‹ Education technique et enseignement du dessin industriel dans les écoles publiques [microforme]Chapitre 3 sur 42 · ENTRETIEN DONNÉ PAR LE PROFESSEUR WALTER SMITH, DE BOSTON · texte numérisé non relu

ENTRETIEN DONNÉ PAR LE PROFESSEUR WALTER SMITH, DE BOSTON

[Reproduit de la Montreal Gazette, du 26 d'Avril, 1882.]

Le professeur Walter Smith, maître-ès-arts, ci-devant de South Kensington, et directeur de l’enseignement artistique dans l'Etat de Massachusetts, a donné, mardi soir, dans la salle de l’Institut des Artisans, sa dernière conférence sur l'instruction industrielle, sous les auspices du Conseil des arts et métiers de là Province de Québec. La salle était remplie. Le colonel Stevenson qui présidait la réunion présenta M. Smith à l’auditoire.

Après quelques remarques préliminaires sur le but de sa visite à Montréal, le conférencier entra en matière et s'exprima à peu près en ces termes :

À d’autres siècles, on a donné le nom d'âge du berger, du guerrier, du philosophe, du poète et de l'artiste, du croisé et de l’ecclésiastique, du spéculateur, du patriote; le nôtre est avant tout celui de l’homme de science, le siècle de la physique, l’âge scientifique. Aujourd’hui, les hommes qui attirent le plus l’attention du monde sont Krupp et DeLesseps, Armstrong et Whitworth, Sir Hugh Allan et Sir Samuel Cunard; nos temps essentiellement pratiques ont produit George Stephenson et Napoléon. Les restes de Darwin, que l’on vient d'inhumer dans l’abbaye de Westminster, ont été suivis par toute une nation jusqu'à leur dernière et glorieuse demeure; et l’on a, sans doute, remarqué, parmi ceux qui accompagnaient ce funèbre cortége, des hommes tels que Huxley et Owen, Proctor et Tyndall. L’auguste souveraine qui gouverne tous ces royaumes, tous ces domaines et tous ces empires comme elle dirige les cœurs de ses sujets, devait aussi être représentée dans la longue suite qui accompagna ce mort illustre jusqu'au mausolée que la nation a élevé en son honneur.

Les temps primitifs et le moyen-âge ont vu naître l'homme de lettres, le linguiste, l’ecclésiastique, le Grec et le Goth; celui où nous vivons appartient à l'artisan, à l’homme de science, et il est presque dangereux pour un homme d’avouer, de nos jours, qu'il vit sans travailler. Les vieilles universités ont bien rempli leur noble mission; elles ont protégé la civilisation et perpétué les heureuses influences qui sont le fruit du

travail et des lettres, en nous donnant des hommes de profession et des hommes d'Etat, et en contenant les riches dans de saines limites. Elles ont, de plus, procuré, pendant ce siècle et dans ceux qui l'ont précédé, une bonne instruction technique à un petit nombre de riches et au peuple ambitieux de s'élever, maïs elles ne nous ont donné ni l'instruction ni les hommes dont nous avons besoin en ces temps qui sont ceux de la machine à vapeur, de la télégraphie électrique et des bateaux à vapeur océaniques ; elles n'ont rien fait non plus, récemment, pour se mettre à la hauteur des besoins modernes à propos d'éducation technique en matière de science et d'art.

Ilest bien vrai que quelques-unes des vieilles universités ont essayé d'introduire dans leur enseignement quelques notions d'art propres à former certains amateurs; mais ces tentatives n'ont, en réalité, produit ni bien ni mal; d’ailleurs, il vaut peut-être mieux que les universités négligent l'instruction pratique moderne, et s'en tiennent aux classiques et aux mathématiques, à l'étude des langues mortes et aux raisonnements abstraits, afin de former ceux qui se destinent à la vie ecclésiastique, à la pratique de la loi, à celle de la médecine et aux autres professions. Elles ont, cependant, droit à toute notre gratitude pour les services qu’elles ont rendus jusqu'ici en contribuant à la diffusion des lumières et de la civilisation,

Il nous faut, aujourd'hui, un genre d’éducation qui soit en rapport avec les grands changements auxquels les inventions modernes ont donné naissance, La vapeur a complètement révolutionné la société; son influence se répand partout; elle crée des occupations nouvelles, utilise le désert en offrant au travail des débouchés jusqu'ici inconnus; enfin, elle ouvre des régions qu'on ne connaissait pas et unit les différentes nations par les liens sclides de la fraternité, liens qui, nous l’espérous, ne se briseront jamais. L'invention de la machine à vapeur, de la locomotive et des chemins de fer fait qu'à aucune époque de l’histoire du monde, on a autant demandé aux ressources de l'homme, soit de son travail, soit de son intelligence ou de ses habitudes: cette invention nous dissémine sur toute la surface du globe et exige que nous nous conformions à nos conditions nouvelles ; elle a fait disparaître certains métiers pour les remplacer par d'autres ; elle a ouvert des marchés dans des pays lointains et a modifié les nôtres ; elle a, enfin, tellement transformé les mœurs dans tous les pays civilisés, que, de fait, nous avons tous été convertis en des races nouvelles. Il ne faut donc pas s'étonner si des changements aussi complets nécessitent

aussi des modifications dans le genre d'instruction dont le peuple a maintenant besoin.

Les classiques et les mathématiques du bon vieux temps peuvent encore avoir leur bon côté; mais ils ne sauraient guère servir au pionnier de l'Australie, ni au défricheur de la Colombie Britannique. Quand un pays, au reste, est en danger de perdre son principal commerce avec le monde enticr parce qu'il est demeuré stationnaire lorsque ses voisins fai-

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saient des progrès, la connaissance de la versification ou des racines grecques ne lui servira guère pour changer le courant des affaires et rétablir sa prospérité ; c'est alors que l’habileté de l'inventeur, le goût du dessinateur et l'esprit d'entreprise du fabricant deviennent d’un grand secours, Il nous faut donc, à côté des anciennes universités, des écoles nouvelles où l'ingénieur, l'architecte, l’homme de science, le fabri ‘ant, le chef d'atelier dans toutes les branches de l'industrie humaine auxquelles notre ère de positivisme a donné naissance, trou ’eront le genré d'éducation qui les rendra propres aux travaux qui leur seront un jour confiés. Cette nécessité d'établir des écoles d’enseignemont technique a été comprise et l’on en a déjà fondé plusieurs en Angleterre, à South Kensington, Leeds, Birmingham, Manchester et dans plusieurs autres grands centres. Les sociétés ouvrières et la corporation de la cité de Londres jettent, en ce” moment, à South Kensington, les bases d’une école technique qui sera un jour la gloire du monde; la vieille cité montre ainsi qu'elle n’est pas en arrière du progrès humain, et prouve que, si ancienne et si riche qu'elle soit, la métropole du monde a encore un regain de jeunesse et sait employer ses richesses pour le plus grand avantage de l’empire dont elle est le grand centre. L'énergie et la libéralité individuelles sont aussi venus en aide, et Mason et Holloway travaillent actuellement à la fondation, pour l'avancement des études techniques, d'établissements qui, par leur étendue et leur splendeur, laisseront bien loin en arrière ce que les nations elles-mêmes on essayé de créer en ce genre.

C’est donc le temps, pour chaque pays, de songer s'il doit se contenter de regarder ce qui se fait ailleurs sans rien tenter pour lui-même, Quand l'univers entier progresse, le pays qui reste stationnaire est bien vite devancé et se trouve bientôt hors de lice. Je désire attirer ici tout spécialement l'attention des publicistes de ce pays sur l'observation que j'ai faite, à plusieurs reprises, chez vos voisins, à savoir : que l’agriculture n’est point la seule base sur laquelle un peuple doit faire reposer ses intérêts et asseoir son bonheur. Il n’y a ni profit ni honneur à être les scieurs de bois et les porteurs d’eau des peuples civilisés, et un pays qui fournit aux nations manufacturières la matière première à vil prix et reçoit d’elles en retour, à des prix élevés, les produits de leur fabrication, ne doit pas s'attendre à voir sa condition s'améliorer. Nous employons six hommes, disons, pour élever le bétail, produire les céréales, le charbon, l'huile et le bois dont une nation manufacturière a besoin, et elle s'acquitte envers nous en nous renvoyant nos propres produits convertis en objets de valeur par le travail d'un seul de ses ouvriers; le travail inintelligent de six hommes se trouve ainsi rétribué par l’habileté d’un seul. Nous ne pouvons pas même aujourd’hui payer le produit du travail, pendant une année, d’un seul artisan français, par le produit du travail, pendant le même espace de temps, de six des meilleurs ouvriers non artisans de toute la puissance du Canada. Ceci n’est pas de l'économie politique, et peut arriver dans un pays nouveau : mais que fait-on pour y remédier? Cet état de choses

doit-il toujours durer ? Si on veut y mettre fin, il faut se rendre compte de la position et l'améliorer en introduisant, dans notre système d’éducation, les éléments nécesssaires au développement du goût et de l’habileté industriels.

Les écoles publiques du jour donnent une éducation élémentaire générale dont tous peuvent profiter et dont le plus grand nombre tire avantage. Les académies, les colléges et les écoles tenues par les communautés religieuses continuent à donner aux classes plus élevées, cette éducation générale jusqu'à ce que les universités, ainsi que les écoles de médecine, de droit et de théologie, complètent l'instruction technique propre à former des sujets pour les professions et la vie pratique.

L'instruction générale élémentaire tend à développer les facultés de la

"nature, et sert de base à celle qui doit la suivre, c'est-à-dire à l'éducation

spéciale qui apprend à l’élève comment appliquer, dans une direction particulière, ce qu'il sait déjà.

Les écoles publiques du jour remplissent le premier rôle à l'égard de tous et les écoles supérieures et professionnelles remplissent le second pour un petit nombre, la classe des gens aisés et riches. Mais où est l’école secondaire qui fait pour la masse composant la classe des artisans et celle des ouvriers, ce que l'université, le collége ou les écoles professionnelles accomplissent pour les classes plus élevées ? Doit-on mettre fin à l'éducation de l'industriel et de l’ouvrier lorsque, encore enfant, il cesso d'aller à l’école du jour ? Que peut connaître un jeune homme de quinze ans, qui, à cet âge, a abandonné l’école pour aller travailler ? Il n’est alors que la matière brute d’un homme instruit, et s’il ne se présente point pour lui d’autres occasions de continuer son éducation, même lorsqu'il exerce son métier, il ne deviendra jamais un homme instruit. Cependant, il en résulterait une véritable richesse pour le pays et un bienfait pour lui-même, si ce jeune homme avait l'occasion de compléter l'éducation générale qu'il a reçue en suivant des cours spéciaux ou techniques à l'instar du médecin, de l'avocat et de l’ecclésiastique. De nos jours, il ne nous est pas possible de nous séparer du reste du monde. On nous fera concurrence bon gré mal gré. L'univers est bien petit, maintenant, et un fabricant de Paris, Londres et Berlin fait, en ce moment, la concurrence à l’un de nos propres manufacturiers de la rue voisine, et en triomphera parce qu'il est plus habile, parce qu'il a de meilleurs ouvriers, qu’il a une clientèle plus assidue se recrutant chez un publie éclairé, et qu'il peut, conséquemment, mettre plus de travail, d’habileté et de beauté dans ses produits que nous ne pouvons et que nous ne saurions en mettre nous-mêmes.

Nous sommes réunis dans une salle d'artisans. Les instituts d'artisans, ceux de jeunes gens, les écoles de dessin du soir et certains cours techniques ont existé depuis longtemps dans les diverses provinces qui composent cette Puissance et ont, sans doute, ici comme ailleurs, fait beaucoup de bien. Mais, ayant étudié cette question dans un autre pays placé dans des circonstances analogues à celles où celui-ci se trouve, permettez-moi

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de vous dire, en toute franchise et avec les meilleures intentions, que ces organisations particulières et semi-publiques n’apporteront jamais un remède national à une défectuosité nationale.

La question est trop vaste, les intérêts en jeu sont trop importants pour les abandonner aux efforts ordinairement faibles et souvent intermittents du petit nombre. Les instituts l’artisans ont fait beaucoup de bien en Angleterre, quoique, pendant longtemps, on les ait regardés comme un insuccès parce qu'ils ne réussissaient pas à attirer et à retenir les jeunes gens en grand nombre dans les classes pour l’enseignement des sciences et des arts. Ces instituts commençaient le travail de l'instruction par le milieu et donnaient une éducation secondaire avant qu'une bonne éducation primaire n'eut été distribuée à tous dans les écoles communes. Mais, dans un autre sens, ils ont néanmoins réussi, attendu qu'ils ont démontré le besoin d'un système d'instruction publique national et bien organisé, et qu'ils se sont préparés eux-mêmes à le compléter par l’éducation technique aussitôt que les artisans et les ouvriers seraient en état de la recevoir, grâce aux connaissances générales que ces derniers auraient acquises. Aujourd'hui, ces mêmes instituts ont un plein succès, leurs classes sont remplies, et l'artisan anglais inexpérimenté suit rapidement la destinée du dodo et celle d’autres races éteintes: l'artisan anglais est devenu un homme instruit. Ce qui était vrai de : Angleterre lorsque Lord Brougham et le Dr. Birkbeck ont commencé l'établissement d’instituts d'artisans, ne l’est pas de la Puissance, car le Canada peut, à juste titre, se gloritier des divers systèmes d'écoles publiques qu'il possède. A dire vrai, les écoles de dessin et les classes du soir qui existent ici, n’obtiennent pas un succès aussi complet qu’elles pourront le faire plus tard lorsque le gouvernement fédéral se sera emparé de la question de l’enseignement technique et s'en occupera comme le gouvernement de la mère-patrie s’en est lui-même occupé après le Sadowa de l'Angleterre, lors du concours ouvert au monde entier pour les objets manufacturés, à la première grande exposition ouverte à Londres, en 1851. En 1836, les fabricants anglais avaient prié la prosaïque Chambre de Commerce de Londres d'établir des écoles de dessin pour augmenter la valeur des produits des manufactures anglaises et créer un corps de dessinateurs expérimentés. Remarquez que le mouvement vint des métiers et du commerce, et non des artistes et des professeurs. C'était une demande pratique formulée par des hommes d’affaires, et non une pétition sentimentale émanant de théoriciens.

En 1851, il y avait dix-neuf écoles de dessin en opération, et l'exposition universelle a démontré combien elles avaient contribué à rehausser le goût public et à répandre les notions du bon dessin. On ne devait pas s'attendre que dix-neuf écoles enseignant le dessin d’une manière très-imparfaite à quelques milliers d'ouvriers, dans une population de plusieurs millions, accompliraient de grandes choses, et l'événement a prouvé qu'elles n’avaient comparativement rien fait,

Les manufacturiers anglais furent alors vaincus et humiliés par le goût

et l’habileté dos Français, Waterloo fut, en cette occasion, vengé à Londres même, et l'épée qui n'avait pu accomplir son œuvre horrible au Mont Saint-Jean fut triomphante et victorieuse à Hyde-Park, dans le champ de l'agriculture et des arts.

Le critique anglais, le front courbé et le sentiment de l'humiliation nationale dans l'âme, parcourut le département français, observant partout, sous le point de vue de l'adresse et de la beauté, une supériorité sur les objets exposés dans sa propre section ; en homme loyal, il se résigna à reconnaître cette supériorité, et il voulut bien aider à placer une couronne de lauriers sur le front victorieux de la nation qui n'avait pas toujours vaincu sa patrie.

Aux yeux du vrai patriote, il est aussi honorable de reconnaître une défaite et d’applaudir au vainqueur que de se préparer à prendre le premier rang dans les luttes paisibles de l'avenir; car personne autre que l'aveugle bigot indigne de conduire les hommes ne s'est jamais écrié : “ mon pays avant tout, qu'il ait tort ou qu’il ait raison.” On ne doit reposer aucune confiance en celui qui, clairement battu, ferme les yeux, chante victoire et continue à suivre le même chemin, celui de la perdition, uniquement parce qu'il s'est engagé dans cette voie. Conduite par ce grand homme ayant nom prince Albert-le-Bon, l'époux de notre reine bien-aimée, la nation s’est mise à l’œuvre pour racheter ses fautes passées et trouver un système national d'éducation d'art et de science élémentaire, afin d'appuyer la civilisation du pays à son point le plus faible.

Chaque enfant dut apprendre à dessiner; on ouvrit la carrière à tout garçon ou fille doués de talent ; on rechercha avec soin les génies jusque-là inapperçus. [1 fut permis à tout artisan de décider lui-même s’il passerait ses soirées d’une manière profitable dans une école d’art et de science, ou s'il les perdrait au coin des rues et peut-être dans des endroits encore plus pernicieux. Puis, on acheta les chefs-d'œuvre qui se trouvaient au concours universel et on les conserva à Londres comme un trésor pour l'avenir. Alors, les hommes pratiques s'emparèrent d’une question pratique, non en soupirant et en agitant le pavillon anglais, comme de faux patriotes l’auraient fait, mais en faisant les premiers pas dans la voie qui devait conduire à de futurs triomphes, quand les véritables patriotes pourraient faire flotter l’étendard de la conquête sur les mille océans de l’industrie, et cela sans honte et avec un légitime orgueil: ce jour, disonsle, est arrivé.

De la même manière, nous, en Canada, devons aujourd'hui songer que, dans ce jeune pays, géant qui vient de naître et jette déjà un regard ambitieux sur la place qu'il occupera au milieu des nations, rien ne croît sans semence: nous ne devons pas oublier qu’il n’y a point d'effet sans cause, qu'aucune nation n’est devenue grande, riche et forte par accident. Nous recueillerons ce que nous aurons semé: si nous ne semons rien, nous ne récolterons rien, que ce soit dans le domaine de l’agriculture ou

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dans le champ de l’économie politique. La question de l'éducation technique est une question entièrement économique: le sentiment n'y est pour rien, le côté pratique y est tout. Les nations les plus riches aujourd'hui sont la France et l'Angleterre, et ce sont elles qui ont le plus fait pour l'éducation sous le rapport des £rts et des sciences. Chose digne de remarque, les nations les plus puissantes ont toujours été celles qui ont le plus songé à «l'éducation de leurs enfants, à les faire grandir de manière à développer chez eux une virilité intelligente, éclairée, équitable et à l'abri de la crainte. Les nations qui se conduisent de la sorte ne vieillissent jamais ; elles conservent, au contraire, une perpétuelle jeunesse de progrès et de grandeur.

Vous direz, peut-être, que cette question, étant d'économie, sort du domaine d’un professeur tel que moi. A cela, je réponds qu'elle est de mon ressort, qu'elle l’est du vôtre et de celui de chacun de vous comme citoyen. C’est, je le concède, une question qui doit nécessairement attirer l'attention d’un homme d’Etat, et voilà pourquoi, en Angleterre, le plus grand homme d'Etat moderne, le Prince Albert, s’en est occupé avec tant d'enthousiasme. Pendant que ceux qui portaient le nom d'hommes d'Etat et de politiques se querellaient pour décider qui aurait droit de vote dans un “bourg pourri, et ainsi de suite,” comme le dit Tennyson, au milieu de beaucoup de mauvais vouloir, il posait tranquillement les bases d’un mouvement qui a quadruplé la valeur et la force de production du manufacturier anglais, —et tout cela en dépit de la légèreté et des malentendus mis en œuvre par plusieurs personnages haut placés. Voilà ce que je regarde comme l'acte d’un homme d'Etat mis en regard de celui d’un simple chercheur de popularité, —la conduite prévoyante d’un penseur contrastant avec les intrigues des chefs de parti, —l’homme d'Etat travaillant, pour le bien d’une nation, entouré d'hommes jaloux et quelque fois hostiles. La création du département des sciences et des arts dans le système d'éducation de l'Angleterre aurait, à elle seule, suffi pour couvrir un homme de gloire, car cette œuvre a donné lieu à un développement de la force de production de ce pays vraiment étonnante; elle a doublé l'exportation de ses marchandises précieuses et quadruplé sa richesse et son indépendance, J'ai vu se dérouler cette page étonnante de notre histoire nationale, et, jusqu’à un certain degré, j'ai pris part aux événements qui s’y rapportent. Je suis, par conséquent, un témoin oculaire de la transformation opérée dans cet âge par la sage prévoyance d’un véritable penseur, et j'éprouve un plaisir sensible à ajouter mon témoignage à l’ensemble de ceux qui ont donné naissance au monument national érigé, dans la capitale de l'Angleterre, en souvenir du grand bienfaiteur qui a produit toutes ces choses. Puisse sa mémoire être toujours aussi vivace dans le cœur du peuple que l’est, en ce moment, l'herbe qui croît autour de son mausolée, à Hyde Park. Il nous faut aujourd’hui un homme d’Etat qui fasse, pour le Canada, ce que le Prince Albert a fait pour l'Angleterre ; un

homme qui développe ses ressources naturelles et convertisse, en travail B

intelligent, ses forces maintenant inexpérimentées ; un homme, enfin, qui arrête le flot des importations des manufactures étrangères en rendant les produits canadiens supérieurs à tout ce qui peut venir du dehors, Quoiqu'un semblable résultat ne puisse être atteint en un seul jour, si lon arrive à poser convenablement les bases, un temps viendra où l'invasion des produits français et anglais sera refoulée par la supériorité indigène, et on verra s'établir un courant d'exportation des produits du travail expérimenté du pays. La protection est bonne quand elle protége. IL est bon de protéger les enfants quand ils grandissent, et c’est probablement pour cette raison que la Providence leur a accordé des parents.

Aux lois fiscales de protéger, comme c'est d'ailleurs leur devoir et leur obligation, les industries d'un pays, jusqu'à ce qu'elles puissent se suffire à elles-mêmes. Mais il y a une protection plus grande, plus sûre et plus inattaquable que celle des tarifs: c'est la supériorité d’un homme sur ses rivaux. Il n'est pas besoin de protéger les forts contre les faibles, ear, en devenant hommes, ils se sont débarrassés de ce qui avait pu leur ètre utile dans l'enfance, mais qui n'est plus qu'un embarras pour la virilité. De même, quand cette nation sera devenue forte et solidement assise, comme c’est sa destinée, la protection, cette muraille de la Chine que l’on a élevée sur les frontières, sera mise de côté, et le Canada, s'appuyant sur ses immenses territoires et ses manufactures bien établies, ouvrira ses portes à toutes les nations désireuses de commercer avec lui, ou de se mesurer avec lui dans les luttes pacifiques des arts et des sciences, et leur dira en toute confiance : “ Venez, venez lutter avec moi si vous l’ôsez.”

Quoique je ne sois pas opposé au genre de protection que vous avez adopté, apparemment par nécessité, et dont vous semblez si satisfaits, je serais d'opinion d’y ajouter cette autre espèce de protection qui, avec le temps, rendra toutes les autres inutiles.

Qui donc entreprendra cette œuvre si importante pour le Canada ?

Nous venons d'assister à la formation d’une Académie Royale Canadienne; quand verrons-nous, en Canada, se former un département des arts et des sciences ? Qui fera, pour le Canada, ce que le Prince Albert a fait pour la Grande-Bretagne ? On ne peut arriver à ce résultat sans se mettre résolument à l’œuvre; et, comme toutes les puissances productives du Canada en bénéficieront et que les intérêts particuliers des diverses provinces ne sauraient les induire à entreprendre cette tâche, il me semble que le gouverneur-général, le marquis de Lorne, pourrait, avec gloire pour lui-même, suivre les traces de son illustre beau-père, car le temps est certainement arrivé de marcher en avant. Il s’agit ici, cependant, de finances purement et simplement, quelque soient les aspects intellectuels et patriotiques que puisse revêtir la question.

Le ministre des finances qui voit d'avance la lutte acharnée que les manufactures étrangères feront à celles du pays, peut examiner et étudier cette question avec soin, car elle est de son ressort,

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[Lest, dans tous les cas, du devoir de quelqu'un, quelqu'il soit, de protéger les industries futures du pays, avec autant de sagesse que l'a fait l'Angleterre, qui, par ce moyen, est aujourd'hui en mesure de lutter contre le monde entier, tout en laissant ses ports ouverts et libres, et d'envoyer le produit de ses manufactures durs les pays mêmes dont les tarifs sembleraient devoir lui en interdire l'entrée.

Je dirai maintenant quelques mots touchant l'éducation dans les arts et les sciences qui, pris ensemble, forment ce que l'on peut appeler l'éducation technique. L'éducation est avantageuse et profitable, ainsi que nous le reconnaissons par l'établissement de nos écoles publiques pour l'éducation générale du peuple. Nous en reconnaissons aussi les avantages moraux, en bâtissant des églises et en maintenant des écoles du dimanche, Nous témoignons encore de notre appréciation des bienfaits de l'éducation ans le commerce, par le soin avec lequel nous choisissons ceux qui en enseignent les différentes branches, et par les qualités et les connaissances que nous exigeons d'eux.

Le salut d'une nation dépend de son habileté, et non de sa force naturelle où de sa position géographique, et l’habileté est le résultat de l'éducation, et non un don de la nature. L'intelligence d’une nation lui est une meilleure sauvegarde que les murs de ses forts; et ce n’est pas avec les armes démodées de nos ancêtres, ou en invoquant la bonne entente qui doit régner entre voisins, que l'on peut lutter avantageusement avec une nation dont les habiles ouvriers ont su lui fabriquer des armes tout-à.fait perfectionnées, :

Aucun pays ne devrait se laisser surpasser par ses voisins en matière d'éducation ; il y a là un danger.

Supposons un homme fort et vigoureux; qu’en ferons-nous ? cela dépend de ce que nous en avons fait dans son enfance, Ilest trop tard pour commencer à lui enseigner quelque chose quand il a contracté certaines habitudes, et que ses facultés naturelles d'acquisition se sont affaiblies par l'inaction. Mais nous pouvons empêcher l'erreur de se répéter, si nous découvrons que notre individu, devenu adulte, n'est pas un citoyen aussi utile à lui-même ou à la société, qu'il aurait pu l'être, s’il avait reçu, dans sa jeunesse, une éducation convenable,

Pour réussir dans le travail, l'homme compte sur sa force physique, don de nature, et sur son habileté, que nous développons et augmentons par l'éducation. s

S'il n’a que la force sans l’habileté, il est un pauvre ouvrier, car la vapeur et les machines font aujourd’hui, presque seules, l'ouvrage qui ne demande pas d’habileté.

Avec l’habileté, l'homme peut se passer de la force, pour. ainsi dire, ou du moins, ne pas en avoir un besoin absolu. Avec les deux, un homme est maître de la situation.

Examinons un peu la position relative du travail et de l’habileté,

Nous sommes nés pour nous livrer à des travaux quelconques et le travail n'est que l'application de la force avec ou sans l'habileté,

Le travail sans la science n'est rier autre chose que la force brutale, ou le travail inintelligent de la machine,

Si on n'enseigne aux hommes qu'à se servir de cette force qu'ils ont en commun avec les autres animaux et les machines, leur travail n'est alors comparativement d'aucune valeur, car ua cheval peut faire autant d'ouvrage que trois hommes, et cela sans fatigue et sans peine. Ainsi, le travail où nous n'employons que notre force physique, sans y mettre de science, n'a que bien peu de valeur, Si, au contraire, nous appliquons la science à l'industrie productive, elle rétablit la balance du pouvoir en faveur de l'homme sur la bête de somme, où même sur là machine à vapeur, La science peut doubler, quadrupler et même centupler la valeur du travail d’un homme, Supposons, par exemple, que le travail d’un peintre en bâtiments vaille une piastre par jour pour appliquer une couche de peinture blanche, le travail d’un peintre de tableaux, enrichi de son habileté, pourra valoir $50 ou $100 par jour, suivant son talent. Autre exemple: un homme gagne cinquante centins par jour à scier du bois de poële, et un autre homme, un graveur sur bois, en coupant le bois en très-petits morceaux, gagnera peut-être $50.00 par jour, et cela avec moins de trouble et infiniment plus d'agrément, Nous voyons donc que notre travail est plus profitable et moins pénible, ou moins rémunératif et plus onéreux, suivant que nous y mettons plus ou moins de science et d’habileté.

En acquérant de la science, on multiplie donc ses forces, ce qui est aussi important pour la société en général que pour les individus qui la composent. L'une des grandes raisons qui fait considérer le travail manuel ou physique avec si peu de faveur, c’est que, bien souvent, ce travail n’est que l'occupation servile de personnes inhabiles,

Appliquez la science au travail manuel comme à celui d’ua artiste, et vous lui donnerez, aux yeux de tous, la dignité qu’il devrait avoir. Mais un homme attelé à un tombereau a moins de dignité et souvent moins d'utilité que le plus misérable cheval. Il ne met en réquisition que ses facultés les moins profitables et les moins puissantes, laissant inertes celles qui pourraient lui rapporter le plus. Chaque pas que fait un homme dans l'éducation, augmente donc sa valeur d'autant, l'élève dans la même proportion au-dessus de la condition purement animale, fait de lui un serviteur utile à lui-même et à la société, et le rend meilleur et plus heureux. Ce qui manque surtout dans ce pays, à l'heure qu’il est, c’est le travail scientifique, c’est-à-dire le pouvoir économique égal à celui qui fait la richesse de certains pays de l’ancien monde. Le seul moyen de l’acquérir, c’est d'enseigner le dessin industriel dans les écoles du jour, et de donner l'éducation technique ou secondaire dans des écoles du soir. L'établissement d'écoles spéciales pour les arts contribuerait beaucoup aussi à continuer et perfectionner l'instruction donnée dans les écoles publiques.

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À moins d'établir l'instruction sur de telles bases, ce serait dépenser inutilement de l'argent que de fonder des écoles spéciales pour le dessin, et s'exposer à être trompé dans son attente ; tandis qu'avec de telles bases ces écoles sont indispensables à la cc nservation du bien qui a pu être fait déjà. Des personnes, qui ne connmssent rien de ce problème industriel, parlent de retrancher le dessin du programme des études dans les écoles publiques, comme étant peu utile dans la pratique. Pour montrer l'étendue des connaissances pratiques de ces juges, il sufit de dire que les nations les plus riches aujourd'hui, sont celles où l’on enseigne le dessin dans les écoles publiques, Le jeune homme ou la jeune fille qui sait le dessin, peut gagner deux fois plus qu'en appliquant les connaissances, puisées dans les écoles publiques, sur tout autre sujet d'étude. Si l'on peut donner une valeur plus grande au travail et au pouvoir productif d'un pays, par l'étude

, ce sujet devient, du coup,

d'un sujet élémentaire, dans les écoles publiques un élément essentiellement pratique de l'éducation, et on doit en étendre l’application à toutes les branches d'industrie qui peuvent donner des protits et de l'agrément, Je demande que l'on continue et augmente l’aide donnée, en cette province, aux écoles aftiliées au Conseil des arts et métiers, et que l'on en fasse, avec le temps, des écoles d'arts et de sciences parfaitement organisées, pourvues des meilleurs instruments d'étude, de manière à onner l'instruction d'après les méthodes le plus nouvelles, et dirigées par les professeurs les plus capables et les plus pratiques, Comme je ne connais encore de ces écoles que le fait de leur existence, ce que je dis ici, n'est pas une critique de ces écoles ou des professeurs qui les dirigent ; mais je sais, qu'avec les argents votés par la Législature provinciale, pour promouvoir l'éducation technique en cette province, on peut sérieusement s'attendre à de bien grands résultats. L'importance de la chose est, d'ailleurs, trop grande pour qu'on l'abandonne aux chances du hasard, ou qu'on se fie à la générosité publique pour la promouvoir. L’ouvrier, comme la nation, a à lutter contre le monde entier, et, si un artisan où un homme de métier, qui a été élevé dans cette Province, s'en va dans un autre pays, il se trouve dans une position désavantageuse vis-à-vis ceux de son métier qui ont reçu une meilleure éducation. En restant ici, il est dans la même position vis-à-vis des ouvriers étrangers dont l'ouvrage est amené ici et exhibé à côté du sien. Tout homme a droit de réclamer, de la société au milieu de laquelle il vit, la meilleure éducation pratique qu’elle peut lui donner, et cette éducation ne devrait être inférieure à aucune autre du pays. Voilà une mesure d'économie qui intéresse plus la société que l’artisan lui-même. Considérons encore, pour un instant, ce qui est propre à donner la plus grande valeur au travail de l'homme. Le travail embrasse l'application de deux puissances : la science et la force. Le produit du travail acquiert de la valeur ou subit une dépréciation en proportion de la science qui s’y fait voir. Ceci s'applique avec tout autant de vérité à la confection d’une montre, d’un clou ou d’une paire de bottes, qu'à l'exécution d’une opération chirurgicale diffic.….e. L’ouvrier habile est celui qui, avec la

même matière, fait un article de plus grande valeur qu’un autre ne pourrait le faire, et ce avec une moindre perte de temps et de matière. Par conséquent, il vaut mieux employer un tel agent qu'un autre sans adresse, car son ouvrage a plus de valeur; cet ouvrier reçoit un salaire plus élevé, car son maître peut trouver facilement à écouler, à des prix plus rémunératifs, des chefs-d'œuvre d'industrie, qu’il ne pourrait le faire d’articles grossiers et sans art. L'acheteur est plus satisfait de l'objet qu'il achète, et paiera, pour l’acquérir,un prix plus élevé qu'ilne donnerait pour un article analogue ne témoignant d'aucune habileté chez le fabricant. De telle sorte que l'habileté et le goût, dans la production d'un objet, rapportent (10) à l'ouvrier, un meilleur salaire, (20) au patron, de plus grands profits, et (30) à l'acheteur, plus de satisfaction que s'il n'y avait ni habileté ni goût, Tel est l'aspect positif et pratique de la question, son caractère économique.

Il y a un autre point de vue qui se présente, mais sur lequel je ne puis m'arrèter longuement. On pourrait l'appeler le côté sentimental, par opposition au point de vue pratique, et c'est celui-ci. L'ouvrier qui met du goût et de l’habileté dans son travail, est plus heureux que celui qui n'y consacre que de la force physique. Il y met tout son esprit et toute son âme. La partie immortelle de son être influe sur son travail, et fait couler dans l’œuvre de ses mains une vie qui ne finira jamais. Tel était Raphaël lorsqu'il peigaait la Madone de la chapelle Sixtine, ouvrage dans lequel le ‘annevas traduisait l’image de sa belle âme. C’était un hommage que cet artiste rendait à son créateur pour le remercier de lui avoir donné la vie et le bonheur, et un présent qu'il laissait à la postérité pour faire sa joie dans les âges à venir. Aux gens pratiques qui ne croient pas au sentiment, je dirai que la Madone de la chapelle Sixtine vaut même beaucoup d'argent. Ce qui est vrai des ouvrages d’un seul ouvrier s'applique à tous ceux qui s'occupent des arts industriels et se trouve également vrai de toute une nation. Le forgeron et le fabricant de ressorts de montres peuvent travailler sur la même matière, l'acier ; l’un peut faire un ouvrage de peu de valeur avec une livre de ce métal, et l’autre peut en fabriquer plusieurs d'un grand prix avec une once seulement de la même matière. Il en est ainsi de presque tous les matériaux bruts employés dans les arts, tant beaux-arts qu'arts industriels. Un morceau d'argile ayant moins de raleur qu'aucune pièce de monnaie acquerra dans les mains de Michel- Ange, un prix plus élevé que celui d'aucune pièce de métal monnayée qui ait jamais été mise en circulation. Un morceau de terre ordinaire dont on aurait pu faire une brique réfractaire valant un penny a été transformé, par le grand artiste, en une relique qu'on ne saurait acheter pour son poids d’or. Mais, on me demandera peut-être: “ tout le monde at-il du goût?” Mon expérience comme professeur m'a démontré que presque tout individu possède les facultés nécessaires pour devenir un ouvrier habile, si l’on développe son éducation et ses facultés dans ce sens.

Je vais vous donner une description des dessins que vous voyez appendus à ces murs, pour vous démontrer comment un peuple de notre sang a

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su exploiter cette mine inépuisable de l'art dans l’industrie. Ces dessins font voir d'abord l’adresse déployée par de jeunes enfants, qui ont puisé leur instruction dans des écoles primaires, sous la direction des professeurs ordinaires. Ceci établit par où l'on dit nécessairement commencer, si l'on veut réussir : et c'est faute d'avoir commencé ainsi que l’on a vu, pendant de si longues années (de 1836 à 1851,) l'éducation industrielle artistique faire si peu de progrès en Angleterre. Cette expérience aidant, la ville et l'Etat qui ont produit ces ouvrages, ont inauguré l'élucation artistique simultanément dans les écoles du jour et les classes du soir. Et ce n’est que d'aujourd'hui qu'on y constate des résultats satisfaisants, les élèves pouvant, maintenant, assister aux classes du soir après avoir suivi celles du jour. Je n'ai d'ouvrages d'aucune école industrielle du soir, mais je possède des séries complètes de dessins provenant de l'Ecole Normale des Arts. où se sont formés les professeurs des écoles publiques. Ce que vous voyez dans ces travaux qui viennent des première, deuxième et troisième années du cours d'étude, embrasse tout ce qui se fait dans les écoles du soir et même davantage. Ce travail a un caractère essentiellement pratique et est industriel dans tous ses aspects. Il commence par l'étude de la nature ou de la vérité scientifique, pour les faire suivre par la pratique du dessin linéaire d'après l’objet ou la nature en traits, nuances ou couleurs, et se termine, dans chaque classe, par lapplication des connaissances et de l'habileté ainsi acquises à la fabrication de dessins originaux pour les différentes branches de l'industrie. Ainsi que vous pouvez en juger, l’objet et le but de ce système sont faciles à discerner; car, du commencement à la fin, il tend vers ce qui est pratique ; il est mis à exécution par les étudiants ordinaires. Je puis dire qu'il n'y à pas, dans la Puissance, un ouvrier engagé dans un métier ou une industrie quelconques, qui ne pourrait faire tout aussi bien, s'il avait l’occasion de suivre ces études, où qui ne serait pas plus utile à la société si elle lui procurait cet avantage.

Dans la première année du cours de l'Ecole Normale, on apprend à dessiner et à composer ; dans la seconde, on s'applique à la forme, la couleur et l'ébauche ; dans la troisième, à la construction et à la composition. La quatrième année, qui n'est pas représentée ici, parce qu'on y fait des modèles en plâtre, d'un transport difficile, est consacrée à la sculpture et à la composition,

Cet ensemble, vous pouvez en juger, couvre complètement le champ de l’art industriel et ne laisse rien échapper qui puisse être rangé sous le titre de science graphique, d'art, ou de dessin, en ce que ces choses affectent l’industrie ; mais il n'empiète pas sur le domaine des beaux-arts au-delà de la limite qu'il faut atteindre lorsque l'on admet qu’un bon dessin et un bon coloris sont toujours une expression importante de l’art, soit en peinture, en sculpture ou en architecture, On ne vise pas à l'éducation professionnelle, parce que, selon moi, il vaut mieux l’abandonner à elle-même et la laisser se développer ailleurs. En ma qualité d'artiste, j'ai appris

avec beaucoup de plaisir ce qui a été tenté, pour faire fleurir une école nationale des beaux-arts, par l'établissement d’une Académie royale Canadienne ; les succès dans les beaux-arts et l’art industriel marchent toujours de pair. Maintenant, je pense qu'afin de compléter la chaîne qui relie les influences en matière d'éducation, on devrait établir, dans chaque province, un système d'écoles techniques, soit par l'entremise des gouvernements provinciaux seuls, soit avec le concours des autorités fédérales, Je crois qu'alors s'ouvrira pour le pays une ère de prospérité en rapport avec ses grandes ressources et son énorme territoire, En outre, la fusion des races française et anglaise me paraît une chose inévitable à une époque assez rapprochée, quelqu'aient été les obstacles dans le passé et quelqu'ils soient à l'avenir pour empêcher leur mélange. L'histoire témoigne ici sous ce rapport, car la fusion des éléments saxon et normand a formé la nation anglaise, et les progrès de l'esprit paraissent, dans ce cas-ci, tendre vers un but analogue. Puisse ce but être atteint le plus tôt possible! Les deux nations les plus avancées du globe, ayant chacune d’elles, ses éléments de force et de grandeur, et dirigeant toutes deux les peuples vers la liberté et la civilisation, dans les sphères gouvernementales et artistiques, peuvent laisser espérer qu’elles donneront naissance à un peuple dont les hauts faits ne seront point surpassés. Les (Grecs et les Romains ont, tour à tour, guidé le monde dans la philosophie, les beaux-arts, le gouvernement et la guerre. Les Français et les Anglais, leurs successeurs, n'ont point dégénéré de leurs ancêtres, ancêtres sinon d’origine, au moins sous le rapport de la valeur, Et nous, ieurs descendants, nous devons appeler le jour où les éléments français et anglais de la Puissance auront formé, par leur union, la nation la plus éclairée, la plus indépendante du monde, une nation juste, généreuse et équitable, car ‘“ l'équité élève une nation.” Applaudi à plusieurs reprises dans le cours de son entretien, le professeur Smith reçut, en terminant, les remerciements d’un nombreux auditoire qui s'était donné rendez-vous dans la salle du Mechanics’ Institute. M. Smith a traité un sujet avec lequel il était évidemment familier ; sa haute expérience et ses connaissances variées opt rendu ses entretiens du plus vif intérêt pour ceux surtout qui s'occupent d'éducation. On ne devra pas oublier que M. Smith est l’auteur de la méthode aujourd’hui suivie dans les écoles communes de la province de Québec telle que traduite par M. Oscar Dunn. On nous dit que M, Smith, à la demande du Conseil des arts et métiers qui l’avait appelé à Montréal, doit répéter à Québec même, dans quelques jours, les entretiens sur l'enseignement qui ont tant intéressé notre publie montréalais.

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