens , par ignorance de cause emploient les corrections, quand l’enfant est tout-à-fait innocent. Comme ces moyens ne réussissent point ordinairement , on épuise ensuite toutes les receltes des commères et des charlatans, mais toujours sans succès. J’ai vu des imbéciles en pareil cas, faire manger aux enfans , des rats, des serpens , et des crapauds cuits au four, ou employer mille autres recettes plus ridicules et plus dégoûtantes encore.

Ce n’est point en fouettant l’enfant, ni en lui faisant prendre tous les spécifiques renommés qu’on peut remédier à ces incommodités. Ce ne serait pointsansdanger non plus qu’on mettrait en usage pour les petits garçons ces instrumens appelés constricteurs de l’urètre. Le moyen le plus raisonnable a employer en pareil cas est de réveiller l’enfant une ou deux fois dans la nuit au moment où il a besoin de pisser, ce qui est facile à savoir quand on veut s’en donner la peine. En s’assujettissant à cette précaution pendant quelc|ues nuits seulement , on finira par l'accoutumer à se réveiller de lui-même pour satisfaire à ses besoins.

On ne sait point comment quelques enfans , même de l’âge le plus tendre, contractent l’habi-

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tilde d’attouchemens aux parties génitales. Sans que ces parties soient susceptibles d’un véritable orgasme, il faut qu’elles soient douées déjà d'une sorte de sensibilité spéciale pour solliciter l’enfant à des actes tout-à-fait automatiques. Je vois dans ce moment deux enfans, l’un de quinze

et l’autre de trente mois, qui aussitôt qu’ils sont abandonnés à eux-mêmes portent la main a leurs parties génitales. Cette habitude à laquelle les pareils n’attachaient d’abord aucune importance , est cependant devenue pour ces jeunes créatures la cause cl’une maigreur extrême quoiqu’elles soient

bien portantes du reste. On ne saurait faire cesser trop tôt cette habitude qui devient déplus en plus impérieuse avec i’àge : en voici un exemple trop remarquable pour ne point le rapporter ici.

Une petite fille est restée jusqu’à trois ans chez sa nourrice, ou elle a contracté l’habitude de se toucher*, et vainement ses parens ont eu recours à tous les moyens imaginables pour détruire cette funeste

inclination. Arrivée à sa sixième année cette malheureuse enfant est réduite à Fétat le plus déplorable * il ne se passe point de jour qu’elle ne soit prise d’une sorte de fureur utérine. Malgré la plus grande surveillance, elle se dérobe et se cache pour satisfaire sa passion *, elle tombe ensuite dans une sorte de mélancolie , pleure et sanglotte sans motif réel. Cette espèce d’utéromanie est encore plus impétueuse au lit que partout ailleurs , toutes les

précautions et tous les moyens les plus habilement

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calcules ont été encore infructueux, et je suis meme persuadé qu’il n’y aura que le sentiment de la honte , quand il sera possible de le réveiller dans l’esprit de cette enfant, qui pourra triompher de cette malheureuse habitude. On sent combien il importe de mettre de bonne heure un terme à cette fâcheuse inclination , soit par l'idée de la malpropreté qu’on inculque à Fenfaut, soit en retenant ses mains pendant la nuit à 1 aide de mitaines ou de bracelets fixés à la hauteur de la poitrine. Mais comme il vaut mieux encore prévenir le mal que de savoir y remédier quand il existe, je crois alors qu’il n’est point inutile d’observer que cette funeste habitude reconnaît souvent pour cause dans le premier âae les attouchemens inconsidérés de la part des nourrices ou des bonnes, qui, pour amuser ou faire rire 1 enfant, lui chatouillent le ventre, les fesses et les parties génitales. Les sensations que produisent ces sortes de caresses ne peuvent-elles pas provoquer 1 enfant a se les procurer lui-même ?

En acquérant par l’éducation la conscience de son être, 1 enfant acquiert presque en même temps celle de son sexe. Quand celle-ci est Je résultat d une instruction de la nature et la conséquence de Faction des sens sur l’imagination , elle est tardive; tandis quelle est précoce si elle provient de la curiosité satisfaite. D'après nos institutions il est presque impossible que l’enfant puisse conserver long-temps son ignorance à ce sujet. Ceux même

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qui l’entourent ne la respectent pas toujours, et cherchent au contraire souvent a la détruire par des conversations indiscrètes ou des exemples ae corruption .

Dans les dernières classes de la société, ou les enfans seréuni ssent plus souvent entre eux , les plus savans instruisent bientôt ceux qui sont ignoranset les initient à leurs coupables mystères. Je connais un petit garçon de huit ans qui ferait honte au plus grand libertin, et une petite fille de six ans qui serait capable de faire rougir la plus fameuse débauchée. Ou ces malheureux enfans ont-ils puisé les principes d’une pareille corruption , si ce n’est dans les conversations obscènes et dégoûtantes de ces jeunes bandits du peuple, qui déjà, à l’àge de l’adolescence, sont familiers avec tous les genres de débauchés. Dans cette partie de la société qui honore le genre humain par ses vertus , quoique les enfans aient des exemples propres a former leur cœur , et qu ils n’entendent qu’un langage épuré , on ne peut pas toujours les préserver des entretiens dangereux d’une bonne, d’une servante ou d’un valet.

Nulle part aussi les enfans ne sont plus faciles à corrompre que dans les pensions ou les colleges , avant même les premiers mouvemens de sensibilité naissante, l’enfant a appris de l’adolescent ce à quoi la nature l’a destine. Dans un etablissement qui porte le titre de séminaire, je sais que pendant long-temps les élèves se livraient a la débauché la plus effrénée :les plus petits servaient de mignons

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aux plus grands , et ainsi se perpétuait un vic« aussi affreux que pernicieux dans ses effets. Au nombre des causes qui réveillent Fimagination chez les enfans, ajoutons encore la lecture des livres licencieux et obscènes : car il est bien peu d’écoliers qui à douze ans n’aient pas lu l’Ode à Priape. Malgré la plus grande vigilance, il est peu de collèges qui ne récèlent quelques livres d’un genre érotique.

Oserons-nous le dire aussi , que des confesseurs ne savent point toujours respecter l’innocence de leurs jeunes pénitens, et que, par des questions que ne peut point avouer la morale ni excuser leur pouvoir discrétionnaire, ils leur apprennent ce qiFils ne savaient point. Pour trouver un pécheur, on fait naître souvent des idées dangereuses dans l’esprit de vingt innocens. Tout le bien que peut produirç chez l’un une morale justement appliquée, ne saurait entrer en compensation avec le mal que peut produire un zèle scrutateur, qui, après tout, n’entre point dans l’esprit de la religion.

L’intelligence qui devance les sentimen s naturels ne reste point toujours passive. Chez l’enfant, toute idée acquise conduit promptement à des actes répétés si l’attente est satisfaite par l’épreuve. C’est là la conséquence la plus ordinaire de l’instruction de l’enfant sur la conscience de son sexe. Malheureusement il est presque impossible de le garantir contre cette instruction accidentelle , et encore plus peut-être d’en prévenir les effets; toutes les

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précautions et les mesures vulgaires sont plus à craindre encore qu’une négligence absolue.

Par une vigilance continuelle, une attention trop soutenue et des ménagemens trop affectés , on manquera plus souvent qu on atteindra le but qu on se propose. L’enfant ne perd rien de ce qui se passe autour de lui , et son esprit deviendra d autant plus actif qu’il se verra l'objet d’une surveillance quelconque. Croit-on que cette mesure de discipline qu’on observe dans quelques institutions, de faire la revue des dortoirs pendant la nuit , pour voir si tout est dans l’ordre, soit un moyen sui pour empêcher les élèves de se livrer à la funeste habitude des attouchemens ? Cette vigilance est plus qu’inutile, elle est même préjudiciable, dès-lors qu elle ramène dans l’esprit des individus une idée qui était absente, et donne carrière à l ’imagination de ceux qui pouvaient d’abord en ignorer le motil.

Rien de plus absurde encore que cette coutume , qui a été introduite dans quelques maisons religieuses du sexe féminin, de ne point souffiii que les élèves dorment sur le dos : une inspectrice nocturne réveille et réprimande fortement celle qui se trouve dans cette position, de ne vois point si une pareille mesure est à 1 avantage de la moi ale ou si elle tourne au bien physique} mais ce qu i! y a de bien certain , c est que les réflexions qu elle suggère à l’élève sont plus propres a détruire qu a conserver son innocence, le plus précieux apanage du jeune âge.

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Il est encore des habitudes qui influent plus ou moins sur la santé des enfans , mais qu’on ne saisit point tou jours -, ou quoique évidentes, on n’y attache aucune importance : la succion est une des plus fréquentes. Beaucoup d’enfans sucent un de leurs doigts, ou quelque autre corps qu’ils interposent entre leurs lèvres*, c’est surtout au lit et même pendant le sommeil qu’ils se livrent davantage à cette habitude. Les mouvemens dés lèvres , déterminés par la présence des corps étrangers, excitent les glandes salivaires, et l’enfant avale sans cesse tout le fluide quelles sécrètent ; et l’estomac s’en trouvant bientôt surchargé, alors surviennent des vomissemens spontanés, et l’enfant rend des Humes, comme le disent les nourrices. Outre cela, la salive, par ses qualités laxatives, occasionne des diarrhées colliquatives , qu’on pourrait attribuer à toute autre cause. Ces dérangemens des voies digestives ne sont point les seuls accidens qui résultent d’une salivation occasionnée par l’habitude de la succion, mais cette sécrétion contre nature est pour l’enfant ce que le ptialisme est pour l’adulte : elle peut produire l’amaigrissement et la consomption.

DBS CEREMONIES

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