ARTICLE III
De V Allaitement maternel .
Toutes les femmes sont appelées par la nature à nourrir leurs en fans \ celles don t l’état de saute leur permet de remplir ce devoir , et qui ne s’en acquittent point , manquent essentiellement au vœu qu’elles - mêmes se sont imposé en devenant mères. Cette pratique malheureuse , de confier les devoirs de la maternité a des mains étrangères , dut sans doute dans le principe relâcher le lien des familles et devenir fatale a toute association. Nés avec cette coutume, ses inconvéniens nous paraissent moins évidens; mais, pour le philosophe et l’homme éclairé , en est-elle moins une violation d une des premières lois de la nature ?
A tous égards, il serait digne d’un gouvernement sage , auquel les plus chers intérêts de la société sont précieux, de faire revivre un usage trop négligé aujourd’hui , soit en donnant un juste relief aux bonnes mères , soit en humiliant les femmes qui négligeraient un devoir si essentiel au perfectionnement physique et moral. Au temps de Démosthènes, on honorait les mères qui nourrissaient leurs enfans , tandis que celles qui les éloignaient de leur sein devenaient l’opprobre de leur sexe. Pendant les beaux siècles de Rome , chaque
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dame romaine donnait son propre lait à son enfant* Les Chinois 11e regardent point comme une véritable mère celle qui ne nourrit point. C’est l’allaitement maternel qui a conservé aux Géorgiennes depuis bien des siècles le plus beau sang du monde* En Hollande et en Allemagne les femmes se font encore un honneur de nourrir leurs enfans. Mais chez aucune nation les devoirs de la maternité ne sont autant négligés qu en France. Cependant au temps de la reine Blanche tontes les dames nourrissaient leurs enfans; la mère de saint Louis en donnait elle-même l’exemple (1). Cet usage, fondé
(1) Pour juger combien le devoir de Pallaitement était cher aux femmes du siècle de saint Louis, il suffit de connaître ce trait de tendresse maternelle de la part de la reine Blanche. Un jour que lareine était dans un violent accès de
fièvre, une dame de qualité, qui, pour plaire àsa majesté ou pour 1? imiter, nourrissait aussi son fils, vovant le petit Louis souffrir de la soif, s’ingéra de lui donner la mamelle* La reine, revenue de son accès, prit sou fils et lui donna la sienne, mais le petit Louis n’en voulut point. La reine d’abord en soupçonna la cause, et elle feignit de remercier la personne a qui elle était redevable du bon office rendu à son fils.. La dame, croyant faire sa cour à la reine, avoua que les larmes du petit Louis Pavaient si vivement touchée,, qu’elle n’avait pu s’empêcher d’y porter remède. Mais la reine, au lieu d’être reconnaissante, la regarda d’un air dédaigneux, et enfonçant son doigt dans la bouche de son enfant, elle le contraignit de rendre tout ce qu’il avait pris. La reine dit qu’elle ne pouvait endurer qu’une autre femme eût droit de lui disputer la qualité de mère. Yarillas^ Minorité de saint Louis, p. 10. Bayle, p.804, t. I, ire édit.
go Î)E LALLÂîfEIÜEÎsf.
sur un principe de morale religieuse et naturelle,-, se soutint jusqu’au quinzième siècle; à cette époque, ou les mœurs et les coutumes ultramontaines furent importées en France, François Ier, arbitre du bon ton et de la galanterie, en attirant les femmes à sa cour , et avec elles la politesse et 1 élégance , donna ce goût pour les fêtes et les amusefnens qui ne saurait toujours se concilier avec le^ intérêts les plus cliers. Fideles imitateurs du prince , les grands introduisirent dans la société cette courtoisie aimable , d’autant plus séduisante que les lettre? lui prêtaient leur pouvoir magique. L’art de plaire devint une étude et l’unique occupation de celles qui , avant l’invasion de la pantomime italienne , trouvaient tout leur bonheur à remplir les devoirs d’épouses vertueuses , et à mériter le titre de mère. A la cour des Médicis , ces goûts et ces mœurs se conservèrent ; à celle de Louis XIV, ils se montrèrent avec tout 1 éclat de la magnificence , et depuis se sont conserves comme les pi in— cipaux attributs du caractère national .
C’est moins sous le rapport de la morale publique que dans l’intérêt des vertus privées qu’il faut considérer l'allaitement maternel. Si une femme a des entrailles de mère, comment concevoir quaprès avoir porté pendant neuf mois dans son sein un être qu’elle ne connaissait point, elle puisse s en séparer aussitôt qu’elle le voit plein d existence , implorant ses secours, et occupant déjà une place dans le monde? Une mère, en se pénétrant bien
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<{ue le salut de son entant dépend souvent de ses soins , frémirait à l’idée de s’en séparer. La crainte et l’inquiétude viendraient sans cesse assiéger son âme et troubler sa sécurité.
Pour la femme qui n’a point d’occupations journalières , les devoirs de la maternité peuvent la préserver de tous les dangers auxquels entraîne l’oisiveté. La vue de son enfant devient bientôt pour elle le plus beau des spectacles. Chaque instant réclamant de nouveaux soins, lui prépare aussi de nouveaux plaisirs. O femme! si tu cèdes aux inspirations de la nature , vois quelle sera ta récompense! Chaque jour sera pour toi une aurore de bonheur , par tes soins maternels, tu resserreras, n en doute point , les liens de l’hymen ; tu transformeras souvent l’indifférence en la plus tendre affection : dès-lors le sage honorera ta vertu , tu commanderas le respect et l’amitié. Eh! que fautil de plus pour te rendre à la plus douce félicité ?
Outre ces considérations morales, il en est c|uî se rattachent à la santé , qui ne sont pas moins importantes. Piefuse-t-on à l'enfant le lait mater- * nel , veut-on arrêter le cours de ce nectar précieux, aussitôt la nature en punit la mère ingrate. Cette douce rosée se change en un véritable ferment, et devient le levain d’une foule de maladies. Malheur a celle qui voudra dessécher et tarir, la source de la première nourriture de l’homme (i) ! Changer
(0 Àulu-Gelle, Noct. attîc., 1. XK, c. t? p. 9,81.
de l allaitement
la direction du lait , c’est changer l’ordre des fonctions vitales ; c’est ouvrir une nouvelle source à une foule de maladies que ne connaissent point celles qui nourrissent.
Mais l’objet principal de l’allaitement maternel est la santé de l'enfant. Rien ne saurait remplacer la nourriture que la nature lui a préparée , et jamais dans un autre sang il ne saurait trouver l’aliment qui lui convient le mieux d’abord. Quand l’enfant ne cesse point de puiser à la même source les élémens de la vie, ses organes se les approprient mieux, et leurs fonctions s’exécutent sans aucun
trouble :
Prceterea cùm res ab eodeni semine cretas Dulcior humorum concordia misceat ultrô,
An cibus esse potest naluræ acception ullus ,
Ipse suo quam si de sanguine sanguis alatur ?
Scæv., Sam. pœd 1. I.
Une nourriture qui lui est étrangère ne peut être assimilée à sa propre substance sans porter quelques dérangemens dans l’harmonie des fonctions vitales. D’ailleurs , n est-il pas évident que le lait déjà vieux d’une nourrice est trop épais et trop substantiel pour un estomac délicat qui essaie ses forces et qui commence ses fonctions. Sous tous les rapports , le lait de la mère est donc celui qui
convient le mieux à l’enfant.
Indépendamment des influences bienfaisantes
du lait maternel , il faut encore que ce précieux
maternel.
liquide soit donne' à propos et en quantité suffisante. Une mère peut seule s’assujettir à donner à temps fixe le sein à son enfant. Une nourrice , au contraire , se règle moins sur les besoins du nouvel être que sur ses propres occupations. Après avoir laissé long-temps un enfant souffrir de la faim , elle lui donne ensuite un lait trop abondant pour qu il n en soit pas incommode* De ces intempérances naissent le plus grand nombre des maladies qui accablent le premier âge. J’ai vu de ces innocens quon avait inhumainement laissé jeûner, se gorger outre mesure de lait , le rendre ensuite par la bouche, le nez , et en être suffoqués. Malgie tout , on les couche dans des positions gênantes, on les berce impitoyablement , et en voilà plus qu’il ne faut pour empêcher la digestion, et porter un trouble mortel dans toutes les fonctions de la vie.
Toute mère qui voudra s’acquitter de ce devoir important, y trouvera plus d’une récompense. En assurant à son enfant une meilleure santé , elle peut esperer aussi de former un cœur digne de ses tendres soins. Celle , au contraire , qui dédaigne de remplir cette obligation, court risque de perdre les plus beaux de ses droits.
Ah î pour rendre leurs cœurs sensibles,
Vous devez les aimer pour eux*
Sabatier, Ode aux Mères.
Si une mère est douce, bonne, prévenante et
caressante, elle pénétrera ce jeune cœur de tous les sentimens qui l’animent. Le feu de l’amour filial allumé par ses soins peut seul faire germer dans son âme les précieuses semences qu elle renferme , et qui5 avorteraient à défaut de ce précieux élément. L’amour filial est le plus bel ouvrage d’une mère , il devient le fondement de ses plus belles espérances, puisqu’elle doit attendre tout de lui. Il n’est pas seulement le plus puissant lien des familles , mais , dans Tordre social , il est souvent le mobile des élans les plus généreux , et la source de vertus sublimes. En réveillant le sentiment de l’honneur , il peut mettre un frein à la fougue de la jeunesse , et devenir dans l’infortune
la plus douce consolation.
O toi qui abjures le plus saint des devoirs, si tu pouvais calculer toutes les conséquences de ton ingratitude , tu frémirais à l'idée de te séparer de celui auquel tu viens de donner le jour. Songe avant tout que son amour sera toujours la mesure de ta sollicitude ; car il ne faut pas croire que la raison supplée jamais a la tendresse naturelle. L’enfant connaît bientôt celle qui lui prodigue ses soins : la première image qui se peint dans ses yeux est celle de sa nourrice, qu’il connaît bientôt*, le premier usage qu’il fait de ses lèvres , de ses mains et de sa voix, est de lui sourire, de la caresser et de bégayer un nom qui n’est point le sien.
De quel prix ne sont pas pour une mère les premières expressions de cet amour naissant ? Le
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besoin enfin de jouir de ce bonheur se fait-il sentir, que de larmes ne va-t-il pas coûter à ce jeune être, pour lequel la véritable mère n’est encore qu une étrangère. Si 1 on vient à le séparer de celle qui lui a prodigué ses soins , aussitôt le sourire innocent abandonnera ses lèvres^ les sanglots et les soupirs viendront remplacer les doux accens de sa "voix native* s’il lui échappe quelque nom, il appartient encore à celle qu’il ne voit plus ; il refuse et repousse tout ce quûm loi offre, il perd l’appétit, 1 incarnat de ses joues est remplacé par la pâleur , sa gaîté enfantine s’est changée en tristesse , et tous ces phénomènes sont fréquemment de funestes présages.
Ce serait une erreur de croire que les enfans au premier âge ne sont point susceptibles d’affections moi aies profondes. J’en ai vu un très-grand nombie atteints de nostalgie , et devenir gravement malades. La nostalgie des enfans n’a point encore été signalée ; cependant elle mérite à tous égards une attention spéciale. Toujours est-il qu’on doit la considérer comme la conséquence d’une sépalation trop subite. J’ai vu de ces malheureux enfans ramenés à leurs parens tomber malades aussitôt. Ceux qui en méconnaissent la véritable
cause soumettent ces infortunés à un traitement souvent dangereux , tandis qu’on est presque toujours assuré de les rendre à la santé en les reportant ou leurs premières habitudes ont pris naissance.
jT ^5 9
j est en ayant égard à tous les soins et â toutes
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les précautions que réclame l’enfant du premier £o-e , qu’on entrevoit tous les inconvéniens et tous les dangers qu'il encourt étant confié à une nourrice étrangère. La plupart des nourrices meice naires ne font que ce qu’il faut pour lui conserver l’existence , mais rien de ce qui peut etre favorable à sa croissance. Quelquefois pauvre et malheureuse , elle peut à peine se sustenter ellemême , ou ne fera usage que de mets grossiers et de mauvaise nature -, tantôt elle se livrera à des intempérances ou bien à des excès coupables , et souvent elle portera dans son sein un nouveau fruit qui frustre le jeune étranger d’une nourriture qu’il pourra avoir payee d avance. Peu importe à ces malheureuses , tant que la nature ne les aura point trahies, elles nourriront miseiablement l’enfant qu’on leur aura confie, et préféreront, par leur dissimulation, creuser son tombeau, à sauver ses jours par un aveu qui les priverait de leur salaire. Tant de raisons sont donc plus que suffisantes pour persuader aux mères de nourrir
elles-mêmes leurs enfans.
Il serait injuste cependant d’accuser uniquement les femmes de ne point remplir tous les devoirs de la maternité. Des maris insensés imposent souvent à une mère sensible et tendre la privation de nourrir son enfant , et ce pour n avoir point à supporter tous les dégoûts que donne la première enfance-, comme si le bonheur de la paternité pouvait s’acquérir sans quelques sacrifices.
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Indépendamment des considérations domestiques et des usages qui privent les enfans de l’allaitement maternel , il existe un grand nombre de causes physiques ou morales qui le rendent impossible ou qui doivent s’y opposer. Au physique, une mère n’est pas toujours dans des conditions favorables pour remplir le devoir qu’elle -même voudrait s’imposer. Quelques femmes sont même dans l’impossibilité absolue de donner à leur enfant le premier aliment, puisqu'il en est dont les mamelles sont tout-a-fait stériles , ou ne fournissent qu’une très-petite quantité de lait. Les Islandaises en ont si peu qu’elles peuvent à peine allaiter quelques jours leurs enfans.
Les femmes d’une complexion frêle et délicate ne pourraient nourrir long-temps sans danger. L espece de fluxion que l’allaitement détermine vers les mamelles détourne la nutrition des autres parties. Quand cette révulsion est trop considérable, il s’ensuit l’amaigrissement, répuisement et le marasme; aussi, lorsque la santé se trouve altérée par le seul fait de l’allaitement, il est toujours prudent, de la part d’une femme, de ne point persister à nourrir *, bientôt elle ne serait pas la seule victime de sa sollicitude : son enfant , ne trouvant plus en elle l’aliment suffisant, dépérirait et succomberait.
Dans la classe indigente , on voit souvent des malheureuses , manquant de nourriture ou d’autres choses de première nécessité, tomber dans un état de marasme effrayant en s’épuisant pour
leur enfant, tandis que celui-ci vieillit sans croître, et meurt après quelques mois sans avoir plus de volume qu’il n’en avait à la naissance*
Les jeunes femmes dont la peau est délicate ont beaucoup à souffrir quelquefois dans 1 allaitement, par les tiraillemens que Fenfant exerce sur le mamelon dans la succion : le sein s’excorie et se déchire , de petits ulcères se manifestent , et même souvent des abcès accompagnés de douleurs cruelles. De pareils accidens mettent souvent les femmes dans l’impossibilité de nourrir long-temps.
Certaines maladies constitutionnelles , a-t-on dit , doivent exclure les mères de l’allaitement. Cependant on ne peut point affirmer encore si quelques vices morbifiques dont la santé peut être entachée sont susceptibles d’être transmis à l’enfant avec le lait. Cette transmission peut avoir lieu, mais non dans tous les cas. Un grand nombre d’observations sont pour la négative*, car ]’ai vu des femmes perdues de douleurs , portant des éruptions très-opiniâtres attribuées à des vices invétérés, et ne rien communiquer à leur nourrisson. Ce qui tendrait â prouver que le principe de certaines maladies n’est point universellement répandu , et que ses effets , quoique nombreux , ne sont jamais que des affections locales. D’ailleurs la nature voudrait-elle détruire son propre ouvrage en laissant circuler avec le lait quelques germes de destruction? Toutes les fois que les mamelles sont saines et qu’aucune circonstance n’enchaîne leurs
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fonctions , ii n’y a rien à craindre pour l’enfant.
On a prétendu qu’il ne fallait point qu’une nourrice fut réglée. Ce précepte ne saurait trouver une application générale • car il serait peu raisonnable de croire que celle qui est forte et vigoureuse n’est point susceptible d’être bonne nourrice } parce qu elle serait menstruée. Ici la menstruation n’est que l’effet d’un luxe de santé, d’une surabondance de sang dont la nature cherche à se débarrasser. Une femme replète et sanguine peut, malgré cette circonstance, fournir assez de lait à son enfant. Nous voyons beaucoup de femmes avoir deux nourrissons : or , dans le cas oii elle viendrait à n’en avoir plus qu’un seul , celui-ci ne pouvant tout consommer , il est donc nécessaire que cette exubérance d humeur trouve quelque voie pour s’échapper au dehors. En cette occasion on peut poser ces deux principes : i° si une nourrice est d’un tempérament sanguin et vigoureux , si toutes ses fonctions se font bien , quoiqu’elle soit réglée en allaitant, ce n’est pas une raison pour lui ôter son nourrisson * 2° si au contraire une nourrice est d’un tempérament faible et délicat, et qu’elle vienne à être réglée, on peut croire qu’elle est déjà malade*, et si en même temps les mamelles s’affaissent , il sera toujours prudent de lui ôter son nourrisson.
La grossesse est une des circonstances qui doivent le plus éveiller l’attention d’une mère qui nourrit.
9° dk l’allaitement
II n’est cependant pas toujours en son pouvoir de la reconnaître , puisque le lait n’est détourné que peu à peu , et qu il ne cesse de se porter aux mamelles qu à une époque déjà avancée de la grossesse. Ce n est guere que vers le deuxième mois que le lait commence à diminuer sensiblement de quantité, qu’il devient séreux et perd de ses qualités nutritives. Bientôt l’enfant maigrit, son teint s’altère, il est tourmenté de coliques et de diarrhées colliquatives , accidens auxquels il importe de remédier promptement.
La raison n admet point que la nature puisse diriger également bien deux opérations qui , en physiologie, ne sauraient coïncider sans que l’une nuise essentiellement a 1 autre, quoi qu’en aient dit quelques auteurs (i), que la grossesse n’était un motif de sevrer les enfans que lorsqu’elle était laborieuse.
L âge que doit avoir une nourrice ne saurait être rigoureusement fixé. La nature en rendant une femme fécondé, lui accorde en même temps le moyen de fournir une nourriture suffisante à son enfant. Il est cependant a considérer que les femmes tiop jeunes ou trop agees ne sauraient nourrir constamment aussi bien cjne celles qui sont d’un âge intermédiaire. L’âge le plus convenable est de vingt-cinq à quarante ans : dans cet intervalle , le
( 0 Laurent Joubert, Puzos, Van Swieten.
MATERNEL
corps est moins exposé à éprouver des révolutions.
Beaucoup de femmes sont mères à seize ou dix-sep t
ans, et grandissent encore jusqu’à vingt ou vingt-
deux ; elles ne sont jamais aussi bonnes nourrices que passé cet âge. De même que les femmes qui ont passé quarante ans , et qui approchent du temps critique , ne sauraient être toujours bonnes nourrices. Cependant, il y a peu d années, ] ai assisté dans ses couches une femme de cinquantedeux ans qui a mis au monde un bel enfant qu’elle a nourri fort bien.
Comme il y a une coïncidence réelle entre l’activité des organes génitaux et ceux de la lactation , tant que les premiers ne sont point susceptibles de remplir parfaitement leurs fonctions , ou qu ils ont à subir quelques révolutions , les autres ne sauraient non plus remplir parfaitement les leurs. Les femmes qui ne sont point mères avant vingt ou vingt -cinq ans sont en général meilleures nourrices ; celles qui le sont avant cet âge, en sont bien moins capables. Sous le rapport de l’allai tetement, les mariages trop précoces sont au détriment de la perfectibilité physique des individus : ce qui le prouve , c'est que sur le même nombre d’enfans nés de mères qui n’ont pas encore atteint vingt ans , il en meurt beaucoup plus que de ceux qui naissent de mères qui ont passé cet âge.
Les femmes douées d’une heureuse constitution^ d’un tempérament sanguin seront toujours meilleures nourrices que celles d’une constitution lym-
92 DE l'allaitement
phatique. Le lait des premières a presque toujours les qualités physiques qu’on doit rechercher pour une bonne nourriture : il est ordinairement d’un beau blanc , un peu onctueux , d’une odeur douce, et peut rester plusieurs heures au contact de l’air sans contracter de mauvaise odeur. Les nourrices d’un tempérament lymphatique, celles qui sont d’un blond tirant sur le rouge, fournissent un lait qui réunit rarement ces qualités. Il est comme séreux , d’un blanc tirant sur le bleu ou sur le jaune; il répand une odeur forte et se décompose promptement , la partie séreuse reste alors en très-grande quantité. Ce lait est bien moins nourrissant que le précédent; et quand l’enfant n’y est point accoutumé, il occasionne des coliques et des diarrhées. Aussi les femmes dont le tempérament est lâche et lymphatique , quoique bien constituées , sont en général moins bonnes nourrices que les brunes d’un tempérament sanguin.
La délicatesse dans la constitution n’est pas une cause pour exclure de l’allaitement. Les femmes qui ne sont point surchargées de graisse sont meilleures nourrices que celles qui ont beaucoup d’embonpoint. Les femmes de moyenne taille sont plus ap tes à remplir ce devoir que celles qui sont hommasses et d’une haute stature. Toutes ces considérations prises isolément ne sauraient établir des principes certains en hygiène; mais toujours est-il qu’en thèse générale elles trouvent d’heureuses applications.
lJar leur position dans le momie social , beau»
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coup de femmes devraient être affranchies des premiers devoirs maternels : celles, par exemple, qui sont assujetties à des travaux journaliers, et qui ne leur permettent point de donner à leur enfant tous les soins qu’il exige : ce sont au contraire celles-là qui sont constamment chargées de ce devoir. Aussi , quel est le sort de ces malheureuses progénitures qui naissent au sein de la misère? Les femmes dans l’indigence ne peuvent point observer un régime qui convient à une nourrice; elles alimentent souvent leur enfant aux dépens de leur propre substance ; dès-lors qu’elles ne trouvent point dans une nourriture malsaine les alimens réparateurs de leurs forces, elles sont bientôt épuisées. Dans de telles circonstances, l’enfant ne saurait vivre Ion g- temps.
Dans nos provinces, les malheureuses qui portent le fruit d’un amour illicite sont non seulement couvertes de mépris et en butte à la clameur insolente d’un public grossier , mais souvent on les abandonne à toutes les horreurs de la misère (1); repoussées même de leurs pioches, elles ne trouvent nulle part une âme charitable
(1) Qu’on me pardonne cette digression; elle prouvera combien cette morale évangélique que pratiquaitsaint Vincent-dc-Paule est encore éloignée de nous aujourd’hui. Dans mon village (Vienne) , une malheureuse fille, chargée de plusieurs enfans, ne trouvant d’asile nulle part, se retira dans une masure abandonnée et menaçant de crouler; elle s’y installa, établit un lit avec des branches d’arbres et de
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pour leur tendre des secours, ni une main généreuse qui puisse les aider des conseils de la sagesse^ tantum religio suadere malorum . Aussi , voit -on souvent ces infortunées se rendre criminelles pour se soutraire à la honte d une faute et échapper au désRonneur qui les attend. Ou les préjugés et le fanatisme étouffent tout sentiment philanthropique , la sévérité des lois est moins redoutable que l’anathème public: l’une n atteint qu une fois, l’autre est implacable. 4
Quelle source de réflexions pour le philosophe, de voir que la procréation du genre humain appartienne en grande partie aux classes les moins heureuses de la société ^ et que la premier e éducation, de laquelle dépend sisouvent notre destinée, soit confiée à celles qui sont le moins capables
la paille, et n’ayant pour toute couverture que quelques haillons. Dans la saison rigoureuse, en proie à une déchirante froidure , si ces infortunes goûtaient quelque îepos, ils se réveillaient souvent pour secouer la neige qui les ensevelissait. Cette malheureuse mère vécut ainsi pendant six ans, et éleva cinq enfans uniquement avec le fruit de son travail. Eh! combien de femmes vertueuses n’auraient pas tant de vertu? Mais d’implacables dévots jugèrent que cette innocente famille souillait un lieu consacré autrefois au culte du vrai Dieu, et résolurent del’en expulser, de séparer cette mère infortunée de ce qu’elle avait de plus cher, de la priver de sa liberté , sans autre crime que d’avoir montré un courage qu’on eut honoré chez les Huns et les Sicambres : tantœne animis cœlestibus irœ !
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d interpréter les lois de la nature. Comment se peut-il que la fortune, qui pourraitsi souventcontribuer à la perfectibilité des familles, soit employée vers un but contraire. La femme riche n’at-elle pas tout ce qu’il faut pour remplir les devoirs de la maternité ? Étant à même de choisir une nourriture convenable , d’habiter les lieux les plus favorables au maintien de sa santé, degagee de tous soins et d inquiétude , pouvant enfin observer tous les préceptes d’hygiène qui conviennent à une nourrice , comment se fait-il qu elle réserve cette noble tache à celle qui se tiouve dans des conditions tout— a— fait opposées? Quelles mœurs !
Un bon caractère et des passions douces sont aussi essentielles a une nourrice que les humeurs de bonne qualité (i); l’esprit et la stupidité des nourrices, leurs vices comme leurs vertus se communiquent à leurs nourrissons (2); l’enfant prend avecleur lait leur caractère etleurs goûts (3). Il est bien vrai que les affections morales peuvent être un obstacle à une bonne nourriture , tant en raison de leur influence sur les qualités et la quantité du lait que sous le rapport des impressions qu elles peuvent produire sur le moral de l’enfant;
(1) Gardien, t. III, p. 457, Traité d'Acc.
(2) Robert, Mégalanlliropogénésie.
(3) Rosen, Traité des Maladies des Enfans.
g6 de l'allaitement
mais il faut dire aussi qu’on a beaucoup exagéré le danger de ces affections, et qu il en est bien peu au contraire qui puissent interdire la faculté de nourrir à une mère. Toutes les passions qui assiègent l’âme se taisent souvent quand l’amour maternel commande. Le cœur d’une mère n’est pas toujours celui d’une femme. Telle peut être haineuse, vindicative, colère, maniaque, furieuse, même habituellement, sans cesser d’être mère(i). A la vue de ce quelle a de plus cher une mère est toujours mère. C’est donc tou [-à-fait un paradoxe qu’a avancé l’auteur d’Émile , quand il a dit qu’une nourrice devait être aussi saine d’esprit que de corps } ce qui ne peut tout au plus s appliquer qu’à une nourrice mercenaire. Pour son
(ï) Dans un village du département de l’Indre, j'ai donné mes soins à une femme qui était de\ enue folle poui a\on vu son enfant dans un danger imminent; elle était enceinte alors. Pendant le reste du temps de sa grossesse , elle commettait toutes sortesld’ extravagances qui journellement faisaient craindre pour elle-même et le fruit qu elle portait. Cette mère infortunée est néanmoins accouchée fort heureusement. Par prudence on avait voulu lui oter son enfant , mais on fut bientôt obligé de le lui rendre , tant sa fureur était devenue à craindre. Nulle femme ensuite ne s’est mieux acquittée des devoirs maternels, etl allaitement a été pour elle le seul remède à sa maladie, dont la guérison avait été tentée par toutes sortes de moyens. Quelles sont pour la plupart des femmes ces maladies mentales et nerveuses , si ce ne sont des affections hystériques, qui cessent presque toujours quand le cœur est pleinement satisfait?
MATERNEL» y y
propre sangla nature reprend toujours ses droits, et au berceau de leur enfant toutes les femmes sont à peu près les memes. Les femelles de beaucoup d’animaux sont furieuses quand elles ont des petits, mais à leur egard leur tendresse n’est-elle pas admirable? Sur de simples remarques on a toujours voulu établir des principes. Les passions^ a-t-on dit 9 sont héréditaires comme le vice des humeurs; avec le lait, l’enfant suce le poison de la haine et de la colere. Cette opinion ne pourrait se déduire que de la supposition que le lait renferme les virus de telle ou telle passion , ce qui serait une absurdité.
Toutes les explications qu on a fournies relativement aux influences des passions de la nourrice sur l’enfant ne sont que des subtilités. Les recherches anatomiques de Vieussens (i) ni le sentiment de Boerhaave (a) sur cet objet ne méritent même aucune discussion. Bien que le lait, par ie seul effet des passions , puisse éprouver de nombreux changemens; toujours est-il que ces modifications ne sont point spéciales , ni capables de transmettre des dispositions identiques aux phénomènes auxquels on les rapporte. Ce qu’on attribue chez l’enfant à une cause matérielle n’est que le résultat dhme influence morale dont la conta-
(ï) Systema vasorum , p. 97.
(2) Van Swieten, Com. inaph . Boerh t, ï., p. 28,
tfi DE L ? ALL Aï T E ME ]S T
gion s’effectue par les sens; la véritable cause est dans F imitation. En faisant abstraction du -type moral qui appartient à chaque race , nation ou familletoutes les passions éventuelles ne viennent que de l’imitation transformée en habitude. Cette assertion trouve une preuve dans 1 exemple que nous fournissent les animaux, qm sont toujours ce qu’ont été leurs parens, quand ils auront grandi avec eux ; tandis qu’ils différeront en quelque chose de leur race , si dès la naissance on les en a séparés.
Les goûts elles penehans doivent toujours être pris en considération par les chefs de familles, c est à eux de juger sicesgoûts peuvent se concilier avec les devoirs d’une mère. Nous voyons cependant que les goûts les plus prononcés son t souvent domptes par 1 a» mour maternel.Néanmoinsilestdes femmes dont les habitudes sont si impérieuses, quelles ne sauraient résister au besoin qu’elles déterminent. Les amu» semens du monde et de la société, la culcuie des beaux arts et les occupations contentieuses ne sauraient être constamment unies aux obligations d’une nourrice.
Les femmes qui veulent nourrir leur enfant, et qui ne sont point instruites par l’expérience, ne sauraient se conduire conformément aux intentions de la nature. Le plan quelles doivent suivre pendant l’allaitement est des plus important. Il rûa point seulement pour objet immédiat la conservation du nouvel être, mais aussi il a pour but
maternel.
*..*e leur apprendre ce qui est avantageux à elles— mêmes , pour mieux encore conserver à la société les individus dont 1 existence première leur est confiée. En général, les femmes qui allaitent ne sont point obligées de s’astreindre au meme régime que celles qui s en abstiennent. Aussi elles pourront manger plus tôt et en plus grande quantité pelles n’auront point besoin de se soumettre à une sorte de traitement auquel il est nécessaire d’avoir recours pour prévenir les effets de la pléthore laiteuse, si redoutable chez les femmes qui ne nourrissent point.
Lorsque l’époque de la fièvre de lait sera passée, on pourra accorder aux nourrices quelques alimens substantiels, pris de préférence dans le règne végétal , et même permettre un peu de vin ; et ainsi peu a peu i on pourra augmenter la quantité de nourriture et la varier ; mais pendant les premières semaines un régime végétal conviendra toujours mieux. C’est, à n’en pas douter, à la diète simple et uniforme, à cette tempérance habituelle que sont dues les qualités bienfaisantes du lait que donnent à leurs enfans les paysannes. Chez celles-ci le lait est peut-être moins substantiel, mais en compensation il est plus abondant et d’une digestion plus facile. Un régime animal n’est pas véri tahlement celui qui convient le mieux ; le lait qui en provient est trop riche en principes nutritifs , et 1 estomac faible et délicat de l’enfant s’en accommode moins bien»
100 DE ff ALLAITEMENT
Les nourrices doivent éviter soigneusement défaire usage d’ali mens âcres et salés , et de tous les assaisonnemens trop stimulans. Les mets simples et de bonne qualité seront toujours préférables. Les excès de la table sont essentiellement nuisibles, l’estomac surchargé fait mal ses fonctions, les alimens par leur séjour prolongé y fermentent; de là des indigestions suivies d’accidens plus ou moins graves, et qui influent beaucoup sur les qualités du lait. La tempérance est donc un précepte que ne doit jamais enfreindre une
nourrice. .
Pendant l’allaitement, les liqueurs fortes et spi-
ritueuses doivent être aussi entièrement proscrites. De toutes les boissons , l’eau serait peut-être celle qui conviendrait le mieux. Quoique i habiuide neutralise les effets des liqueurs fermentées , les femmes qui ne boivent que de Peau sont trèsbonnes nourrices ; celles qui au contraire font usage de boissons vineuses ou alcooliques, ont peu de lait. Les infusions tliéiformes et le café ne sont en aucune manière salutaires , et sontle plus sou vent nuisibles- l’excitation ner veuse qu’ils produisent nuit non seulement à la formation du lait , mais elle lui communique de nouvelles qualités, bette liqueur, en passant dans les veines du nouvel être, l’agite , le réveille et l’éloigne du sommeil si nectaire au premier âge. Tout ce qui est capable de porter quelque excitation sur le système nerveux est éminemment pernicieux aux nourrices, et par
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suite à leur nourrisson. L'on pourrait peut-être attribuer avec beaucoup de raison à cette cause les maladies convulsives qui se représentent si souvent dans la capitale , où ces sortes d’intempérances se renouvellent chaque jour. Car il est notoire que ces mêmes maladies sont bien plus rares parmi les enfans des campagnes, où les nourrices observent une diète plus régulière dès -lors qu’elles n’usent aucunement de ces boissons excitantes.
Dès le second jour qui suit l'accouchement, le lait prend de la consistance, et devient plus substantiel. C’est alors que la nourrice peut commencer i\ donner le sein à l’enfant à des heures fixes, mais cependant sans s’astreindre à un ordre sévère dont quelques médecins ont exagéré la nécessité, il vaut mieux donner souvent à téter à l’enfant que de le laisser souffrir de la faim, pour le gorger ensuite de manière à fatiguer son estomac. Il est utile d’observer que moins l’enfant s’éloigne de la naissance , plus souvent il a besoin de nourriture. Ce précepte découle de plusieurs considérations, qui appartiennent d’une part à la mère, et de l’autre à l’enfant : i° plus la première s’éloigne du moment de l’accouchement, plus son lait devient substantiel : ce qui dépend non seulement de la quantité d’alimens qu elle prend , mais aussi parce qu il s’opère pour ainsi dire, avec le temps, une sorte d’épuration dans cette liqueur *, 2 0 l’estomac de 1 enfant étant d’abord plus délicat , il lui faut pour ne point troubler ses fonctions une petite quantité
de lait, mais renouvelée plus souvent, puisque cet aliment n’a point encore acquis toutes ses qualités
nutritives.
Pour s’affranchir de quelques sujétions* beaucoup, de nourrices veulent accoutumer l’enfant à ne point téter la nuit*, mais cette conduite n’est pas sans inconvéniens. 11 vaudra donc toujours mieux donner pendant la nuit une ou deux fois à téter à l’enfant. D'après des considérations physiologiques, il est tout aussi nécessaire de donner le sein à l’enfant la nuit que le jour. Le besoin de nourriture est toujours proportionné au temps de veille : or, les enfans, pendant la première année de la vie , ne dorment pas plus la nuit que le jour»
Le lait n’étant point le même chez toutes les femmes , et la digestion étant plus ou moins active, il serait donc difficile, en raison de ces variations, de ramener l’ordre de régime des nouveau -nés a des règles constantes. Il y a toujours moins de danger à' donner souvent à téter à l’enfant que de mettre de longs intervalles entre ses repas. Quand les occupations domestiques empêchent de donner à temps la mamelle à l’enfant , les nourrices devraient toujours avoir la prudence de ne point attendre qu’il la quittât de lui-même. On voit beaucoup de nourrissons devenir malades par la trop grande quantité de lait qu’ils prennent.
Toutes les positions ne sont pas également bonnes pour l’enfant quand on lui donne le sein. La plus favorable est le decubitus sur le côte et sur
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un plan oblique , de manière que la tète soit toujours plus élevée que les pieds» On ne saurait trop blâmer la paresse des nourrices qui , pour n’avoir point la peine de lever l’enfant, lui donnent à téter souvent au berceau. Ainsi couché sur le dos, la déglutition devient difficile pie liquide, obéissant à son propre poids , se précipite dans l’arrièrebouche, et ne peut être ingéré qu’en partie, tandis que la plus grande quantité reflue dans les fossés nasales, ou il en pénètre dans le larynx : l’enfant est alors comme suffoqué et saisi d’une toux convulsive, et finit par rendre tout ee qu’il a déjà pris.
Soit par ignorance ou bien par défaut d’attention, la plupart de celles qui sont chargées du soin de porter ou de nettoyer l’enfant ont coutume, en le tenant sur leurs bras ou sur leurs genoux, de lui laisser la tète basse ou pendante. Nous savons combien cette position est gênante et pénible même, et que nous ne saurions rester long -temps ainsi sans éprouver aussitôt un violent mal de tête. A plus forte raison cette situation doit-elle être dangereuse pour l’enfant , chez lequel toutes les forces se portent vers l’encéphale, J ai vu quelquefois de ces innocens tenus ainsi pendant long-temps malgré leurs cris, et être comme frappés d’apoplexie. Cette position est encore beaucoup plus dangereuse si l’enfant vient de prendre son repas, ce qui arrive le plus souvent. La tête abandonnée à son propre poids, et tombant ainsi en arrière, tire la
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poitrine en haut au moyen des muscles du cou ; conséquemment les muscles de l’abdomen, se trouvaut aussi fortement tendus , diminuent la capacité abdominale, et en comprimant l'estomac il en résulte le vomissement de tout ie lait que 1 enfaut a pris.
Les vomissemens si fréquéns chez lesenfans à la mamelle sont faussement attribués à des causes morbides; le plus souvent ils ne sont dus qu’à certaines positions défectueuses , ou a des causes mécaniques que l’aveuglement empêche d’apercevoir. Aussi-bien sur les bras que dans son berceau, il faut que la tête de l’enfant soit soutenue et plus élevée que le reste du corps. La teie élevée est une position si naturelle que les animaux ne la tiennent point baissée quand ils reposent; ou si nous les lions et les garrottons, ils tendent toujours à la relever. Quand bien même l’enfant aurait la conscience de l’état de gêne où il se trouve ayant la tête basse, il ne saurait par lui- même la placer convenablement ni soutenir cette masse , dont le poids est tout-à-fait disproportionné à la force des organes locomoteurs qui sont destinés à la
mouvoir.
RRICES.
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