PRINCIPES DE L'ART INDUSTRIEL
Entretien donné par le Prof. Walter Smith, à Québec, le ler de Mai, 1882.
L'expression “ goût en matière d'ameublement d’une maison,” réveille chez nous les idées qui se rapportent au comfort de nos demeures et à la manière dont on les décore, ne séparaut pas, dans cette pensée, les résidences de nos amis et celles de nos voisins.
Le mot foyer est peut-être ce qu’il y a de plus doux dans la langue anglaise, de même que ce qu'il exprime représente ce que nous avons de plus cher; car, comme le dit une ancienne chanson :
«“ Be it ever so homely, There's no place like home.”
Quelque modeste que soit notre demeure, Il n'y a rien comme son chez soi.
Le foyer est, en effet, un sanctuaire quand il est entouré d’influences propres à conduire au bien et à l'ennoblir ; il est le symbole de la civilisation de notre race, car il est à la civilisation ce que l'autel est à la religion. Une demeure bien réglée, habitée par une famille vertueuse et intelligente, est un lieu si saint que l’on pourrait dire à un ange qui viendrait nous rendre visite : ‘ Otez vos sandales, car ce lieu est saint.”
L'institution de la famille, tant au point de vue séculier que sous le rapport sacré, marque une période dans le progrès de notre race, alors que les tribus nomades abandonnèrent la vie errante pour former des établissements, On a dit à l’homme: ‘“ Peuplez la terre et subjuguez-la,” mais on ne lui a pas dit: ‘“ceueillez où vous n'aurez pas semé,” et la première imprécation qui lui annonça qu’à l'avenir, il gagnerait son pain à la sueur de son front, l’avertit qu'entre la race humaine et les bêtes destinées à périr, il existait une distinction essentielle, non-seulement de gradation, mais aussi d’origine,
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Pour avoir du pain, il faut semer, attendre et veiller; il faut la prévoyance qui s’acquiert par le raisonnement : il faut s'établir quelque part, Tandis que l'instinct suffit à la bête pour trouver sa proio dans les bois, les ruisseaux et sur lo penchant des collines, l’homme sent qu'il a, du travail, un besoin et une révélation défiris qui diffèrent entièrement de l'instinct dont les autres animaux sont douis. Ainsi, le foyer et la famille sont devenus une nécessité, et l'influence du premier sur celle-ci est clairement énoncée dans le proverbe : ‘ Telle maison, tels gens.”
INFLUENCE DU Foyrr.
On dit quelque fois que les traits de ressemblance dans une famille permettent souvent à un étranger qui en a vu un des membres, do reconnaître les autres qui lui appartiennent, quoiqu'il ne les connaisse pas alors et ne les ait jamais vus. Souvent, les membres d’une même famille ignorent ces caractères de ressembiance qui les unissent. Ces traits ne sont pas toujours physiques, mais ils tiennent ou de la forme, du teint ou encore et plus ordinairement de l'expression, des manières et de Ja voix, carac-tères tangibles et facilement reconnaissables que les étrangers découvrent et saisissent.
Cette influence inconsciente de race et de famille découle surtout de ce qui constitue la vie au foyer qui est le berceau du caractère de la famille et le modèle de son physique. Une derneure bien régléo, propre et meublée avec goût, fait, des garçons et des filles qu’on y élève, des hommes et des feramnes forts, distingués et heureux, ou au moins contribue puissamment à ce résultat. Ceci est vrai, non-seulement du régime social que l’on y suit, mais de tous les caractères du ménage, vrai du goût déployé sur les murs, les plafonds et les planchers, comme des tableaux qui ornent les appartements; vrai des meubles et des pièces d'ornement comme de la littérature, de la nourriture, des habits et du choix de la société.
Chacun des détails de l’ordre social et de l’entourage physique influe directement sur le caractère de la jeunesse des deux sexes dont l'esprit se développe à l'ombre du toit sous lequel elle vit; et cette influence est plus constante, plus sensible et infiniment plus puissante que cello de l’école, soit séculière, soit religieuse. Il peut arriver qu’elle soit peu perceptible et qu'on n’en fasse aucun cas au point de vue de léducation; cependant, elle existe d’une manière certaine et palpable. L'air de la montagne donne de la force, et l'atmosphère impur d’une localité mal assainie affaiblit, absolument comme l’eau croupie engendre la fièvro typhoïde, quoique nous ne soupçonnions point son influence délétère qui détruit insensiblement notre vitalité. Le changement qui s’opère en nous est lent, et, pour cette raison, ne nous frappe pas à l’égal d’une catastrophe, mais il s'opère d’uno manière sensible et certaine, et trop souvent d’une façon irrémédiable,
EpucarioN PREMIÈRE,
L'éducation commence de très-bonne heure, chez la jeune créature bumaine, J'ai eu douze fois l’occasion d'étudier ce problème a mon propre foyer, et j'ai essayé de profiter des observations que j'ai faites dans ma famille, L'étude pratique d'après le modèle vivant est plus utile et plus fidèle que 1a théorie pure, et quand les hommes sauront ce qu'il y a d'avantage pour eux à s'instruire, ils ne permettront pas que l'on choisisse un homme ou une femme qui n'a pas d'enfants, pour faire partie d'une commission scolaire. Si l’on veut savoir quelque chose à propos d'enfants, il faut les soigner, été et hiver, les surveiller, beau temps et mauvais temps, les étudier en maladie et en santé, suivre leur développement pendant les années durant lesquelles leur caractère et leurs talents se déploient, sous le rapport mental et sous le rapport physique; car les enfants et les jeunes gens, selon la chair cet le sang, ne sont pas toujours les créatures qui font le sujet des méditations des vieilles filles et des vieux garçons, et à propos desquelles les commissaires d'écoles dépourvus d'enfants s'appliquent à inventer des théories. Il y a, cependant, pour ces excellentes personnes, une œuvre importante à accomplir, mais la nature ne leur a pas donné, pour cela, les qualifications voulues, et j'ai ‘arement rencontré une personne qui, n'ayant point d'enfants, eut de ceux-ci une expérience assez approfondie pour pouvoir, avec avantage, prendre soin de leur éducation.
Le caractère de l'enfant commence à se former avant qu'il ne puisse marcher ou parler, et si on l'expose, alors qu’il n’a pas encore trois mois, à une influence puissante, clle se fera sentir chez lui pendant des années, probablement toute sa vie, et la force de cette impression augmentera tous les jours. Une jeune créature modèle et façgonne ses nombreuses facultés mentales d'après l’objet sur lequel on attire sa pensée et que l’on soumet fréquemment à son examen. C’est de cette manière que se produit l'unité composée que l’on appelle caractère,
Les jouets mêmes que l’on donne aux enfants au berceau affectent leur goût, et les barbarismes sans nom que certains hommes arrivés à la maturité, étalent dans la construction de leurs maisons, ou dont ils font preuve dans leur manière d'apprécier les formes, peuvent trouver leur explication dans les influences produites pir la vue d'une arche de Noé d'un goût plus atroce que d'ordinaire e* qui aura pris naissance dans unc gallerie d'architecture ou de sculpiure à l'époque de leurs premières études artistiques.
HUüUMANITÉ DE L'ART.
Le goût de l’ameublement de nos demeures est profondément enraciné dans nos âmes. L’hommo seul a l'amour de l’ornement : aucune autre créature sortie des mains de Dieu n'a jamais donné de preuves qu’elle fût
douée de cette manière ; et, parmi toutes les races d'êtres humains que l’on a découvertes jusqu'à présent, on n’en cite aucune qui n'ait été atteinte de
> bu- | la soif du beau, soit sous le rapport de lu forme ou celui de la couleur. jé it La race humaine est lu seule qui se sér'e d'instruments pour attaquer, ps se défendre, ou pour subvenir à ses besoins physiques, et l'arme à laquelle pr elle a recours comme à un serviteur prompt et fidèle, devient aussi l'objet Ve de son amour au point de vue de l'ornement, Le bâton, l'aviron et l'arc de choi- la tribu la plus sauvage portent l'indice d'un essai d'ornementation primique tive qui se retrouve à la base de tout art, L/indigène des îles Sandwich tr et le Caffre diffèrent de l'artiste du siècle de Périclès quant au style et au do sujet choisis, mais non quant au désir qui les anime tous deux, ni au but ‘op qu'ils veulent atteindre; et le chef qui exige que ses guerriers portent * " des dents de requin ou des plumes d’aigle, et se peignent le corps de Lt couleurs brillantes, fait preuve de la même faculté que celle qui animait Lis le roi Salomon et Laurent-le-Magnifique. Rien n’est si inné chez l'homme Me ie que le goût de l’art.
lant, Le développement de l’amour que l’homme porte à l'art est marqué par mäls différentes époques, car il indique l’une des phases diverses de la civilisat j'ai tion avec laquelle il marche de pair.
it de La première période se reconnait à l’embellissement des articles de nétage, cessité, ot l’art de l’ornement précède toujours ce que nous appelons les beaux-arts qui sont l'expression la plus élevée du désir du beau qui semble uisse exister chez l’homme par droit de naissance. mois, Dans le champ de l’ornementation et de la décoration appliquées aux nées, objets de leur amour, tous les hommes sont frères, appartiennent à la tous même famille : il y a là une sorte de bien commun qui les unit en dépit ‘ultés de la couleur, des croyances, de la race, de la nationalité, de la forme du umoet gouvernement, même en dépit du temps. Ce sentiment est universel unité comme la sentence qui décrète que l’homme gagnera son pain, non-seulement à la sueur de son corps, mais à celle de son front : le raisonnement : leur dépend de l'exercice des facultés mentales, et la créature humaine est la 1 MA- seule dont on puisse dire qu’elle a une intelligence qui travaille. "euve Ainsi, quoique certains êtres autres que l’homme soient constructeurs, ation comme l'oiseau qui, sans le savoir, fabrique un nid d’une grande beauté, goût | et que plusieurs autres tels que le castor et différentes espèces d’insectes, llerie | soient ingénieurs, l'homme seul est artiste, crée, et contemple avec bonartis- heur l'ouvrage sorti de ses mains, embelli par son intelligence et fabriqué { à la sueur de son front.