‹ Éducation sanitaire des enfansChapitre 7 sur 43 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

De la Grossesse , considérée dans scs rapports avec

V hygiène du fœtus*

Acclpe fœcundi communia pignora lecti Quâ tiBi sit scrvare viâ

Il ne m’appartient point d’indiquer quelles conditions seraient les plus favorables pour engendre^ de beaux enfans. Les considérations qui auraient pour objet ce point d’hygiène ne sauraient trouver leur application avec la philosophie actuelle ; toute loi même qui aurait pour but de confier exclusivement la génération des hommes à des individus capables de transmettre à leur postérité une belle conformation serait tyrannique et odieuse, et les

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avantages qu'on devrait en attendre ne compense» raient jamais ses funestes conséquences. Le sort des individus envers lesquels la nature a été avare de ses dons serait trop affreux s’ils étaient condamnés à ne vivre que pour eux-mêmes, et si,. en leur interdisant le plus doux des liens, on les privait des fruits qu’il procure. Quand même les unions conjugales ne promettraient qu’une progéniture chétive et dégradée, on ne saurait les interdire , d après ce principe de justice que tout cœur sensible a droit à la possession d’un objet tendrement aimé; et tout ce qui porterait atteinte à ce droit serait une violation des lois de la nature que rien ne saurait justifier dans l’esprit de l’homme philanthrope.

Avec la conception commence l’existence de l’homme; mais, comme son existence est liée à celle de la mère, il importe beaucoup que celle-ci soit, pendant tout le temps de la gestation, dans des conditions capables d assurer au nouvel etie une heureuse conformation , et propres à te conduire facilement aux portes de la vie. Nous ne saurions nous rappeler sans une sorte d’étonnement les dangers que nous encourons avant que de naître. Confiés au sexe le plus faible et sans défense , comment la mort ne vient-elle pas nous surprendre encore plus souvent dans le sein maternel?

Précédé du sentiment le plus irrésistible et des orages les plus impétueux, accompagné des émotions les plus tendres , l’acte de la génération est

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suivi de phénomènes physiques et moraux presque opposés. La nature semble dérober à ceux qui procréent une portion du principe de vie qui les anime, pour le départir au nouvel être : post coï tum animal triste. Aussitôt que la femme a conçu, à cette vivacité naturelle qui la rend mobile et inconstante succèdent le calme et la tranquillité ; une douce inquiétude voile son aimable gaîté • le désir des amusemens est remplacé par une satisfaction complète qui trouve sa source dans de nouvelles espérances. Cette coquetterie enfin, qui semble moins être un art qu’un don de la nature , a cédé à un charme moins attrayant sans doute^ mais beaucoup plus précieux, la modestie.

Ces changemens ne sont point les seuls qui se manifestent au moral ; une foule d’aberrations mentales , qui pourraient être considérées comme autant de cas maladifs, se succèdent souvent avec une rapidité étonnante. En général, chez les femmes enceintes l'intelligence est plus faible, le jugement moins sûr, l’imagination plus active, plus mobile et plus facile à s’alarmer. De même aussi les habitudes physiques changent avec la grossesse: certaines fonctions diminuent ou se suppriment, tandis que d’autres augmentent ou s’établissent. La femme devient alors un objet d’attention, non-seulement pour le médecin et ceux qui l'entourent, mais aussi pour elle-même : avec la conception doit donc commencer le devoir maternel. Pou rquoi ce cortège d’incommodités qui assiègent

de la grossesse.

alors la femme ne se remarquent-elles point chez les femelles des animaux , qui ne cessent point de jouir d’une bonne santé pendant tout le temps de la gestation? La raison de cette différence est toute dans l’organisation physique , sans cesse modifiée dans l’espèce humaine par les coutumes et les habitudes morales , qui s’écartent toujours plus ou moins des lois primordiales.

Il s’agit moins ici de préceptes généraux d’hygiène, que de précautions que la femme doit ob* server dans ses habitudes domestiques et ses goûts particuliers. On ne saurait cependant indiquer rigoureusement les unes et les autres, puisque tout est subordonné à la position sociale et aux diverses conditions de la vie. Le repos ne peut être recommandé à la malheureuse qui est forcée de se livrer à un travail pénible et journalier, quand elle doit pourvoir à sa subsistance. On ne peut non plus prescrire un exercice salutaire a telle autre qui a besoin de consacrer tous ses instans à des occupations sédentaires et minutieuses*, l’on ne peut non plus prescrire un choix de régime et une diète salutaire à celle qui ne se nourrit que du superflu et des rebuts de Fopulence. Tous ceux qui ont traité de l’hygiène privée sembleraient donc n’avoir eu en vue que cette classe privilégiée et les favoris de la fortune.

Mais encore, dans quelque condition que se trouve la femme, peut-elle beaucoup par elle-même ? Par scs seuls efforts et sa prévoyance il n’est pas tou-

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fi

jours en son pouvoir de se mettre en garde contre tout ce qui peut porter atteinte à sa santé et compromettre celle de son fruit. C’est donc à vous, tendres époux, qu’il appartient de protéger l’objet de votre affection et celui de vos plus douces espérances *, c’est à vous, mères instruites par l’expérience, à guider celle qui promet déjà de perpétuer votre postérité ; c’est au médecin ensuite , quand la sollicitude domestique est insuffisante, à en seconder les efforts par ses avis *, enfin , c’est au magistrat à intervenir quand l’amitié et la médecine deviennent impuissantes.

Protection et secours envers les femmes, étaient les premiers devoirs de la chevalerie ; mais ce n’est plus ici ni ces soins ni cet empressement que l’amour ou le désir de plaire détermine, c’est une sorte de respect mêlé d’attendrissement , et un vif intérêt que commande cette situation imposante. De tous temps , chez les nations civilisées , celles qui promettaient de devenir mères étaient l’objet d’unebienveillanceactive, d’une protection spéciale et même d'un respect religieux. La femme dans cet état,, étant le gage le plus précieux de l’harmonie universelle , de la prospérité publique et de l’immortalité des familles , il est donc du devoir de ceux revêtus de quelque puissance d’écarter les obstacles qui pourraient déranger ou interrompre le grand œuvre de la reproduction. Toutes les religions, les plus intolérantes même, n’ont point regardé l’infraction de leurs dogmes comme une

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violation. Les juifs, si sévères dans l’observance des lois de Moïse leur permettaient Lusage de certaines viandes défendues. Celles de l’Eglise les affranchissent du jeûne, et les laissent jouir, en raison de leur état, de tous les privilèges accordés

aux malades.

Quant aux lois temporelles , ne devraient-elles pas rendre passibles de peines sévères ceux qui se laissent emporter par la colère , au point de mal-

traiter et de frapper leurs propres femmes dans cet état imposant. Dépositaires des plus chères espérances de la société , les maris ne sont plus en droit de les considérer comme n’existant que sous leur seule dépendance. Et cependant nos lois ne permettent point d’intervenir dans les dissensions domestiques qui éclatent si souvent de la manière la plus scandaleuse et la plus outrageante ; aussi le nombre de malheureuses victimes est-il incroyable. A Sparte , à Athènes, les femmes qui promettaient de devenir mères étaient l’objet d une police vigilante et protectrice*, tandis que dans l’Europe moderne , les lois sont injustes et souvent oppressives à l’égard du sexe le plus malheureux par sa condi-

tion naturelle.

Si toutes les femmes enceintes se trouvaient dans la même position sociale, l’on pourrait insister à leur recommander de se maintenir dans les conditions les plus favorables à la conservation de leur santé. Mais ce qui est du domaine de l’hygiène privée n’appartient point à toutes les classes de la

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société : et comme l’observe Hoffmann, il est difficile de donner des préceptes généraux qui puissent convenir à tout le monde, scientia rerum liomini salubrium et inSalubrium , non tant intellectu facilis est ut vulgô putatur . Tout ce qu’on a dit sur cet objet n’est qiff un vain verbiage scholastique , puisque tous les préceptes qu’on enseigne ne sont point susceptibles d’une application constante. Un air pur, une habitation saine, des vêtemens et des lits commodes sont reconnus de tout le monde comme des choses avantageuses et nécessaires, et seront toujours recherchés par toutes les personnes qui pourront se les procurer. La malheureuse qui trouve sa subsistance dans un lieu malsain et infect, doit le préférer à celui ou il ne règne pour elle qu’un air pur. Le choix d’une habitation convenable iTapparti eut non plus qiffà une très-petite portion de la société. Une demeure sombre, obscure et humide deviendra toujours le partage de la classe indigente et asservie , et jamais celle d’une famille aisée et indépendante.

Le choix des alimens et des boissons n’est pas constamment à la disposition de la classe la plus nombreuse : néanmoins cette classe observe en général une manière de vivre plus conforme aux vœux de la nature. Aussi les femmes qui sont habituées à une nourriture simple et tempérante, ne connaissent-elles point cette foule d’n' dispositions auxquelles sont sujettes celles qui vivent au sein du luxe et de l’abondance.

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En raison de la facilité avec laquelle les boissons passent , elles peuvent être ingérées en trèsgrande quantité, et devenir pour les femmes grosses la cause de beaucoup d’indispositions. Le vin de bonne qualité est une boisson très-salutaire quand l’usage en est tempéré par la sobriété, et doit toujours être préféré au cidre, à la bière et à l’hydromel. Les liqueurs fortes sont essentiellement pernicieuses , et les femmes qui en font usage habituellement sont peu fécondes, exposées aux avortemens , sujettes aux maladies nerveuses, à des hémorrhagies utérines et aux hémoptysies.

On taxera peut-être de vaines déclamations tout ce que j’ai à dire sur les effets pernicieux du café et du thé ] néanmoins, il est constant que le cortège des maladies nerveuses s’est considérablement accru depuis que ces infusions sont devenues d’un usage commun et journalier. L’observation m’a convaincu qu’en exaltant la sensibilité, ces boissons avaient une action très-marquée sur l’utérus, nuisaient essentiellement à la fécondation et provoquaient souvent l’avortement. Pour reculer l’heure du repos et prolonger les amusemens de la société dans la nuit, il est presque indispensable d’avoir recours à de tels exci tans. Malgré la fatigue, ce n’est plus le dieu du sommeil qui appelle au lieu accoutumé, c’est Vénus en délire qui l’a devancé et dispersé les pavots. Si beaucoup de femmes sont privées d’être mères, c’est moins la nature qu’elles

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doivent en accuser que ces intempérances auxquelles quelques-unes s’adonnent sans ménagement. Jetez les yeux sur ces femmes qui ne s’abreuvent point à celte coupe enchantée d’un monde opulent, et qui trouvent tout leur bonheur au sein d’une famille unie par line douce concorde, elles vous offriront l’image de la santé, de la tendresse et de la fécondité.

Le besoin de se mouvoir et de se déplacer est si naturel a 1 homme , que la fatigue lui est moins préjudiciable que le repos absolu. Pourquoi n’en serait-il pas ainsi à l’égard de la femme dans l’état de grossesse ? Quelques médecins , en leur interdisant toute espèce d’exercice et de déplacement], n’interprètent pas toujours les intentions de la nature. Cette recommandation ne doit s’appliquer qu a celles dont les infirmités le réclament impérieusement. Le précepte d’Hippocrate , qu’aussitôt que la femme reconnaîtra avoir conçu, elle doit garder le repos absolu ( 1 ), est aussi impraticable qu’il paraît inutile. Si nous invoquons encore le témoignage de la nature, nous verrons les femelles des animaux , aussitôt qu elles ont conçu , devenir plus remuantes, plus vives, et s’exercer à la course. Ce n’est guère qu’au moment du part qu’elles se trament pesamment, et s’éloignent peu du lieu oii elles doivent déposer leurs petits. Aristote (2)

(1) De Sterilibus.

(2) De Genemt. anim., 1. IV, c. 6.

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ayait déjà observe que la femme qui a coutume de travailler pendant la grossesse accouche plus facilementque celle dont la vie estsédentaireetinaetive. En effet, nos rustiques paysannes sont rarement trompées dans leurs espérances, quoique se livrant souvent sans ménagement aux plus pénibles travaux, sous les rayons d’un soleil brûlant, ou sous F influence d’une rigoureuse froidure ; tandis que toutes les précautions auxquelles on assujettit les privilégiées de la fortune ne sont point constamment suivies des résultats qu’on devrait en attendre. Tout esprit judicieux ne peut entendre dire sans une sorte d’étonnement qu’une femme est condamnée pendant toute sa grossesse à ne marcher qu’un temps déterminé, à la même heure, quelle doit éviter d’aller contre le vent, de ne sortir qu’en voiture bien fermee, toujouis se couchei et se lever à la meme heure, et mille autres précautions aussi absurdes que ridicules. Femmes qui espérez devenir mères, ayez plus de confiance en la nature vigilante, vivez dans une parfaite securité. La promenade est nécessaire, un peu de fatigue meme ne nuira jamais a votie état. Sans rechercher Terpsichore , ne l’évitez pas quand elle vous invite à ses amusemens : par l’exercice de la danse vous tempérerez l’excès de cette sensibilité nerveuse, source de ia plupart nés indispositions qui vous tourmen tent -, vous acquerrez plus de force et de souplesse, et toute Fénergie nécessaire pour arriver sans naufrage au terme de vos vœux.

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Combien étaient ridicules toutes les précautions dont on entourait autrefois les princesses du sang royal. Jeanne d’Albret, qui accompagna son mari dans ses dernières campagnes , et qui dans son neuvième mois traversa toute la France pour se rendre à Pau et donner le jour au meilleur des rois, fut beaucoup plus hardie que ne Je seraient la plupart de nos simples bourgeoises d’aujourd’hui. Ne voyons-nous pas encore quelques femmes étourdies et légères commettre impunément les imprudences les plus graves ; tandis que d’autres , intimidées par les précautions dont on les entoure, énervées par la crainte , n’arrivent jamais au terme tant désiré. Nous voyons encore un grand nombre de celles qui portent le fruit d’un amour illicite employer une foule de moyens violons pour se faire avorter, sans pouvoir accomplir leur coupable dessein.

On ne saurait, au contraire, trop recommander aux femmes enceintes de ne point se livrer à ces genres d’exercices dans lesquels les muscles du tronc sont principalement mis en action , tels que de s’élever à laide des bras, soulever un fardeau, ou souffler long- temps. Combien le magistrat éclairé ne pourrait-il pas prévenir d’accidens, en avertissant du danger auquel s’exposent les femmes des campagnes dans leurs occupations journalières, par exemple dans la fabrication du pain , dans l’action de macquer, de serancer le chanvre ou le lin, de charger les voitures des bouviers, de gra-

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vir sur les arbres pour la récolte des fruits , de chauffer et de faire leurs lessives , et enfin d’être obligées souvent aux mêmes travaux que les hommes. Pauvres femmes ! qui pourrait sans étonnement vous voir remplir en même temps toutes les obligations de votre sexe et supporter les plus pénibles travaux domestiques. Cependant en êtesvous moins fécondes, donnez-vous le jour a des enfans moins robustes, rendez -vous moins de services à ce monde civilisé qui vous compte pour rien, que ces superbes virtuoses, ces aimables et stériles beautés qui font l’ornement des salons et les délices de la société !

On a peine à concevoir que des hommes de sens aient pu blâmer et même interdire les bains aux

femmesenceintes. Avicennes veut qu’aussilôtque les femmes se reconnaissent telles, elles observent de ne point se baigner. Moriceau adopte également 1 opinion du médecin persan. Nous ne savons sur quoi estfondce cette recommandation. Si nous invoquons l’observation, nous verrons que les bains ne sont jamais suivis d’aucun accident , à moins qu on n en use dans des circonstances intempestives. Ils sont bien moins utiles aux femmes robustes et sanguines, qu’à celles d’une constitution lymphatique et nerveuse -, pour celles-ci les bains naturels même sont d’une efficacité incontestable. La réaction qui succède au bain froid développe les forces musculaires, diminue la susceptibilité nerveuse qui joue un si grand rôle dans une constitution frêle et délicate.

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Si les modes sont l’expression du bon goût , elles ne s’accordent pas toujours avec les commodités de la vie. Il est incontestable que certaines formes dans les vêtemens ou leurs accessoires, sont essentiellementnuisiblesauxfemmes enceintes, surtout à cette époque où les formes du corps commencent à changer, quand déjà l’utérus .envahit une partie de la capacité abdominale. On ne saurait trop blâmer les femmes dont la toilette est l’unique occupation, de porter pendant tout le temps de la grossesse des corsets garnis de baleines et de longs buses. Quelque peu que soit serré ce vêtement, il tend toujours à déprimer et à refouler sur le bassin les organes abdominaux : il résulte de là que 1 utérus se trouvant fortement comprimé ne peut acquérir toute l’amplitude nécessaire au fœtus. De nombreux accidens, tels que des maux de tête, des étourdissemens, la constipation, la dysurie, des ménorrhagies , des engourdissemens et même des douleurs dans les membres inférieurs sont encore les effets de cette funeste habitude de porter des corsets trop serrés. Outre ces nombreux inconveniens, les corsets, en comprimant les mamelles et les repoussant en haut, empêchent qu’elles ne se développent suffisamment pour remplir les fonctions importantes auxquelles elles sont destinées. Nest-ce pas encore à cette funeste coutume de trop serrer les jeunes personnes, qu’on doit attribuer cette soi te d infirmité qui prive un très-grand nombre de femmes de nourrir leurs enfans? Beaucoup, àla

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veille d’être mères , n’ont presque point de mamelles ; la glande mammaire est comme atrophiée. Les femmes au contraire qui ne sont point assujetties à suivre les modes gênantes, ni à poitei des corsets et de longs buses, sont rarement dépourvues d’un charme auquel la coquetterie attache un si grand prix , d’un des plus puissans attraits

de l’amour.

Aux devoirs maternels il est sans doute quel» ques sacrifices à faire. L’élégance et le bon goût ne doivent jamais, dans cette circonstance, faire oublier quelques précautions qui , bien qu’elles paraissent d’une faible importance pour les gens du monde, n’en sont pas moins d une utilité reelle pour le médecin \ mais peut-être seront-elles appréciées quand nous aurons signalé tous les accidens que provoque leur négligence.

Si l’hiver est la saison des plaisirs dans les grandes villes, c’est aussi le temps où l’on gagne le plus de maladies. Plus les commodités delà viesont grandes, plus on est exposé auxdérangemens de la santé. Au cœur de l’hiver,! a tempe'rature des salons diffère trop de celle du dehors pour qu’on ne soit pas expose a de fréquentes indispositions, quand la transition d’un milieu dans un autre se fait sans précaution. Le froid aux bras et aux pieds, dont on se gare plus

difficilement, causedes maux incalculables. N est ce pas une imprudence impardonnable de voir au milieu de l’hiver des femmes avec des bas à jour et des souliers de prunelle, marcher ainsi sur un

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pavé mouillé ou couvert de glace, tandis que le reste du corps est en sueur sous l’hermine ou le cygne, ’ious qui êtes appelées à devenir mères, soyez donc plus sages, en mettant plusieurs paires de bas ou en y suppléant par une guêtre d’étoffe de laine , en ne négligeant point de porter des souliers solides et imperméables, ou mieux encore une double chaussure. Par ces moyens, en se garantissant du froid, les femmes s’affranchiront de ces toux opiniâtres dont il n’est jamais permis de calculer les suites, et plus sûrement elles arriveront au terme désiré.

Toutes les habitudes ont leurs conséquences, toutes influent plus ou moins sur le rhythme des fonctions. Le sommeil, le repos, l’éducation, les goûts et les passions, chez les femmes enceintes, mentent une attention particulière.

Il importe beaucoup que dans tout le cours de la grossesse le repos et le sommeil soient proportionnés à 1 exercice et à la veille. Cette funeste habitude d anticiper sur les nuits n’a pas seulement le seul inconvénient de priver d’un repos nécessaire et réparateur, mais elleentraîne à un grand nombre d’intempérances pour tenir les sens dans une activité permanente. Tout le genre nerveux entre dans une sorte d’irritabilité d’où il s’ensuit un malaise général. Ce n’est pas tout encore que de sacrifier son repos , mais à combien de dangers 11 est Pas expose'e celle qui se lance sur les grands t uàties du monue? O vous cjui me lirez! ne m’ac-

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cusez pas de m’ériger en censeur. Daignez ayant tout me suivre dans ces réunions ou 1 ambition conduit souvent , et que la cupidité préside : voyezy cette femme qui tous les jours dissipe le patrimoine de celui qu’elle porte dans son sein. Dans une seule nuit, elle se prive non seulement de la fortune d’une année, mais elle compromet sa frêle existence par toutes les angoisses auxquelles l’exposent les chances de la fortune. Si les jeux et Ses ris l’ont devancée sur la scène du monde , bien

souvent aussi elle s’en retire avec des regrets amers, de noirs soucis et des chagrins cuisans.

Plus nous nous éloignons de l’état de nature , moins, sans doute , nous sommes aptes à remplir ses vues. Sans vouloir prouver si les goûts et les penclians que décide l’éducation sont dans l’intérêt de l’espèce humaine , nous remarquerons cependant que les femmes savantes sont peu fécondés. L’amour, en effet , n’est point tellement actif chez le sexe le plus faible , qu’il ne puisse être

amorti par une imagination vive, un esput ardent, un travail contentieux et assidu. La femme est uniquement faite pour l’amour (i) ; et c’est faire un outrage à la nature, que de la distraire ou de l’éloigner des devoirs quelle est appelée à remplir. C’est une grande vérité que proféra un jour une illustre victime, en réponse à une ques-

^i) Virey, Histoire du Genre humain.

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lion indiscrète que lui adressait une dame auteur et bel-esprit : que la femme qui méritait cl’avantage, était celle qui avait le plus d’enfans. Cependant ciiez les femmes du monde tout semble concourir au détriment de l’espèce. Ainsi que l’observe le marquis de Mirabeau , nulle part les avortemens, les accouchemens laborieux ne sont plus nombreux que dans les classes privilégiées , où toutes les facultés de l’entendement sont plus développées , où sans cesse les femmes sont exposées à de nouvelles impressions (i).

Les arts les plus enchanteurs ne sont point sans inconvéniens pour les femmes enceintes. Les doux accens de la mélodie ne sont pas toujours exempts d’influences pernicieuses ; il est même à ma connaissance que plusieurs femmes avec le goût de la musique n’ont pu arriver au terme de leur grossesse sans de nombreux accidens. Vous qu’Euterpe inspire, n’avez-vous jamais ressenti les effets puissans de la mélodie , en entendant les tendres romances de Daleyrac et de Grétry ? L’adagio porte à la mélancolie. Dans la Vestale on ne peut surmonter l’anxiété ni le malaise général qu’on éprouve : c’est l’oreille enfin qui est le seul témoin des angoisses d’une vierge qu’on va immoler à la vengeance céleste. Le plaisant vaudeville au contraire nous égayé \ le boléro nous invite à danser ,

(i) Mirabeau, Traite de la Populat., part. II, pag, 3o6.

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le rondeau à chanter. Si dans l’état normal nous éprouvons ces différentes émotions, elles doivent être encore bien plus vives chez les femmes enceintes, qui dans cette situation sont douées d’un surcroît de sensibilité. Plusieurs m’ont assuré ne pouvoir exécuter certains morceaux de leur choix sanséprouver unesorted’exaltation mentale quelles ne connaissaient que là, maisqu’ensuite elles tombaient dans un anéantissement absolu. Or, les émotions ne pourraient donc pas se renouveler sans danger chez celle qui est appelée à de nouveaux devoirs.

Si nous avions quelques préceptes à donner à celles qui cultivent la musique , ce serait d’éviter de chanter les morceaux dans lesquels il faut parcourir d’un seul trait toute l’échelle diatonique , ceux oii il se présente des espaces immenses à franchir *, et en outre de ne point s’exercer sur des instrumens avec lesquels il faut être en contact immédiat , la harpe , la lyre , la guitare, par exemple, dont, par leur contiguïté, les vibrations se communiquent facilement, et produisent à la longue un malaise que reconnaissent la plupart de ceux qui jouent de ces instru-

mens.

Les scènes tragiques produisent , sans contredit, des émotions beaucoup plus vives que les scènes lyriques. On s’identifie en quelque sorte avec les principaux interlocuteurs d’un drame *, on sent le poignard dont Phèdre se perce le sein ; les fureurs d’Oreste font frémir *, de quelle horreur ne nous

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pénètre pas le récit affreux que Racine a placé dans la bouche d’Athalie :

<t . . . Je n’ai plus trouvé qu’un horrible mélange » D’os et de chairs meurtris et traînés dans la fange,

» Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux , » Que les chiens dévorans se disputaient entre eux ! »

La délivrance de Camille se fait si long- temps attendre, qu’on partage ses angoisses et son tourment. Un coeur de bronze se sentirait ému devant de pareils tableaux ; celui d’un être naturellement sensible que doit-il donc éprouver à la vue de ces fictions que l’art transforme en réalités ?

Il est fâcheux que les beaux-arts soient employés à représenter des scènes de douleur. Fallait -il que cette mère infortunée , dont le cœur saigne encore, se vît elle-même dans ce tableau qui représente la sollicitude maternelle arrosant de ses fermes le berceau ou n’est plus l’objet de sa tendresse ? Sans cette rencontre fâcheuse qui renouvela trop vivement sa douleur, aujourd’hui sans doute un nouveau fruit lui ferait oublier la perte du premier. Mais tel a été le résultat d’un souvenir déchirant, qu’une maladie cruelle est venue la surprendre , et déjà la mort avait porté sa faux impitoyable jusque dans son sein et mis un terme à de nouvelles espérances.

il n'est point inutile de signaler ici quelques autres exemples de ces pénibles et funestes impressions. Ilssufhront pour faire sentir combien il serait

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important que les femmes enceintes fussent l’objet d’une protection spéciale. Croirait-on qu’un de ces monstres qui de'shonorent le genre humain avait conçu l’abominable projet , pour satisfaire sa cupidité, de mettre un terme à l’existence de celle de qui il tenait sa fortune , en lui préparant tous les jours de nouvelles frayeurs , ou bien en lui ménageant des surprises capables d’éprouver l’àme la plus impassible. Cette infortunée était au quatrième mois de sa grossesse, lorsqu’elle eut le bonheur d’échapper à ce brigand domestique; elle eût infailliblement succombé aux mauvais traitemens de ce scélérat, si elle n’avait pas eu assez de courage pour tromper sa vigilance; néanmoins un coup terrible avait déjà atteint celui qu’elle portait dans son sein.

Les anciens, beaucoup mieux que nous, avaient senti la nécessité d’éloigner les femmes enceintes de tous les tableaux dont la vue est pénible. Pourquoi donc la police, si vigilante dans 1 Europe moderne, néglige - 1 - elle d’éloigner même des lieux publics les objets capables d’affecter l’imagination des femmes enceintes? Il y aurait sans doute de l’inhumanité à priver de leur liberté ceux qui sont atteints de maladies repoussantes et d’infirmités horribles; mais cependant l’intérêt général et l’hygiène publique légitimeraient de semblables mesures, dès-lors qu’elles n’atteindraient que des individus qui sont encore au-dessous de la nullité pour la société.

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Mais de toutes les impressions qui sont capables d’ébranler l’imagination de la mère , il n’en est point qui influent davantage sur la santé et la conformation du foetus que les phénomènes contre nature que peut présenter l’espèce humaine. Sur ce point, tel était le sentiment de Pline (i), qui pensait que par les seuls effets de 1 imagination de la mère , l’enfant était susceptible de recevoir la ressemblance de telle ou telle personne. Quelques modernes ont porté plus loin ce pouvoir de l’imagination , en affirmant que le fœtus pouvait devenir difforme. Les connexions qui existent entre la mère et l’enfant sont trop intimes pour nier l’influence de Pun sur l’autre*, et on ne peut taxer d’absurdité, comme le veut Camper, l’idée de cette influence(2). De la prévention au scepticisme outré il y a trop d’intervalle pour qu’on 11e doive point prendre un juste milieu. Voilà un fait qui, sans être concluant, est trop récent et trop remarqué pour le passer sous silence , et qui fera voir que les préjugés vulgaires ne sont pas toujours sans fondement.

Au mois de janvier i8a5, je fus appelé auprès d’une cuisinière, au village des Batignoles, près Paris. Cette femme était accouchée la veille d’un fœtus de six mois au plus, d’une difformité horrible. La lèvre supérieure était confondue avec les

(1) Pline, Hist. nat ,, 1. VII, c. 10. (a) Camper, QEuv., t. III, p. 2 55.

de la grossesse.

joues et les gencives, les os maxillaires correspondans très-écartés , de manière que la bouche et les fosses nasales neformaient qu une seule cavité, par l’absence totale du vomer . La jambe droite était tronquée au milieu ; le moignon avait la forme d’un cône , au sommet duquel le tibia, de la grosseur d’une plume a écrire et parfaitement ossifie , ressortait de la longueur de deux lignes. La meie de cette hideuse progéniture, vers le troisième mois de sa grossesse , en entrant dans la maison ou elle servait, fut saisie d’horreur à la vue d’un portier qui avait un bec de lievre qui le défigurait d’une manière horrible , et une jambe amputée.

Dira-t-on qu’il y a ici simplement coïncidence de faits analogues, et que l’un n est point la conséquence de l’autre? Alors nous demandeions poux — quoi il naît davantage d’enfans faibles, délicats, difformes, et de monstruosités, chez les nations policées, oii les femmes sont tres-irri tables , susceptibles d’impressions vives et d’exaltation mentale , que parmi les peuples agrestesquis éloignent pende l’état de nature? Je crois donc que de tous lessentimens pénibles celui dont les femmes puissent se défendre le moins , c’est l’horreur-, cestcelui aussi

qui paraît avoir le plus d influence sui la inanieic d’être du fœtus.

Quand les émotions ne vont pas jusqu à trancher le fil de la vie du nouvel être, elies le happent quelquefois d’infirmités auxquelles la moi l serait souvent préférable. En jetant un coup d œil

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sur la génération actuelle, nous verronsque parmi les individus nés pendant les orages de notre révolution un grand nombre sont atteints de tics nerveux, de névroses ou d’affections mentales. Ces exemples sont d autant plus nombreux que les con— tiees et les localités ont davantage etc troublées par les dissensions civiles et politiques. On voit d’après cela combien le moral des femmes exigede précautions et de menagemens pour que la grossesse ne soit point troublée.

Comme il est impossible de les mettre en garde contre les catastrophes et les événemens subits, il est neanmoins facile de prévenir la lecture d ouvrages qui retracent à l’imagination quelque spectacle épouvantable, d’éviter les récits indiscrets , les prédictions inquiétantes et les narîations pénibles. Il faut au contraire appliquer à leur esprit faible une sorte de traitement moral , qui doit consister principalement dans des occupations variées et à leur donner des distractions. Les Spartiates connaissaient si bien l’influence des sensations de la mère sur le foetus, qu’ils avaient le plus grand soin d entourer leurs femmes d’objets agréables pendant tout le temps de leur grossesse*

Certains préceptes sont quelquefois si opposés aux impulsions naturelles , qu’on pourrait justement taxer d’absurdité leur recommandation. La continence, que quelques philosophes ont regardée comme nécessaire pendant tout le temps de la gestation ne peut pas être raisonnablement indiquée

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comme une précaution nécessaire de la paît des femmes enceintes. Platon regarde comme un homicide de rechercher alors les embrassemens de sa femme*, quelques casuistes ont prétendu que la meme action était criminelle. Zacchias dit que les femmes sont en droit de se refuser à 1 acte conjugal. Quelques historiens ont rapporté que certains peuples séquestraient leurs femmes aussitôt que les premiers symptômes de grossesse se manifestaient. Après tout, est-il permis de pénétrer dans les secrets du lit nuptial et d’en régler les actes par un code ? Les droits qu’on y acquiert ne peuvent guère s’exercer que d’un commun aveu ; ou bien quand le cœur commande, il déjoue tous les préceptes froidement calculés.

L’amour ne peut donc pas être considéré comme sentiment spéculatif*, aussi, l’on s’est grossièrement trompé en citant les animaux pour prouver que la continence chez les femmes enceintes étaitun vœu de la nature. Dans les premiers l’amour est tout physique, il n’a guère qu^une époque*, les animaux ne choisissent point parmi les individus de leur espèce pour y satisfaire. Dans l’espèce humaine , au contraire , l’idée du plaisir devance toujours le bonheur*, l’amour ne vient que d’impressions agréables que produit un sexe sur l’autre par quelques qualités physiques, oud’un sentiment délicieux que déterminent certaines perfections morales, et enfin d’une sorte d’empire réciproque qui naît des rapports dans les goûts. Dès-lors que la lemrne sc monti e

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enceinte est-elle (railleurs sans charmes? On n’ignore point que beaucoup ygagnentmême pendant les premiers temps, et deviennent plus attrayantes : un grand nombre aussi, loin de se refroidir, ont les passions plus vives. Cependant après la conception le but de la nature est rempli ; mais dans cet acte important elle n’a point étouffé sans retour le sentiment qui y a présidé.

Si l’amour , dans l’espèce humaine rallume sans cesse son flambeau , ce n'est point pour consumer son propre ouvrage. Et cet ouvrage est d’autant plus fragile qu'il approche davantage du moment de sa création -, or, sa destruction devrait donc arriver le plus souvent peu de temps après, ce qui serait difficile à constater. S’il est des circonstances oii tel sacrifice est nécessaire, il n’appartient qu’au médecin sage et éclairé de les apprécier, et de régler les mesures qu’elles nécessitent. Nous n’aborderons point un grand nombre de questions qui se rattachent à ce point d’hygiène, pensant que le bon sens et la sagacité sauront suppléer à des explications que réprouvent la pudeur et la modestie.

Indépendamment des nombreux accidens qui surviennent dans le cours de la grossesse et qu’on peut considérer comme des états maladifs, les divers appareils de l’économie sont sujets à quelques clérangemens qu’on peut en quelque sorte regarder comme des phénomènes naturels. L’ouïe devient quelquefois si sensible que le moindre bruit insolite est insupportable ; nécessairement les fortes

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détonations doivent produire des secousses violentes et pénibles , aussi doit-on empêcher que les femmes s’exposent à les entendre quand elles n’y sont point accoutumées. L’odorat peut acquérir de même un degré de sensibilité tel , que toute odeur un peu forte , agréable en d’autres temps , devient alors très- incommode *, il en est surtout qui affectent si péniblement , que leur impression passagère suffirait pour donner lieu à des accidens graves. Pline dit qu’il est des femmes si délicates que l’odeur d’une chandelle mal éteinte est capable de les faire accoucher avant le terme ( i ), ce que Liebaut assure avoir vu lui-même.

De toutes les fonctions il n’en est aucune qui offre plus d’anomalies que la digestion (2). O11 est presque toujours étonné des bizarres appétits dont sont tourmentées les femmes enceintes. Il ne serait pas toujours prudent de les satisfaire, surtout quand ils sont décidés pour quelques substances dont l’ingestion ne serait point sans danger. Mais quand ils ne demandent que des choses qui ne sont point réfractaires ni pernicieuses à l’estomac., on •peut les permettre. Cependant, dans cette circonstance, beaucoup de substances semblent 11e point agir de la même manière que dans l’état ordinaire. Je connais plusieurs femmes qui pendant leur grossesse, pour satisfaire leur envie, ont bu du vinai-

(1) Pline, Hist. nat 1. Y II, c. 7.

(2) Thésaurus sanitatis .

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gre, de l’eau -de -vie ou quelque autre liqueur forte, bien au-delà de ce qu^il en faut pour rendre malade, sans cependant en avoir éprouvé la plus légère incommodité ; ce qui prouve que les appétits les plus bizarres et les plus ridicules ne sont que des besoins naturels, quil ne serait pas toujours prudent de contrarier trop fortement.

La saignée, qu’on pratique le plus souvent sans nécessité , mais non sans danger., chez les femmes enceintes , est devenue pour ainsi dire une coutume, entretenue par le préjugé et l’ignorance. Beaucoup de femmes sont si persuadées de son utilité, que si elles y manquaient, quoiqu’elles se portassent bien , elles croiraient ne point accoucher heureusement. On est donc forcé quelquefois, pour mettre un terme à leur crainte , de céder à leur croyance. Ceux qui ne voient dans la grossesse qu’un état morbide, attribuent à la pléthore sanguine toutes les indispositions quil accompagnent, et croient y remédier par les saignées: aussi voiton des femmes qui , malgré leur complexion délicate , subissent cette coutume, sans être pour cela rendues à la santé.

Parmi le peuple surtout on use largement de la saignée. 11 n’est point inutile de dire ici que lés sages-femmes et les accoucheurs charlatans entretiennent cet usage plus par calcul que par nécessité. En conseillant la saignée et la pratiquant eux - mêmes , ils gagnent déjà la confiance des femmes pour les aider dans leur

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accouchement. Je ne crains point de reveler de tels abus , auxquels conduisent tant de motifs diffe'rens. Si les funestes effets en restent inconnus,

c’est qu’ils ne se manifestent point immédiatement

après. L’aphorisme d’Hippocrate, millier in utero ferens , sectâ vend abortit , ebque magis si sit fœtus qrandior , ne trouve point constamment son application. En signalant linutilité ou les dangers de la saignée ce n’est point la défendre, mais c’est avertir que les femmes enceintes ne doivent jamais s’en rapporter qu’au médecin éclairé. Nous observerons que beaucoup de malaises qui sont attribués à la pléthore sanguine reconnaissent tout autre cause. Les étourdissemens , les maux de tête, la lassitude générale, le défaut d appétit, etc. , dépendent bien plus souvent de l’état de constipation où se trouvent la plupart des femmes grosses. Toutes ces indispositions cèdent le plus souvent en

rétablissant la liberté du ventre.

Pendant la grossesse , les femmes paraissent en général moins susceptibles de contracter un grand nombre de maladies que dans toute autre circonstance-, il est néanmoins prudent de les éloigner des foyers de contagion et des lieux où régnent des maladies épidémiques. A l’égard de quelques maladies virulentes la nature semble faire exception. Nous ne parlerons ici quede la syphilis sousle rapport de l’hygiène du foetus , et nous demanderons si le traitement doit être inodihé. J’ai plusieurs exemples que «les femmes ont porté pendant tout

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le temps de leur grossesse des affections vénériennes sans que leur santé en ait été sensiblement altérée, et sans que le fœtus en ail ressenti les effets. Swcdiaur et Bosquillon, en regardant comme dangereux d'abandonner ces affections à elles-mêmes pendant le temps de la grossesse, ont plutôt raisonné d’après des présomptions que d’après des faits. Il ne faut donc point, a l’exemple de ces auteurs, soumettre les femmes au traitement mercuriel, qu’ils disent avoir employé avec succès. Il est bien rare, au contraire, que ce traitement ne soit pas suivi d’accidens fâcheux , en por tan t u ne a t tei n te directe ou consécutive à la santé du fœtus.

Dans ses rapports avec l’hygiène du fœtus l’accouchement offre quelques considérations importantes. Les circonstances de cette opération n’étant point constamment les mêmes^, il n’est donc pas inutilede signaler 1rs inconvéniens qui peuvent résulter d’une pratique mal entendue, puisqu’elle est quelquefois au détriment du nouvel être. La plupart des accouchemens sont naturels et peuvent se lerminer sans le secours d’une main étrangère. Mais la crainte réclame sans cesse assistance, tandis que la sollicitude et l’humanité ont toujours des auxiliaires à offrir. Telles sont sans doute 1rs raisons qui ont porté à faire d’une opération de la nature un art pratique et rationnel. Dans les temps les plus reculés, chez les Egyptiens au moins, les accouchemens étaient pratiqués par les femmes. Chez les Grecs même, l’usage étai t de ne permettre

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la pratique des accouchemens qu à des femmes qui déjà avaient eu des enfans (i). L’areopage d’Athènes décida cependant ensuite que cette paitic de Fart de guérir serait réser vée aux médecins, vu que les femmes n’avaient pas toujours l'instruction nécessaire pour l’exercer. Les Grecs sentaient mieux que nous la nécessité d’exclure de cette pratique importante un sexe qui ne saurait toujours avoir la prudence et F habileté nécessaires pour agir d’une manière rationnelle.

Il est fâcheux que l’on n’ait point encore juge e toute l’incapacité des femmes pour seconder le but de la nature dans cette circonstance ; entre les mains du plus grand nombre, cet art utile n’est fonde que sur la routine, qui, à tous égards , est plus nuisible que profitable à la société. La pratique des accouchemens devrait doncappartenir uniquement à ceux qui exercent toutes les parties de 1 art de n-uérir, ou réservés à quelques-uns qui s’y adonneraient exclusivement. 11 ne faut point penser que tous ceux qui se livrent à l’exercice de la médecine soient capables de devenir habiles dans les

accouchemens, où il fautplusd’habitude, d’adresse

et de dextérité que de science , plus de prudence et de circonspection que de génie. A ce défaut de qualités physiques et morales on pourrait rapporter u„ grand nombre d’accidens qui surviennent pendant ou après cette opération.

(i) Platon, Dialogue de la Science .

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Rien sans doute 11 ébranlé davantage la fermeté que les cris de la douleur et les questions pressantes. Pour faire cesser l une et mettre un terme aux autres , ii n est point nécessaire de brusquer la nature ni de devancer ses intentions. Aucun autre sentiment que celui de l’humanité ne me porte à dire quq des praticiens se croient obligés de se rendre utiles et de faire preuve d habileté en ayant recours à des moyens que lapatience rendrait tout-à-fait inutiles.il faut au contraire applaudir à cette prudence qui repousse tous moyens accessoires. S'il enétaifc besoin, je pourrais citer d habiles accoucheurs qui, après quarante ans de pratique, m’ont assuré n’avoir trouvé qu’un très-petit nombre de cas dans lesquels ils auraient pu avoir recours au forceps, mais que cependant il ont toujours su s’en passer. J'ai vu des femmes rester pendant quatre jours en travail et accoucher fort heureusement. Je citerai un cas particulier, d’un enfant pesant à sa naissance i3 livres 3/4, qui est venu naturellement fort heureusement après être resté plus de 48 heures au passage.

Grand nombre de faits m’autorisent à croire que tous les moyens violens auxcjuels on a recours , s’ils ne sont point dangereux , sont du moins inutiles toutes les fois qu’il n’y a point de vice de conformation ou quelques différences de proportions de part ou d’autre. Pourquoi la nature eût-elle été moins favorable à l’espèce humaine qu’aux autres animaux ? Considérons les femmes

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dos campagnes, qui pour la plupart aoeouclu n i tort heureusement , sans d autre sooouis quo ooux d une voisine. Si au contraire lo» aecouehemens dans los grandes villes sont réputés laborieux, s ils sont plus souvent suivis d accidens, si ontin boauooup a oufans survivent peu do temps a leur naissance, dans le nombre des cause' los se ours indiscrets et los manoeuvres maladroites y sont pour beau» oiqn

PREMIERS SOINS

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