‹ Éducation sanitaire des enfansChapitre 8 sur 43 · ARTICLE IL · texte numérisé non relu

ARTICLE IL

Des premiers soins a donner au nouveau-né.

L’idée des premiers soins à donner à l'enfant naissant, est moins pour l’espèce humaine, dans 1 état civil, un ordrede la naturequ’un usagecon* sacré par Fliabitude. Toutes les femmes se reposent entièrement sur le zèle des assistons; et celle qui a* coucherait dans l’isolement serait alors fort embarrassée pour secourir son enfant, si elfe n’était point instruite par l’expérience. Les animaux, auxquels nous nous croyons bien supérieurs, rendent cependant à leur progéniture tous les soins que réclament leur infirmité : tous les quadrupèdes coupent avec leurs dents le cordon ombilical de leurs petits et les nettoient.

Aussitôt que l’enfant a vu la lumière, on le sépare de la mère en tranchant le cordon ombilical, à la distancede quelques travers de doigt du nombril. Cette opération se pratique avec des ciseaux ou tout autre instrument tranchant. On est dans l’usage d’en faire la ligature, mais cette précaution ne peut point être regardée comme une chose indispensable, puisque beaucoup de peuples négligent de la faire. La ligature du cordon ombilical n’entraîne point , comme on le croit communément, des hémorrhagies ; car le sang qui s’échappe alors

r,0 PREMIERS SOINS o

qu'on le tranche , n’est que celui qui déjà était contenu dans les vaisseaux dont il se compose (ij. cette précaution est donc plutôt une coutume qu un précepte rationnel. Les soins que nécessité ensuite cette opération sont tout-à-fait sans importance . on entoure simplement l’ombilic de compresses fendues avec lesquelles on enveloppe la portion restante du cordon, et le tout est maintenu à 1 aide

d’un petit bandage circulaire.

On sait que les peuples de 1 antiquité plongeaient les nouveau-nés dans les fleuves et même dans l’eau glacée: ceux du Latium, les Heivétiens, les Celtes et les Germains, observaient religieusement cet usage. Fresque tous les peuples qui ne sont qu’à cet état de civilisation commençante observent cette coutume de laver dans l’eau froide les enfans naissans, pour les endurcir aux intempéries de l’air et leur procurer un tempérament robuste.

Durum è stirpe genus , natos adflumina primùm Deferimus, scevocjue gelu durcunus et midis.

Cette pratique est encore suivie chez toutes les na-

(ï) Aussitôt que F enfant a respiré, le sang ne passe plus par les artères ombilicales, quoique ces conduits restent encore béans. Ce phénomène n’ établit point une question physiologique ; il tient tout a-fait a une disposition physique : c’est-à-dire que, ces vaisseaux formant avec la partie descendante de l’iliaque un angle très-obtus , le sang ne peut point rétrograder, pii aller en sens inverse de sa première impulsion.

PREMIERS SOINS

lions du nord de l’Europe. 11 est facile de pressentir les dangers d’un usage semblable et ses funestes résultats. Rien n’est plus capable de disposer à l’endurcissement du tissu cellulaire, maladie souvent mortelle, que l’immersion dans l’eau froide.

Dans chaque localité et même dans chaque famille on a adopté une manière particulière de nettoyer les nouveau-nés, et le plus souvent encore cette opération est selon le préjugé des sagesfemmes. Tantôt on se sert d’eau tiède légèrement savonneuse ou aromatisée avec quelque essence, ou bien animée avec de l’eau-de-vie et du vin *, tantôt on emploie le vin pur tiède. Desessart approuve et veut que Ton conserve ce dernier usage (i). Rousseau , avec beaucoup plus de raison, blâme et condamne toutes ces coutumes qui s’écartent tout-àfait des lois naturelles, et qui 11e sont bonnes tout au plus que dans quelques cas particuliers, mais il n’appartient qu’au médecin de les préciser. La

observer ici, les moyens les plus simples et les plus doux doivent mériter la préférence.

Tout le corps des nouveau- nés est recouver d’une sorte d’enduit sébacé qu’il faut enlever à l’aide d’une éponge fine et de l’eau chaude. Quelquefois il arrive que l’épaisseur et la ténacité de cet enduit sont telles, que l’eau est insuffisante pour

(1) Desessart, K ducat, phjs, des Enfans, p. 76.

rj2 PREMIERS SOINS.

le détacher : on peut alors avoir recours à quelques corps gras, du beurre frais ou de Faxonge récente. Après quoi on lave l’enfant avec de l’eau tiède, et on l’essuie doucement avec un linge sec. Cette manière de nettoyer les enfans n’est pas seulement la plus simple et la plus commode , mais elle est aussi la meilleure et la plus salutaire, et doit être préférée à toutes les autres, qui ne sont fondées que sur des raisons ridicules et imaginaires.

Aussitôt que l’enfant est nettoyé, on lui passe une petite camisole d’étoffe de laine ou de coton, fendue derrière et garnie en dedans d’une chemise de toile, le tout fixé à laide d épingles ou de rubans de fil (i). La partie inférieure du tronc et les membres correspondans sont enveloppes d un ou de plusieurs langes de toile , et qu’on appelle couches', une couverture plus ou moins épaisse complète extérieurement l’appareil du maillot.

Malgré la défectuosité de cet appareil et l’état de gène dans lequel il tient l’enfant, il serait néanmoins difficile d’en adopter un meilleur et plus avantageux.

Cette manière de vêtir les nouveau-nés semble

même offrir quelque avantage sur tous les autres modes qu’on a proposés. Dans les saisons et les climats froids, le maillot est plus propre a retenir la chaleur si nécessaire au nouvel être. Cette espèce d’étui dans lequel est logé l’enfant donne beaucoup

f i ) Vovez les Lettres de Mme Fabvre-d Ohvel .

PREMIERS SOINS

plus de facilite à le mouvoir et à le déplacer; car la mollesse de ses organes ne permet point de le saisir facilement sans la crainte de froisser trop fortement ses membres délicats. Quant à la tète, on la recouvre d’un petit béguin de toile et d'un bonnet piqué ou de tricot. Cette coiffure ne sera point maintenue comme on le fait communément par des brides attachant sous le menton , qui ont l’inconvénient deserrer trop fortement, et de gêner la re piration et la circulation. Il sera bien préférable de fixer le bonnet à la brassière de l’enfant à l’aide de deux rubans de fil, et d’une manière assez lâche pour que la tète ne soit point gênée dans ses mouvemens.

Le premier âge ayant besoin de chaleur, il importe que le nouveau-né soit toujours dans un milieu tempéré. La chaleur vitale comme celle de la mère lui convient le mieux. Les quadrupèdes réchauffent leurs petits en les accollant à leur ventre. Les gaîlinacées forment en étendantleurs ailes un abri sous lequel viennent se tapir leurs poussins. Les oiseaux garnissent le fonds de leur nid de

substances soyeuses pour qu elles retiennent mieux la chaleur. Les reptiles et les poissons recherchent le soleil. Enfin, à certains animaux, les didelphes, les kanguroos, la nature a donné aux femelles une sorte de poche dans laquelle les petits naissans se tiennent chaudement rassemblés. On voit par là combien il est contraire à la nature d’exposer au froid les nouveau-nés, Il faut cependant éviter de

x PREMIERS SOINS.

les tenir clans une température trop chaude, et ne point les étouffer en les couvrant entièrement ,

comme le font quelques mères dans leur sollici tude

mal entendue.

Sans que l’enfant ait besoin de nourriture dès 3a naissance, le désir de téter se manifeste cependant aussitôt. Dans quelques localités on satisfait de suite à ce besoin, tandis qu’aillenrs l’usage, est de ne donner que douze heures après le sein à 1 en-

faut. Dan s cet intervalle , disent les praticiens, il se débarrasse du méconium et de l’urine qui distend la vessie. Et même pour favoriser ces excrétions , îa plupart des sages - femmes et quelques accoucheurs donnent à l'enfant un peu de vin sucré, de la mâne fondue, du sirop de chicorée ou de roses pâles. Mais ne doit-on pas taxer d’imprudence d’ingérer des substances irritantes ou purgatives

que Festomac délicat des nouveau-nés ne saurait convenablement supporter. La nature prévoyante n’a-t-elle pas préparé dans les mamelles de la mere une liqueur préférable a toute autre ? c'est le co/osirum , sorte de lait laxatif, nutritif, douxet sucré en même temps. Quand une mere ne voudrait pas allaiter Son enfant, elle ne devrait jamais au moins lui refuser cette première liqueur que rien ne saurait remplacer. C’estie remède le plusefficace pour débarrasser le nouveau-ne plus complètement du méconium: ad cjuod méconium expeîlendum egre-

qie conducit primum iliud lac tenue , sive aguo

tum , puerperarum recentium , si ipsee lactant in~

premiers soins.

fantem (i). Il ne faut donc point, à l’exemple de quelques médecins, interdire aux nouveau-nés le premier lait auquel ils attribuent des qualités malfaisantes*

Pour l’enfant, l’objet principal est la nourriture , puisque c’est d’elle que dépend le développement et l’accroissement organique. 11 ne faut point perdre de vue les considérations importantes qui s’y rattachent, comme le temps auquel il est besoin d’y satisfaire, et le choix de l’aliment qui convient le mieux. L’enfant, dit-on , ne manifeste le désir de téter que douze heures après la naissance. Tout nous porte à croire que ce besoin se fait sentir beaucoup plus tôt, puisque nous voyons que les enfans saisissent le mamelon aussitôt la naissance , et que les petits des bêtes cherchent la mamelle de leur mère. Si quelques enfans restent de longs intervalles sans manifester un besoin pressant de se nourrir, il faut attribuer ce retard aux différentes boissons qu’on est dans l’habitude de leur donner, et plus souvent à l’eau sucrée, qui a cela de particulier, d’apaiser la faim (2).

(1) Heister, Medica p radie a, p. 4o5.

(2) Il est incontestable que tous les liquides, l’eau pure meme, en déterminant par leur, présence l’érection elle jeu des organes de la digestion, sans servir à la réparation des forces, soutiennent pendant quelque temps les mouve» mens de la vie. Ils agissent alors de la même manière que les alimens qui n’ont point encore subi d’élaboration.

PREMIERS SOINS

La prudence et F humanité demandent impérieusement de ne point laisser pendant plus de douze heures les nouveau -nés sans leur donner le sein maternel ou celui d une autre nourrice : aussi est -il toujours sage de la part d’une mère d’avoir sur les lieux celle qui doit être chargée de ce soin. Ce défaut de précaution est souvent préjudiciable au nouvel être , s'il reste long - temps privé de nourriture. Dans Fattente d’une nourrice, j’ai vu rie ces tendres créatures rc ter quelquefois plus de quarante- huit heures sans autre aliment que de F eau sucrée. On sent combien celte abstinence prolongée peut être dangereuse pour ce ' êtres débile s qui ne sont mus alors que par le pressant besoin de se nourrir.

Dans tous les cas , le premier lait qu’on donne à l’enfant doit être en petite quantité. Cette précaution est indispensable pour prévenir les vo-> misseinens et les coliques, accidens qui surviennent presque toujours quand les enfans sont livrés à des nourrices peu intelligentes. A plus forte raison quand il y a vingt-quatre heures et plus que l’enfant est né , il ne faut point , en lui donnant le sein pour la première fois, le laisser assouvir sa faim ; il vaut mieux qu’il ne prenne qu’une petite quantité de lait d’abord , pour le présenter à la mamelle quelques instans après, et accoutumer ainsi graduellement son estomac à supporter le nouvel aliment. Sans cette précaution , on expose l’enfant à de nombreuses indispositions, à des hoquets , vo-

PREMIERS SOINS

missemens , coliques et diarrhées; accidens auxquels il est difficile de remédier , et très-souvent suivis de funestes résultats. On se plaint de ce qu’il meurt tant d enfans au premier âge , surtout dans les premiers jours de la vie : eh ! qui n’en voit la cause dans nos coutumes pernicieuses, que perpétuent Tignorance et la routine.

Page 1