‹ Éducation sanitaire des enfansChapitre 39 sur 43 · FIN DE LA DEUXIEME PAKT1E · texte numérisé non relu

FIN DE LA DEUXIEME PAKT1E

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De la Médecine considérée dans ses rapports avec

l’hygiene des enfans.

§ Ier.

Avant cîe considérer la médecine des enfans comme partie d une science rationnelle , je présenterai quelques réflexions sur Fempirisme populaire, auquel le plus grand nombre est soumis.

Si l’importance des individus était relative à leur âge , l’on concevrait facilement pourquoi les enfans malades sont plus souvent confiés aux charlatans mercantiles qu’à des hommes éclairés de l’art. Dans les localités où il n’y a point de médecins , il est facile de concevoir que la médecine des enfans ne peut pas être autre qu’une médecine d’inspiration de la part de ceux qui les entourent; mais ce qu’il y a de bien surprenant, c’est que même dans les villes, où toutes les ressources de l’art de guérir sont réunies, la médecine des enfans appartient à des commères , des épiciers , des droguistes et à des pharmaciens, plutôt qu’à des médecins. Dans les grandes cités, et notamment à Paris 9 chaque quartier a quelque bouticpiier qui exploite habilement à son profit l’aveuglement des gens du peuple. Un apothicaire, à Orléans, s est

3oa àppf.ndïck.

meme acquis une sorte de célébrité dans le traitement des maladies des enfans*, et sans jamais avoir quitté son comptoir, on lui a attribué des cures merveilleuses.

Bien que cette espèce d’outrage qu’essuie chaque jour la médecine, d'être taxée d’ignorance absolue sur cette matière, ne soitque le fait de la cupidité, on donne toujours néanmoins quelque apparence de fondement à cette imputation , en alléguant que nous sommes privés des renseignemens que peut nous donner le malade lui-même : comme si ces renseignemens, jugés indispensables pour nous, devenaient de nul effet pour des esprits grossiers.

Cette opinion du vulgaire , que la médecine des enfans ne peut pas être assimilée à celle des adultes, n’est point la seule raison qui le porte à accorder ici sa confiance à un empirique , mais la principale est souvent une raison d’intérêt. Si effectivement nous avons égard à l’état de fortune debeaucoupde familles, nous resterons convaincus qu elles ne peuvent point toujours appeler ni consulter un médecin. Le plus simple et le moins dispendieux est de réclamer l’avis de celui qui vend le remède , bien persuadé qu’il doit en connaître l’application.

Il est affligeant de penser que beaucoup de païens n’ont que suffisamment d’aisance pour subvenir à leurs besoins journaliers : ou il se trouve trois ou quatre enfans , il y en a souvent un de malade. En admettant que pour les uns ou les au-

très vingt visites de médecin suffisent pour une année, le prix de ces visites ajouté au coût des médicamens et aux autres dépenses accidentelles, seront très-onéreuses si elles pèsent sur un ouvrier ou un commis à minces appointemens. Voilà tout une famille qui , de l’aisance où elle était d’abord, restera tout une année dans une gène extrême. Aussi, d’après ce calcul, des païens aiment mieux laisser leurs en fans sans secours, même au péril de leurs jours, que de contracter desengagemens qu ils ne pourraient remplir qu’atcc beaucoup de difficultés. On dira qu’il n’y a point de médecins qui puissent refuser leurs soins ni leurs avis quand ils sont prévenus de n’en retirer aucun lucre. J’en demande pardon au lecteur , il y en a au contraire fort peu qui veuillent bien se déplacer ou recevoir chez eux à toute heure ceux dont ils n’ont rien à espérer*, et la multiplicité des occupations, si elle n’est pas une excuse réelle , sera du moins l’heureux prétexte qui les en dispensera.

Comment donc obvier à ce vice de nos institutions, qui condamne une partie de la société à mourir faute de soins ? Les hospices et les hôpitaux ne sont d’aucune ressource pour les enfans reconnus. Comme la tendresse maternelle n’est pas l’apanage de la fortune , quelque pauvres que soient les païens , il n’en est point qui voulussent se séparer de leur enfant malade. Ce n’est pas non plus des bureaux de charité quon doit attendre de grands secours , puisqu’un très-petit nom-

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bre de familles y a droit ; et encore il faut savoir jusqu’à quel point ils sont avantageux, d’après la manière dont iis sont accordés et administrés à ceux aui les reçoivent. Après tout, il est donc prèsque impossible que la medecine des enfans du peuple ne soit point dévolue au charlatanisme populaire.

De ces considérations générales si nous passons à l’examen des particularités, nous resterons persuadés que la médecine populaire des enfans est tout-à-fait séparée de Fart de guérir soumis à des règles de certitude. A la plus légère indisposition, la mère, la nourrice ou la gouvernante spécifie a visu la maladie. Chez nos campagnards , quand les affections ne se montrent point avec les caractères qui leur sont propres , toutes sont attribuées aux vers. A Paris, il y a de plus celles occasionnées par le travail de la dentition. Un enfant a-t-il des vomissemens , la diarrhée ou des convulsions ? ce sont toujours les dents qui en sont cause. Mais comme ici le vulgaire est toujours plus instruit qu’ailleurs , il reconnaît que ces phénomènes dénotent une maladie particulière*, aussi n’est- il point rare d’entendre les mots, gastrite , entérite , et fièvre cérébrale , être proférés d’un ton décisif par une commère.

Comme dans le monde on tient plus à la définition de la maladie qu’à l’application du remède, puisque celle-ci ne doit être selon les ignora ns qu’une conséquence na turelle de l’autre,, il sensuit

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que chacun se croit capable de cette application quand le mal est connu; et comme ici, l’enfant n’a point de volonté, il faut qu’il subisse les épreuves auxquelles on a jugé à propos de le soumettre. La nature triomphe ou l’empirisme échoue : dans le premier cas, c’est un succès *, dans le second, c’est une conséquence inévitable de la maladie. Et voilà comment lesparens, dansleur aveuglement, accordent souvent plus de confiance à des commères et des charlatans qu’aux médecins qui ont fait des études régulières. On tient toujours compte aux personnes qui exercent la médecine qui leur est étrangère, des guérisons qu’ils doivent à la bonne constitution des enfans, maison taitles accidens(i).

Aussi-bien que la médecine rationnelle, la médecine populaire a ses experts pour telleou telle maladie : mais comme la vente de la drogue est toujours 1 objet essentiel , l’avis ne va jamais sans le spécifique. Partout l’on trouve des poudres, des pastilles, des sirops et des élixirs contre les convulsions , la coqueluche et les écrouelles , toujours vendus avec garantie de succès. Il n’est point inutile d’observer que la plupart de ces préparations sont de violens vomitifs ou purgatifs, qui, dans la plupart des cas , ne sauraient être ingérés sans danger. Naguère j’ai vu encore deux malheureux enfans qui ont

(i) Gardien, Traité dJ Accouch. , t. IV, p. 62. — Girtanner, Traité c!es Maladies des En fans %

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failli succomber pour avoir pris chacun la moitié d’un biscuit purgatif qu’on leur avait donne pour leur faire rendre des vers qu’ils n’ avaient pas.

Ce serait un livre curieux que celui qui aurait pour objet de mentionner toutes les préparations banales , les remèdes et les préservatifs vendus à l’usage des enfans. L’on verrait qu’on a composé des mixtures pour faire pousser les dents, un baume pour fortifier les jambes et faire marcher plus tôt , une pommade propre à la pousse des cheveux , des emplâtres pour hâter l’ossification du crâne, fermer les fontanelles, des colliers pour prévenir les convulsions , etc. -, moyens sinon dangereux , au moins ridicules, qui d’une part ne prouvent que de la friponnerie, et de l’autre de l’ineptie.

Dans nos cités on met une sorte de pudeur et de réserve à tromper le public ; la supercherie se dissimule sous un langage insinuant et persuasif. Mais il n’en est plus de même dans les assemblées foraines des campagnes : là, la friponnerie se montre sans déguisement; le charlatanisme y sème avec profusion scs poisons ; aux sons bruyans des trompettes et des timbales , il semble proclamer la sentence de ses victimes.

Je" n’entends point parler de ces espèces végétales tout-à-fait innocentes , mais de ces préparations dangereuses vendues sous forme de poudres ou de tablettes , etc. , dans lesquelles il entre Valoes, U coloquinte, ht résine, de jalap , ta scamonee

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elle mercure. D’autres fois ce sont des préparations antimoniales , et même l’oxide d 'antimoine pur , vendus sous le nom de pierre de bile. Celle-ci est le remède universel et le plus commode. Il suffit de la laisser séjourner quelque temps dans de l’eau ou dans du vin pour donner à l’un ou à l’autre liquide une propriété fortement vomitive et purgative. La pierre de bile a des vertus inépuisables : elle passe de famille en famille, de village en village, et après avoir purgé tous les Ixabitans d’une contrée, elle n’a encore rien perdu de ses propriétés. C’est presque toujours à l’intention des enfans que ces remèdes se vendent ou s’achètent ; et ce qu’il y a de plus déplorable , c’est presque toujours pendant les saisons les plus pernicieuses , l’été et l’automne , alors qu’ils sont plus disposés aux maladies des voies intestinales, qu'on leur administre à plusieurs reprises ces remèdes incendiaires et léthifères.

Est-il permis d’espérer que le temps et les progrès des lumières feront justice de l’empirisme déplorable qui s’exerce sur les plus chers intérêts de la société ? Si ce n’était là qu’une conséquence de nos institutions vicieuses , l’on pourrait attendre quelques réformes salutaires à cet égard; mais le mal semble être attaché à la nature de notre espèce. Parmi les causes qui l’entretiennent, il faut compter l’absence de toute idée de danger et celle des moyens de guérison chez l'enfant malade, qui est tout-à-fait passif alors et sans volonté détermi-

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née 5 puisqu’il se trouve entièrement sous la dépendance de ceux qui l’entourent.

Mais la cause qui contribue le plus à livrer les enfans à l’empirisme populaire est notre incertitude, moins encore sur leurs maladies que sur les indications à remplir; incertitude que le vulgaire ne manque point de taxer d’ignorance. Bien que cette imputation soit outrée, elle n’est point sans fondement; et ceux des nosographes qui ont voulu venger et soutenir sous ce rapport la gloire de la médecine, sont restés loin du but qu’ils voulaient atteindre. Quoique le flambeau de l’anatomie pa- 2»!ique ht jeté » fcUcu de lumière sue le siéne de la plupart des maladies de l’enfance, et ordil nous ait permis d’en reconnaître la nature, <-e n’est encore là qu’un premier pas de iait vers le terme de nos recherches. Cette connaissance ne nous conduit pas directement a celle des indications à remplir. L’expérience a dû convaincre tout médecin éclairé que la thérapeutique des enfans ne peut point être assimilée à celle des adultes, ni se déduire des memes circonstances tant qu analogues. A tous égards quelle différence ne trouvons-nous pas entre les individus des divers âges dans l’état naturel ? et pourquoi ces différences n’existeraient-elles pas dans les cas pathologiques même les plus rapprochés.

Moins l’homme s’éloigne de la naissance , plus le cercle de ses maladies se rétrécit. La vie de relation et les affections morales ne sont point les seules circonstances qui établissent les différences qui existent entre le cadre nosologique de l’enfance et celui des adultes. La disposition des phénomènes vitaux influe peut-être encore davantage sur le nombre des maladies que toutes les autres causes connues. Chez l’enfant ces phénomènes sont moins dépendons les uns des autres que chez l’individu arrivé au summum de son développement. La preuve, c’est que telle lésion qui réveille sympathiquement chez celui-ci une foule d^accidens , n’a souvent qu’un effet local chez l’enfant. Nous voyons des nouveau-nés survivre à d’horribles mutilations (i), qui seraient promptement mortelles

(i) Les journaux ont rapporté, il y a quelques mois, qu’un accoucheur avait amputé les deux bras d’un enfant pour l’aider à venir au monde, et que le petit malheureux survivait encore quinze jours après cette double mutilation. Actuellement je donne mes soins à un enfant de quatre mois, du sexe féminin, qui, depuis plusieurs semaines, porte un ulcère gangréneux qui , en moins de trois jours , a détruit toutes les parties comprises entre l’arcade pubienne et la cloison recto-vaginale. On serait étonné de voir que cette enfant, victime de l’incurie d’une nourrice, ne porte point sur sa figure l’empreinte de la souffrance ; elle tète, boit et mange comme si elle était en bonne santé, et cependant elle n’a guère que quelques jours à vivre.

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à un âge avancé. Pourquoi en serait-il autrement

à l’égard des lésions vitales?

Quoique les maladies chez les enfans soient moins nombreuses , le diagnostic n’en est pas plus facile. Les renseignemens que donne le malade sur le siège de la douleur et sur le sentiment qui la caractérise, peuvent contribuer puissamment à la détermination de notre jugement. L absence de cette faculté n’est point nulle dans ses conséquences. Nous voulons y suppléer par l’interprétation de signes souvent illusoires ou trompeurs. Rien n’est moisis vrai que cette assertion d un auteui nouveau, que sur la figure des enfans l’instinct écrit ses oracles les plus sûrs et les plus apparens(i) *, à aucun âge de la vie , les modifications de la physionomie ne peuvent arriver plus promptement et être plus enharmonie avec les changemens intérieurs (2). Il y a trop de mobilité dans les 01 ganes et trop d’activité dans les fonctions , pour que les uns et les autres soient modifiés d’une manière

constante dans telle ou telle circonstance pathologique. Cependant, en lisant les nosogiaplnes , il semble que les maladies y sont décrites avec la même précision qu on tracerait une figui e de géométrie; si I on met ensuite les faits décrits avec les

(1) Voyez la note précédente.

(2) Eas'ebe de Salle, Traité des Maladies des Enfans ,

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faits païens, on ne s’y reconnaîtra plus. L’habitude ici est peut-être moins infaillible que la science. J’ai vu des nourrices et des gardes porter un pronostic plus sûr que le praticien le plus expérimenté , et cependant en ne se déduisant que de certains caractères généraux , beaucoup plus importais que les détails minutieux auxquels les esprits méthodiques attachent tant de prix, quoiqu’ils n’en retirent aucun avantage réel le plus souvent.

Toujours est-il que les maladies de l’enfance sont moins nombreuses que dans les autres périodes de la vie. Mais aussi elles paraissent plus intenses, en raison de la grande activité du principe vital pris dans chaque organe en partculier , et conséquemment leur solution est beaucoup plus prompte. Elles s’annoncent bien rarement par quelques signes précurseurs, elles se montrent subitement et disparaissent rapidement *, ainsi l’enfant passe souvent dans un seul moment des portes de 1a, vie à celles de la mort , et vice versâ. Quant à leur durée, elle est d’autant plus courte que les individus sont plus jeunes. La variole, la rougeole, dans les premières années parcourent en moins de temps leurs périodes qu’à un âge avancé. C’est là une conséquence de Fidiocrasie particulière à chaque âge.

Ces considérations sont de la plus haute importance pour l’application de la thérapeutique. Je dirai, avec M. Cruvelhier, que les maladies des

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enta ns, prises à temps, sont en général plus faciles à guérir que celles des adultes } que si l’activité de la nutrition et de tous les mouvemens organiques rend le désordre bien plus rapide, la même activité rend les remèdes bien plus efficaces (i)-, mais aussi, en raison de cette grande activité, ilfautetre très-circonspect sur leur administration. Et pour réduire à la plus simple expression toutes les modifications qu’il convient d’apporter dans le traitement des maladies des enfans, on peut dire qu il doit être d’autant moins actif qu’ils sont plus jeunes.

Un traitement trop actif, soit qu’il tende à atténuer ou à augmenter les forces vitales, n’a pas seulement 1 inconvénient de déranger l’ordre des opérations de la nature médiatrice , si puissante pendant les périodes de la croissance, mais il influe quelquefois étonnamment sur la santé future des individus. Qu’on observe les enfans sur lesquels on a pratiqué des émissions sanguines abondantes ou répétées , ils restent long-temps malingres, valétudinaires , pâles, bouffis et comme étiolés.

Pour les cas spécifiés , l’expérience ne nous a point encore mis à même de déterminer le mode de médication qui convient le mieux, et lequel on doit préférer comme devant en espérer plus de chance de succès. Je ne crains point d’af-

(i) Med, pratique, avant-propos, p. xj .

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firmer qu’en assimilant la pathologie des enfans à celle des adultes, et qu’en déduisant le traitement des uns de celui des autres, on commettra les erreurs les plus graves. Nous devons un tribut d éloges à la franchise de M. Cruvelhier , qui , pour me servir de ses expressions, dit avoir été rebuté de l’emploi des différens modes de traitemens adoptés de nos jours par la plupart des praticiens.

Je ne serais point éloigné de croire que depuis la création de la doctrine d’irritation, il succombe plus d’enfans aux maladies aiguës que précédemment *, et il est facile de l’expliquer, si l’on réfléchit que d’après cette doctrine, qui a été adoptée par le plus grand nombre des médecins \d’ à-présent , les maladies dominantes chez les enfans seraient des ♦ gastro-entérites et des liydrocéphalites . Des vomismemens et quelques mouvemens convulsifs, accidens fréquens et si faciles à provoquer chez les enfans, sont très-souvent considérés comme les caractères certains d’une maladie franche et aiguë. J’ai été étonné quelquefois de la promptitude avec laquelle un diagnostic a été établi. Un enfant perd subitement l’appétit , il a des vomissemens , ses mâchoires se cessèrent et il tombe dans une sorte de somnolence , en voilà autant qu’il faut pour déterminer des applications de sangsues et de synapismes. Ces indispositions insolites, quand elles ne sont point les précurseurs d’une maladie régnante, ne m’ont jamais effrayé *, j’ai souvent vu dès le lendemain l’enfant avoir recouvré son état

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de santé habituel. Dans le cas même de maladie imminente, croit-on qu’en agissant grandement on éloigne le danger ?

M’étant toujours livré particulièrement à la clinique desenfans ; l’expérience me permet d’assurer que la médecine expectante rachetait plus de victimes que !a médecine spéculative. A l’appui de cette assertion je pourrais invoquer les faits de ma pratique particulière pendant les dernières épidémies de rougeole et de variole qui ont régné à Paris. A l’égard de celle-ci, en 1825, la maladie s’est manifestée chez la plupart des enfans avec les symptômes les plus inquietans ÿ sur trente et quelques varioleux que j’ai eus à soigner , aucun n’a succombé. Malgré les vomissemens frequens et souvent opiniâtres, tous les symptômes convulsifs, je n’ai eu recours ni aux sangsues ni aux synapismes, pas plus qu’aux applications réfrigérantes. Sauf quelques légèresifnodifications, tout le traitement a consisté en boisons délayantes ou legerement diaphorétiques tièdes, données en grande quantité (1), et quelques iavemens émolliens ou

laxatifs.

(r) Pour établir le diagnostic de quelques maladies, la manière dont les boissons agissent sur F estomac pput de venir d’une grande valeur. Tous les médecins ont reconnu que, dans les gastro-entérites aigues, les liquides occasionnaient des vomissemens, et des coliques quand ils franchissaient le pylore. Or, dans les cas où les boissons passent

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Une des considéra lions les plus importantes dans les maladies des enfans est le régime diététique. L’enfant qui prend la mamelle ou qui mange et boit(i), n’est jamais sérieusement malade. Par-

sans peine , peut-on admettre l’irritation des voies gastriques ? Je ne le pense pas. Dans les fièvres intermittentes et éruptives, par exemple, maladies qui ne sont point considérées comme essentielles par les médecins physiologistes, on peut donner au malade une grande quantité de liquide sans provoquer ni vomissemens ni coliques. Si , pour prouver que dans ces maladies il y a irritation des voies gastriques, l’on alléguait qu’il y a vomissement quelquefois, j’objecterais qu’il n’a lieu qu’au retour de la pyrexie , et qu’il cesse aussitôt que la réaction s’opère ; que dès-lors le malade ne vomit plus les boissons qu’il prend. Dans une gastrite véritable, au contraire, les liquides incommodent toujours, ou sont rejetés incessamment.

(1 ) Je n’entends parler ici que de la soif qui exprime un besoin naturel , et non de cette soif ardente qui est l’effet de la maladie. Il est quelquefois dangereux de satisfaire celle-ci, comme dans les inflammations aiguës des voies digestives (voy. la note précédente). M. Cruvelhier dit avoir retiré de bons effets de l’abstinence des boissons dans la maladie qu’il a appelée désorganisation gélatineuse des intestins ( entérite )= Quelques médecins de l’antiquité, notamment Asclépiade, ont vanté l’abstinence des boissons dans beaucoup de maladies. Chez les Indiens , le précepte de n’accorder aucune boisson aux malades est fidèlement observé. Il faut cependant que cette abstinence ait eu des résultats heureux; autrement cette pratique n’eût point traversé tant de siècles, et ne se serait point conservée comme un précepte dans la médecine des Orientaux.

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tant de ce principe , l’appétit est ici un avertissement de la nature qu’on ne doit jamais perdre de vue*, c’est un besoin essentiel, pour ainsi dire, qu’il serait dangereux souvent de ne point satisfaire. Il ne faut pas comparer la faim de l’enfant malade à celle de l’adulte malade. Chez celui-ci elle est presque toujours provoquée par l’idée du besoin , tandis que chez celui-là, qui ne demande point avec l’idée de conserver ou de recouvrer ses forces, c^est véritablement un besoin naturel.

Je dirai enfin qu’il est toujours fort sage de ne point méconnaître cet avertissement de la nature, ni de soumettre les enfans à une diète sévère et prolongée. L’abstinence , alors que le principe de vie dépense beaucoup , est toujours dangereuse. Ne pourrait-on pas, sous ce rapport, comparer l’enfant à la brute? L’un et l’autre étant sous la dépendance de l’instinct conservateur, tant que l’animal mange il n’est point sérieusement malade, mais aussitôt qu’il refuse tout c’est qu’il na besoin de rien. Les animaux domestiques, que nous voulons assimiler à nous-mêmes quand ils sont malades, au lieu de les guérir nous les tuons souvent par les jeûnes et les saignées , tandis que ceux qui vivent dans l’état de nature meurent rarement de maladie.

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